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European Economic and Social Committee A bridge between Europe and organised civil society

OCTOBER 2026 | FR

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Éditorial

Éditorial

Chères lectrices, chers lecteurs,  

Voici un an, je suis devenu président du Comité économique et social européen. Je vous remercie de tout cœur pour le soutien et la confiance que vous m’avez témoignés ces douze derniers mois. J’ai vraiment apprécié chaque instant depuis mon élection. 

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Chères lectrices, chers lecteurs,  

Voici un an, je suis devenu président du Comité économique et social européen. Je vous remercie de tout cœur pour le soutien et la confiance que vous m’avez témoignés ces douze derniers mois. J’ai vraiment apprécié chaque instant depuis mon élection.  

Et surtout, je tiens à vous adresser mes plus vifs remerciements pour les contributions essentielles que vous apportez chaque jour en tant que société civile. En faisant entendre la voix des exclus, en représentant les travailleurs, les employeurs et les organisations de la société civile et, plus généralement, en étant cette voix qui dérange dans les enceintes décisionnelles, vous êtes la force vive de la démocratie participative européenne. Ces voix m’ont accompagné partout où je suis allé, et ce sont elles qui m’animent chaque jour dans mes fonctions de président du CESE.  

Lors de ma cérémonie d’investiture il y a un an, j’ai déclaré que l’éradication de la pauvreté serait au cœur de ma vision d’une «Union riche en perspectives, sûre et résiliente». C’est donc avec plaisir, et avec une certaine fierté, que j’ai participé, lors de notre session plénière d’octobre, au premier de nos débats annuels de haut niveau sur la lutte contre la pauvreté, qui a réuni des dirigeants de l’UE, des décideurs politiques et des organisations de la société civile afin de discuter de solutions pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion. 

Pour moi, la pauvreté n’est pas un sujet théorique. C’est une épreuve que j’ai traversée personnellement et, je suis heureux de le dire, que j’ai pu surmonter.  

Cependant, la priorité que j’accorde à l’éradication de la pauvreté n’est pas simplement liée à des raisons personnelles et émotionnelles. La lutte contre la pauvreté se justifie d’un point de vue économique. Le fait qu’un Européen sur cinq soit exposé au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale n’est pas seulement un échec moral et social. Cette situation a un coût économique élevé, car elle limite le potentiel humain, affaiblit la productivité et compromet la résilience de l’Europe à un moment où celle-ci en a le plus besoin.  

Si l’UE met actuellement — et à juste titre — l’accent sur la compétitivité et la sécurité, elle ne doit pas le faire au détriment de l’inclusion sociale. Je me réjouis donc tout particulièrement que nous signions un protocole d’accord avec la Commission européenne sur la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. Cette coopération politique et opérationnelle sera essentielle à une mise en œuvre réussie de cette stratégie.  

Il convient de concevoir les politiques en gardant à l’esprit les personnes qu’elles concernent. Cela ne peut se faire qu’en associant les partenaires sociaux, les organisations de la société civile et les personnes confrontées au problème en question, en l’occurrence la pauvreté. En effet, une telle démarche donne lieu à des politiques plus efficaces et plus réalisables grâce à l’adhésion des parties prenantes. 

Lorsque je repense à l’année écoulée, ce message sur l’importance d’inclure — et d’écouter — les voix de la société civile est sans aucun doute celui que j’ai le plus partagé. Je l’ai diffusé lors de réunions avec la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, le président du Conseil, António Costa, la présidente du Parlement européen, Roberta Metsola, les vingt et un commissaires, de nombreux députés européens de haut rang et présidents de commission. Je l’ai également relayé en Chine, lors de la table ronde UE-Chine, aux Nations unies à New York, auprès de dirigeants politiques en Moldavie, au Monténégro et dans les États baltes, ainsi qu’auprès de dirigeants et divers ministres dans de nombreuses enceintes de la présidence du Conseil de l’UE à Chypre et en Irlande, au sein d’organes de la société civile et auprès des jeunes dans toute l’Europe et au-delà.   

J’ai bon espoir pour l’avenir, même si l’Europe se trouve face à de nombreux défis et que certaines voix dissidentes se font entendre, y compris celles qui remettent en cause la nécessité d’associer la société civile. Les politiques élaborées conjointement avec la société civile sont l’antidote à des solutions simplistes et venant d’en haut. Elles sont également essentielles pour que l’UE puisse non seulement survivre, mais aussi prospérer, à l’ère du changement climatique, de l’IA et des perturbations géopolitiques, et pour ne pas perdre l’adhésion du grand public.     

Donner aux travailleurs, aux employeurs et à la société civile voix au chapitre en leur permettant de façonner et d’influencer la législation et les politiques de l’Union est la force unique du CESE. À l’heure où les citoyens exigent d’être entendus, nous devons renforcer cette voix, et non l’affaiblir.  

Vous pouvez compter sur moi pour continuer à plaider en ce sens avec détermination, et au plus haut niveau, pour le reste de mon mandat.  

Séamus Boland

Président du Comité économique et social européen

À vos agendas

27 octobre 

La décarbonation commence au niveau local — donner aux villes et aux régions les moyens d’agir en faveur de la transition énergétique de l’Europe

3 novembre

La valeur socio-économique de la qualité de l’emploi

4 novembre

Conférence annuelle sur les droits fondamentaux et l’état de droit 2026

10 novembre

Renforcer l’avance de l’Europe en matière de défense, aux côtés de l’Ukraine

30 novembre

Dialogue du CESE sur la politique des consommateurs

16-17 décembre

Session plénière du CESE

UNE QUESTION À…

Dans son avis intitulé «Diplomatie de l’eau en action: restaurer le cycle hydrologique de la planète», le CESE exprime de vives préoccupations face aux dangereux bouleversements que connaît le cycle hydrologique mondial, principalement sous l’effet de l’accélération du changement climatique, d’une utilisation non durable de l’eau et du changement d’affectation des terres.  

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Dans son avis intitulé «Diplomatie de l’eau en action: restaurer le cycle hydrologique de la planète», le CESE exprime de vives préoccupations face aux dangereux bouleversements que connaît le cycle hydrologique mondial, principalement sous l’effet de l’accélération du changement climatique, d’une utilisation non durable de l’eau et du changement d’affectation des terres.  

Le Comité invite la Commission européenne et les États membres à collaborer et à mettre en œuvre prestement la «diplomatie bleue» dans le but de restaurer et de protéger les mouvements naturels de l’eau sur la planète ainsi que de promouvoir une gouvernance partagée de l’eau.  

Nous avons demandé aux trois rapporteurs de l’avis du CESE, Milena Angelova, Carlos Trindade et Ioannis Vardakastanis, d’expliquer ce qui perturbe le cycle mondial de l’eau et ce que le CESE propose pour inverser la tendance. 

DIPLOMATIE BLEUE: LA COOPÉRATION DANS LE DOMAINE DE L’EAU DOIT DEVENIR UNE PRIORITÉ DE L’UE

Par Milena Angelova, Carlos Trindade et Ioannis Vardakastanis 

 

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Par Milena Angelova, Carlos Trindade et Ioannis Vardakastanis 

CESE info: Pourquoi le rétablissement du cycle hydrologique mondial nécessite-t-il une action internationale coordonnée, et quel rôle l’UE devrait-elle jouer à cet égard? 

Milena Angelova, du groupe des employeurs du CESE: «Le CESE est vivement préoccupé par les profonds et dangereux bouleversements que connaît le cycle hydrologique de la planète, principalement sous l’effet de l’accélération du changement climatique, d’une utilisation non durable de l’eau et du changement d’affectation des terres. En s’appuyant sur ses ambitions multilatérales, l’UE devrait prendre la tête des efforts internationaux visant à renforcer le rôle du droit international lorsqu’il s’agit de protéger et de restaurer les écosystèmes qui soutiennent le cycle hydrologique, tels que les zones humides, les lacs et les forêts. L’UE devrait plaider, lors de l’édition 2026 de la conférence des Nations unies sur l’eau, en faveur d’une initiative phare d’envergure mondiale visant à rétablir le cycle hydrologique mondial, qui mettrait particulièrement l’accent sur la réduction des lacunes en ce qui concerne l’eau verte, conformément au dialogue interactif C sur le thème “L’eau pour la planète”. 

Le cycle hydrologique représente un bien public mondial qui nécessite une approche systémique à l’échelle de la planète, notamment en ce qui concerne les indicateurs, les systèmes de mesure et la cartographie, les protocoles de suivi, le partage des données et les incitations qui sous-tendent la gouvernance et la prise de décision. 

Le CESE suggère que le budget de l’UE pour la période 2028-2034 prévoie un financement destiné à la restauration des cycles hydrologiques de toutes tailles, par la voie d’une coopération et d’une gestion durable des bassins versants, prairies maritimes et paysages éponges partagés et transfrontaliers, ainsi qu’au moyen d’innovations hydroclimatiques qui limitent également les changements hydrologiques. 

Au niveau européen, nous avons besoin d’un programme ambitieux qui associe l’agriculture, l’eau, le climat, la biodiversité et les relations extérieures au sein d’une stratégie de résilience unique, en tirant le meilleur parti de la révolution technologique, de l’intelligence artificielle et de la numérisation.» 

CESE info: Quelles sont les activités humaines qui créent les perturbations les plus graves pour le cycle hydrologique de la planète? 

Carlos Trindade, du groupe des travailleurs du CESE: «L’accélération du changement climatique, l’utilisation non durable de l’eau, le changement d’affectation des terres et les nouveaux besoins liés aux centres de données d’IA font partie des principaux facteurs humains qui perturbent le cycle hydrologique. 

Ces perturbations comprennent aussi des épisodes de chaleur et des conditions El Niño qui revêtent un caractère extrême, des anomalies dans les débits fluviaux, des modifications concernant le débit entrant dans les réservoirs, la recharge des nappes souterraines, l’humidité des sols et l’évapotranspiration, ainsi qu’une perte de masse des glaciers atteignant des niveaux records, tant au niveau des pôles que sur les hautes montagnes du monde entier. Par exemple, la fonte des glaces en Antarctique a des répercussions sur le cycle hydrologique de la planète et les régimes de précipitations à l’échelle mondiale, des données montrant des incidences sur les précipitations tropicales et la répartition hémisphérique de l’humidité. 

Face à ces activités humaines et aux changements atmosphériques, les difficultés actuelles de mise en œuvre des politiques multilatérales et les résultats modestes de la coopération transfrontalière en matière de gestion partagée des ressources en eau sapent gravement les efforts diplomatiques internationaux visant à mettre en place des programmes pour faire face à la situation actuelle et rétablir le cycle hydrologique de la planète.» 

EESC Info: Que propose le CESE pour aider les pays à collaborer afin de protéger les ressources en eau partagées et de rétablir le cycle mondial de l’eau? 

Ioannis Vardakastanis, du groupe des organisations de la société civile du CESE: «Notre Comité propose un ensemble d’actions visant à produire des données de haute qualité et d’un nouveau genre, ce qui nous permettra de restaurer et de protéger le cycle hydrologique de la planète plus efficacement, en promouvant le multilatéralisme. Nous encourageons les pays riverains — à savoir les pays partageant les mêmes fleuves ou bassins hydrographiques — à conclure des accords communs et à mettre en place des organes spécifiques pour les bassins hydrographiques, qui géreront conjointement ces cours d’eau et bassins partagés, conformément à la convention sur l’eau et à la convention sur les cours d’eau. Nous tenons à souligner une nouvelle fois que la coopération dans le domaine de l’eau doit constituer un axe porteur de l’action extérieure de l’Union, et non un simple appendice des politiques existantes. Les efforts de diplomatie bleue doivent également être renforcés par la promotion de la coopération avec l’envoyé spécial des Nations unies pour l’eau. Ce partenariat est susceptible d’accroître considérablement notre capacité à agir en tant que catalyseur d’une nouvelle alliance mondiale visant à rétablir le cycle hydrologique.» 

L’INVITÉ SURPRISE

L’année 2027 sera cruciale pour l’Union européenne, avec des élections qui pourraient renforcer les mouvements nationalistes et miner davantage encore sa cohésion. Alors que les fractures politiques se creusent et que les difficultés s’amoncellent sur la scène mondiale, est-il encore temps pour l’Europe de repenser son avenir? Notre invité surprise, Marco Zatterin, journaliste chevronné qui a longtemps été correspondant à Bruxelles du journal italien La Stampa, examine les menaces qui pèsent sur le projet européen et fait valoir qu’une coopération plus étroite, des ambitions partagées et un leadership plus fort sont essentiels afin de prévenir le délitement de l’Union. 

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L’année 2027 sera cruciale pour l’Union européenne, avec des élections qui pourraient renforcer les mouvements nationalistes et miner davantage encore sa cohésion. Alors que les fractures politiques se creusent et que les difficultés s’amoncellent sur la scène mondiale, est-il encore temps pour l’Europe de repenser son avenir? Notre invité surprise, Marco Zatterin, journaliste chevronné qui a longtemps été correspondant à Bruxelles du journal italien La Stampa, examine les menaces qui pèsent sur le projet européen et fait valoir qu’une coopération plus étroite, des ambitions partagées et un leadership plus fort sont essentiels afin de prévenir le délitement de l’Union. 

MENACE D’UNE PRISE DE POUVOIR NATIONALISTE: IL EST TEMPS DE REPENSER L’EUROPE

Par Marco Zatterin 

Les pays d’Europe n’ont jamais vraiment été unis. Ils ont socialisé les uns avec les autres plus qu’ils ne se sont rassemblés, ont longuement parlé de solidarité et d’objectifs communs, puis ont cherché le meilleur résultat possible pour leurs États respectifs tout en laissant leur engagement en faveur d’une action collective fléchir. Le mal-être et la faiblesse dans lesquels les 27 sont actuellement enlisés sont davantage le résultat de choix qui n’ont pas été faits que de stratégies malavisées ou inefficaces.  

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Par Marco Zatterin 

Les pays d’Europe n’ont jamais vraiment été unis. Ils ont socialisé les uns avec les autres plus qu’ils ne se sont rassemblés, ont longuement parlé de solidarité et d’objectifs communs, puis ont cherché le meilleur résultat possible pour leurs États respectifs tout en laissant leur engagement en faveur d’une action collective fléchir. Le mal-être et la faiblesse dans lesquels les 27 sont actuellement enlisés sont davantage le résultat de choix qui n’ont pas été faits que de stratégies malavisées ou inefficaces.  

À l’heure actuelle, l’UE ressemble à un Saint-Sébastien moderne: assaillie par des jeunes français et espagnols qui manifestent parce qu’ils n’ont pas de perspectives d’avenir, et par des personnes — en particulier à droite — qui s’opposent à elle en répandant l’ineptie selon laquelle nous serions mieux lotis sans la «dictature de l’euro».   

Le rêve européen est en train de s’étioler et ne parvient pas à nous représenter aussi efficacement qu’il le pourrait, car les capitales nationales et les responsables politiques qui s’y massent ont passé des années à en faire l’objet de leur fiel. Cette déformation malveillante est le fait de personnes qui préfèrent les excuses aux réponses, un mal qui se propage rapidement, menace nos vies et sape des ambitions louables.  

Il est toujours utile de mener des réflexions approfondies. Un état de fait que le calendrier rend désormais impératif. 2027 pourrait être une année charnière, douze mois au cours desquels des élections démocratiques pourraient remodeler notre perception des droits et de la solidarité que nous avons longtemps considérés comme acquis.  

La guerre en Ukraine en est à sa cinquième année. Les turbulences tristement habituelles au Moyen-Orient ont été exacerbées par la guerre menée par Donald Trump, les élections de mi-mandat à forts enjeux approchant à grands pas.  

Les prix de l’énergie ont grimpé en flèche, entraînant une hausse de l’inflation et des taux d’intérêt. Cette combinaison a brisé l’édifice déjà fragile de la croissance continentale et menace un système lourdement endetté.  

