Par Sandra Parthie, présidente du groupe des employeurs

Pour faire reculer la pauvreté en Europe, il nous faut commencer par investir directement dans le potentiel des citoyens. Aujourd’hui, plus de 94 millions d’Européens — soit plus de 21 % de la population — demeurent exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Un risque auquel sont particulièrement vulnérables les enfants et les jeunes adultes. En plus d’être une tragédie humaine, leur marginalisation s’apparente à un gaspillage de talents.

En effet, la lutte contre la pauvreté ne peut être dissociée du moteur que représente la croissance économique, véritable source d’opportunités. Les politiques de lutte contre la pauvreté doivent s’accompagner de stratégies qui favorisent la compétitivité. Un environnement propice aux entreprises — c’est-à-dire qui encourage l’investissement, la création d’emplois et l’esprit d’entreprise — est la voie la plus sûre vers une réduction durable de la pauvreté.

Les employeurs réclament des mesures susceptibles d’ouvrir des débouchés professionnels et d’élargir le champ des possibilités, au lieu de politiques uniquement basées sur la redistribution ou l’aide à court terme. La lutte contre la pauvreté nous impose de créer les conditions permettant à chacun et chacune de participer au marché du travail et d’en bénéficier.

Renforcer l’accès à l’entrepreneuriat

Pour nos économies, il est fondamental de réduire les obstacles à l’entrepreneuriat. Les entrepreneurs stimulent l’innovation, créent des emplois, améliorent les revenus des ménages et garantissent souvent des biens et des services abordables dans les collectivités mal desservies. Dans le même temps, pourtant, leurs intérêts sont souvent sous-représentés et leur quotidien est émaillé d’obstacles structurels tels qu’un accès limité aux financements, des charges administratives excessives et une éducation inadéquate à l’esprit d’entreprise. Ce constat est d’autant plus vrai pour les jeunes entrepreneurs, dont les ambitions ne sont pas suffisamment soutenues. Si l’Europe entend réellement œuvrer à une mobilité sociale ascendante et à sa compétitivité à long terme, la suppression de ces obstacles doit être au centre des priorités.

Le marché unique en guise d’outil social

Avec un marché unique performant, l’Union européenne dispose d’un des leviers les plus puissants pour lutter contre la pauvreté. L’intégration complète du marché intérieur pourrait libérer plus de 2 800 milliards d’euros de produit intérieur brut (PIB) supplémentaire d’ici 2030. Selon le Fonds monétaire international (FMI), une suppression ne fût-ce que partielle des obstacles internes pourrait faire progresser le PIB de l’UE d’environ 7 %, et ce, sans nouvelles ressources budgétaires. Ces gains soutiendraient les régions tant innovantes que manufacturières, renforçant ainsi la cohésion dans l’ensemble de l’Union.

Il s’agit là d’une réelle chance de transformation: la pauvreté ne se combat pas à coups de subventions sans cesse revues à la hausse, mais en stimulant la croissance, l’innovation et l’esprit d’entreprise au sein de notre économie sociale de marché.

Réduire la pauvreté en donnant à nos concitoyens les moyens de travailler, d’innover et de réussir est autant une obligation morale qu’un impératif économique.