Avec plus de 1,6 milliard d’utilisateurs dans le monde, dont plus de 200 millions en Europe, et une proportion considérable de jeunes qui s’en servent comme source principale d’information, TikTok est devenu un espace d’expression politique et de partage d’informations de premier plan et, partant, fait l’objet d’un contrôle croissant de la part des régulateurs et de la société civile. À la suite de préoccupations récemment exprimées, la Commission européenne a ouvert une procédure formelle au titre du règlement sur les services numériques afin d’examiner si TikTok évalue et atténue de manière adéquate les risques systémiques liés à l’intégrité des élections et au débat public. Nous avons demandé à Francesca Scapolo, experte en intégrité électorale pour les politiques publiques en Europe chez TikTok, comment la plateforme comprend la responsabilité qui lui incombe face à ces risques dans la pratique, de quelle manière elle coopère avec les autorités et quelles garanties elle a mises en place pour protéger les processus démocratiques.

Avec plus de 1,6 milliard d’utilisateurs dans le monde, dont plus de 200 millions en Europe, et une proportion considérable de jeunes qui s’en servent comme source principale d’information, TikTok est devenu un espace d’expression politique et de partage d’informations de premier plan et, partant, fait l’objet d’un contrôle croissant de la part des régulateurs et de la société civile. À la suite de préoccupations récemment exprimées, la Commission européenne a ouvert une procédure formelle au titre du règlement sur les services numériques afin d’examiner si TikTok évalue et atténue de manière adéquate les risques systémiques liés à l’intégrité des élections et au débat public. Nous avons demandé à Francesca Scapolo, experte en intégrité électorale pour les politiques publiques en Europe chez TikTok, comment la plateforme comprend la responsabilité qui lui incombe face à ces risques dans la pratique, de quelle manière elle coopère avec les autorités et quelles garanties elle a mises en place pour protéger les processus démocratiques.

 

 

Compte tenu de l’ampleur que prend TikTok et de son rôle croissant en tant que source d’information politique pour des millions d’utilisateurs partout dans l’Union, comment l’entreprise aborde-t-elle de manière plus large la question de la responsabilité concernant les risques systémiques sur la plateforme, comme la propagation de la désinformation, les comportements coordonnés ou les faux comptes et les comptes fictifs? De quelle manière ces efforts se traduisent-ils par une coopération avec les autorités nationales et les institutions de l’UE, en particulier lors de moments délicats tels que les élections?

TikTok est une plateforme de découverte à laquelle plus de 200 millions d’Européens se connectent afin de partager leurs passions ou de trouver des sources d’inspiration. Nous sommes bien conscients que l’essor est synonyme de responsabilité et nous œuvrons sans relâche à protéger notre plateforme et à maintenir un espace civil permettant aux citoyens de s’exprimer et de construire une communauté, y compris lors des élections. Nous avons investi massivement dans des systèmes, des équipes spécialisées et des partenariats pour faire face aux risques systémiques tels que la désinformation préjudiciable, les faux comptes et les comptes fictifs, les comportements coordonnés non authentiques et les comportements trompeurs.

Dans l’ensemble de l’UE, nous nous efforçons notamment d’appliquer proactivement nos règles communautaires, d’investir dans des fonctionnalités, des outils et des ressources visant à donner à notre communauté les moyens d’agir, y compris sous la forme d’initiatives en matière d’éducation aux médias, et de développer des partenariats avec des experts externes. En fait, grâce au programme mondial de vérification des faits de TikTok, nous travaillons en étroite collaboration avec plus de 20 organisations accréditées par l’IFCN actives dans ce domaine, parmi lesquelles AFP en France, DPA en Allemagne et Newtral en Espagne.

Nos travaux techniques et nos activités de contrôle de l’application des règles sont complétés par une coopération permanente avec les autorités nationales et les régulateurs de l’UE. Dans le cadre du règlement sur les services numériques (DSA) et du code de conduite contre la désinformation, nous dialoguons avec les coordinateurs pour les services numériques et la Commission européenne. Nous fournissons également régulièrement des informations actualisées sur nos efforts de modération des contenus dans nos rapports de transparence.

Durant les périodes cruciales telles que les élections, nous collaborons également avec les autorités nationales et les commissions électorales et participons au système de réaction rapide du code de conduite, favorisant un partage d’informations diligent et coordonné entre les organisations de la société civile, les vérificateurs de faits et les plateformes afin de pouvoir faire face aux menaces urgentes ou émergentes, une capacité critique en périodes électorales.

Considérés dans leur ensemble, ces efforts montrent comment nous conjuguons atténuation proactive des risques, outils de responsabilisation des utilisateurs et coopération réglementaire afin de contribuer à préserver le débat démocratique dans l’ensemble de l’UE, en particulier lors de périodes électorales délicates.

Selon vous, les mesures prises par TikTok actuellement en vigueur sont-elles suffisantes pour faire face aux risques systémiques pesant sur les processus démocratiques lors des élections, en particulier ceux liés aux algorithmes de recommandation, à la dynamique de visibilité et aux campagnes coordonnées? Ou estimez-vous qu’il est nécessaire de mettre en place des garanties plus solides ou plus proactives?

Lors des élections, nous œuvrons sans relâche à protéger notre plateforme et à maintenir un espace civil permettant aux citoyens de s’exprimer et de construire une communauté. Au cours des cinq dernières années, des milliers de professionnels de la confiance, de la sûreté et de la sécurité ont protégé TikTok lors de plus de 200 élections à travers le monde. Notre stratégie globale repose principalement sur trois piliers:

  • protéger l’intégrité des élections: supprimer la désinformation préjudiciable, entraver les tentatives d’influencer notre communauté, y compris les opérations d’influence clandestines, collaborer avec les vérificateurs de faits de manière à évaluer l’exactitude des contenus et étiqueter les allégations invérifiables;

  • donner aux utilisateurs les moyens d’agir: fournir un accès à des informations fiables par l’intermédiaire des centres électoraux, faire en sorte que les utilisateurs soient en mesure de distinguer la réalité de la fiction;

  • collaborer avec des experts: établir des partenariats avec les commissions électorales et les organisations de vérification des faits pour lutter contre les menaces émergentes.

Grâce à ces efforts, en 2025, nous avons perturbé plus de 75 réseaux d’influence clandestine et supprimé des dizaines de milliers de comptes pour avoir violé nos politiques en matière d’influence clandestine. Nous rendons des comptes à notre communauté en publiant des mises à jour régulières sur la manière dont nous protégeons l’intégrité des élections, ainsi que des rapports fréquents sur les opérations d’influence clandestines que nous avons entravées.