Entre novembre et mai, les élections pourraient faire passer l’Espagne, la Pologne et la France à droite, tandis que l’approche centriste du chancelier Merz en Allemagne s’essouffle et risque de devenir inopportune. L’Italie, qui n’a jamais été aussi divisée, suivra. Tout pourrait changer — et pas nécessairement pour le mieux.  

Il existe une réelle possibilité que l’axe Paris-Berlin, longtemps moteur de la prise de décision au niveau européen (certes peu engageant, mais néanmoins efficace), se grippe. Sans autres forces politiques constructives, l’absence de leadership fiable à l’échelon européen ferait le jeu des souverainistes et des nationalistes, pour qui la prise de pouvoir est plus importante que le bien-être généralisé et qui la poursuivront à tout prix, même si cela implique de mentir au sujet de leurs opposants et de prendre l’argent de Vladimir Poutine. 

La plupart des gouvernements européens, c’est-à-dire la majorité au Conseil de l’Union européenne, sont déjà centristes ou de centre-droit. Il s’agit toutefois d’une majorité démocratique qui respecte les règles. L’émergence de positions plus radicales affaiblirait la dynamique en faveur d’une coopération plus étroite, mettant en évidence les contradictions de l’euroscepticisme. Elle récompenserait le nationalisme, qui, comme l’a dit François Mitterrand et comme beaucoup l’ont répété depuis, est annonciateur de guerre. En France, Marine Le Pen promet de ne faire preuve d’aucune indulgence envers les «étrangers», mais le pays a besoin de travailleurs pour lutter contre la crise démographique et redonner à l’équipe nationale de football sa gloire passée. Elle s’engage donc à réduire le déficit en faisant considérablement baisser la contribution de la France au budget européen, propose de supprimer le mécanisme de fixation des prix de l’énergie et appelle à renforcer la capacité de défense nationale, ce qui entraverait l’action européenne conjointe.  

Dans un monde marqué par une polarisation économique et politique, où la Chine et les États-Unis s’efforcent de gouverner le monde sur une base bilatérale, le fait d’agir seul en Europe est une manière de courir au désastre. Même Paris peut s’en rendre compte lorsque, par exemple, les agriculteurs français impulsifs et impétueux découvrent que la réduction des contributions au budget de l’UE signifie moins d’argent dans leurs propres poches. Le Brexit offre une leçon salutaire.  

L’Europe est la plus efficace en cas d’urgence, comme le suggère une remarque souvent reprise et attribuée à Jean Monnet (en témoignent la COVID et la crise financière). Toutefois, il ne suffit pas de s’appuyer sur la perspective d’une catastrophe. Il serait beaucoup plus utile de réaliser des économies d’échelle en travaillant ensemble dans les domaines de l’énergie, de la croissance, de l’économie, du climat et de la défense, sans attendre que le pire se produise.  

Il est important d’étudier ce qui peut être fait pour y parvenir. Après tout, investir dans des défenses antidrones ou dans une grande barrière technologique n’équivaut pas à un réarmement: cela signifie que nous nous protégeons des attaques hybrides que divers observateurs et diplomates jugent à la fois probables et imminentes. Il ne s’agit pas de guerre, mais de dissuasion — un objectif que nous ne pouvons pas atteindre seuls. 

Il est impératif de repenser l’Europe. 2027 est l’année agitée au cours de laquelle la démocratie peut céder l’Union aux nationalistes et aux souverainistes désireux de la démanteler progressivement. La réponse consiste à écouter et à simplifier, à respecter nos racines et à définir des objectifs communs (financés collectivement par des emprunts conjoints). L’autre solution est de capituler face à la crise. Et il est curieux que cette croisée des chemins coïncide avec le moment où les Britanniques, trahis par la maladie de la vache folle et les souvenirs de leur empire perdu, cherchent un moyen de revenir en arrière et de retrouver leurs anciens pénates afin de surmonter la profonde crise qui les frappe de l’autre côté de la Manche. 

Marco Zatterin est un journaliste italien expérimenté qui a été correspondant à Bruxelles pour La Stampa pendant dix ans avant de devenir rédacteur en chef adjoint du journal. Il est actuellement chroniqueur pour les six journaux du groupe NEM (Nord Est Multimedia) et membre du conseil d’administration de la Fondazione CSF (Centro Studi sul Federalismo), un centre de recherche basé à Turin et axé sur l’intégration européenne et le fédéralisme. En 1995, il a également été porte-parole de la commissaire européenne italienne Emma Bonino. Il est l’auteur de plusieurs livres, dont «Trafalgar» (Rizzoli, 2005) et «Il Gigante del Nilo» (Mondadori, 2019). C’est aussi un spécialiste de Sherlock Holmes, à qui il a consacré plusieurs livres. 

New publications

LE BRAILLE: UN SYSTÈME DE LECTURE ET D’ÉCRITURE RECONNU COMME PATRIMOINE CULTUREL?

Dans sa rubrique «The public square», CESE Info donne la parole à des personnalités de tous les horizons de la vie publique: société civile, journalistes, ONG et institutions. L’objectif est de leur permettre de présenter les causes qu’elles défendent et les thématiques qui, selon elles, méritent une attention particulière. Dans ce numéro, Reiner Delgado, au nom de l’Union européenne des aveugles, explique pourquoi, en tant qu’utilisateur du braille, il espère vivement que ce système d’écriture destiné aux personnes aveugles et malvoyantes soit inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.  

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Dans sa rubrique «The public square», CESE Info donne la parole à des personnalités de tous les horizons de la vie publique: société civile, journalistes, ONG et institutions. L’objectif est de leur permettre de présenter les causes qu’elles défendent et les thématiques qui, selon elles, méritent une attention particulière. Dans ce numéro, Reiner Delgado, de l’Union européenne des aveugles, explique pourquoi, en tant qu’utilisateur du braille, il espère vivement que ce système d’écriture destiné aux personnes aveugles et malvoyantes soit inscrit sur la Liste représentative du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO.  

La cuisine italienne, le yodel des Alpes, le café arabe, la construction en pierre sèche, le verre artisanal, la pratique de la danse moderne en Allemagne: autant de traditions culturelles européennes que l’UNESCO reconnaît depuis un certain temps déjà, comme faisant partie du patrimoine culturel de l’humanité. C’est ainsi que, dans un an environ, à la fin de 2027, l’alphabet braille pourrait lui aussi s’ajouter à cette liste. 

En début d’année, sous l’intitulé «Le braille: lire et écrire par le toucher», la France et l’Allemagne ont déposé une candidature pour l’inscription du braille sur la Liste du patrimoine culturel immatériel de l’humanité de l’UNESCO. Avant cette avancée majeure, l’Union européenne des aveugles œuvrait déjà, par l’intermédiaire de son groupe de travail sur le braille, en faveur de l’enseignement et de l’utilisation de ce système d’écriture. 

Ces actions ont déjà porté leurs fruits: au cours des six dernières années, huit pays européens (l’Allemagne, la France, la Belgique, le Portugal, la Slovénie, l’Autriche, la Finlande et l’Espagne) ont inscrit le braille sur leur liste nationale du patrimoine culturel. Cette dynamique contribuera sans aucun doute à renforcer la candidature actuellement à l’étude à l’UNESCO.  

Lors du processus de candidature, des personnes aveugles et malvoyantes ont dû expliquer en quoi le braille est essentiel comme outil culturel et comme système de communication. Tout en partageant leurs réflexions à ce sujet, les utilisateurs du braille ont certainement mesuré le chemin parcouru en deux cents ans par cette invention que l’on doit à un jeune garçon de Coupvray, en France.  

Pour les personnes voyantes, l’écrit est omniprésent, il fait simplement partie de leur quotidien. Mais pour nous, personnes ayant une déficience visuelle, pouvoir sentir, grâce au braille le texte au bout de nos doigts, est une expérience extraordinaire. Et, bien sûr, depuis lors, le système a considérablement évolué: les technologies modernes nous permettent désormais, à l’aide d’une plage braille, d’accéder à l’information sur ordinateur ou sur smartphone. Par ailleurs, la production de livres en braille est bien plus efficace aujourd’hui que par le passé, et il est également présent sur les emballages de médicaments, dans les ascenseurs ou dans les gares. C’est même d’un outil indispensable pour nous permettre d’exercer, sur un pied d’égalité avec les autres travailleurs, des emplois qualifiés.  

De plus, le braille est bien plus qu’un allié au quotidien pour surmonter les obstacles auxquels nous nous heurtons dans différents aspects de la vie: il fait partie intégrante de notre personnalité, de notre identité. Nous lisons en braille, nous écrivons en braille, nous tissons même, grâce à lui, des liens personnels précieux.  

Nous, utilisateurs du braille, croisons donc les doigts pour qu’il obtienne sa reconnaissance en tant que patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO. Pour nous, il ne s’agit pas seulement de donner accès à l’information, mais aussi de préserver un trésor qui a beaucoup de prix dans nos cœurs et qui nous a ouvert la voie de l’inclusion. 

Reiner Delgado est membre du groupe de travail sur le braille de l’Union européenne des aveugles. Vous trouverez de plus amples informations à ce sujet sur la plateforme livingbraille.eu. 

Nouvelles du CESE

MIEUX LÉGIFÉRER NE VEUT PAS DIRE DÉRÉGLEMENTER

Lors d’un débat de haut niveau qui s’est tenu le 23 septembre dernier en présence de Valdis Dombrovskis, commissaire européen, le Comité économique et social européen (CESE) a exprimé son soutien à la simplification des règles de l’Union, tout en plaidant pour des données probantes plus solides, des garanties plus claires et un contrôle démocratique accru des plans de la Commission en faveur d’une meilleure réglementation.  

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Lors d’un débat de haut niveau qui s’est tenu le 23 septembre dernier en présence de Valdis Dombrovskis, commissaire européen, le Comité économique et social européen (CESE) a exprimé son soutien à la simplification des règles de l’Union, tout en plaidant pour des données probantes plus solides, des garanties plus claires et un contrôle démocratique accru des plans de la Commission en faveur d’une meilleure réglementation.  

L’objectif de la Commission de rendre la législation européenne «simple dès sa conception» a été réaffirmé et les modifications qu’elle entend apporter à ses dispositifs d’analyse d’impact et de consultation publique ont été détaillées, de même que ses projets de réexamen de la législation existante. Tout en saluant cette ambition, le CESE estime que les propositions ne montrent pas encore assez clairement quelles seront les conséquences de la simplification pour les entreprises, les travailleurs, les citoyens et l’environnement. 

«Les règles doivent fonctionner dans le monde réel. Pour les PME, les travailleurs, les consommateurs et les pouvoirs publics, la clarté et la cohérence dans la mise en œuvre sont essentielles à la confiance et au bon fonctionnement du marché unique», a déclaré Séamus Boland, président du CESE.  

Dans son avis sur l’amélioration de la réglementation adopté à l’issue du débat en plénière, le CESE a relevé plusieurs faiblesses dans le cadre réglementaire remanié de la Commission. L’avis déplore que la Commission ne dispose toujours pas d’une vue d’ensemble des coûts et avantages cumulés de la législation de l’Union, ce qui ne facilite pas l’inventaire des charges, chevauchements et lacunes qui pèsent tout particulièrement sur les PME. Il met également en garde contre le fait que la nouvelle «matrice des incidences principales» est définie de manière trop vague et ne doit pas permettre que des propositions qualifiées de «ciblées» ou d’«urgentes» échappent à une analyse d’impact complète et à un contrôle indépendant. 

Le CESE a aussi demandé à la Commission d’établir une distinction entre les ajouts nationaux inutiles aux règles de l’Union, désignés sous le concept de «surréglementation», et les décisions légitimes visant à maintenir des protections sociales ou des droits fondamentaux plus élevés. 

Katrīna Zariņa, rapporteure de l’avis, a déclaré: «Ce dont l’Europe a besoin, ce sont des règles plus simples propres à renforcer sa compétitivité, sans pour autant oublier que simplifier ne doit pas signifier déréglementer.» Le CESE demande la mise en place d’indicateurs vérifiables qui permettent d’évaluer les effets à court et à long terme de la réglementation et de la simplification. L’avis affirme par ailleurs l’importance de veiller à ce que l’instauration d’exemptions en faveur des PME ne porte atteinte ni aux droits des travailleurs ni à la protection de l’environnement. Il rejette aussi le projet de ramener de douze à six semaines la durée des consultations publiques. (ma/ll) 

«PENSER LA RURALITÉ» DÈS LE DÉPART, POUR PLACER L’EUROPE RURALE AU CŒUR DE L’ACTION POLITIQUE DE L’UE

Le CESE plaide pour un outil pratique de «test rural» à l’échelle de l’UE, afin de veiller à ce que l’impact de ses politiques sur les populations, les entreprises et les collectivités en milieu rural soit évalué dès le départ. Cette approche devrait s’appliquer à tous les domaines de l’action politique et contribuer à la mise au point du prochain budget de l’UE et des plans de partenariat national et régional. 

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Le CESE plaide pour un outil pratique de «test rural» à l’échelle de l’UE, afin de veiller à ce que l’impact de ses politiques sur les populations, les entreprises et les collectivités en milieu rural soit évalué dès le départ. Cette approche devrait s’appliquer à tous les domaines de l’action politique et contribuer à la mise au point du prochain budget de l’UE et des plans de partenariat national et régional. 

L’avis adopté lors de la session plénière de septembre préconise une analyse obligatoire des grandes propositions émises par l’UE ainsi que des évaluations territoriales plus détaillées dès lors que des effets significatifs ont été mis en évidence. Ce dispositif pourrait ainsi contribuer à éviter que des mesures telles qu’un accès exclusivement numérique aux services publics ou bien la centralisation des soins de santé ne viennent désavantager des régions caractérisées par une faible connectivité ou de longues distances à parcourir. 

Cet avis a été présenté à l’occasion d’un débat sur la cohésion territoriale avec Raffaele Fitto, vice-président exécutif de la Commission européenne.  

Le CESE a souligné que l’idée derrière ce test rural n’était pas de devoir cocher des cases, mais que ce dispositif avait vocation à améliorer les décisions qui sont prises, dont la mise en œuvre doit faire intervenir les collectivités locales, moyennant une attribution claire des responsabilités, des données adéquates et un suivi régulier.  

Dans le même temps, cette approche devrait refléter la diversité de l’Europe rurale, des régions isolées et montagneuses jusqu’aux îles, en passant par les territoires ruraux situés à proximité des villes. 

Le président du CESE, Séamus Boland, a déclaré: «L’idée du test rural est de s’assurer que les différences géographiques soient prises en compte au moment de la conception des politiques européennes. Les territoires ruraux ne devraient pas avoir à s’adapter à des décisions qui ont été prises au mépris des réalités qui sont les leurs.» 

Le CESE voit dans le test rural un outil important pour faire du «droit de rester» une réalité et pour donner concrètement à chacun le choix de rester, de revenir ou de s’établir dans un territoire rural. 

Ce qui conditionne un tel choix, c’est l’accès à un logement abordable, aux soins de santé, à l’éducation, à des services de garde d’enfants, aux transports publics, à des connexions numériques fiables et à des emplois décents.  

«Nous devons changer le regard que nous portons sur l’Europe rurale. Il doit être tenu compte des réalités et du potentiel de ces territoires dans toutes les politiques, et pas seulement dans celles auxquelles on a l’habitude d’attacher l’étiquette de la ruralité ou de l’agriculture. Voilà pourquoi nous avons besoin d’un test rural», a conclu Lidija Pavić-Rogošić, la rapporteure du CESE. (ks)

LE CESE AVERTIT QUE L’EAU EST AUJOURD’HUI UN ENJEU DE SÉCURITÉ ÉCONOMIQUE POUR L’EUROPE

En amont de la conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé un débat en séance plénière avec Jessika Roswall, commissaire européenne à l’environnement, à la résilience en matière d’eau et à l’économie circulaire compétitive. Le CESE demande que l’eau soit considérée comme une ressource stratégique pour l’économie et la sécurité de l’Europe, ainsi que pour son rôle sur la scène internationale. 

