Par le groupe des organisations de la société civile du CESE

Le 8 avril dernier, le réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN) a lancé son dernier rapport de veille sur la pauvreté («Poverty Watch»), intitulé «Vers une approche systémique de la protection sociale».

Ce rapport, qui a été présenté pour la première fois à l’occasion d’une manifestation organisée conjointement avec le groupe des organisations de la société civile du Comité économique et social européen (CESE) à Bruxelles, prend à bras-le-corps les problèmes qui se posent pour garantir que les systèmes de protection sociale soient robustes et résilients. Cette action est particulièrement pertinente dans le contexte actuel, puisque dans l’Union, l’État-providence est soumis à des contraintes financières croissantes, dues aux limitations des dépenses nationales, ainsi qu’à l’envolée des dépenses de défense et de sécurité.

Le rapport, qui s’appuie sur les conclusions de 19 organisations nationales membres du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN), démontre que pour parvenir à une approche systémique de la protection sociale qui soit globale et efficace, il est nécessaire de disposer de politiques qui, s’inscrivant dans des stratégies intégrées à long terme, articulent les dimensions économique, sociale et environnementale. Ces actions doivent reposer sur des données probantes solides et sur une participation consistante des populations en situation de pauvreté.

Les réseaux nationaux de l’EAPN expriment leur appréhension face aux restrictions opérées dans les dépenses sociales. Par ailleurs, des indicateurs tels que des niveaux élevés de non-utilisation des prestations sociales continuent de susciter des inquiétudes quant à l’efficacité de politiques qui ne parviennent pas à atteindre les personnes qui ont besoin de prestations sociales et le droit d’y prétendre.

Le rapport déplore que face à un monde en mutation rapide, marqué par la numérisation, la guerre, le vieillissement de la population et le changement climatique, les réactions demeure,t insuffisante, et il souligne la nécessité de rétablir une approche systémique des politiques sociales.

Soulignant l’urgence de la question, Juliana Wahlgren, directrice de l’EAPN, s’est exprimée en ces termes: «L’Union européenne doit protéger l’État-providence et donner la priorité aux dépenses sociales. À cette fin, le rapport «Poverty Watch» formule des recommandations qui portent, entre autres, sur le revenu minimum, la crise du logement ou la transition énergétique. L’efficacité des actions et leur adéquation sont primordiales. L’année prochaine, la Commission lancera la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, mais elle ne pourra réussir que si les États membres adoptent une approche véritablement systémique de la protection sociale. Lorsque l’on sait que plus de 20 % de la population de l’Union est menacée de pauvreté, il ne peut plus être question de continuer à mener des politiques compartimentées: il faut que la protection sociale soit forte, coordonnée et efficace.»

Séamus  Boland, président du groupe des organisations de la société civile a déclaré: «L’éradication de la pauvreté nécessite une action sans relâche de la part de tous les États membres. Celle qui est vécue dans l’Union est pour une grande part de nature intergénérationnelle, et peut être particulièrement brutale pour la vie des enfants et des personnes âgées. L’éducation, le logement et la cherté de l’énergie, sont autant de domaines où il convient de mettre en place des mesures spéciales qui ciblent les faiblesses du système. Si elle échoue à le faire, l’Union européenne, en tant qu’entité politique, aura du mal à garder la confiance de ses citoyens.»

Krzysztof Balon, vice-président du groupe des organisations de la société civile, et rapporteur de l’avis du CESE sur la toute première stratégie de l’UE contre la pauvreté, annoncée dans les orientations politiques de la Commission pour la période 2024-2029, a formulé pour sa part les observations suivantes: «Une stratégie européenne efficace de lutte contre la pauvreté doit s’appuyer sur l’expérience des populations confrontées à la pauvreté et répondre à leurs besoins. Elle devrait aussi soutenir les organisations de la société civile et les associer à la conception et à la mise en œuvre de projets et de mesures appropriés pour lutter contre l’exclusion sociale.»

L’avis susmentionné sera présenté lors de la session plénière du CESE des 16 et 17 juillet prochains.