Pour ce qui concerne l’avenir, nous restons déterminés à renforcer ces piliers et à faire évoluer nos garanties à mesure que les risques évoluent.

Le projet Clover, qui repose sur un investissement à long terme d’environ 12 milliards d’euros, a été présenté comme un pilier essentiel de la stratégie européenne de gouvernance des données de TikTok. Pourtant, il demeure relativement peu connu du public. Comment cette initiative modifie-t-elle concrètement la manière dont TikTok traite les données des utilisateurs européens et quelle est sa pertinence pour l’intégrité des élections et les garanties démocratiques dans l’Union?

Le projet Clover est l’un des programmes de protection des données les plus avancés et les plus complets qui soient. Ses principes fondamentaux consistent notamment à stocker les données des utilisateurs européens dans une enclave européenne spécifique par défaut et à les protéger grâce à des garanties et des restrictions supplémentaires, en s’appuyant sur nos contrôles existants concernant les personnes habilitées à accéder aux données.

Nous avons également acquis les services d’une société européenne de cybersécurité renommée, le groupe NCC, afin de surveiller et de vérifier ces garanties de manière indépendante. Le contrôle assuré par le groupe NCC est un gage de responsabilité offert par une tierce partie pour nos travaux visant à protéger les données des utilisateurs européens. Nous avons également déployé des outils, appelés «technologies de protection de la vie privée», pour renforcer la protection de la vie privée des utilisateurs européens.

Ces mesures vont au-delà des exigences réglementaires, tout en étant alignées sur les principes du RGPD et sur nos efforts généraux visant à protéger notre plateforme et nos utilisateurs au moyen de processus, de politiques et de procédures solides.

Francesca Scapolo supervise les efforts de TikTok en matière de politique publique d’intégrité des élections à l’échelle européenne, en assurant la coordination entre les équipes chargées des produits, de la confiance et de la sécurité, ainsi que des politiques. En collaboration avec les parties prenantes internes et externes, elle met en œuvre des stratégies de politiques publiques régionales qui renforcent la confiance civique et préservent l’intégrité électorale. Avant de rejoindre TikTok, Francesca Scapolo a travaillé au sein du conseil de surveillance de Meta et à la Commission européenne. 

@European Union 2025 – Source: EP

Le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit constitue la plus haute distinction accordée par l’Union européenne dans le domaine des droits humains. Décerné chaque année depuis 1988 par le Parlement européen, il rend hommage aux personnes ou organisations qui défendent la liberté de pensée et les droits fondamentaux. En 2025, il a été attribué à deux journalistes courageux qui ont payé le prix fort pour avoir défendu la dignité humaine et la démocratie dans leurs pays respectifs: il s’agit du journaliste biélorussien issu de la minorité polonaise, Andrzej Poczobut, et de la journaliste géorgienne, Mzia Amaglobeli, tous deux toujours emprisonnés et privés de tout contact (ou presque) avec le monde extérieur.

Le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit constitue la plus haute distinction accordée par l’Union européenne dans le domaine des droits humains. Décerné chaque année depuis 1988 par le Parlement européen, il rend hommage aux personnes ou organisations qui défendent la liberté de pensée et les droits fondamentaux. En 2025, il a été attribué à deux journalistes courageux qui ont payé le prix fort pour avoir défendu la dignité humaine et la démocratie dans leurs pays respectifs: il s’agit du journaliste biélorussien issu de la minorité polonaise, Andrzej Poczobut, et de la journaliste géorgienne, Mzia Amaglobeli, tous deux toujours emprisonnés et privés de tout contact (ou presque) avec le monde extérieur.

Le 16 décembre dernier, à Strasbourg, le Parlement européen a organisé la cérémonie de remise du prix Sakharov en présence de représentants des deux lauréats. Les deux autres finalistes étaient également de la partie, à savoir des représentants des journalistes et travailleurs humanitaires actifs en Palestine et dans toutes les zones de conflit, ainsi que des étudiants serbes qui manifestent depuis plus d’un an contre la corruption dans leur pays.

«Le Parlement européen est solidaire du combat d’Andrzej Poczobut et de Mzia Amaglobeli. Nous demandons leur libération immédiate, ainsi que celle de toutes les personnes détenues à tort. Nous maintiendrons la pression jusqu’à ce que tous soient libres... La démocratie n’advient pas sans peine; elle exige un engagement de tous les instants et le courage de passer à l’action, même quand le prix à payer est incroyablement élevé. C’est ce que les lauréats de cette année nous enseignent», a déclaré Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen.

Jana Poczobut, qui a reçu le prix au nom de son père, s’est exprimée en ces termes: «Vous montrez que même lorsqu’une personne disparaît, ses principes ne peuvent disparaître avec elle. Et même lorsqu’une personne est réduite au silence, d’autres reprennent ses paroles.»

Andrzej Poczobut a passé des années à enquêter sur le régime oppressif en Biélorussie et à défendre la minorité polonaise dans ce pays. À la suite de mesures de répression ciblant l’Union des Polonais, il purge depuis 2021 une peine de huit ans d’emprisonnement dans une colonie pénitentiaire. Il est maintenu en isolement dans une cellule en béton. Sa famille ne lui a plus parlé ni ne l’a vu depuis cinq ans.

«Chaque jour, nous faisons le choix d’espérer, car l’espoir est la seule chose qui ne nous a pas été enlevée. Et tant de familles ont une histoire qui fait écho à la nôtre... Votre reconnaissance ne peut pas changer le passé, mais elle nous donne quelque chose d’extrêmement précieux pour l’avenir: la conviction que la justice et l’humanité ont toujours une place dans ce monde», a déclaré Jana Poczobut dans un discours émouvant tenu devant le Parlement.

La journaliste géorgienne Mzia Amaglobeli, cofondatrice et directrice des médias indépendants Batumelebi et Netgazeti, a été condamnée en janvier 2025 à deux ans de prison pour des accusations liées à une prétendue confrontation avec la police lors de manifestations antigouvernementales. Elle est devenue la première femme journaliste à être emprisonnée pour des motifs politiques depuis l’indépendance de la Géorgie.