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En amont de la conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé un débat en séance plénière avec Jessika Roswall, commissaire européenne à l’environnement, à la résilience en matière d’eau et à l’économie circulaire compétitive. Le CESE demande que l’eau soit considérée comme une ressource stratégique pour l’économie et la sécurité de l’Europe, ainsi que pour son rôle sur la scène internationale. 

Ce débat intervient alors que le stress hydrique s’intensifie dans toute l’Europe, mettant à rude épreuve les chaînes d’approvisionnement, les infrastructures et la production industrielle. Afin d’y remédier, le Comité demande que l’eau soit désormais considérée, dans le cadre de la politique de l’UE, non plus comme une préoccupation essentiellement environnementale, mais comme une ressource stratégique pour la compétitivité et la résilience. 

Jessika Roswall, commissaire européenne à l’environnement, à la résilience en matière d’eau et à l’économie circulaire compétitive, s’est fait l’écho de cette approche élargie en ces termes: «L’eau ne constitue pas seulement une priorité environnementale, elle conditionne aussi notre compétitivité, notre préparation, notre résilience et notre sécurité globale.»

Au niveau de l’UE, le CESE exhorte depuis plusieurs années à changer de cap, par l’intermédiaire de son initiative relative à un pacte bleu pour l’Europe, qui entend placer l’eau au cœur des politiques industrielle, économique et climatique. Séamus Boland, président du CESE, a souligné l’urgence de mettre en œuvre un tel programme, déclarant: «Le Comité a émis de nombreux avis afin de contribuer à l’élaboration d’une politique européenne globale en matière d’eau. Sans eau, pas de vie, pas d’économie et pas d’autre politique à défendre. C’est pourquoi nous plaidons pour qu’un test de l’eau soit introduit dans la législation de l’Union et pour que l’eau devienne une priorité stratégique dans le prochain cadre financier pluriannuel.»

Bien que l’Europe investisse environ 55 milliards d’euros par an dans le secteur de l’eau, il lui manque encore 23 milliards d’euros d’investissements chaque année. Pourtant, chaque euro investi a des retombées économiques estimées à 2,35 euros. Le CESE attire l’attention sur les conséquences déjà visibles de l’inaction pour les chaînes d’approvisionnement et la production industrielle. Dans son avis intitulé «Accélérateur du pacte bleu — Technologie, compétences et finance pour un avenir résilient dans le domaine de l’eau», le CESE demande que l’eau soit intégrée dans tous les instruments de politique industrielle de l’UE, notamment l’acte législatif sur l’économie circulaire et le règlement relatif à l’accélération des capacités industrielles. 

Dans un deuxième avis, intitulé «Contribution du CESE à la conférence des Nations unies sur l’eau de 2026: du pacte bleu pour l’Europe et de la stratégie de l’UE pour la résilience dans le domaine de l’eau à une action mondiale pour l’eau», le Comité met en garde contre le fait qu’au rythme actuel, il sera impossible de parvenir à une gestion durable de l’eau avant 2049. Il préconise une utilisation plus circulaire de l’eau, la reconnaissance de l’eau en tant que bien public et une gouvernance mondiale plus forte impliquant la société civile. 

En décembre 2026, le CESE se joindra pour la première fois à la délégation de l’UE à la conférence des Nations unies sur l’eau et fera entendre la voix de la société civile dans les discussions internationales sur la résilience dans le domaine de l’eau. (gb) 

LE PRÉSIDENT DU CESE SÉAMUS BOLAND EN VISITE AU MONTÉNÉGRO: PLACER LA SOCIÉTÉ CIVILE ET LE DIALOGUE SOCIAL AU CENTRE DU PROCESSUS D’ADHÉSION

Les progrès du Monténégro sur la voie de son adhésion à l’UE doivent inclure de meilleures conditions de vie et donner aux citoyens voix au chapitre quant à l’avenir de leur pays. En visite à Podgorica les 7, 8 et 9 octobre derniers, le président du CESE, Séamus Boland, a demandé au gouvernement de continuer à associer la société civile, les partenaires sociaux et les jeunes tout au long du processus d’adhésion. 

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Les progrès du Monténégro sur la voie de son adhésion à l’UE doivent inclure de meilleures conditions de vie et donner aux citoyens voix au chapitre quant à l’avenir de leur pays. En visite à Podgorica les 7, 8 et 9 octobre derniers, le président du CESE, Séamus Boland, a demandé au gouvernement de continuer à associer la société civile, les partenaires sociaux et les jeunes tout au long du processus d’adhésion. 

Lors de sa rencontre avec le Premier ministre Milojko Spajić, M. Boland s’est félicité des progrès accomplis ces derniers mois sur le terrain des réformes, et il a encouragé le gouvernement à garder le même élan. Leurs discussions ont surtout porté sur les négociations d’adhésion et sur la manière dont la société civile organisée pouvait contribuer à la conception de réformes équilibrées et durables. 

«L’enjeu pour le Monténégro n’est pas seulement celui de son adhésion à l’UE», à déclaré M. Boland. «Il s’agit de construire une société plus juste et plus inclusive, dans laquelle les citoyens perçoivent et ressentent les avantages que leur procurent les réformes et où la société civile a réellement voix au chapitre pour façonner l’avenir du pays.» 

La visite, qui a débuté par une présentation de Johann Sattler, l’ambassadeur de l’UE au Monténégro, a réuni des dirigeants politiques, des représentants de la société civile et des jeunes pour débattre à la fois des réformes et de la participation du public à celles-ci. 

La lutte contre la pauvreté, une plus grande inclusion sociale et la réponse à apporter aux défis démographiques étaient au centre des discussions tenues avec Damir Gutić, le ministre de la protection sociale, de la famille et de la démographie. 

«L’intégration européenne n’est pas simplement une affaire de rapprochement de la législation», a déclaré M. Gutić. «Son véritable objectif est de garantir aux citoyens qu’ils bénéficieront d’une meilleure protection, de services plus accessibles, de perspectives plus vastes et d’une meilleure qualité de vie.» 

M. Boland a souligné que les organisations de la société civile et les partenaires sociaux ont un rôle essentiel à jouer pour faire en sorte que les réformes sociales répondent aux besoins des citoyens et apportent des améliorations tangibles. 

Lors d’une autre réunion, Naida Nišić, la ministre du travail, de l’emploi et du dialogue social, a appelé de ses vœux un dialogue social qui fonctionne comme «un mécanisme permettant de véritablement guider les politiques publiques, et non une simple formalité obligatoire dans le processus d’intégration européenne». Les citoyens, les salariés, les employeurs et la société civile devraient participer activement à la trajectoire du Monténégro vers l’adhésion, a-t-elle indiqué. 

À la Maison de l’Europe, le président du CESE a rencontré des étudiants et de «jeunes ambassadeurs européens» du Réseau monténégrin de la jeunesse. Il a souligné que leurs idées et leurs ambitions devaient être entendues tout au long du processus d’adhésion. 

Il a également rencontré des employeurs, des syndicats et des organisations de la société civile, et notamment des membres et des observateurs du comité consultatif mixte UE-Monténégro ainsi que des participants à l’initiative du CESE relative aux membres de pays candidats à l’adhésion. Les discussions ont porté sur l’état d’avancement des négociations, l’influence de la société civile sur les réformes et l’efficacité du dialogue social. 

La visite s’est achevée par une rencontre avec Siniša Bjeković, le Médiateur monténégrin, pour évoquer la protection des droits fondamentaux, l’état de droit et le fonctionnement des institutions de contrôle indépendantes. 

LA PRÉSIDENTE DU CONSEIL ÉCONOMIQUE, SOCIAL ET ENVIRONNEMENTAL FRANÇAIS L’AFFIRME: «NOUS NE DEVONS JAMAIS AVOIR PEUR DE PARLER AVEC LES CITOYENNES ET LES CITOYENS»

Lors de la session plénière de septembre, le CESE et le Conseil économique, social et environnemental français ont réaffirmé leur engagement à agir en tant que partenaires indéfectibles en vue de défendre le rôle et le modèle de la démocratie participative.  

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Lors de la session plénière de septembre, le CESE et le Conseil économique, social et environnemental français ont réaffirmé leur engagement à agir en tant que partenaires indéfectibles en vue de défendre le rôle et le modèle de la démocratie participative. 

La présidente nouvellement élue du Conseil économique, social et environnemental français, Claire Thoury, a choisi le CESE pour son premier déplacement auprès des institutions européennes dans ses nouvelles fonctions. Lors de la session plénière de septembre, elle a affirmé que la pauvreté, l’emploi, l’intelligence artificielle, le changement climatique et les attaques contre les valeurs européennes constituent les préoccupations les plus pressantes pour l’UE.

Mme Thoury a rappelé que pour répondre à ces enjeux, la société civile joue un rôle primordial car elle «passe les décisions politiques au tamis du réel» et promeut l’équité. «Défendre la société civile organisée, c’est défendre la démocratie même. Nous ne devons jamais avoir peur de parler avec les citoyennes et les citoyens et nous ne devons jamais nous résigner».  

Le débat a mis l’accent sur le fait que le CESE et le Conseil économique, social et environnemental français progressent dans la même direction. Leur coopération se développe, notamment grâce à des discussions thématiques, à la promotion de leurs avis et à la participation à des manifestations conjointes. Le réseau de 24 conseils économiques et sociaux nationaux mis en place par le CESE est essentiel pour partager l’expertise dans un environnement géopolitique difficile. «Les grands défis actuels appellent pour y répondre une Europe forte et unie contre ceux qui cherchent à nous monter les uns contre les autres», a fait valoir Mme Thoury.

«Aucun organe consultatif, qu’il se trouve en Europe ou ailleurs, ne peut considérer sa légitimité comme acquise. Les attaques répétées contre ces institutions nous rappellent que nous devons rester unis, continuer à démontrer notre valeur ajoutée, gagner la confiance et parler clairement et fermement de l’importance des assemblées consultatives», a affirmé Séamus Boland, président du CESE. (ma/mp) 

POUR LE CESE, LE NOUVEL ÉTIQUETAGE ÉNERGÉTIQUE DE L’UE DOIT INCLURE LES INFORMATIONS POSTÉRIEURES À L’ACHAT

Le Comité économique et social européen (CESE) insiste pour que le nouveau système d’étiquetage énergétique proposé par la Commission couvre l’ensemble du cycle de vie du produit et s’appuie sur des outils numériques pour améliorer la transparence et l’accessibilité des informations. 

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Le Comité économique et social européen (CESE) insiste pour que le nouveau système d’étiquetage énergétique proposé par la Commission couvre l’ensemble du cycle de vie du produit et s’appuie sur des outils numériques pour améliorer la transparence et l’accessibilité des informations. 

Dans son avis intitulé Train de mesures omnibus sur l’étiquetage des produits énergétiques, le CESE soutient la proposition de la Commission visant à simplifier la législation sur les produits énergétiques et son cadre réglementaire, à maintenir les normes relatives à l’information des consommateurs et à garantir la conformité en utilisant des options numériques. Le CESE ajoute toutefois que la proposition devrait également inclure des informations postérieures à l’achat, avec des données provenant du registre européen de l’étiquetage énergétique des produits (EPREL). 

«Les données sur les produits sont déterminantes non seulement pour les décisions d’achat, mais aussi pour les marchés de la réparation, de l’entretien, de l’approvisionnement en pièces détachées et de la revente. L’EPREL doit servir de base de données sur le cycle de vie et fournir des informations précises, téléchargeables et mises à jour permettant d’identifier l’opérateur économique responsable», a déclaré José Angel Hernández Colomer, rapporteur de l’avis. 

Selon le CESE, les étiquettes énergétiques doivent être d’emblée visibles dans les résultats de recherche, les outils de comparaison et les paniers d’achats, et être étayées par des filtres en ligne intuitifs en fonction de l’efficacité énergétique. Les outils numériques tels que les codes QR ou les vues imbriquées ne doivent jamais masquer des données essentielles, de même qu’ils devraient proposer un affichage multilingue des caractéristiques et remplacer les codes-barres traditionnels pour améliorer la traçabilité des entreprises et des produits.  

M. Colomer a ajouté qu’«outre les données destinées aux consommateurs, la base de données de l’EPREL doit fournir aux techniciens qui procèdent à l’installation, à la maintenance, au démontage et au traitement en fin de vie des spécifications complètes concernant les aspects techniques et de sécurité touchant aux composants dangereux, aux spécifications des batteries, aux fluides frigorigènes et aux procédés de déconnexion en toute sécurité.» 

Le Comité affirme également l’importance de protéger les groupes vulnérables contre l’exclusion numérique. Il recommande d’organiser des campagnes d’acquisition de compétences numériques dans les zones rurales ou à faibles revenus et d’intégrer des affichages accessibles à l’intention des personnes handicapées, tels que des textes faciles à lire, le braille, des polices de caractères de plus grande taille et des icônes visuelles, afin que la numérisation de l’étiquetage ne soit pas synonyme d’entrave à l’information. (ma/mp)

CRISE DU LOGEMENT — LES MÉTHODES MODERNES DE CONSTRUCTION PEUVENT AIDER À RENDRE LES LOGEMENTS ABORDABLES

Dans un avis adopté lors de sa session plénière de septembre, le Comité économique et social européen (CESE) a souligné que les méthodes modernes de construction peuvent contribuer à réduire les coûts du logement et à stimuler l’offre, pour autant que l’innovation aille de pair avec la qualité et le respect des droits des travailleurs.  

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Dans un avis adopté lors de sa session plénière de septembre, le Comité économique et social européen (CESE) a souligné que les méthodes modernes de construction peuvent contribuer à réduire les coûts du logement et à stimuler l’offre, pour autant que l’innovation aille de pair avec la qualité et le respect des droits des travailleurs.

Dans leur avis sur le logement abordable, les corapporteurs John Comer et Thomas Kattnig ont fait valoir que l’UE pourrait réduire les coûts de construction, en raccourcir les délais et réduire l’empreinte carbone en adoptant des méthodes de construction modernes. M. Comer a néanmoins déclaré que «les méthodes modernes de construction peuvent devenir un pilier essentiel de la construction de logements abordables, pour autant que l’innovation, la qualité, les droits des travailleurs et les objectifs d’intérêt général progressent de concert». 

Les nouvelles méthodes de construction peuvent remédier à la faible productivité et à la fragmentation des chaînes d’approvisionnement qui caractérisent le secteur de la construction en optant en priorité pour des techniques de fabrication hors site et de préfabrication. Cette approche est susceptible de réduire les coûts globaux de construction tout en améliorant la précision structurelle, le contrôle de la qualité ainsi que la productivité.

La réalisation de ces objectifs nécessitera une base industrielle bien développée. C’est pourquoi le CESE fait valoir que l’UE devrait promouvoir des investissements ciblés afin d’augmenter les capacités industrielles requises pour produire des systèmes de préfabrication et de construction hors site.

Le Comité souligne également que les États membres, la Commission, l’alliance européenne pour le logement et toutes les parties prenantes ont un rôle à jouer pour promouvoir la normalisation, remédier au morcellement réglementaire et garantir que les méthodes modernes de construction soient fondées sur de solides systèmes de surveillance et de certification.

«Ces méthodes ne sauraient être envisagées comme des enjeux purement technologiques ou dictés par le seul marché: elles doivent s’inscrire dans une stratégie plus large en matière de politiques liées aux questions sociales et industrielles, à l’emploi et à l’accessibilité financière», a affirmé M. Kattnig. 

