L’industrie sidérurgique européenne est confrontée à de graves problèmes dont les implications sont considérables. À défaut d’action rapide, on risque d’assister à des fermetures d’usines et des pertes d’emplois et de voir menacée l’autonomie stratégique de l’Union européenne en matière de défense, d’énergie propre et de technologies numériques. Le CESE invite la Commission européenne à renforcer les garanties commerciales, à réformer les politiques énergétiques et à soutenir une production à faible intensité de carbone.

Dans un avis adopté lors de sa session plénière de septembre dernier, le CESE a invité la Commission à agir sans délai. Les mesures européennes de sauvegarde actuellement en vigueur, destinées à lutter contre les hausses soudaines d’importations d’acier et appelées à expirer en juillet 2026, ont perdu leur efficacité. Le Comité propose d’imposer des limites strictes à l’importation, des droits de douane plus élevés sur les importations excédentaires et d’introduire une règle dite «fondue et coulée» afin de vérifier le véritable pays d’origine, et ainsi de pouvoir combler les failles commerciales.

«La sidérurgie et la métallurgie européennes font face à une crise existentielle sans précédent qui menace non seulement les capacités industrielles, mais aussi l’autonomie stratégique, la transition écologique et la sécurité économique de l’Europe, explique Michal Pintér, corapporteur de l’avis. Les mécanismes de protection en vigueur et les instruments de défense commerciale existants sont défaillants. L’Union a maintenant besoin de mesures commerciales audacieuses, globales et permanentes.»

Au-delà des aspects commerciaux, l’avis est particulièrement attentif aux coûts de l’énergie: les producteurs européens paient deux à trois fois plus cher pour leur électricité que leurs concurrents américains, ce qui nuit à la compétitivité et aux investissements écologiques. Le CESE plaide en faveur d’une réforme du marché de l’électricité, d’une aide temporaire pour les industries à forte intensité énergétique et d’un meilleur accès à l’hydrogène propre.

Anastasis Yiapanis, rapporteur, demande avec force que la compétitivité soit liée à l’investissement: «Il faut agir sans tarder pour rétablir la compétitivité de l’acier européen. Il faut que la Commission évalue les besoins de financement et accroisse le soutien qu’elle apporte, y compris au moyen des recettes du marché du carbone et de la banque de décarbonation industrielle.»

Le CESE souligne l’importance du recyclage: les déchets métalliques sont moins chers et plus propres que l’acier neuf, mais de grandes quantités quittent l’Europe pour aller vers des marchés où les normes sont moins strictes. Des contrôles plus rigoureux permettront de ne pas perdre ce matériau et de renforcer l’économie circulaire.

La transition écologique doit aussi être équitable. Le CESE propose de créer un fonds spécifique pour les travailleurs des industries à forte intensité énergétique dans le but d’aider ces derniers à se reconvertir, à acquérir de nouvelles compétences, voire à partir s’installer dans une autre région si nécessaire.

Le secteur de l’acier et des métaux qui pèse encore près de trois millions d’emplois reste essentiel à l’économie européenne, mais il a perdu depuis 2008 quelque 95 000 emplois, dont 18 000 en 2024. Lorsque l’on sait que la surcapacité sidérurgique mondiale doit dépasser cinq fois la production annuelle de l’Union d’ici à 2027, le message du CESE est clair: l’Europe doit agir aujourd’hui pour garantir l’avenir de son industrie sidérurgique. (gb/dm)