Dans un discours lu lors de la cérémonie par son amie, la journaliste géorgienne Irma Dimitradze, Mme Amaglobeli a déclaré accepter le prix au nom de tous les prisonniers politiques injustement détenus et condamnés pour avoir lutté en faveur d’un avenir européen pour la Géorgie.

Pour Mme Amaglobeli, la Géorgie a été capturée par un régime qui sert les intérêts russes et détruit le journalisme indépendant, abolit les partis politiques d’opposition et démantèle les ONG en les qualifiant d’agents de l’étranger. C’est aussi un régime sans pitié qui réprime à coups de poings, d’amendes, d’arrestations et de chantages les citoyens qui descendent dans la rue depuis l’annonce de la suspension du processus d’adhésion de la Géorgie à l’Union européenne.

«Je souhaite que vous soyez aux côtés de la société géorgienne, de sa démocratie et de ses aspirations européennes, de la même manière que vous défendriez la liberté dans votre propre pays... Il est désormais incontestable que les forces à l’œuvre derrière les horreurs commises en Biélorussie, en Ukraine et en Géorgie se rapprochent du cœur de l’Europe. Elles se dirigent vers vos foyers, nous sommes simplement en travers de leur route», a mis en garde Mme Amaglobeli.

Si l’Ukraine et la Géorgie devaient être abandonnées à leur sort face à l’agression de la Russie, il s’agirait d’une erreur historique irréparable pour laquelle nous aurions tous un lourd tribut à payer.

«Le sort de notre combat ne dépend pas seulement de nous, car ce combat n’est pas seulement le nôtre. Nous avons besoin de votre solidarité et de votre aide... Luttez avec nous, luttez pour nous. Luttez comme vous le feriez pour la liberté dans votre propre pays. Utilisez tous les mécanismes à votre disposition, et faites-le avant qu’il ne soit trop tard», a conclu Mme Amaglobeli.

Rien qu’en Biélorussie, plus d’un millier de personnes restent emprisonnées pour des raisons politiques. Dans un article récent paru dans CESE info, Hanna Liubakova, journaliste biélorussienne en exil condamnée à dix ans de prison par contumace, écrivait que l’Union européenne et la communauté internationale ne doivent en rien relâcher la pression tant que toutes n’auront pas été libérées et que la répression systémique n’aura pas pris fin.

En juillet 2025, le CESE a signé un protocole d’accord avec les forces démocratiques biélorussiennes, représentées par Sviatlana Tsikhanouskaya, et réaffirmé son soutien sans faille à une Biélorussie démocratique. Ce protocole officialise une nouvelle phase de collaboration structurée visant à soutenir la société civile biélorussienne et ses aspirations européennes.

Séamus Boland, le président du CESE, a félicité le Parlement européen pour sa décision d’attribuer le prix Sakharov à Andrzej Poczobut et à Mzia Amaglobeli. Le CESE a exprimé sa solidarité envers les lauréats et leur combat pour la liberté et la démocratie.

«Je tiens à rappeler avec force qu’il n’y a pas de démocratie sans journalistes indépendants, car la liberté de la presse est le pilier de la démocratie», a déclaré M. Boland dans la vidéo du CESE consacrée au prix Sakharov.

Le 1er novembre 2024, un toit en béton récemment rénové s’est effondré à la gare ferroviaire de Novi Sad, tuant 16 personnes et en blessant gravement une autre. La tragédie, largement imputée à une négligence dans la construction et à la corruption des pouvoirs publics, a déclenché ce qui allait devenir l’un des plus grands mouvements civiques de l’histoire récente de la Serbie. Les étudiants ont été les premiers à réagir. Appelant à un changement, ils sont descendus dans la rue et ont organisé des veillées, des manifestations et des blocus des routes et des universités.

Le 1er novembre 2024, un toit en béton récemment rénové s’est effondré à la gare ferroviaire de Novi Sad, tuant 16 personnes et en blessant gravement une autre. La tragédie, largement imputée à une négligence dans la construction et à la corruption des pouvoirs publics, a déclenché ce qui allait devenir l’un des plus grands mouvements civiques de l’histoire récente de la Serbie. Les étudiants ont été les premiers à réagir. Appelant à un changement, ils sont descendus dans la rue et ont organisé des veillées, des manifestations et des blocus des routes et des universités. Nombre d’entre eux ont été battus ou arrêtés par la police. En 2025, les étudiants serbes ont été nominés pour le prix Sakharov du Parlement européen pour la liberté de l’esprit. À l’occasion de la cérémonie de remise du prix à Strasbourg, nous nous sommes entretenus avec Stefan Tomić, un étudiant ayant été détenu par la police serbe.

 

 

Lors de la table ronde organisée avec des organisations de la société civile à l’occasion de la remise du prix Sakharov à Strasbourg, vous avez indiqué que les manifestations étudiantes en Serbie avaient en fait été lancées par une seule jeune femme après la terrible tragédie de Novi Sad. Selon vous, comment et pourquoi la protestation a-t-elle atteint des proportions aussi massives?

Jusqu’à présent, les manifestations qui ont été organisées en Serbie l’ont été par des partis d’opposition ou d’autres groupes d’intérêt. Cette fois, c’est différent: la tragédie de Novi Sad a suscité une émotion tellement vive que nous avons pris les choses en main de notre propre initiative, sans le concours de personne. C’est dans ce cadre que cette jeune femme a organisé le premier blocus et qu’après l’avoir vue, nous avons rejoint le mouvement. C’est pour cette raison que la Serbie nous fait confiance et c’est aussi pourquoi les manifestations ont pris une telle ampleur.

Un autre étudiant, Dimitrije Dimić, a déclaré à Strasbourg que votre mouvement étudiant n’a en fait aucun leader. Comment vous rassemblez-vous et vous organisez-vous? Quelles conditions devraient être réunies pour que vous décidiez de mettre fin aux manifestations?

Nous tenons des assemblées dans les facultés, qui sont encadrées par une sorte de structure de coordination au sein de laquelle les décisions sont prises démocratiquement. Nous faisons confiance à ces décisions de la même manière que d’autres feraient confiance à un leader, et c’est la raison pour laquelle notre mouvement se passe très bien de dirigeant. Enfin, par rapport à votre question concernant la fin des manifestations, la réponse est simple: nos exigences doivent être satisfaites.

Comment les autorités et la police de la République de Serbie ont-elles réagi aux manifestations étudiantes? Vous avez vous-même été arrêté et assigné à résidence. Comment s’est déroulée votre arrestation et de quoi exactement avez-vous été inculpé?