Ce récent avis participe des efforts constants déployés par le CESE pour exhorter les institutions de l’UE à trouver des réponses équitables et durables au problème urgent que connaît l’Europe en matière de logement; en 2025, puis en mars et en juillet de cette année ont été adoptés des avis qui traitaient tous du logement durable dans l’Union. (ma/mp) 

TRANSPORTS — LE CESE RECOMMANDE D’AMÉLIORER LA PROTECTION DES PASSAGERS FERROVIAIRES

Dans plusieurs avis qu’il a adoptés lors de sa session plénière de septembre, le Comité économique et social européen (CESE) recommande de poser l’accent sur la protection, la transparence et l’inclusion des passagers, en soutenant la mise en place d’un système de réservation numérique unique et de plateformes de mobilité multimodale.  

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Dans plusieurs avis qu’il a adoptés lors de sa session plénière de septembre, le Comité économique et social européen (CESE) recommande de poser l’accent sur la protection, la transparence et l’inclusion des passagers, en soutenant la mise en place d’un système de réservation numérique unique et de plateformes de mobilité multimodale.  

Trois avis faisaient partie de la réponse du CESE au paquet «passagers ferroviaires» de la Commission européenne attendu de longue date. Le premier avis, élaboré par Baiba Miltoviča, exprime l’accueil favorable réservé par le CESE à l’initiative visant à mettre en place davantage de protections pour les voyageurs ferroviaires.  

Cet avis souligne que les passagers devraient bénéficier d’une plus grande flexibilité après des correspondances ferroviaires manquées et insiste sur l’importance de la transparence des prix finaux des billets dès le début de la procédure de réservation. Il réaffirme également qu’il faut soutenir l’accessibilité et l’inclusion de tous les passagers, ce qui peut être réalisé en gardant des systèmes d’assistance humaine.  

Le deuxième avis, préparé par Dumitru Fornea, salue l’initiative de la Commission visant à mettre en place un cadre européen unique et interopérable de réservation et de billetterie pour le transport par chemin de fer, estimant qu’il est essentiel pour un véritable espace ferroviaire européen.  

«Cette initiative permettrait de supprimer les barrières que connaissent actuellement les personnes lorsqu’elles ont affaire aux systèmes de réservation nationaux, qui sont fragmentés», a déclaré M. Fornea, qui a ajouté: «La simplification numérique contribuerait à faire de la mobilité intégrée à l’échelle de l’UE une réalité, et elle serait développée à cette fin, pas simplement dans l’optique de numériser les différents systèmes nationaux en ligne ou de les connecter entre eux.» 

Le troisième avis, rédigé par Mateusz Szymański, concerne les efforts déployés par la Commission pour développer des plateformes de mobilité multimodale: des outils qui permettent aux passagers de combiner différents modes de transport lors de la planification, de la réservation et du paiement des trajets.  

«Il convient de promouvoir le développement de ces outils, dès lors qu’ils peuvent améliorer la multimodalité, l’inclusion et la durabilité dans l’ensemble de l’UE, aussi bien pour des voyages dans un État membre que des déplacements transfrontières,» a indiqué M. Szymański.  

Cependant, le CESE appelle de ses vœux des efforts de plus grande envergure pour faire en sorte que les trajets multimodaux puissent être achetés au moyen d’un billet unique. (ma/mp)

LE CESE MET EN GARDE: L’EXPANSION DE L’IA EN EUROPE RISQUE D’ACCROÎTRE LA DÉPENDANCE VIS-À-VIS DE L’ÉTRANGER

Le CESE estime que le plan de développement de l’informatique en nuage et de l’IA soumis par la Commission européenne repose sur des financements qui ne sont pas garantis, omet de tenir compte de la demande potentielle d’électricité et néglige le point de vue des collectivités concernées. 

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Le CESE estime que le plan de développement de l’informatique en nuage et de l’IA soumis par la Commission européenne repose sur des financements qui ne sont pas garantis, omet de tenir compte de la demande potentielle d’électricité et néglige le point de vue des collectivités concernées. 

 

Dans un avis adopté le 23 septembre dernier, le CESE soutient l’ambition qu’affiche la proposition de la Commission portant sur un acte législatif sur le développement de l’informatique en nuage et de l’IA, qui vise à renforcer les infrastructures numériques européennes et à réduire la dépendance à l’égard des entreprises non européennes, tout en formulant un certain nombre de critiques dans plusieurs domaines clés.  

Le CESE signale que la proposition fixe des objectifs ambitieux sans pour autant garantir les investissements nécessaires pour les atteindre. «Nous saluons l’objectif de la Commission de renforcer les capacités européennes en matière d’informatique en nuage et d’IA et aussi de réduire notre dépendance à l’égard des fournisseurs non européens. Mais parler d’ambition ne suffit pas! Si nous voulons accroître substantiellement la capacité des centres de données européens, nous devons savoir comment les financer», a déclaré Miroslav Hajnoš, rapporteur de l’avis.   

Par ailleurs, le projet de la Commission de tripler au moins la capacité des centres de données européens d’ici à 2030 n’apportera pas automatiquement une plus grande souveraineté technique. Le CESE affirme qu’en l’absence de marchés publics qui favorisent des services souverains détenus et exploités en Europe, de nouveaux investissements pourraient bénéficier à terme aux grands fournisseurs de pays tiers qui dominent déjà le marché.  

À mesure que les organisations deviennent de plus dépendantes de l’IA, le CESE se déclare extrêmement inquiet de voir s’éroder la capacité humaine à accomplir des tâches de manière autonome. Sachant que la productivité peut donner une impression de stabilité même en cas de perte de connaissances humaines, il n’est pas impossible qu’un tel déclin passe inaperçu. Il appartiendra aux autorités nationales de ne pas perdre de vue ce risque et d’évaluer si des fonctions publiques essentielles peuvent encore être exercées, contrôlées ou rétablies en cas de défaillance d’un service d’IA ou d’informatique en nuage.  

«À mesure que nous déployons l’IA, nous devons bien réfléchir aux compétences que la personne humaine doit conserver. À ce titre, l’éducation aura un rôle cardinal à jouer. À l’heure même où l’Europe développe ses capacités technologiques, nous ne devons en aucun cas perdre notre autonomie humaine et institutionnelle», a déclaré M. Hajnoš.  

Le CESE prie également la Commission d’évaluer si la production d’électricité pourra suivre le rythme des exigences de ces technologies, et propose d’imposer aux gestionnaires de réseau qu’ils fournissent aux développeurs des informations sur la capacité disponible, les coûts de raccordement et les calendriers dans un délai de six mois à compter de l’introduction d’une demande.  

Le CESE estime de surcroît qu’il y aurait lieu d’associer les travailleurs, la société civile et les organisations de consommateurs à l’élaboration des stratégies nationales en matière d’informatique en nuage et d’IA. Il demande que des programmes de formation soient élaborés avec les employeurs et les syndicats et que des mesures spécifiques soient prises pour attirer et retenir les jeunes. (ma/ll)

LA PRÉVENTION ET L’OBLIGATION DE RENDRE DES COMPTES POUR LUTTER CONTRE LE CYBERHARCÈLEMENT

Prévenir le cyberharcèlement doit incomber en premier lieu aux plateformes numériques, et non aux enfants et aux jeunes, affirme le Comité économique et social européen (CESE), qui demande une responsabilité accrue des plateformes, des procédures de signalement simples et une participation significative des jeunes. 

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Prévenir le cyberharcèlement doit incomber en premier lieu aux plateformes numériques, et non aux enfants et aux jeunes, affirme le Comité économique et social européen (CESE), qui demande une responsabilité accrue des plateformes, des procédures de signalement simples et une participation significative des jeunes. 

En Europe, environ un enfant sur six âgé de 11 à 15 ans déclare avoir été victime de cyberharcèlement. Dans son avis sur le «Plan d’action contre le cyberharcèlement», élaboré par le rapporteur Michael McLoughlin, le CESE se félicite de l’initiative présentée par la Commission européenne, mais réclame un alignement plus étroit avec la législation de l’Union, notamment le règlement sur les services numériques et le règlement sur l’intelligence artificielle.  

Comme souligné dans l’avis, «[l]a responsabilité qui s’attache au cyberharcèlement quand il a lieu sur des plateformes en ligne devrait incomber au premier chef auxdites plateformes. Les mesures réglementaires et les autres actions qui sont engagées devraient se focaliser dans toute la mesure du possible sur ces entreprises, plutôt que sur les jeunes, qui ne sont jamais que les utilisateurs d’un produit largement disponible.»

Le CESE met en garde contre certaines pratiques de conception employées par les plateformes, telles que le guidage par les algorithmes, les incitations et le «doom scrolling», qui peuvent influencer le comportement des utilisateurs, et met en évidence les nouveaux risques découlant de l’utilisation de l’IA générative pour produire de faux contenus ou manipuler des contenus existants et commettre des actes d’extorsion, de chantage et de harcèlement.  

Le Comité fait valoir que la prévention doit commencer par l’éducation et qu’il importe d’associer les enfants et les jeunes, de manière concrète, à l’élaboration et à l’évaluation des mesures destinées à les protéger. Parents, enseignants, aidants et animateurs socio-éducatifs ont aussi un rôle essentiel à jouer en la matière, de même que les organisations de la société civile.  

Le CESE préconise des procédures de signalement accessibles et fiables, notamment des lignes directes et des systèmes de notification simples, et insiste en outre pour que les plateformes soient les premières responsables du signalement, plutôt que de faire porter le poids de cette charge aux victimes.  

Enfin, le CESE met en évidence l’importance de disposer d’«espaces hors ligne» sûrs tels que des centres pour la jeunesse, des centres de proximité et des structures sportives, qui sont susceptibles de renforcer la confiance, la résilience et le bien-être des jeunes. (lm) 

POUR LUTTER CONTRE LE TERRORISME, IL FAUT PROTÉGER LA DÉMOCRATIE ET NON LA SACRIFIER

La réponse de l’Europe au terrorisme et à l’extrémisme violent doit reposer sur une approche qui combine des mesures de sécurité efficaces, la prévention, la résilience démocratique et la participation systématique de la société civile, affirme le Comité économique et social européen (CESE). 

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La réponse de l’Europe au terrorisme et à l’extrémisme violent doit reposer sur une approche qui combine des mesures de sécurité efficaces, la prévention, la résilience démocratique et la participation systématique de la société civile, affirme le Comité économique et social européen (CESE). 

Dans son avis sur le thème «ProtectEU: Programme pour prévenir et contrer le terrorisme», élaboré par le rapporteur Christian Moos, le CESE signale que le terrorisme, la criminalité organisée et les ingérences étrangères hostiles tendent à se superposer de plus en plus. Il préconise à cet égard une réponse globale qui ne risque pas de mettre en danger la démocratie, les droits fondamentaux ni l’état de droit.  

«Il est de plus en plus fréquent que le terrorisme, le sabotage et la criminalité organisée se recoupent. Le programme ProtectEU requiert une coopération plus étroite entre les autorités, des systèmes plus intelligents de partage des informations et une prévention plus efficace, et la société civile devrait participer à la mise en place de ces mesures afin de renforcer la résilience, la sécurité et la démocratie», a déclaré M. Moos.  

Le Comité estime que des institutions publiques fortes, la cohésion sociale, l’éducation et la participation civique active peuvent contribuer à réduire la vulnérabilité aux discours extrémistes. Il souhaite dès lors que la politique de lutte contre le terrorisme prête une plus grande attention à la prévention et aux causes profondes de la radicalisation, en plus des mesures de sécurité opérationnelles.  

Le lieu de travail a lui aussi son importance. Le CESE demande que les partenaires sociaux et la société civile organisée soient associés de manière plus systématique aux programmes de prévention, aux mécanismes d’alerte précoce et aux stratégies de préparation.  

Sachant qu’en 2024, près d’un tiers des personnes soupçonnées de terrorisme dans l’UE étaient âgées de moins de 20 ans, le Comité est également favorable au renforcement des mesures qui visent à protéger les mineurs en ligne, notamment dans les domaines de l’éducation, de l’éducation aux médias et des systèmes de protection contre les contenus préjudiciables.  

Le CESE est d’avis que les espaces publics et les infrastructures critiques doivent être mieux protégés, les informations partagées de façon plus efficace et la coopération institutionnelle plus étroite, mais souligne que les mesures de sécurité doivent rester proportionnées et compatibles avec les droits fondamentaux et la pratique d’une démocratie ouverte. (lm) 

L’EUROPE A BESOIN D’UNE PLUS GRANDE CAPACITÉ DE FINANCEMENT PUBLIC POUR COMBLER SES DÉFICITS D’INVESTISSEMENT

Le Comité économique et social européen (CESE) estime que l’Europe doit accroître les investissements publics dans l’innovation, les infrastructures stratégiques et la double transition écologique et numérique. Il demande que le groupe Banque européenne d’investissement (groupe BEI) soit doté d’une plus grande capacité d’investissement, et que les banques nationales de développement jouent un rôle plus important. 

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Le Comité économique et social européen (CESE) estime que l’Europe doit accroître les investissements publics dans l’innovation, les infrastructures stratégiques et la double transition écologique et numérique. Il demande que le groupe Banque européenne d’investissement (groupe BEI) soit doté d’une plus grande capacité d’investissement, et que les banques nationales de développement jouent un rôle plus important. 

L’Europe est confrontée à d’importants déficits d’investissement dans l’industrie propre, les réseaux électriques, les infrastructures numériques et les entreprises innovantes. Selon le CESE, les institutions d’investissement public ont besoin de mandats plus clairs et d’outils plus solides, afin de soutenir des projets que les marchés ne peuvent pas financer de manière adéquate, et de renforcer la base productive de l’Europe. 

«L’Europe ne peut pas fonder sa compétitivité sur des financements fragmentés à court terme. Nous avons besoin d’investisseurs publics plus solides, capables d’apporter des capitaux patients là où les marchés ne le font pas, de sorte à aider les entreprises innovantes à se développer et à fournir les infrastructures dont l’Europe a besoin pour son avenir écologique et numérique», a expliqué Philip von Brockdorff, rapporteur de l’avis. 

Le financement du groupe BEI au titre du prochain budget à long terme de l’Union devrait augmenter plus rapidement que l’inflation. Le Fonds européen d’investissement et des programmes tels que TechEU devraient fournir davantage de fonds propres, de capital hybride ou de prêts d’amorçage-investissement aux entreprises innovantes, alors que les prêts directs à long terme pour des infrastructures stratégiques et le co-investissement dans celles-ci devraient être étendus. 

Le soutien public devrait quant à lui débloquer les investissements freinés par des risques élevés, des échéances lointaines ou des retours que les marchés ne reconnaissent pas pleinement. Le succès ne devrait pas se mesurer à l’aune du volume de capitaux privés mobilisés, mais de l’aptitude à combler les écarts de financement, à améliorer les conditions de financement et à créer de la valeur publique. Les réseaux électriques, l’industrie propre, les transports publics, les infrastructures technologiques, le logement abordable et la résilience en matière de climat et d’eau comptent parmi les priorités. 

Le groupe BEI, la Commission européenne et les banques nationales de développement devraient fonctionner comme un système de financement plus intégré, doté de priorités partagées et de responsabilités claires. Les banques nationales de développement devraient être étroitement associées aux plans de partenariat national et régional et à la gouvernance du Fonds européen pour la compétitivité proposé pour la période 2028-2034. 

Il convient de faciliter l’accès des PME et des start-up au financement de l’Union. Le CESE propose de mettre en place des procédures donnant la «priorité au numérique», de normaliser les modèles et de prévoir des mécanismes d’autodéclaration lorsque c’est possible, ainsi que d’instaurer un suivi en temps réel du statut des demandes et de créer un service d’assistance aux PME unique par État membre. Il insiste en outre sur le fait que le financement de la recherche fondamentale fondé sur l’excellence au titre d’Horizon Europe doit rester distinct du soutien à la recherche commerciale. 

