European Economic
and Social Committee
Défense européenne: les dépenses doivent être réfléchies et efficaces
par Marcin NOWACKI
À l’heure où l’Europe est confrontée à un rapide bouleversement du paysage géopolitique, une question majeure se pose à elle: comment l’Union européenne peut-elle garantir sa sécurité dans un monde de plus en plus incertain? Dans son avis sur «Le financement de la défense dans l’Union européenne», le CESE expose une feuille de route complète pour renforcer la sécurité de l’Union et se préparer à relever les défis d’aujourd’hui comme ceux de demain.
Cet avis arrive à un moment où nous assistons à une montée des périls sécuritaires. La préconisation centrale du CESE est de mettre en place un mécanisme solide et unifié pour financer la défense de l’Union européenne. Les structures de financement actuelles sont inadéquates et il faut en changer. Faute d’une approche plus coordonnée du financement de sa défense, l’Union risque de faillir à protéger ses intérêts. Parmi les motifs d’inquiétude mentionnés dans l’avis, signalons notamment que «78 % des 75 milliards d’euros que les pays de l’Union ont dépensés pour leurs commandes dans le domaine de la défense entre juin 2022 et juin 2023 ont bénéficié à des fournisseurs de pays tiers», comme indiqué dans le rapport à la Commission sur l’avenir de la compétitivité européenne. On ne saurait faire abstraction de cette dépendance croissante à l’égard de prestataires extérieurs.
Cependant, il ne s’agit pas seulement de dépenser plus, encore faut-il que les dépenses soient réfléchies et efficaces. Le CESE recommande de renforcer la coordination entre l’Union européenne et l’OTAN, d’augmenter le financement d’initiatives telles que le Fonds européen de la défense (FED) et la facilité européenne pour la paix (FEP) et de privilégier les commandes conjointes pour rationaliser les ressources et réduire les coûts. Le CESE encourage par ailleurs les membres européens de l’OTAN à consacrer au moins 2,5 % de leur PIB à la défense, une démarche qui renforcerait la réponse de l’Europe aux menaces géopolitiques qui la guettent actuellement. Grâce à ce relèvement de leur objectif de dépenses, les membres européens de l’OTAN contribueront plus efficacement à la sécurité collective, tout en conservant la pleine souveraineté sur leurs forces armées.
Par ailleurs, des initiatives telles que l’action de soutien à la production de munitions (ASAP) et l’instrument visant à renforcer l’industrie européenne de la défense au moyen d’acquisitions conjointes (EDIRPA) sont essentielles pour renforcer les capacités de défense de l’Union. Ces efforts permettront à l’Europe de procéder à une mise en commun efficace de ses ressources et d’assurer ainsi sa préparation à la fois civile et militaire.
Les avancées technologiques, notamment en ce qui concerne l’intelligence artificielle, les drones et la cybersécurité, s’imposent de plus en plus comme des éléments vitaux pour la sécurité des États. Le CESE souligne qu’il est important d’investir dans ces domaines pour garder la maîtrise des menaces émergentes. La collaboration entre le secteur public et le secteur privé est essentielle pour stimuler l’innovation, en particulier dans les domaines de l’intelligence artificielle, des drones et des systèmes de cybersécurité.
Dans son avis, le CESE plaide aussi pour que l’industrie européenne de la défense soit dotée d’un écosystème résilient, en encourageant une coopération plus étroite entre les entreprises, les PME et les pouvoirs publics. Encourager l’innovation et faire en sorte que l’Europe reste compétitive permettra de réduire la dépendance à l’égard des fournisseurs extérieurs et de bâtir ainsi une industrie de la défense plus autonome.
N’oublions pas non plus les initiatives régionales qui sont déployées dans l’Union. Renforcer les collaborations régionales contribuera à individualiser les stratégies de défense afin de répondre aux enjeux sécuritaires spécifiques auxquels sont confrontés les différents États membres. Cette approche permettra d’apporter une réponse adéquate, dans le cadre plus large de l’Union, aux craintes de l’échelon régional.
Le renforcement de la défense de l’Union européenne ne se limite pas à la question de la sécurité, il s’agit aussi de défendre les valeurs qu’elle porte. Notre conviction est qu’en se conformant à la feuille de route tracée dans notre avis, l’Union pourra assurer son avenir, préserver la paix sur son territoire et sauvegarder ses intérêts économiques.