Ils m’ont arrêté de manière inopinée. Je n’ai pas reçu de citation à comparaître et ils ne m’ont pas fourni d’avocat. Après cinq heures, je suppose que la pression extérieure était devenue suffisamment forte pour qu’ils soient contraints de m’accorder mes droits fondamentaux. J’ai ensuite découvert que j’étais accusé d’avoir appelé à un changement violent de l’ordre constitutionnel, et ils m’ont placé en détention pendant deux jours. Par la suite, mon assignation à résidence a commencé. La police n’a pas été tendre avec nous: ils nous ont battus à de très nombreuses reprises au cours de l’année écoulée.

Certains de vos avocats étaient avec vous à Strasbourg. Quel type d’aide juridique les étudiants reçoivent-ils de la part des avocats? Qui d’autre vous a soutenu? Comment êtes-vous dépeints dans les médias serbes?

Les avocats ont été parmi les premiers à faire grève, et aujourd’hui, lorsque nous sommes arrêtés, il est important d’avoir un bon avocat. Nous avons reçu le soutien de pratiquement tous les groupes en Serbie, mais les plus visibles ont certainement été les enseignants et les professeurs, le secteur des technologies de l’information, les chauffeurs de taxi et les cyclistes. Mais ce n’est pas grâce aux médias. Toutes les chaînes de télévision titulaires de licences de radiodiffusion nationale affirment que nous sommes des vendus, des mercenaires et des terroristes. Nova S et N1 sont les seules chaînes de télévision à rendre compte des événements de manière objective, et le gouvernement fait tout ce qui est en son pouvoir pour les fermer. Les médias sociaux nous ont sauvés.

Certains détracteurs affirment toujours que personne ne sait vraiment quel est le programme des manifestants étudiants ou ce pour quoi vous vous battez. Comment répondez-vous à cela?

Plus d’un an s’est écoulé depuis le début des manifestations. Au début, j’aurais pu attribuer ces déclarations à l’ignorance; maintenant, je n’ai aucun doute quant au fait qu’elles sont malveillantes. Nous luttons contre le vol, le meurtre, la corruption... et pour la démocratie et l’égalité des droits pour tous. Nous nous battons pour que nos revendications soient satisfaites. L’objet de notre lutte est le même depuis le début. Nous ne serions pas si nombreux et les gens ne nous soutiendraient pas si nous n’avions pas d’objectif clair.

Les étudiants serbes ont été nominés pour le prix Sakharov 2025. Que signifie cette nomination pour vous personnellement et pour les autres étudiants?

C’est un sentiment extraordinaire. Nous sommes encore jeunes, et mettre en place un tel mouvement à l’échelle d’une nation entière sans avoir la moindre confirmation que nous faisons les choses comme il se doit est plutôt angoissant. Une telle reconnaissance est nécessaire, pour nous mais aussi pour tous ceux qui, dans le monde, se trouvent dans une situation similaire. Je vous en remercie, en mon nom et au nom de tous les étudiants.

Stefan Tomić, âgé de 20 ans, est étudiant à la faculté de physique de l’université de Belgrade. 

NOUS DEVONS DÉFENDRE LES VALEURS QUI NOUS UNISSENT

Chères lectrices, chers lecteurs,

Les premiers jours et premières semaines de 2026 ont certainement démontré une nouvelle fois que nous vivons des temps très difficiles et déconcertants. Bon nombre de choses que nous tenions pour acquises ne sont désormais plus garanties. Des fondamentaux géopolitiques, notamment l’intégrité territoriale et le respect des organisations internationales, sont remis en question. 

NOUS DEVONS DÉFENDRE LES VALEURS QUI NOUS UNISSENT

Chères lectrices, chers lecteurs,

Les premiers jours et premières semaines de 2026 ont certainement démontré une nouvelle fois que nous vivons des temps très difficiles et déconcertants.

Bon nombre de choses que nous tenions pour acquises ne sont désormais plus garanties. Des fondamentaux géopolitiques, notamment l’intégrité territoriale et le respect des organisations internationales, sont remis en question. Et la guerre sur le continent européen est en passe d’entrer dans sa quatrième année.

Cependant, le message fort que j’aimerais vous adresser pour l’année à venir est le suivant: continuez de penser positivement et gardez l’espoir. Nous devons défendre ce en quoi nous croyons, les valeurs qui nous définissent et nous unissent, et qui constituent le fondement du projet européen. La liberté et la paix. La démocratie, qui, nous le savons, n’est pas possible sans une société civile forte et active. Les droits de l’homme et la dignité humaine. 

Ce sont là des sujets dont j’ai eu le grand honneur de discuter avec Sa Sainteté le Pape Léon XIV au cours d’une audience privée le 10 janvier dernier.

Ce fut un véritable privilège d’entendre directement les analyses qui sous-tendent le leadership moral du pape Léon XIV et d’avoir la possibilité de faire connaître le rôle vital du CESE dans la démocratie européenne, ainsi que nos priorités: la nécessité d’éradiquer la pauvreté, de préserver la démocratie et de protéger les plus vulnérables.

Dans une Union européenne immensément riche, le fait que 21 % des personnes restent exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale n’est tout simplement pas acceptable. La lutte contre la pauvreté et les défis connexes, tels que l’urgence en matière de logement abordable, constitueront des priorités essentielles en 2026.

Au cours de l’échange que j’ai eu avec le pape Léon XIV, nous avons également abordé les grands défis auxquels sont confrontées les jeunes générations, façonnés par l’isolement causé par la pandémie de COVID-19 et les pressions sur la santé mentale amplifiées par les médias sociaux.

Cette évolution est liée à la progression de l’intelligence artificielle. Veiller à ce que l’IA ne devienne pas un train fou sur le plan des droits des travailleurs est une priorité en 2026. Elle devrait plutôt servir d’outil d’autonomisation au lieu d’être un facteur de déstabilisation du monde du travail. Sur ce sujet, je partage avec le pape l’engagement de veiller à ce que l’humain, et non la machine, reste maître des décisions qui ont une incidence sur la vie des personnes.

Le point sur lequel j’ai le plus insisté lors de ma rencontre avec le pape Léon XIV est le rôle absolument essentiel de la société civile, non seulement dans le renforcement des démocraties, mais aussi dans la construction et le développement des communautés. Les organisations de la société civile, y compris les partenaires sociaux, constituent le tissu de nos sociétés, tissant des liens entre les individus et jetant des ponts entre les groupes.