Le CESE plaide en faveur d’un renforcement des investisseurs publics, d’un accès plus simple aux financements de l’Union et d’actions coordonnées pour canaliser les capitaux vers des projets qui soutiennent la compétitivité, la résilience et la croissance durable de l’Europe. (tk)

SERVICES PUBLICS: NON PAS UN COÛT, MAIS UN INVESTISSEMENT DANS LA DÉMOCRATIE

Les services publics ne devraient pas être considérés avant tout comme un coût pour les finances publiques, mais comme un investissement stratégique dans la démocratie, la cohésion sociale, le développement économique et le fonctionnement de l’UE. Tel est le message central d’un avis adopté par le Comité économique et social européen (CESE) sur la manière dont le secteur peut s’adapter aux nouveaux défis dans l’UE. 

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Les services publics ne devraient pas être considérés avant tout comme un coût pour les finances publiques, mais comme un investissement stratégique dans la démocratie, la cohésion sociale, le développement économique et le fonctionnement de l’UE. Tel est le message central d’un avis adopté par le Comité économique et social européen (CESE) sur la manière dont le secteur peut s’adapter aux nouveaux défis dans l’UE. 

Cet argument est particulièrement pertinent dans un contexte de crises. L’évolution démographique, la numérisation, les catastrophes liées au climat, les menaces hybrides et les urgences sanitaires accroissent les exigences imposées aux administrations publiques. Dans l’avis intitulé «Adaptation des services publics de l’UE face aux nouveaux défis», adopté lors de la session plénière de septembre, le CESE fait valoir qu’investir dans la préparation et maintenir une capacité de service public suffisante peut, en fin de compte, être moins coûteux que de faire face aux conséquences des crises une fois qu’elles se produisent. 

«Des services publics dotés de ressources suffisantes, accessibles et dotés d’un personnel compétent et motivé sont le fondement d’États justes, de la démocratie et de la capacité à répondre aux menaces», a déclaré Mateusz Szymański, rapporteur de l’avis. «Il faut regretter qu’un discours négatif concernant leur utilité et leurs coûts sape leur autorité et érode la confiance dans les institutions publiques».

Les services publics remplissent des fonctions essentielles de l’État, promeuvent l’égalité de traitement et sont également nécessaires aux entreprises et au fonctionnement de l’économie. Les crises récentes, notamment la COVID-19, les menaces hybrides de la Russie et de graves phénomènes météorologiques ont démontré l’importance de la préparation et de la continuité des services.  

Le CESE fait valoir que le maintien d’une capacité de service public adéquate peut coûter moins cher que de faire face aux conséquences de crises imprévues.  

La numérisation et l’intelligence artificielle peuvent améliorer l’efficacité et l’accessibilité, à condition que la transparence, le contrôle humain et la protection des données soient garantis. 

Selon Eurostat, en 2025, 72 % des résidents de l’UE âgés de 16 à 74 ans utilisaient un site web ou une application d’une autorité publique, contre 70 % en 2024 et 67,6 % en 2022. Les chiffres vont de 98 % au Danemark et 96 % aux Pays-Bas, en Finlande et en Suède à 24 % en Roumanie, 36 % en Bulgarie et 57,7 % en Italie. 

Le CESE insiste sur le fait que les canaux traditionnels et les contacts humains directs doivent rester disponibles, en particulier pour les citoyens vulnérables. 

Les pénuries de personnel, les bas salaires et la diminution de la sécurité de l’emploi rendent les carrières dans la fonction publique moins attrayantes, tandis qu’une charge de travail excessive contribue au stress et à l’épuisement professionnel. 

Le Comité plaide en faveur d’emplois stables ainsi que de possibilités d’évolution de carrière, de formation continue, d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée et d’un renforcement de la santé et de la sécurité au travail. (ab) 

LA STRATÉGIE CLIMATIQUE DOIT ÊTRE PRÉPARÉE À UN ÉLARGISSEMENT DE L’UNION EUROPÉENNE

Alors que l’UE se prépare à un possible élargissement, celui-ci ne peut plus être traité séparément des ambitions climatiques de l’Europe. 

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Alors que l’UE se prépare à un possible élargissement, celui-ci ne peut plus être traité séparément des ambitions climatiques de l’Europe. 

Le CESE demande que la question de l’élargissement soit pleinement intégrée à la stratégie de l’Union en matière de climat, d’énergie et d’industrie. Les pays candidats, qui représentent actuellement quelque 10 à 15 % des émissions de gaz à effet de serre de l’Union, pourraient générer des difficultés nouvelles, mais aussi contribuer à accélérer la transition vers la neutralité climatique. 

«S’il constitue un impératif géopolitique, l’élargissement offre aussi l’occasion d’accélérer la transition de l’Europe vers une énergie propre», estime Teppo Säkkinen, rapporteur de l’avis du CESE sur le sujet. «Si nous commençons à aligner dès à présent les politiques des pays candidats sur celles de l’UE en matière de climat et d’énergie, nous pourrons réduire les émissions, accroître la sécurité énergétique et créer dans toute l’Europe des conditions plus favorables à l’investissement et à la compétitivité.» 

Le Comité demande également à la Commission de clarifier la manière dont les objectifs climatiques et les niveaux de référence en matière d’émissions seraient calculés dans une Union élargie. 

La reconstruction de l’Ukraine offre une formidable occasion de rebâtir les infrastructures énergétiques, industrielles et de transport selon des normes modernes garantes de faibles émissions de carbone.   

Le CESE considère en outre l’investissement et l’innovation comme des éléments essentiels pour préparer les pays candidats à l’adhésion. Il fait valoir qu’ils devraient se voir accorder la priorité dans les futurs partenariats portant sur le climat, y compris lorsque l’UE définira son approche en matière de crédits carbone internationaux en lien avec son objectif pour 2040. 

Des investissements précoces dans la décarbonation pourraient réduire le coût final de l’adhésion, accélérer la modernisation industrielle et contribuer au déploiement de technologies propres pour réduire les émissions d’une manière efficace au regard des coûts. (ks) 

L’ÉQUITÉ INTERGÉNÉRATIONNELLE: UN PRINCIPE À MESURER ET À INTÉGRER DANS L’ÉLABORATION DES POLITIQUES DE L’UE

L’Union européenne doit veiller à ce que les choix politiques actuels n’aggravent pas les inégalités et ne fassent pas peser une part injuste des coûts sur les générations futures. Le Comité économique et social européen (CESE) demande que l’équité intergénérationnelle devienne un principe mesurable intégré dans toutes les politiques de l’UE. 

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L’Union européenne doit veiller à ce que les choix politiques actuels n’aggravent pas les inégalités et ne fassent pas peser une part injuste des coûts sur les générations futures. Le Comité économique et social européen (CESE) demande que l’équité intergénérationnelle devienne un principe mesurable intégré dans toutes les politiques de l’UE. 

Les différentes générations en Europe font face à des défis distincts et pourtant liés, qu’il s’agisse de la précarité de l’emploi et du coût inabordable des logements chez les jeunes à la pauvreté, à l’exclusion numérique et à l’accès inadéquat aux soins chez les personnes âgées. Dans son avis intitulé «Stratégie sur l’équité intergénérationnelle», le CESE soutient qu’il faut relever ces défis ensemble, plutôt que de faire passer une génération avant une autre.  

María del Carmen Barrera Chamorro, rapporteure, a ainsi déclaré: «L’objectif central de la stratégie sur l’équité intergénérationnelle est de réduire les inégalités entre les générations, que ce soit sur le plan social ou économique, ou sur celui du genre, de l’âge ou du territoire et de renforcer la solidarité et la cohésion sociale entre les générations pour parvenir à des sociétés démocratiques, résilientes, inclusives et durables».  

Le CESE recommande la mise en place d’objectifs à long terme assortis de buts et d’indicateurs mesurables, de mécanismes clairs de responsabilisation et d’un tableau de bord transparent s’inscrivant dans le cadre du Semestre européen, de manière à suivre les questions telles que la pauvreté des enfants et des personnes âgées, l’emploi des jeunes, l’éducation, le logement, le soin et l’aide en matière de santé mentale.  

Il propose également un paquet européen sur l’autonomisation des jeunes comprenant des mesures en matière d’éducation, d’emploi de qualité, de salaires décents, de logement abordable, de santé mentale et de protection sociale, ainsi qu’un renforcement de la garantie pour la jeunesse et la mise en place d’un instrument de l’Union pour l’accès au logement.  

Le Comité souhaite que l’évaluation d’impact du point de vue des jeunes soit complétée par une évaluation de l’équité intergénérationnelle et recommande d’introduire une budgétisation intergénérationnelle dans le cadre financier pluriannuel de l’UE afin d’évaluer l’incidence de l’allocation des ressources sur les différentes générations.  

Enfin, le CESE propose la création d’un Conseil européen de la solidarité intergénérationnelle réunissant partenaires sociaux, organisations de jeunesse, société civile, experts indépendants et représentants des organes consultatifs de l’UE en vue de superviser la mise en œuvre de la stratégie et d’assurer une participation structurée. Pour le Comité, l’équité intergénérationnelle consiste à faire en sorte qu’aucune génération ne progresse au détriment d’une autre.

L’ÉGALITÉ ENTRE LES SEXES D’ICI 2197? LE CESE DEMANDE QUE DES MESURES SOIENT PRISES D’URGENCE

Les objectifs des Nations unies n’étant toujours pas atteints pour 2030, le Comité économique et social européen (CESE) appelle à une action plus rapide. Dans une résolution exposant la contribution du CESE aux priorités de l’UE lors de la 71e session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW71), le Comité a mis en évidence un certain nombre d’obstacles qui continuent d’entraver l’indépendance économique et le leadership des femmes, et a souligné le fait que la violence sexiste généralisée reste un problème important.  

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Les objectifs des Nations unies n’étant toujours pas atteints pour 2030, le Comité économique et social européen (CESE) appelle à une action plus rapide. Dans une résolution exposant la contribution du CESE aux priorités de l’UE lors de la 71e  session de la Commission de la condition de la femme des Nations unies (CSW71), le Comité a mis en évidence un certain nombre d’obstacles qui continuent d’entraver l’indépendance économique et le leadership des femmes, et a souligné le fait que la violence sexiste généralisée reste un problème important.  

Les objectifs de développement durable (ODD) des Nations unies ont fixé 2030 comme objectif pour parvenir à l’égalité entre les femmes et les hommes. Toutefois, au rythme actuel, selon les estimations des Nations unies, il faudra 171 ans pour atteindre cet objectif. En somme, l’égalité entre les hommes et les femmes devra attendre 2197. Dans une résolution élaborée par les rapporteures Giulia Barbucci, Juliane Marie Neiiendam et Christa Schweng et adoptée lors de sa session plénière de septembre 2026, le CESE demande que des mesures plus proactives et plus ambitieuses soient prises par les institutions de l’UE, ses États membres et la communauté internationale. 

«La CSW71 est une occasion cruciale de transformer les promesses en progrès mesurables. Alors que 2030 approche à grands pas, les employeurs, les syndicats et la société civile doivent contribuer à faire progresser l’égalité entre les femmes et les hommes grâce au travail décent, à l’entrepreneuriat, au leadership, aux compétences numériques, à des soins de qualité et à l’action pour le climat», ont déclaré les trois rapporteures. 

Dans sa résolution, le CESE souligne que les progrès accomplis sur la voie de l’égalité de genre restent inégaux, fragiles et de plus en plus contestés à l’échelle nationale, de l’Union et du monde. Le «plafond de verre» dans le monde des entreprises reste un problème pressant. Selon le rapport 2026 des Nations unies intitulé «Gros plan sur l’égalité des sexes», qui suit les progrès accomplis dans la réalisation des objectifs de développement durable, les femmes représentent environ 40 % des salariés dans les entreprises du monde entier, mais n’occupent que 5,8 % des postes de PDG dans les entreprises cotées en bourse couvertes par le rapport et seulement 25,1 % des sièges dans leurs conseils d’administration. 

La résolution souligne que la violence fondée sur le genre reste l’un des principaux obstacles à l’égalité et à l’autonomisation et que la prévention et la lutte contre la violence à l’égard des femmes et des filles, y compris la violence numérique, doivent rester une priorité politique. 

Près d’une femme sur trois âgée de 15 ans ou plus — soit environ 840 millions dans le monde — a subi des violences sexuelles ou conjugales au cours de sa vie, un chiffre qui a à peine évolué depuis 2000. Au cours des douze derniers mois, 316 millions de femmes, soit 11 % des personnes âgées de 15 ans ou plus, ont subi des violences physiques ou sexuelles de la part d’un partenaire intime. 

Contexte général 

La 71e réunion de la Commission de la condition de la femme des Nations unies se tiendra en mars 2027 à New York. La réunion aura pour thème principal l’accélération de la réalisation de l’égalité des sexes et de l’autonomisation des femmes et des filles dans le contexte du Programme de développement durable à l’horizon 2030. (ab) 

DU PACTE BLEU POUR L’EUROPE À L’ACTION MONDIALE

La résilience dans le domaine de l’eau nécessite une coopération renforcée, la reconnaissance de l’accès à l’eau à un prix abordable en tant que droit universel et un cadre multilatéral plus efficace. Le CESE a réuni des acteurs de la société civile afin de contribuer à orienter la contribution de l’UE à l’édition 2026 de la conférence des Nations unies sur l’eau. 

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La résilience dans le domaine de l’eau nécessite une coopération renforcée, la reconnaissance de l’accès à l’eau à un prix abordable en tant que droit universel et un cadre multilatéral plus efficace. Le CESE a réuni des acteurs de la société civile afin de contribuer à orienter la contribution de l’UE à l’édition 2026 de la conférence des Nations unies sur l’eau. 

«L’eau ne représente pas uniquement un enjeu environnemental, elle constitue également un élément fondamental de la politique industrielle, de l’agriculture, de la croissance économique et de la compétitivité», a souligné Alain Coheur, président de la commission consultative des mutations industrielles (CCMI) du CESE et coordinateur du CESE pour le pacte bleu pour l’Europe. «Notre ambition ne doit pas s’arrêter aux frontières de l’Union.»

Les participants ont demandé que l’accès à une eau propre et abordable soit reconnu comme un droit de l’homme universel et que la résilience dans le domaine de l’eau soit prise en considération dans toutes les politiques de l’Union, s’agissant de domaines allant de l’industrie à l’agriculture en passant par le climat et la biodiversité. Ils ont également soutenu la proposition du CESE relative à un «test hydrique» permettant d’évaluer l’incidence de nouvelles initiatives sur les ressources en eau, l’utilisation rationnelle de l’eau et la résilience dans le domaine de l’eau. 

Les discussions ont mis en lumière l’importance d’associer la société civile et les collectivités locales et régionales à l’élaboration de la politique de l’eau. «Il ne peut y avoir de résilience dans le domaine de l’eau à l’échelle européenne sans une action forte menée aux échelons local et régional. C’est pourquoi la gouvernance à plusieurs niveaux est importante. Les villes et les régions ne se contentent pas de mettre en œuvre les politiques européennes. Elles sont des partenaires essentielles pour ce qui est de les élaborer et les exécuter», a déclaré André Viola, rapporteur du Comité européen des régions sur la gestion résiliente de l’eau. 

Au niveau international, les participants ont plaidé en faveur de mécanismes de responsabilisation plus solides, d’un suivi plus clair des engagements pris à l’échelle mondiale et d’une gouvernance multilatérale plus efficace. Marija Hanževački, vice-présidente du CESE chargée de la communication, a fait observer que les progrès dépendent de la coopération entre la société civile, les institutions, les entreprises et les citoyens. 

Le CESE présentera les points de vue de la société civile à la conférence des Nations unies sur l’eau dans le cadre de sa participation à la délégation de l’Union européenne en décembre 2026. (lm/gb) 

BÂTIR LA CONFIANCE DANS UN MONDE FRACTURÉ: LA DIPLOMATIE DE LA SANTÉ ET LA SOCIÉTÉ CIVILE DOIVENT ÊTRE AU CŒUR DES PRIORITÉS

Dans un monde toujours plus fragmenté et marqué par les conflits, la désinformation et les tensions géopolitiques, la confiance s’érige désormais en atout stratégique. À l’occasion des Journées européennes de la diplomatie publique 2026, des représentants des institutions de l’Union, de la société civile, du monde universitaire et d’organisations internationales ont cherché comment le dialogue et la coopération pouvaient contribuer à renforcer la confiance et à surmonter les divisions. 

