Entretien avec le docteur Hans Henri Kluge, directeur régional pour l’Europe de l’Organisation mondiale de la santé
Comment envisagez-vous les effets de la campagne de vaccination en Europe?
Le nombre de personnes vaccinées contre la COVID-19 dans le monde depuis le 4 février 2019 dépasse le nombre de cas confirmés depuis le début de l’épidémie. À ce jour (le 17 juin), plus de 477 millions de doses de vaccins contre la COVID-19 ont été administrées dans la région européenne.
Ce chiffre montre que nous avançons à grands pas: les taux d’hospitalisation et de décès ont reculé, notamment dans les pays où la couverture vaccinale est forte chez les personnes âgées. Cela prouve non seulement que la vaccination fonctionne, mais aussi que la stratégie consistant à vacciner d’abord les plus à risque, telle qu’elle a été définie par les comités consultatifs tant mondiaux que régionaux, puis mise en œuvre dans toute la région européenne de l’OMS, fonctionne également: pour sauver des vies, soulager les systèmes de santé et nous permettre de sortir le plus rapidement possible de la phase aiguë de la pandémie.
Si la vaccination joue un rôle important dans la baisse des taux d’hospitalisation et de décès, nous devons rester prudents car, même lorsqu’une personne est vaccinée, elle peut toujours être infectée et transmettre le virus. Nous devons continuer à appliquer les mesures sociales et de santé publique qui ont fait leurs preuves, tout en accélérant le rythme de la vaccination.
J’aimerais faire passer un message essentiel, à savoir que l’avenir n’est pas gravé dans le marbre et que l’évolution de la pandémie de COVID-19 est entre nos mains, car elle est déterminée par les actions des individus et de la société dans son ensemble.
Et quelle est la situation dans le monde?
L’un des messages clés est le suivant: il faut davantage d’équité. Les vaccins permettent de faire reculer les formes graves et les décès dans les pays qui ont la chance de disposer de quantités suffisantes pour couvrir les plus vulnérables, et les premiers résultats suggèrent que ces vaccins pourraient également réduire la transmission. La scandaleuse disparité de l’accès aux vaccins dans le monde reste l’un des principaux obstacles à l’éradication de la COVID-19.
À l’heure actuelle, 77 % de toutes les doses vaccinales dans le monde ont été administrées dans seulement 10 pays. Nous devons redoubler d’efforts pour garantir une répartition équitable des vaccins entre les différents pays et populations.
Un autre message, lié au précédent, est que la solidarité est essentielle. Le moment est venu de mobiliser toute la solidarité et le soutien nécessaires pour que personne ne soit laissé pour compte. Efforçons-nous d’atteindre une couverture vaccinale élevée dans chaque pays, en commençant par les plus à risque, de manière à faire un grand pas vers notre retour à la vie normale.
Lors de la 74e Assemblée mondiale de la santé, le directeur général de l’OMS a appelé les États à soutenir un effort massif visant à vacciner au moins 10 % de la population de chaque pays d’ici septembre, ainsi qu’une campagne jusqu’en décembre afin d’atteindre notre objectif de vaccination d’au moins 30 % d’ici la fin de l’année. Nous faisons partie d’une communauté mondiale de la santé publique et, à ce titre, nous devons tous intensifier nos efforts.
Quels enseignements en tirer et comment être mieux préparés à l’avenir?
La 74e Assemblée mondiale de la santé, qui s’est tenue du 24 mai au 1er juin, était axée sur la façon d’éradiquer la COVID-19 et de nous préparer pour la prochaine pandémie. Plus important encore, cette réunion a consisté en un énorme effort collectif pour tirer les leçons de l’actuelle pandémie.
L’OMS a commandé plusieurs études indépendantes et missionné divers groupes d’experts indépendants pour aider la communauté mondiale de la santé à améliorer sa réponse collective aux pandémies ou à d’autres urgences de santé publique de portée internationale.
Toutes ces études ont fourni des recommandations fortes et claires quant à un renforcement futur du rôle de l’OMS dans la réponse aux urgences sanitaires. À présent, nous devons traduire ces recommandations en actions concrètes. Cette tâche sera considérable et nécessitera un large engagement politique et financier, à la poursuite d’un objectif commun clair: sauver plus de vies, prévenir la perte de moyens de subsistance et assurer l’équité de notre réponse à la pandémie.
Des propositions ont été émises en vue d’un nouveau traité sur les pandémies, destiné à renforcer l’architecture sanitaire en matière de préparation et de riposte aux pandémies. Cette question sera examinée lors d’une session extraordinaire de l’Assemblée mondiale de la santé, en novembre.
Au sein de la région européenne, j’ai mis en place la «commission Monti», une commission paneuropéenne sur la santé et le développement durable, chargée de repenser les priorités stratégiques à la lumière des pandémies. Composée d’anciens chefs d’État, de scientifiques et d’économistes, de directeurs d’établissements de santé ou d’aide sociale, ainsi que de dirigeants du monde des affaires et d’établissements financiers de toute la région européenne, cette commission tirera des enseignements de la façon dont les systèmes de santé de différents pays ont répondu à la pandémie de COVID-19 et émettra des recommandations sur les investissements et les réformes nécessaires pour améliorer la résilience des systèmes de santé et de protection sociale.
Comment l’Union européenne soutient-elle les efforts de lutte contre la COVID-19 à l’échelle mondiale et régionale?
L’Union européenne est l’un des premiers partenaires de l’Organisation des Nations unies (ONU) dans le monde.
Le processus d’adhésion à l’UE est un catalyseur de réforme essentiel et une source de motivation pour les pouvoirs publics, qui doivent progresser dans toute une série de domaines législatifs et politiques. Les programmes d’investissement de l’Union joueront un rôle clé pour inciter les institutions financières européennes et internationales à accroître les investissements publics et privés en faveur du partenariat avec les Balkans occidentaux et du partenariat oriental, et ce, notamment dans le secteur de la santé. Nous saluons également les investissements que l’UE réalise dans le domaine de la santé sous la forme de financements et d’actions conjointes avec le Bureau régional de l’OMS pour l’Europe (OMS/Europe) dans des pays non membres de l’UE.
En cette période de (l’après-)pandémie, l’OMS/Europe s’emploie à nouer des alliances et à élaborer des stratégies conjointes entre l’ONU et l’UE, dans le but de faire progresser le processus d’adhésion à l’UE dans la sous-région des Balkans occidentaux, et de renforcer l’espace démocratique et économique dans les pays du voisinage de l’Union.
L’OMS/Europe s’efforce de mettre à profit son rôle prépondérant dans le domaine de la santé afin d’harmoniser, de soutenir et d’accélérer activement les partenariats et collaborations stratégiques dans les sous-régions européennes, puisqu’ils constituent la pierre angulaire de nos progrès en matière de santé dans l’optique de la mise en œuvre du programme de travail européen (PTE) de l’OMS pour la période 2020-2025 et de la réalisation des objectifs de développement durable à l’horizon 2030.