La société civile reste donc essentielle pour renouveler l’espoir et construire une Union des opportunités, de la sécurité et de la résilience. 

C’est un message que j’ai également porté lors des réunions que j’ai eues, depuis que je suis devenu président, avec d’innombrables personnalités de haut niveau de l’UE, parmi lesquelles le président du Conseil européen, António Costa, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, plusieurs commissaires de premier plan, ainsi que de nombreux présidents et vice-présidents de commission au Parlement européen.  

Je suis reconnaissant au pape Léon XIV d’avoir utilisé sa voix puissante pour diffuser à l’échelle mondiale un message d’inclusion et insister sur l’importance de protéger les plus marginalisés. Indépendamment des opinions religieuses, ce que les grands dirigeants politiques et autorités morales ont en commun, c’est leur foi en l’espoir et la dignité humaine et leur respect pour les autres.

Ensemble, soyons les porteurs de cette vision au cours de l’année à venir. Dans nos efforts pour placer la société civile au cœur de l’Europe, faisons le choix de l’espoir plutôt que celui de la peur.

Séamus Boland

Président du Comité économique et social européen

Alors que les médias sociaux façonnent de plus en plus l’opinion publique, les conclusions de recherches menées récemment par la Balkan Free Media Initiative (BFMI) suscitent une vive inquiétude quant à la préparation de l’Europe s’agissant de lutter contre la manipulation des plateformes et l’ingérence électorale. Dans son dernier rapport intitulé «Tackling TikTokracy: A blueprint for fighting algorithmic manipulation in Europe», BFMI montre comment TikTok et d’autres plateformes ont été intensément exploitées dans le cadre de plusieurs élections organisées récemment dans les Balkans, notamment au moyen de vastes réseaux de faux comptes et de l’amplification multiplateforme. Le rapport documente des tactiques telles que le détournement de hashtags et l’utilisation de réseaux fusionnés de bots d’influence, révélant des faiblesses structurelles communes qui continuent d’exposer nos processus démocratiques aux risques. Pour CESE info, BFMI présente des recommandations concrètes visant à renforcer la démocratie et la sécurité dans la perspective des élections à venir.

Alors que les médias sociaux façonnent de plus en plus l’opinion publique, les conclusions de recherches menées récemment par la Balkan Free Media Initiative (BFMI) suscitent une vive inquiétude quant à la préparation de l’Europe s’agissant de lutter contre la manipulation des plateformes et l’ingérence électorale. Dans son dernier rapport intitulé «Tackling TikTokracy: A blueprint for fighting algorithmic manipulation in Europe», BFMI montre comment TikTok et d’autres plateformes ont été intensément exploitées dans le cadre de plusieurs élections organisées récemment dans les Balkans, notamment au moyen de vastes réseaux de faux comptes et de l’amplification interplateformes. Le rapport documente des tactiques telles que le détournement de hashtag et l’utilisation de réseaux fusionnés de bots d’influence, révélant des faiblesses structurelles communes qui continuent d’exposer nos processus démocratiques aux risques. Pour CESE info, BFMI présente des recommandations concrètes visant à renforcer la démocratie et la sécurité dans la perspective des élections à venir.

 

Par la Balkan Free Media Initiative (BFMI)

Le dernier rapport de BFMI, élaboré en partenariat avec la société d’analyse Sensika, a révélé l’existence de puissants réseaux d’ingérence numérique en Roumanie, en Bulgarie et au Kosovo, qui utilisent des tactiques hybrides sophistiquées pour imiter un véritable engagement en ligne et stimuler artificiellement la diffusion de messages politiques. Le rapport met en garde contre le fait que ces stratégies ne se limitent pas aux Balkans mais se propagent dans toute l’Europe plus rapidement que les réponses que tentent actuellement d’y apporter les institutions, les plateformes et les citoyens.

Les auteurs appellent à repenser rapidement l’architecture de défense démocratique de l’Europe, afin de rendre les plateformes plus transparentes, de détecter de manière proactive les fausses activités en ligne par-delà les frontières et de renforcer la résilience des citoyens face à l’influence en ligne. Si l’Europe n’agit pas, elle risque de devenir une «TikTokcracie», dans le cadre de laquelle les algorithmes — et non les citoyens — décident de son avenir.

 

L’influence algorithmique exploite les fissures dans les systèmes médiatiques

Dans les Balkans, les chercheurs de BFMI ont constaté que des réseaux de comptes automatisés, des influenceurs rémunérés et des partisans mal informés exploitent les incitations algorithmiques et les lacunes réglementaires. Grâce à des stratégies sophistiquées telles que la publication massive, l’ingénierie du hashtag et le fusionnement de contenus politiques et de divertissement, les personnes présentes sur ces réseaux, que ce soit sciemment ou à leur insu, amplifient la désinformation et manipulent l’opinion publique.

L’annulation de l’élection présidentielle roumaine en 2024 a été la première occasion où l’ampleur de cette menace a été révélée, après que ces réseaux aient directement compromis le processus électoral. Les services de renseignement roumains ont mis au jour une opération à grande échelle de coordination de plus de 25 000 comptes TikTok automatisés et d’un réseau de micro-influenceurs dont l’objectif était de pousser artificiellement le contenu d’un candidat particulier auprès des utilisateurs et d’amener ces derniers à voter en sa faveur. Une grande partie de cette opération s’est déroulée via Telegram, où des récits et des hashtags stratégiques ayant une résonance locale ont été diffusés en masse. 

Une dynamique similaire a été observée en Bulgarie, où des contenus à forte connotation politique diffusés à partir de faux sites web et monétisés au moyen de publicités non transparentes ont contribué à la succession de cycles électoraux qu’a connue le pays pendant quatre ans.  Le problème est peut-être encore plus préoccupant en Bulgarie qu’ailleurs, le rapport ayant révélé l’existence d’un modèle d’amplification multiplateforme économiquement intégré dans un paysage médiatique bulgare capté, qui s’adapte constamment et peut être activé à tout moment. 

Au Kosovo, ces tactiques ont contribué en 2025 à créer un climat de campagne particulièrement tendu, susceptible d’exacerber des tensions ethniques préexistantes à un moment particulièrement délicat. Une fois de plus, figuraient parmi les stratégies communément employées la tactique dite du «tuyau d’incendie» consistant à publier et à commenter massivement, la synchronisation de l’engagement, l’utilisation ciblée de hashtags et le fusionnement de publicités politiques non étiquetées avec des contenus récréatifs ou sportifs.