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Dans un monde toujours plus fragmenté et marqué par les conflits, la désinformation et les tensions géopolitiques, la confiance s’érige désormais en atout stratégique. À l’occasion des Journées européennes de la diplomatie publique 2026, des représentants des institutions de l’Union, de la société civile, du monde universitaire et d’organisations internationales ont cherché comment le dialogue et la coopération pouvaient contribuer à renforcer la confiance et à surmonter les divisions. 

«On ne peut répondre à la fragmentation en s’isolant. Il faut au contraire accroître la coopération, renforcer le dialogue et renouveler la confiance», a déclaré Séamus Boland, président du CESE, avant de préciser que les enjeux mondiaux du moment — de la santé publique à la migration, en passant par le changement climatique et la transformation numérique — nécessitent eux aussi une participation active des citoyens.  

Il a également mis en avant le rôle essentiel de la société civile organisée pour maintenir le dialogue, renforcer les communautés et bâtir la confiance, y compris dans des temps troublés. 

Une séance spécifique du CESE était consacrée à la diplomatie de la santé en tant qu’instrument au service de la paix, de la solidarité et de la coopération internationale. Les intervenants ont souligné qu’en plus d’une question politique, la santé constituait aussi un levier puissant à même de favoriser l’inclusion, la résilience et la compréhension mutuelle par-delà les frontières. Les participants conviennent qu’une participation renforcée de la société civile, une meilleure éducation à la santé et un engagement renouvelé en faveur de l’équité et de la dignité humaine sont autant d’éléments essentiels pour rétablir la confiance et construire des sociétés plus résilientes. (pm)

LE CESE PLAIDE EN FAVEUR D’UN SOUTIEN AUX EXPLOITATIONS AGRICOLES SOCIALES, QUI CRÉENT DES EMPLOIS ET REDYNAMISENT LES ZONES RURALES

Le CESE demande instamment à la Commission européenne et aux États membres d’apporter un soutien à long terme à l’agriculture sociale, pratique qui associe agriculture, formation, emploi, thérapie et inclusion sociale. 

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Le CESE demande instamment à la Commission européenne et aux États membres d’apporter un soutien à long terme à l’agriculture sociale, pratique qui associe agriculture, formation, emploi, thérapie et inclusion sociale. 

Dans son avis intitulé «L’agriculture sociale, outil d’innovation dans l’agriculture», adopté lors de sa session plénière de septembre, le CESE a demandé que l’agriculture sociale soit reconnue comme une innovation dans le secteur agricole, qui apporte à l’échelon local des solutions à des problèmes sociaux et de santé.  

Le CESE recommande un financement intersectoriel stable, un accès plus aisé aux aides, une réduction des formalités administratives et un cadre de l’Union garantissant la qualité des biens et services de l’agriculture sociale. Il souligne également la nécessité de salaires équitables, de conditions de travail sûres, de formations et de méthodes pour mesurer les incidences pratiques de cette forme d’agriculture. 

Les exploitations agricoles sociales combinent l’agriculture avec des mesures visant à aider les personnes à accéder au marché du travail, à l’éducation et à la formation et à s’y épanouir.

«L’agriculture sociale fédère plusieurs domaines comme l’agriculture, la santé et le développement personnel. Elle offre une aide concrète aux personnes et renforce les communautés rurales», a déclaré Roman Haken, le rapporteur de l’avis, qui a appelé à apporter un soutien stable à cette activité, plutôt que de financer des projets à court terme.

Lors du débat en session plénière du CESE, qui s’est tenu en présence de Christophe Hansen, commissaire européen chargé de l’agriculture et de l’alimentation, ont été présentés les résultats des «Prix européens du bio» 2026. Cette initiative a mis en évidence comment l’agriculture innovante peut soutenir la sécurité alimentaire, l’inclusion sociale, la nature et des communautés rurales viables. Les lauréats danois de l’un des prix, Hans Erik Jørgensen et Kirsten Krunderup Rasmussen, ont décrit la manière dont leur exploitation crée des possibilités pour les personnes ayant des difficultés à accéder au marché du travail, notamment des réfugiés ukrainiens. (ks)

PRIX EUROPÉENS DU BIO: LE CESE MET À L’HONNEUR TROIS CHAMPIONS DU BIO EN EUROPE: UNE PME, UN DÉTAILLANT ET UN RESTAURANT

Le CESE a accueilli les trois lauréats des prix européens du bio 2026 dans les catégories dont il est responsable. Ce prix, dont les résultats ont été annoncés à Bruxelles à l’occasion de la Journée européenne du bio, récompense les entreprises qui rendent les aliments biologiques plus accessibles, plus innovants et plus durables. 

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Le CESE a accueilli les trois lauréats des prix européens du bio 2026 dans les catégories dont il est responsable. Ce prix, dont les résultats ont été annoncés à Bruxelles à l’occasion de la Journée européenne du bio, récompense les entreprises qui rendent les aliments biologiques plus accessibles, plus innovants et plus durables. 

Bio Bulgaria a remporté le prix de la meilleure PME du secteur agroalimentaire biologique, le détaillant allemand Boßhammersch Hof s’est vu couronné «meilleur détaillant de produits alimentaires biologiques», et le restaurant autrichien Zotter Schokolade a quant à lui reçu le prix du meilleur restaurant ou service de restauration biologique. Leurs projets démontrent l’excellence tout au long de la chaîne de valeur biologique, depuis la transformation et la vente au détail jusqu’à l’expérience des consommateurs. 

Le CESE coorganise les prix européens du bio et est responsable de ces trois catégories dans le cadre de ses travaux visant à promouvoir des systèmes alimentaires durables et à sensibiliser l’opinion publique à la production biologique. (ks) 

TRACER LA VOIE: DÉCOUVREZ LES HISTOIRES DE FEMMES DE LA DIASPORA IRLANDAISE

L’exposition intitulée «Blazing a Trail: Lives and Legacies of Irish Diaspora Women» (Tracer la voie: vies et destins des pionnières de la diaspora irlandaise) raconte les histoires de femmes dont la vie et les réalisations ont laissé une empreinte bien au-delà de l’Irlande. 

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L’exposition intitulée «Blazing a Trail: Lives and Legacies of Irish Diaspora Women» (Tracer la voie: vies et destins des pionnières de la diaspora irlandaise) raconte les histoires de femmes dont la vie et les réalisations ont laissé une empreinte bien au-delà de l’Irlande. 

Organisée par le Comité économique et social européen dans le cadre de son programme culturel à l’occasion de la présidence irlandaise du Conseil de l’Union européenne, l’exposition célèbre les parcours de ces femmes tout en mettant en avant les valeurs d’égalité, d’inclusion et de diversité culturelle. 

Officiellement inaugurée le 21 octobre dernier par Marija Hanževački, vice-présidente du CESE chargée de la communication, elle se tiendra jusqu’au 18 novembre 2026. 

Nouvelles des groupes

LA MEILLEURE POLITIQUE POUR LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ, C’EST CRÉER DES EMPLOIS

Par Sandra Parthie, présidente du groupe des employeurs  

La meilleure politique sociale, c’est l’emploi. En tant qu’employeurs et représentants des entreprises, nous constatons chaque jour que l’emploi et les possibilités qu’offre l’entrepreneuriat constituent la voie la plus efficace pour sortir de la pauvreté et le fondement le plus solide de la dignité, de l’indépendance et des perspectives.  

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Par Sandra Parthie, présidente du groupe des employeurs  

La meilleure politique sociale, c’est l’emploi. En tant qu’employeurs et représentants des entreprises, nous constatons chaque jour que l’emploi et les possibilités qu’offre l’entrepreneuriat constituent la voie la plus efficace pour sortir de la pauvreté et le fondement le plus solide de la dignité, de l’indépendance et des perspectives.  

Réduire la pauvreté, c’est d’abord favoriser le travail et les compétences, tout en les assortissant de politiques efficaces d’activation et de mise en adéquation; c’est faire d’une éducation et d’une formation cohérentes avec les besoins du marché du travail et de l’apprentissage tout au long de la vie la norme, et non l’exception.

À l’heure actuelle, 92,7 millions de personnes dans l’Union européenne (soit 20,9 % de sa population) sont exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Il ne s’agit pas seulement d’un défi pour la société, mais aussi d’une perte pour l’économie. Chaque personne exclue du monde du travail représente un talent inemployé, une demande insatisfaite et un potentiel gâché pour nos entreprises et nos communautés. 

Il s’agit d’une réelle menace pour nos sociétés. Par conséquent, nous réclamons des politiques qui mettent tout un chacun face à de véritables possibilités, telles qu’une orientation professionnelle de qualité, l’apprentissage, la formation par le travail, la reconnaissance de l’expérience antérieure et des services de l’emploi qui font correspondre rapidement et efficacement les candidats et les offres d’emploi. La mise en œuvre de ces politiques doit être pratique et s’adresser à chaque personne, et associer ainsi la formation à la garde d’enfants, à des aides à la mobilité, à l’accès au numérique et à des incitations qui rendent le travail financièrement attrayant. 

Les compétences se trouvent au point d’intersection de la politique sociale et de la compétitivité. L’Europe est confrontée à des pénuries persistantes de main-d’œuvre et de compétences, tandis que trop de travailleurs n’ont toujours pas accès au perfectionnement et à la reconversion professionnels. Il s’agit d’une situation où tout le monde est perdant, aussi bien les personnes qui restent prisonnières de l’emploi précaire ou de piètre qualité que les entreprises qui peinent à se développer. 

Nous plaidons en faveur de systèmes éducatifs qui ne soient pas simplement conçus pour les employeurs, mais aussi avec eux. Leurs programmes doivent prendre en compte les besoins actuels du marché du travail. Par ailleurs, les parcours qu’offre l’éducation professionnelle doivent être parés d’un réel prestige. Les microcertifications doivent faire ressortir les compétences et permettre de les transférer et de les utiliser immédiatement. L’éducation et la formation des adultes sont une question tout particulièrement pressante: seuls 39,5 % d’entre eux ont participé à une formation en 2022, un taux bien inférieur à l’objectif de 60 % que s’est fixé l’Union pour 2030.  

L’apprentissage tout au long de la vie ne saurait demeurer un simple slogan: il faut que quelqu’un se charge d’offrir cette possibilité aux demandeurs d’emploi et qu’elle ne demeure pas réservée à ceux qui occupent déjà un emploi, aux frais de leur employeur. Il devrait être reconnu comme un élément normal de toute vie professionnelle et être accessible aux femmes qui reprennent le travail, aux travailleurs âgés, aux travailleurs peu qualifiés et aux personnes vivant dans des régions en mutation industrielle. Les employeurs sont prêts à investir dans la formation, mais ils ont besoin de cadres prévisibles, de financements flexibles et de partenariats avec les prestataires d’enseignement et les services publics de l’emploi.  

Les objectifs de l’Union pour 2030, à savoir parvenir à un taux d’emploi de 78 % et réduire d’au moins 15 millions le nombre de personnes exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, pour ambitieux qu’ils soient, sont réalisables. Pour les atteindre, les seules politiques de subvention ne suffiront pas. Pour les réaliser, il faut construire un marché du travail qui permet aux personnes de travailler, d’apprendre, de s’adapter et de progresser, ainsi qu’ouvrir des perspectives pour les personnes qui ont des idées et l’esprit d’entreprise. 

UN TRAVAIL DÉCENT POUR TOUS AFIN D’ÉRADIQUER LA PAUVRETÉ

par le groupe des travailleurs du CESE 

L’emploi précaire est une réalité qui frappe de nombreux Européens, et certainement aussi beaucoup de non-Européens. Du fait de la stagnation des salaires, à laquelle se conjuguent l’augmentation du coût de la vie, l’emploi atypique et les perturbations que produit le numérique dans le monde du travail, le fait d’avoir un emploi ne donne plus la certitude d’échapper à la pauvreté.   

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par le groupe des travailleurs du CESE 

L’emploi précaire est une réalité qui frappe de nombreux Européens, et certainement aussi beaucoup de non-Européens. Du fait de la stagnation des salaires, à laquelle se conjuguent l’augmentation du coût de la vie, l’emploi atypique et les perturbations que produit le numérique dans le monde du travail, le fait d’avoir un emploi ne garantit plus d’échapper à la pauvreté.   

Si la pauvreté a connu une lente décrue depuis 2015, elle n’en continue pas moins de toucher plus de 16 millions de travailleurs dans l’Union européenne. Le nombre réel de ses victimes est probablement plus élevé, sachant qu’elle est dissimulée par d’autres facteurs tels que l’aide que la famille prodigue directement à de nombreuses personnes dont l’emploi ne suffit pas à subvenir à leurs besoins.   

Le travail décent, moyennant des salaires et des conditions de travail adéquats, est à même de changer cette situation. La feuille de route pour des emplois de qualité doit impérativement donner des résultats: des troubles se propagent en Europe et tournent rapidement au chaos alors que les politiques d’austérité et des coupes imminentes dans les dépenses sociales menacent des populations qui déjà n’en peuvent plus.  

Le groupe des travailleurs s’est réuni à Dublin les 13 et 14 octobre pour débattre de la manière de garantir un travail décent pour tous en Europe. Cet événement a réuni des responsables politiques, des universitaires, des travailleurs et des représentants des travailleurs irlandais. Vous pouvez visionner leurs débats sur notre chaîne YouTube.   

UNE ÉTUDE DU CESE PRÉSENTE DES OUTILS POUR AMÉLIORER LES MESURES PRISES PAR L’UE CONTRE LA PAUVRETÉ INTERGÉNÉRATIONNELLE

Une nouvelle étude du Comité économique et social européen (CESE) met en évidence l’aspect intergénérationnel de la pauvreté et présente une définition documentée de ce phénomène sur la base de 10 facteurs clés. L’étude examine la manière dont l’action politique de l’UE répond à ces facteurs et elle recense les domaines dans lesquels on doit encore agir, en tenant compte notamment du niveau de diplôme des parents et de la stabilité des noyaux familiaux. 

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Une nouvelle étude du Comité économique et social européen (CESE) met en évidence l’aspect intergénérationnel de la pauvreté et présente une définition documentée de ce phénomène sur la base de 10 facteurs clés. L’étude examine la manière dont l’action politique de l’UE répond à ces facteurs et elle recense les domaines dans lesquels on doit encore agir, en tenant compte notamment du niveau de diplôme des parents et de la stabilité des noyaux familiaux. 

L’étude intitulée «Breaking the cycle of disadvantage — Reviewing EU policy through the lens of poverty» (Briser le cercle vicieux de l’inégalité — Une analyse de la politique de l’Union sous l’angle de la pauvreté) a été publiée en lien avec la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, qui a été présentée par la Commission européenne en mai 2026.  

Cillian Lohan, président du groupe des organisations de la société civile du CESE, qui a commandé l’étude, a déclaré: «Avec cette étude, nous attirons l’attention sur les facteurs profondément enracinés qui perpétuent la pauvreté tout au long de la vie de celles et ceux qui la subissent, mais aussi d’une génération à l’autre. C’est ce que nous appelons la “pauvreté intergénérationnelle”. L’UE doit soutenir vigoureusement les efforts déployés par les États membres pour lutter contre la pauvreté et faire en sorte que les politiques qui sont menées produisent des effets sur le terrain. Forte de l’engagement et de l’expertise qu’elle cultive depuis longtemps, la société civile se tient prête à apporter sa contribution.» 

L’étude du CESE recense 10 facteurs clés de la pauvreté intergénérationnelle et analyse la manière dont un échantillon de 32 instruments d’action de l’UE permet d'y répondre, et comment on pourrait les améliorer. Elle souligne qu’il est important de prendre en compte le niveau de diplôme des parents et la stabilité des noyaux familiaux, et propose une définition documentée de la pauvreté intergénérationnelle. 