Toutefois, les manifestations historiques contre la corruption, organisées via TikTok, qu’a connues la Bulgarie à la fin de l’année 2025 ont montré que ces plateformes peuvent être une arme à double tranchant pour la démocratie, capable à la fois de stimuler la participation civique et de compromettre la stabilité politique.

L’une des principales conclusions du rapport de BFMI est que la manipulation des algorithmes des plateformes prospère là où et quand les écosystèmes médiatiques sont fragmentés, non transparents et captés par des intérêts politiques ou commerciaux. Si ces vulnérabilités sont effectivement répandues dans les Balkans, la sous-réglementation des plateformes, des normes de transparence insuffisantes, des infrastructures médiatiques fragiles et une coopération transfrontière limitée sont des faiblesses communes à toute l’Europe. En l’absence d’une réponse concertée venant de Bruxelles, tous les États membres restent exposés au risque de «TikTokcracie».

 

Renforcer les défenses européennes contre la «TikTokcracie»

Le rapport va au-delà du diagnostic pour définir un cadre politique européen clair et susceptible d’être mis en œuvre sans délai qui, non seulement, associe les organes chargés de l’élaboration des politiques mais prévoit aussi des efforts visant à mobiliser la société dans son ensemble, des plateformes aux institutions nationales en passant par les citoyens européens. Il propose notamment de: 

  • mettre en place, dans le cadre du bouclier européen de la démocratie, des outils d’identification criminelle et de suivi qui alimentent un système d’alerte précoce et de réaction rapide à l’échelle de l’UE;

  • faire appliquer de manière offensive la législation existante, telle que le règlement sur les services numériques (DSA) et le règlement européen sur la liberté des médias, et adopter des lignes directrices contraignantes supplémentaires pour les plateformes en ce qui concerne les contenus politiques, la transparence de la publicité et la protection des élections;

  • prévoir de nouveaux financements, ainsi que des formations et un soutien technologique en faveur des médias crédibles et indépendants en vue de contribuer à la lutte contre la désinformation;

  • organiser des initiatives en matière d’habileté numérique pour les jeunes électeurs et des campagnes de sensibilisation du public visant à protéger les citoyens contre les menaces et à rétablir la confiance de la société.

Ensemble, ces mesures permettraient de renforcer considérablement la capacité de l’Europe à préserver un débat démocratique libre et équitable et de faire en sorte que l’agentivité politique reste du ressort des citoyens plutôt que des plateformes.

Comme l’indiquent clairement les conclusions de BFMI, la manipulation algorithmique évolue plus rapidement que les défenses actuelles de l’Europe, ce qui nécessite plus que des ajustements progressifs ou l’application de la réglementation, et notamment une réaction harmonisée à la hauteur de la rapidité et de l’ampleur de ces menaces. L’Europe doit soit moderniser ses défenses démocratiques de manière à les adapter à l’ère numérique, soit risquer de permettre que la visibilité algorithmique et une popularité montée de toutes pièces érodent la confiance du public, faussent le choix politique et affaiblissent les sociétés démocratiques.

La Balkan Free Media Initiative (BFMI) est une organisation basée à Bruxelles qui promeut la liberté des médias et protège les droits des journalistes dans les Balkans. BFMI met l’accent sur la promotion de la transparence, de la responsabilité et du journalisme éthique, tout en luttant contre la désinformation, les menaces hybrides et d’autres obstacles qui sapent les valeurs euro-atlantiques. En soutenant la collaboration entre les professionnels des médias et la société civile, BFMI contribue à renforcer la résilience démocratique. Grâce à son approche globale, l’initiative joue un rôle crucial s’agissant de donner aux médias indépendants les moyens d’agir et de faire en sorte que des opinions diverses puissent être entendues dans l’ensemble des Balkans.

Le CESE recommande que des mesures structurelles soient prises immédiatement pour renforcer les investissements spatiaux et que ceux-ci soient portés à au moins 0,2 % du PIB de l’Union d’ici à 2030.

Dans l’avis élaboré par Angelo Pagliara et adopté lors de la session plénière de décembre, le Comité souligne que cette impulsion permettrait de combler progressivement l’écart avec les États-Unis et la Chine, de sorte que l’Union joue un rôle de premier plan au niveau mondial dans le domaine spatial.

Les investissements de l’Europe dans le domaine spatial sont nettement inférieurs à ceux de ses principaux concurrents. L’Union ne consacre actuellement que 0,07 % de son PIB à l’espace, contre 0,25 % en moyenne pour les États-Unis, et des niveaux encore plus élevés en Chine, en Inde et au Japon.

M. Pagliara estime que «ce déséquilibre structurel sape la capacité de l’Europe à favoriser l’innovation autonome, à maintenir des infrastructures critiques stratégiques et à lutter contre la dépendance à l’égard de technologies, de données et de services de pays tiers». Il ajoute que «nous devons accroître les investissements publics dans le domaine de l’espace».

Dans son avis, le CESE analyse la proposition d’acte législatif sur l’espace de la Commission européenne, et souscrit à son intention de renforcer le marché unique de l’espace.

Pour rendre les activités spatiales durables, sûres et résilientes, l’Union doit stimuler de façon structurelle ses investissements publics dans ce domaine. Elle doit donc agir d’urgence et adopter des politiques industrielles ambitieuses, sans quoi les objectifs de la proposition de la Commission ne seront pas atteints.

Parallèlement, le CESE souligne qu’il est important de disposer d’un cadre réglementaire clair pour attirer les investissements privés et demande que celui-ci s’accompagne d’une stratégie industrielle et technologique qui maximise le rendement économique et social pour les citoyens européens, définisse des outils pour réduire la dépendance à l’égard des approvisionnements critiques en provenance de pays tiers et soutienne le développement des capacités de lancement européennes. (mp)

Par Rudolf Kolbe

Grâce à son règlement sur l’IA, l’Europe s’est dotée d’un cadre majeur. À présent, place à la pratique: serons-nous capables de déployer l’intelligence artificielle partout — dans les entreprises, les administrations publiques et les secteurs stratégiques — tout en restant à la fois centrés sur l’humain, dignes de confiance et compétitifs? C’est là tout l’enjeu de la stratégie pour l’application de l’IA de la Commission européenne.

Par Rudolf Kolbe

Grâce à son règlement sur l’IA, l’Europe s’est dotée d’un cadre majeur. À présent, place à la pratique: serons-nous capables de déployer l’intelligence artificielle partout — dans les entreprises, les administrations publiques et les secteurs stratégiques — tout en restant à la fois centrés sur l’humain, dignes de confiance et compétitifs? C’est là tout l’enjeu de la stratégie pour l’application de l’IA de la Commission européenne qui, après la réglementation, place le curseur sur l’application concrète dans le but d’accroître la productivité, d’améliorer les services publics et de renforcer notre résilience.

Cette stratégie s’articule autour de trois éléments centraux.

Tout d’abord, la mise en place d’initiatives phares sectorielles: des mesures ciblées sur les soins de santé, l’industrie et la construction, la robotique, l’énergie, la mobilité, la sécurité, l’agroalimentaire, la culture et le secteur public sont à même de créer une réelle demande pour des solutions européennes. Dans le secteur de la santé, les centres de dépistage et les réseaux de compétences fondés sur l’IA peuvent permettre des diagnostics plus précoces et réduire les formalités administratives, pour autant que la protection des données, la transparence et la validation clinique fassent dès le départ partie de l’équation. Dans le secteur de l’industrie et de la construction, les jumeaux numériques et l’automatisation fondée sur l’IA peuvent améliorer la qualité, la sécurité et l’efficacité, tout en remédiant aux pénuries de compétences. Quel que soit le secteur, l’équité, la non-discrimination et les droits fondamentaux doivent demeurer des principes directeurs.

Deuxièmement, il faut prendre des mesures transversales pour les PME et les personnes qui travaillent avec l’IA. En Europe, l’utilisation de l’intelligence artificielle demeure trop marginale, surtout au sein des petites entreprises. Il est donc judicieux de renforcer les pôles européens d’innovation numérique et de les transformer en centres d’expérience consacrés à l’IA. Toutefois, les PME ont besoin d’un soutien réel et concret: un accès plus aisé aux financements, moins de formalités administratives, des règles réalistes en matière d’utilisation des données et de propriété intellectuelle, ainsi qu’un appui pratique pour commercialiser les solutions et les déployer dans l’ensemble du marché unique. Il s’agit notamment de créer des pôles régionaux de compétences en s’appuyant sur les atouts existants, afin que chaque région puisse en bénéficier, et pas uniquement celles qui possèdent d’ores et déjà les pôles d’innovation les plus performants.

Le monde du travail constitue un enjeu tout aussi déterminant. La maîtrise de l’IA doit être clairement définie et enseignée concrètement, selon les besoins de chaque secteur, aux travailleurs, aux cadres et aux employés du service public. Le perfectionnement et la reconversion professionnels ne répondent pas seulement à un objectif de réduction des risques. Ils doivent aussi permettre la transformation de l’emploi, en améliorer la qualité et accroître les gains de productivité. Là où la gestion algorithmique et la prise de décisions automatisée ont une incidence sur l’humain, aucun compromis n’est possible sur la transparence, l’explicabilité et des mécanismes de plainte et de recours efficaces si nous voulons instaurer la confiance.

Troisièmement, il nous faut une gouvernance inclusive et axée sur la mise en œuvre. Un mécanisme coordonné — avec un observatoire de l’IA chargé de définir des indicateurs clés de performance, d’en suivre les effets et de les documenter dans des rapports publics — peut maintenir la stratégie sur la bonne voie, moyennant une participation réactive et équilibrée des parties prenantes. Les partenaires sociaux, les PME et la société civile doivent d’entrée de jeu faire partie de la solution. Par ailleurs, l’Europe devrait recourir à des marchés publics stratégiques pour commercialiser des solutions innovantes, sûres et durables dans le domaine de l’IA — des solutions qui soient transparentes, compétitives et neutres sur le plan technologique.

Enfin, point d’ambition sans investissements fiables. La stratégie pour l’application de l’IA suppose de prévoir dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034 des ressources prévisibles et à long terme destinées aux infrastructures de recherche, de calcul et de données, ainsi qu’au perfectionnement et à la reconversion professionnels, en particulier pour les PME et les pôles d’innovation régionaux. De plus, après le retrait de la directive sur la responsabilité en matière d’IA, les futures mesures devront créer une sécurité juridique pour les innovateurs, tout en protégeant les consommateurs et les travailleurs au sein du marché unique.

En traduisant nos règles et nos valeurs en effets mesurables, la stratégie pour l’application de l’IA pourrait guider sa mise en œuvre en Europe, mais si et seulement si nous parvenons à accélérer la cadence, à simplifier son accessibilité et, par-dessus tout, à inspirer la confiance.

Aujourd’hui encore, dans l’Union européenne, la protection du droit à un avortement sans risque est à géométrie variable. Certains pays restreignent, voire criminalisent, l’accès à ce droit fondamental; d’autres ne permettent pas aux femmes de l’exercer dans la pratique. Nous avons interrogé José Antonio Moreno Díaz, membre du CESE, au sujet de l’initiative citoyenne européenne «Ma voix, mon choix», qui a recueilli plus d’un million de signatures vérifiées et a d’ores et déjà reçu l’appui du Parlement européen. 

Aujourd’hui encore, dans l’Union européenne, la protection du droit à un avortement sans risque est à géométrie variable. Certains pays restreignent, voire criminalisent, l’accès à ce droit fondamental; d’autres ne permettent pas aux femmes de l’exercer dans la pratique. Nous avons interrogé José Antonio Moreno Díaz, membre du CESE, au sujet de l’initiative citoyenne européenne «Ma voix, mon choix», qui a recueilli plus d’un million de signatures vérifiées et a d’ores et déjà reçu l’appui du Parlement européen. Dans son avis, le CESE soutient pleinement l’initiative et invite la Commission à agir pour permettre aux femmes de toute l’Union d’exercer leur droit à l’avortement sans risque et sans entrave.

Le règlement sur l’IA a fixé les règles pour l’intelligence artificielle en Europe. Tout l’enjeu consiste désormais à les appliquer efficacement dans les entreprises, les services publics et les secteurs clés. Rudolf Kolbe, membre du CESE et rapporteur de l’avis intitulé «Stratégie pour l’application de l’IA — renforcer le continent de l’IA», nous livre le point de vue du CESE sur la marche à suivre pour permettre à l’Europe de traduire ses règles en résultats concrets, tout en maintenant les citoyens et les droits fondamentaux au centre de ses préoccupations. 