On insiste dans la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté sur le fait que les nouveaux investissements et les réformes doivent permettre d’apporter une protection contre la pauvreté. L’étude du CESE fournit un nouveau cadre de recherche susceptible d’aider les institutions européennes à évaluer, dès les premières étapes de leur conception, l’impact que les politiques futures pourraient avoir sur la pauvreté intergénérationnelle. Elle apporte aussi des éclairages précieux pour la construction du prochain budget à long terme de l’UE (2028-2034), qui est toujours en cours de négociation. 

Le CESE et son groupe des organisations de la société civile s’intéressent depuis longtemps à la question de la pauvreté, et le CESE s’apprête, par la main de son président, Séamus Boland, à signer un protocole d’accord sur la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté avec Roxana Mînzatu, vice-présidente de la Commission européenne. Cette étude témoigne de l’engagement qui est celui du CESE d’œuvrer en faveur de l’éradication de la pauvreté et vient apporter une nouvelle pierre à cet édifice. Le CESE présentera prochainement son point de vue sur les propositions contenues dans la stratégie de lutte contre la pauvreté, sur le renforcement de la garantie européenne pour l’enfance et sur le rôle de la société civile dans le combat que mène l’Europe pour faire reculer la pauvreté. 

Le groupe reste déterminé à lutter contre la pauvreté en défendant des politiques qui visent à aider les gens sur le terrain et à leur donner des moyens d’agir, dans le droit fil du programme de développement durable qui est au cœur de son programme de travail pour le mandat 2025-2028. 

Vous trouverez de plus amples informations sur cette étude dans cet entretien avec ses auteurs et sur la page web qui lui est consacrée, où vous pourrez également en consulter un résumé. 

Soon in the EESC/Cultural events

LE CESE CONTRE LA PAUVRETÉ: LUTTER CONTRE LA PAUVRETÉ SUR TOUS LES FRONTS

La pauvreté, ce n’est pas uniquement un manque de revenus. C’est ne pas avoir les moyens de se nourrir, de se chauffer, de bénéficier de soins de santé ou d’un logement sûr, ni de participer pleinement à la société. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le Comité économique et social européen (CESE) souligne son appel de longue date en faveur d’une action européenne coordonnée qui s’attaquerait aux nombreux facteurs interdépendants qui en sont à l’origine. 

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La pauvreté, ce n’est pas uniquement un manque de revenus. C’est ne pas avoir les moyens de se nourrir, de se chauffer, de bénéficier de soins de santé ou d’un logement sûr, ni de participer pleinement à la société. À l’occasion de la Journée internationale pour l’élimination de la pauvreté, le Comité économique et social européen (CESE) souligne son appel de longue date en faveur d’une action européenne coordonnée qui s’attaquerait aux nombreux facteurs interdépendants qui en sont à l’origine. 

Le CESE intensifiera ses travaux contre la pauvreté lors de sa session plénière des 21 et 22 octobre, qui verra l’adoption d’avis sur la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté et la pauvreté intergénérationnelle; le renforcement de la garantie européenne pour l’enfance; l’exclusion en matière de logement et le sans-abrisme; le rôle de la société civile.

Les travaux du CESE consacrés à la pauvreté culmineront le 22 octobre avec la tenue d’une conférence de haut niveau organisée à l’initiative de son président, Séamus Boland, sur le thème «L’éradication de la pauvreté d’ici à 2050 — assumer notre responsabilité collective», qui réunira des membres du CESE, des députés au Parlement européen et des représentants de la Commission européenne, ainsi que des organisations de la société civile de premier plan luttant activement contre la pauvreté.

Séamus Boland et Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée des droits sociaux et des compétences, des emplois de qualité et de l’état de préparation, signeront un protocole d’accord entre la Commission européenne et le CESE sur la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. 

Il reste possible à cette heure de proposer des candidatures pour le prix de la société civile du CESE sur la pauvreté  

La 16e édition de l’initiative phare du CESE que constitue le prix de la société civile récompensera l’excellence d’initiatives de la société civile en matière de lutte contre la pauvreté dans l’UE. La date limite de dépôt des candidatures est fixée au 6 novembre 2026 à 10 heures (HEC). Toutes les informations nécessaires se trouvent ici.  

Le travail de longue date du CESE sur la pauvreté

Au fil des ans, le CESE a présenté un large éventail de propositions visant à lutter contre la pauvreté sous différents angles.  

Il s’agit notamment d’un avis sur un revenu minimum adéquat, qui demande que les régimes de revenu minimum soient fondés sur des évaluations transparentes et précises des coûts du logement, de l’alimentation, de l’eau, de l’énergie, des soins de santé et des transports afin de permettre à chacun de vivre dans la dignité.  

Il s’agit aussi d’un avis sur la garantie européenne pour l’enfance, qui souligne l’importance d’une aide familiale ciblée, notamment sous la forme de revenus adéquats, de modalités de travail favorables à la famille ainsi que d’une éducation et des soins de santé précoces pour apporter un soutien direct aux enfants. Par ailleurs, il sera procédé à un vote du CESE sur un nouvel avis relatif à la garantie pour l’enfance lors de sa session plénière d’octobre 2026.  

Dans un contexte de hausse des prix de l’énergie, le CESE a également appelé à faire de l’égalité d’accès à une énergie abordable une priorité absolue, en proposant une stratégie de l’UE qui intègre tous les niveaux de la société européenne, des institutions de l’UE aux collectivités locales et aux entreprises.  

Par ailleurs, un avis de 2023 plaide en faveur d’une stratégie européenne de lutte contre le sans-abrisme, appelant à passer d’une approche de gestion du sans-abrisme à une autre visant à l’éradiquer d’ici à 2030 en se basant sur le principe du «logement d’abord», c’est à dire de privilégier une conception selon laquelle l’hébergement stable est le point de départ de la réintégration. 

En outre, un avis du CESE sur l’économie sociale et la pauvreté souligne le rôle primordial de l’État dans la lutte contre la pauvreté, tout en soulignant la manière dont les coopératives, les associations, les mutuelles, les fondations et les entreprises sociales peuvent fournir des services essentiels pour compléter l’action publique.  

Enfin, en 2025, le CESE a élaboré un avis sur la crise du coût de la vie, dans lequel il plaidait en faveur d’investissements dans les personnes et l’économie, d’une fiscalité progressive, de services publics abordables et d’un soutien ciblé aux personnes les plus exposées, sans perdre de vue le rôle des organisations de la société civile pour atteindre les personnes confrontées aux plus grandes difficultés.  

Tous ces travaux ont présidé à l’élaboration d’un récent avis du CESE sur la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. Le Comité souligne que la stratégie devrait inclure des objectifs mesurables, un financement adéquat et un suivi efficace pour éradiquer l’extrême pauvreté. Il rappelle également qu’il est impératif d’associer à chaque étape les personnes en situation de pauvreté, les partenaires sociaux et les organisations de la société civile.

LA PRÉCARITÉ ÉNERGÉTIQUE, UN FACTEUR D’EXCLUSION

Être en situation de précarité énergétique ne signifie pas seulement avoir du mal à chauffer son logement l’hiver. Il s’agit aussi des personnes qui n’ont pas les moyens de rafraîchir leur habitation pendant les vagues de chaleur, ou encore celles qui vivent dans un appartement mal isolé et ne peuvent pas intervenir dans les décisions de rénovation. Les recherches menées par l’Observatoire roumain de la précarité énergétique (ORSE) révèlent que des ménages en difficulté demeurent toutefois invisibles au regard des régimes de soutien. Corina Murafa, membre du CESE et de l’ORSE, et experte en énergie et en durabilité, nous parle de ces lacunes et des changements qui doivent être mis en place pour une transition énergétique plus juste en Europe. 

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Être en situation de précarité énergétique ne signifie pas seulement avoir du mal à chauffer son logement l’hiver. Il s’agit aussi des personnes qui n’ont pas les moyens de rafraîchir leur habitation pendant les vagues de chaleur, ou encore celles qui vivent dans un appartement mal isolé et ne peuvent pas intervenir dans les décisions de rénovation. Les recherches menées par l’Observatoire roumain de la précarité énergétique (ORSE) révèlent que des ménages en difficulté demeurent toutefois invisibles au regard des régimes de soutien. Corina Murafa, membre du CESE et de l’ORSE, et experte en énergie et en durabilité, nous parle de ces lacunes et des changements qui doivent être mis en place pour une transition énergétique plus juste en Europe. 

La précarité énergétique est souvent associée à l’incapacité des ménages à se chauffer en hiver. Quelles autres formes prend-elle et que peut-on déduire de vos travaux au sein de l’ORSE sur l’ampleur et la complexité de ce problème en Roumanie?  

Malheureusement, la précarité énergétique est loin de relever d’une simple dichotomie. S’il s’agissait simplement des ménages qui peinent à payer leurs factures de chauffage, nous aurions résolu le problème depuis longtemps. L’Observatoire roumain de la précarité énergétique (ORSE) constate de nombreuses formes de vulnérabilité moins visibles. Je souhaiterais mettre trois d’entre elles en évidence.  

Premièrement, la précarité énergétique en été. Les vagues de chaleur étant de plus en plus fréquentes et intenses, un ménage disposant d’un revenu par ailleurs décent peut subitement être confronté à des factures d’électricité cinq fois plus élevées que d’habitude simplement pour maintenir une température sûre à l’intérieur. Pour les familles qui comptent des enfants ou des personnes âgées, maintenir le logement au frais n’est pas un luxe, mais une nécessité sanitaire. Ces coûts supplémentaires peuvent temporairement pousser les ménages en dessous du seuil de pauvreté relative.  

Vient ensuite la précarité énergétique cachée. Certains ménages ont effectivement renoncé à satisfaire leurs besoins énergétiques de base. Ils consomment anormalement peu, non pas parce que leur logement est efficace sur le plan énergétique, mais parce qu’ils ne peuvent pas se permettre de le chauffer, de le rafraîchir ou d’avoir recours à d’autres services essentiels adéquats.  

Pour finir, il faut évoquer l’invisibilité administrative. Les mécanismes de soutien financier disponibles en Roumanie devraient théoriquement bénéficier à environ deux millions de personnes, mais dans la pratique, ils en ont à peine aidé 800 000. Les autorités locales manquent souvent des capacités nécessaires pour recenser les ménages vulnérables et les aider activement à accéder aux dispositifs d’aide, quand elles en ont la volonté. La précarité énergétique n’est donc pas seulement une question de prix abordables. Elle est aussi un facteur d’exclusion.  

Vos recherches mettent en évidence des vulnérabilités qui peuvent être négligées, notamment parmi les locataires, les mères célibataires et des ménages qui n’ont pas nécessairement les revenus les plus faibles. Pourquoi ces groupes sont-ils parfois exclus des approches existantes pour recenser et soutenir les personnes en situation de précarité énergétique?  

L’un des problèmes fondamentaux est le fonctionnement cloisonné des gouvernements. Les bases de données publiques sont rarement reliées entre elles, et les critères d’accessibilité à l’aide sont déterminés selon une vision trop étriquée. 

Idéalement, nous devrions intégrer au moins trois ensembles de données: le revenu des ménages, la consommation réelle d’énergie et la performance énergétique des logements. Ce n’est qu’en examinant ces données ensemble que nous pourrons déterminer si un ménage peut se permettre les services énergétiques nécessaires à un niveau de vie décent.  

En Roumanie, toutefois, les mécanismes de soutien reposent en grande partie sur le seul critère du revenu. Les ménages disposant de revenus modestes, mais pas extrêmement faibles, qui vivent dans des bâtiments très inefficaces sur le plan énergétique, ainsi que les locataires ou les familles monoparentales confrontés à des coûts énergétiques disproportionnés, sont ainsi privés de ces aides.  

Nous devons transcender le modèle simpliste basé sur un seuil de revenus pour s’orienter vers une compréhension des diverses facettes de la vulnérabilité, sans quoi de nombreuses personnes véritablement en situation de précarité énergétique resteront statistiquement invisibles et exclues des dispositifs d’aide.  

De mauvaises conditions de logement peuvent faire gonfler la facture énergétique, tandis que les coûts élevés de l’énergie peuvent empêcher les ménages d’améliorer leur logement par manque de budget. Comment les décideurs politiques peuvent-ils briser ce cercle vicieux et faire en sorte que les rénovations visant à améliorer l’efficacité énergétique profitent à ceux qui en ont le plus besoin?  

La principale priorité est de mieux cibler les investissements publics. Les fonds de cohésion de l’UE et ses programmes axés sur le logement abordable devraient accorder explicitement la priorité aux ménages les plus vulnérables sur le plan énergétique ainsi qu’aux bâtiments les moins performants.  

Nous constatons une tendance troublante dans plusieurs États membres: les municipalités plus riches, qui sont dotées de meilleures capacités administratives et peuvent plus facilement cofinancer des projets, sont souvent mieux placées pour accéder aux fonds de rénovation de l’UE. Il ne s’agit pourtant pas nécessairement des lieux où les besoins sont les plus importants.  

Nous devons parvenir à inverser cette logique. L’allocation des fonds devrait tenir compte de la vulnérabilité et de la performance des bâtiments, plutôt que de dépendre de la capacité à monter un solide dossier de demande.  

Il faut aussi s’attacher à résoudre le dilemme qui oppose propriétaires et locataires. Dans les pays où les marchés locatifs sont importants, il incombe souvent aux locataires de payer les factures d’énergie, alors que les décisions relatives aux rénovations reviennent aux propriétaires. Nous devons mettre en place des mécanismes de financement et d’incitation innovants afin d’aligner les intérêts de chaque partie, de protéger les locataires contre les augmentations excessives de loyer et de rendre accessibles les travaux de rénovation en profondeur, indépendamment du statut de propriété immobilière.  

Alors que l’Europe s’oriente vers un système énergétique plus neutre pour le climat, comment faire en sorte que la transition réduise la précarité énergétique au lieu d’accentuer les inégalités existantes? Quel rôle les citoyens et les collectivités locales peuvent-ils jouer dans l’élaboration des politiques énergétiques et quels avantages peuvent-ils tirer de la transition?  

Premièrement, nous devons défendre le SEQE 2 et le Fonds social pour le climat. Les mécanismes de redistribution associés à la tarification du carbone offrent une occasion précieuse de financer des travaux d’amélioration de l’efficacité énergétique, des solutions de chauffage plus propres et une mobilité plus abordable à l’intention des ménages vulnérables.  

Certains États membres réclament un affaiblissement, voire un abandon du SEQE 2. Toutefois, mettre fin au système nuirait aussi à l’architecture financière et politique conçue pour rendre la transition socialement équitable. La solution n’est pas d’abolir la tarification du carbone, mais de veiller à ce que les recettes qui en découlent soient effectivement redistribuées et à ce que les ménages vulnérables bénéficient d’un soutien utile.  

Deuxièmement, il importe de réellement inclure les citoyens dans l’élaboration des politiques énergétiques. S’il existe des initiatives telles que le Forum des citoyens pour l’énergie au niveau de l’UE, l’engagement significatif à l’échelon national reste malheureusement limité. Les citoyens sont trop souvent consultés a posteriori au lieu d’être considérés comme des partenaires. 

La prochaine révision du règlement sur la gouvernance de l’union de l’énergie devrait renforcer le principe de partenariat, en veillant à ce que les citoyens, la société civile et les communautés locales aient réellement voix au chapitre en ce qui concerne l’élaboration des politiques nationales en matière d’énergie et de climat.  

Selon votre expérience, quels sont les changements qui doivent être apportés le plus rapidement aux niveaux européen, national et local pour s’assurer que chaque personne ait accès à l’énergie nécessaire à un niveau de vie décent? Comment la société civile peut-elle contribuer à ces changements?  