Le règlement sur l’IA a fixé les règles pour l’intelligence artificielle en Europe. Tout l’enjeu consiste désormais à les appliquer efficacement dans les entreprises, les services publics et les secteurs clés. Rudolf Kolbe, membre du CESE et rapporteur de l’avis intitulé «Stratégie pour l’application de l’IA — renforcer le continent de l’IA», nous livre le point de vue du CESE sur la marche à suivre pour permettre à l’Europe de traduire ses règles en résultats concrets, tout en maintenant les citoyens et les droits fondamentaux au centre de ses préoccupations. 

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Par Irma Dimitradze

L’année 2026 n’a pas démarré sous de doux auspices. En Géorgie, elle a débuté avec toujours plus de prisonniers politiques, un avenir européen en suspens et un pays qui glisse vers un régime autoritaire. Pour moi, cette réalité porte un nom: celui de Mzia Amaglobeli. Il y a un an, mon mentor et amie proche est devenue la première femme journaliste prisonnière politique en Géorgie.

Par Irma Dimitradze

L’année 2026 n’a pas démarré sous de doux auspices. En Géorgie, elle a débuté avec toujours plus de prisonniers politiques, un avenir européen en suspens et un pays qui glisse vers un régime autoritaire.

Pour moi, cette réalité porte un nom: celui de Mzia Amaglobeli. Il y a un an, mon mentor et amie proche est devenue la première femme journaliste prisonnière politique en Géorgie. Victime d’abus, d’agressions et de déni de justice, elle a mené 38 jours durant une grève de la faim qui l’a rendue presque aveugle. Depuis lors, ma vie et mon pays ont changé à jamais.

La démocratie en Géorgie ne s’est pas effondrée du jour au lendemain. On ne peut pas non plus parler d’une offensive isolée. Elle s’inscrit dans une guerre plus vaste, apparue aux yeux de tous lorsque la Russie a déclenché en Ukraine la plus grande guerre menée sur le sol européen depuis la Seconde Guerre mondiale. Et même avant cela, l’assaut avait été lancé à grand renfort de désinformation, de propagande et de guerre hybride.

C’est une guerre contre l’ordre mondial fondé sur l’état de droit — une guerre qui cherche à redessiner les frontières, à écraser les institutions démocratiques et à se réapproprier nos vies.

Les démocraties occidentales, tout comme les Géorgiens, en ont sous-estimé la violence. Elles se pensaient trop fortes, trop démocratiques; nous nous croyions trop résilients. Nous avons eu tort.

En Géorgie, la propagande martèle que dans cette lutte mondiale, l’Union européenne est faible et que continuer à vouloir la rejoindre ramènera les chars et les bombes russes à nos portes, comme en 2008. La peur est devenue une arme.

Mais le résultat est là: plus de 410 jours de manifestations sans interruption. Les citoyens réclament qu’on leur rende leur pays, ce pays qui leur a été volé par des élections truquées, une justice dévoyée, une surveillance de masse et des lois répressives. Le régime se fait plus inventif que jamais pour écraser la dissidence, mais la résistance ne faiblit pas.

La Géorgie n’a jamais été parfaite, mais elle a su se doter d’une société civile dynamique, de médias libres toujours plus nombreux et de lois libérales. Après avoir obtenu le statut de candidat à l’adhésion à l’Union européenne, elle a soudain été poussée dans un précipice, se transformant en un État répressif qui jette ses citoyens en prison pour avoir osé protester, qui criminalise ses journalistes, qui licencie ses fonctionnaires qui refusent de se soumettre et qui en viendrait même à empoisonner ses manifestants au moyen d’agents chimiques.

Depuis le 28 novembre 2024, date à laquelle le parti au pouvoir, «Rêve géorgien», a brisé la trajectoire européenne de la Géorgie, le pays s’est rapidement mué en un champ d’expérimentation pour régime autoritaire. Détruire prend toujours bien moins de temps que construire.

L’Europe peut éprouver de la sympathie à notre égard, mais ce n’est pas seulement à la défaite de la Géorgie que nous assistons. Cette défaite, c’est aussi la vôtre. Car c’est ainsi que l’autoritarisme se propage, pays par pays, jusqu’à redéfinir l’ordre mondial lui-même.

En ce début d’année 2026, une chose est sûre: les anciennes règles ne nous protègent plus. Pendant que l’Europe hésitait, l’autoritarisme a gagné du terrain. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir si le monde va changer, mais s’il sera aux mains de ceux qui défendent la démocratie ou de ceux qui la détruisent.

Ce soir, aux dernières heures du 11 janvier, je me tenais debout, avec mes collègues, dans le froid glacial à l’ombre de la prison pour femmes de Rustavi, où Mzia Amaglobeli, aujourd’hui lauréate du prix Sakharov, reste injustement enfermée. Il y a exactement un an, à la même heure, elle était tout d’abord détenue illégalement pour avoir collé une affiche en signe de protestation contre des arrestations arbitraires ordonnées pour réprimer précisément cette forme d’expression.

Il y a moins d’un mois, j’étais à Strasbourg où j’ai participé à des réunions et donné des entretiens au nom de Mzia. Son message à l’Union européenne était à la fois simple et urgent: agissez dès maintenant et agissez concrètement. Usez de tous les moyens dont vous disposez. Nous vivons dans une nouvelle réalité qui ne nous accorde plus le luxe de tergiverser.

Mzia concluait sa lettre par ces mots: «Je crois en une Europe démocratique et forte.» Pour les Géorgiens, cette conviction n’a rien de symbolique. Elle leur coûte la liberté, la sécurité et la vie. L’Europe est aujourd’hui à l’heure des choix: faire honneur à cette conviction, ou abandonner ceux qui la défendent.

Irma Dimitradze est journaliste et responsable de la communication au sein de Gazeti Batumelebi, un organe de presse géorgien cofondé en 2001 par Mzia Amaglobeli, lauréate du prix Sakharov 2025. On lui doit un rapport d’enquête dévoilant comment le parti au pouvoir a accédé à des dizaines de milliers de données à caractère personnel sensibles des électeurs, qui ne devraient être récoltées que par les institutions publiques. Sur la scène internationale, Mme Dimitradze milite en faveur de la liberté de la presse en Géorgie et défend la cause de Mzia Amaglobeli, la première femme journaliste à être prisonnière politique dans son pays depuis 1991.