Il convient de se pencher sur trois mesures en particulier, lesquelles font écho aux priorités proposées par le Comité économique et social européen dans le cadre du paquet «Citoyens et énergie».  

La première mesure consiste à mieux protéger les consommateurs vulnérables contre les interruptions de fourniture d’électricité et de gaz. Un ménage qui rencontre des difficultés financières temporaires ne devrait pas pour autant se voir privé d’accès aux services énergétiques essentiels.  

La deuxième mesure à mettre en place serait un mécanisme efficace et indépendant de médiateur de l’énergie, qui fournirait aux consommateurs des conseils, un service de médiation et des voies de recours accessibles pour leurs échanges avec les fournisseurs d’énergie et d’autres acteurs du marché.  

Enfin, il conviendrait aussi de concevoir un mécanisme européen spécifique de soutien aux communautés énergétiques, en particulier celles qui se préoccupent des citoyens vulnérables. Les communautés énergétiques ont le potentiel de démocratiser la production d’énergie et d’assurer le partage des avantages économiques qui en découlent, mais si elles ne bénéficient pas d’une aide technique et financière ciblée, elles risquent de rejoindre les rangs des solutions principalement accessibles aux ménages aisés et bien organisés.  

Au niveau national, les gouvernements doivent repérer de manière plus efficace les situations de vulnérabilité et coordonner les politiques sociales, du logement et de l’énergie. Les autorités locales, quant à elles, doivent dialoguer de manière proactive avec les ménages ignorés par les mécanismes d’aide existants.  

La société civile a un rôle crucial à jouer pour détecter ces angles morts, nourrir les processus d’élaboration des politiques à l’aide d’éléments probants recueillis parmi les collectivités concernées et veiller à ce que les institutions rendent des comptes dans ce domaine. 

Corina Murafa est experte indépendante en politique publique, militante et maîtresse de conférence universitaire spécialisée dans le climat, l’énergie et la durabilité. Membre du Comité économique et social européen depuis 2023, elle représente les organisations de la société civile actives dans le domaine du climat et de l’énergie. Elle est également membre de l’Observatoire roumain de la précarité énergétique (ORSE) et donne des conférences à l’université d’études économiques de Bucarest. Ses travaux sont axés sur la transition énergétique juste, la précarité énergétique et la transformation des entreprises au regard des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance. Elle a collaboré avec différentes organisations privées et publiques, dont la Banque mondiale, la Commission européenne, le Environmental Defense Fund et la Frankfurt School of Finance and Management, de grandes multinationales, des gouvernements, des ONG et des groupes de réflexion. 

AUCUNE STRATÉGIE NE PEUT RÉUSSIR SANS FINANCEMENT ADÉQUAT

La Commission européenne a lancé la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté en mai 2026, promettant de s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté en vue de l’éradiquer d’ici à 2050. Mais l’Union peut-elle tenir sa promesse sans mettre les fonds nécessaires sur la table? Dans un entretien avec CESE info, João Oliveira, député au Parlement européen et rapporteur du rapport du Parlement européen sur la stratégie susmentionnée, examine ce qui manque à celle-ci, ce que le prochain budget à long terme révèle quant à l’engagement de l’Union en faveur de la lutte contre la pauvreté et pourquoi un changement fondamental d’approche est nécessaire pour faire la différence dans la vie des citoyens. 

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La Commission européenne a lancé la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté en mai 2026, promettant de s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté en vue de l’éradiquer d’ici à 2050. Mais l’Union peut-elle tenir sa promesse sans mettre les fonds nécessaires sur la table? Dans un entretien avec CESE info, João Oliveira, député au Parlement européen et rapporteur du rapport du Parlement européen sur la stratégie susmentionnée, examine ce qui manque à celle-ci, ce que le prochain budget à long terme révèle quant à l’engagement de l’Union en faveur de la lutte contre la pauvreté et pourquoi un changement fondamental d’approche est nécessaire pour faire la différence dans la vie des citoyens. 

En décembre 2025, vous avez été rapporteur du rapport du Parlement européen sur l’élaboration d’une nouvelle stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. Parmi les principales recommandations de votre rapport, lesquelles ont été intégrées dans la stratégie de la Commission, et sur quels points constatez-vous l’écart le plus important? 

Certains des éléments exposés dans le rapport du Parlement européen ont été pris en compte dans la stratégie de la Commission européenne en tant que principes directeurs. Il s’agit notamment de l’objectif d’éradication de la pauvreté, de la nécessité d’une approche globale et intégrée pour aborder ses différentes dimensions, d’une meilleure prise en compte des besoins spécifiques des différents groupes sociaux, d’un financement adéquat et de la participation à la prise de décision des personnes en situation de pauvreté. Toutefois, la principale lacune de la stratégie réside dans le manque d’engagement politique en faveur de la mise en œuvre des mesures liées aux priorités énoncées. 

Votre rapport plaide notamment en faveur d’un «changement de paradigme» dans la lutte contre la pauvreté. En quoi cela consisterait-il dans la pratique, et la stratégie adoptée satisfait-elle à ce changement?  

Le changement de paradigme repose sur trois considérations essentielles. Premièrement, la pauvreté reflète la répartition inégale des richesses, faisant d’une plus grande égalité une exigence fondamentale. Deuxièmement, la pauvreté n’est pas seulement une conséquence de l’insuffisance des revenus ou du manque d’emplois, mais aussi un déni des droits de l’homme, entendus comme des droits politiques, économiques, sociaux et culturels. Elle requiert donc une approche fondée sur les droits. Enfin, ces considérations exigent de passer de mesures fragmentées à des politiques coordonnées et globales qui s’attaquent à la nature multidimensionnelle de la pauvreté et à ses causes profondes à chaque étape de la vie. 

Votre rapport invite les personnes en situation de pauvreté à contribuer à l’élaboration et à l’évaluation des politiques qui les concernent. À quoi ressemblerait leur participation significative, et la stratégie leur donne-t-elle suffisamment voix au chapitre? 

Une participation significative nécessite que les personnes ayant vécu en situation de pauvreté soient associées à la définition, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques qui les concernent. Il ne suffit pas de simplement écouter les personnes vivant dans la pauvreté. Il y a lieu de tenir compte de leurs expériences et de leurs avis, et les besoins qu’elles recensent doivent être pris en considération. L’efficacité du cadre de participation politique proposé dans la stratégie de la Commission dépendra en fin de compte de sa capacité à résoudre les problèmes concrets auxquels les citoyens sont confrontés dans leur vie quotidienne.

Votre rapport prévoyait également d’«allouer des ressources budgétaires suffisantes et durables aux mesures de lutte contre la pauvreté au moyen du CFP et des mécanismes budgétaires nationaux». Le prochain CFP est toujours en cours de négociation, mais d’après ce que vous avez vu jusqu’à présent de la forme qu’il est proposé qu’il prenne, est-il en voie d’allouer suffisamment de fonds pour lutter de manière adéquate contre la pauvreté? La pauvreté bénéficie-t-elle d’une priorité suffisante dans ses négociations? 

Le CFP proposé pour la période 2028-2034, que ce soit dans sa forme initiale présentée par la Commission européenne ou dans les versions plus récentes soumises par les présidences chypriote et irlandaise, ne fournit pas les ressources budgétaires substantielles nécessaires à l’éradication de la pauvreté et, à certains égards, va dans la direction opposée. Le fait de donner la priorité aux dépenses militaires au détriment des fonds de cohésion, la réduction significative des montants alloués aux politiques sociales, y compris le budget du Fonds social européen, et le statut non autonome du Fonds dans le prochain cadre des plans PNR en sont quelques exemples. 

Nous n’avons cessé de demander des dotations budgétaires spécifiques dans le prochain CFP pour lutter contre la pauvreté, y compris un financement spécifique supplémentaire de 50 milliards d’EUR pour la stratégie, en plus des 20 milliards d’EUR alloués à la garantie européenne pour l’enfance, ainsi qu’un montant additionnel de 35 milliards d’EUR spécifiquement affecté à l’expansion et à la modernisation du parc de logements publics. 

Sans les engagements financiers nécessaires, aucune stratégie ne peut atteindre ses objectifs. L’approche actuelle de la Commission européenne ne laisse donc guère de place au succès de la lutte contre la pauvreté. 

João Oliveira est député au Parlement européen pour le Parti communiste portugais. Il a été rapporteur pour la première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, après avoir siégé comme député au Parlement portugais de la 10e à la 14e législature. Il est actuellement conseiller municipal de la ville d’Évora.

ÉRADIQUER LA PAUVRETÉ D’ICI À 2050: FAIRE PASSER LES GENS AVANT LA CROISSANCE

 La pauvreté n’est pas une fatalité. Elle reflète la manière dont nous entretenons nos relations et assumons nos responsabilités les uns envers les autres, dont nos économies sont organisées, dont les ressources sont partagées et les intérêts sont hiérarchisés. Diverses options s’offrent à nous pour l’éradiquer. Il faut écouter les personnes en situation de pauvreté et de marginalisation, défendre leur dignité et veiller à ce que leur voix soit entendue lors de la prise de décisions qui ont une incidence sur leur vie. Il s’agit également de ne pas se limiter à la croissance économique comme réponse principale et de placer la dignité humaine, plutôt que le profit, au cœur de toutes les politiques en Europe et ailleurs. En effet, la croissance peut laisser la pauvreté intacte, et c’est souvent le cas, tout en coexistant avec les inégalités et l’exclusion, écrit Maria NYMAN, secrétaire générale de Caritas Europa. 

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La pauvreté n’est pas une fatalité. Elle reflète la manière dont nous entretenons nos relations et assumons nos responsabilités les uns envers les autres, dont nos économies sont organisées, dont les ressources sont partagées et les intérêts sont hiérarchisés. Diverses options s’offrent à nous pour l’éradiquer. Il faut écouter les personnes en situation de pauvreté et de marginalisation, défendre leur dignité et veiller à ce que leur voix soit entendue lors de la prise de décisions qui ont une incidence sur leur vie. Il s’agit également de ne pas se limiter à la croissance économique comme réponse principale et de placer la dignité humaine, plutôt que le profit, au cœur de toutes les politiques en Europe et ailleurs. En effet, la croissance peut laisser la pauvreté intacte, et c’est souvent le cas, tout en coexistant avec les inégalités et l’exclusion, écrit Maria NYMAN, secrétaire générale de Caritas Europa. 

Pour le réseau Caritas, éradiquer la pauvreté ne se résume pas à palier un manque de revenus. Il s’agit de reconnaître la vie et le parcours des personnes concernées, de défendre leur dignité et de respecter leurs droits. Une telle démarche exige une culture de la rencontre, qui considère les personnes en situation de pauvreté et d’exclusion comme des acteurs à part entière de leur avenir. 

Le fossé entre les ambitions politiques, d’une part, et les choix économiques et politiques qui continuent de reproduire la pauvreté, d’autre part, constitue un obstacle fondamental à l’éradication de celle-ci. Pour y remédier, il faut agir sur deux fronts. 

Premièrement, les personnes en situation de pauvreté doivent être au cœur de l’élaboration des politiques. La pauvreté est un phénomène multidimensionnel qui englobe non seulement les revenus et l’accès aux besoins fondamentaux, mais aussi les inégalités, la discrimination, la marginalisation, la solitude, les relations rompues, l’impuissance et les choix limités. Les décideurs politiques doivent écouter directement les personnes qui sont confrontées à la pauvreté, les rencontrer au sein de leur communauté et tirer des enseignements de leurs expériences et des solutions qu’elles proposent. Leur participation, parallèlement à celle des organisations de la société civile et des prestataires de services sociaux tels que Caritas, doit contribuer de manière significative à la conception, à la mise en œuvre, au suivi et à l’évaluation des politiques de lutte contre la pauvreté. La consultation doit être sérieuse et authentique, et veiller à ce que la voix des citoyens influence réellement les décisions qui touchent leur vie. 

Deuxièmement, notre approche ne doit pas se limiter à la croissance économique et l’emploi comme principales réponses à la pauvreté. À elle seule, la croissance économique ne permet pas d’éradiquer la pauvreté et ne profite pas à tous de manière équitable. La croissance économique peut coexister, et c’est souvent le cas, avec de profondes inégalités et avec l’exclusion sociale. Le travail décent et la protection sociale doivent être reconnus comme des droits fondamentaux, et pas seulement comme des outils de croissance et de compétitivité. On ne peut éradiquer la pauvreté sans s’attaquer à ses causes structurelles, parmi lesquelles figurent un accès inégal à une éducation de qualité, la discrimination sur le marché du travail, des logements inabordables, une protection sociale insuffisante, les désavantages intergénérationnels ou encore l’éclatement des familles, des relations sociales et des réseaux de soutien. Des investissements publics plus importants dans les services essentiels et un soutien aux entreprises locales et à l’économie sociale doivent également concourir à cet objectif.

Ces priorités ont vocation à guider les politiques extérieures de l’UE ainsi que son programme interne. La coopération avec les pays d’Afrique, d’Amérique latine et du Sud global au sens large doit répondre à leurs propres priorités et réduire la pauvreté et les inégalités, au lieu de servir avant tout les intérêts économiques et géopolitiques européens. Les initiatives telles que la stratégie «Global Gateway» doivent prouver leur contribution au bien-être, au développement économique local et à l’accès aux services essentiels. Dans cette optique, il y a lieu de s’attaquer aux relations commerciales inégales, aux déséquilibres fiscaux internationaux, à la dette et aux contraintes qui pèsent sur la capacité des pays à consacrer des investissements à leur population. La coopération internationale au développement reste essentielle, mais l’aide ne saurait à elle seule remédier aux inégalités structurelles qui perpétuent la pauvreté. 

L’éradication de la pauvreté doit aller de pair avec la protection de notre maison commune. Le modèle économique actuel exerce une pression croissante sur les ressources naturelles et les territoires, en particulier dans les pays du Sud, où les populations subissent souvent les conséquences les plus graves du changement climatique, et ce bien qu’elles y contribuent le moins. Les politiques sociales et environnementales doivent se renforcer mutuellement, en veillant à ce que la transition écologique protège les moyens de subsistance, réduise les inégalités et ne laisse pas pour compte les personnes en situation de pauvreté. 

La concrétisation des engagements nécessite un financement adéquat et une coordination renforcée entre les États membres de l’UE. Alors que débutent les négociations sur le cadre financier pluriannuel 2028-2034, la priorité doit être donnée à l’investissement social dans l’ensemble des instruments de financement pertinents de l’Union, y compris les fonds de cohésion. Les financements doivent parvenir aux organisations à but non lucratif qui œuvrent en première ligne, avec des exigences administratives et des obligations de déclaration qui ne détournent pas les ressources des services essentiels. Des responsabilités claires et une coordination efficace entre les politiques européennes et nationales de lutte contre la pauvreté sont en outre nécessaires. 

Enfin, l’UE doit maintenir son engagement en faveur de la coopération internationale au développement, en reconnaissant que la pauvreté en Europe ne peut être traitée indépendamment des inégalités à l’échelle mondiale et des défis environnementaux. 

Pour Caritas, le principe est simple: les gens et la planète doivent passer avant les profits. Pour éradiquer la pauvreté d’ici à 2050, en Europe et ailleurs, nous devons trouver le courage de changer les systèmes qui la perpétuent, de partager plus équitablement les ressources et d’écouter les personnes en situation de pauvreté et d’exclusion en tant qu’acteurs à part entière de leur avenir. 

De plus amples informations sont disponibles dans la publication «Going beyond economic growth» (Aller au-delà de la croissance économique, disponible en anglais uniquement) du réseau Caritas. 

Maria Nyman est la secrétaire générale de Caritas Europa, l’une des sept branches régionales de Caritas Internationalis, la confédération internationale d’organisations catholiques. Elle a pris ses fonctions en mai 2019, après avoir été élue l’année précédente par les 49 organisations membres de Caritas Europa, qui travaillent avec et pour les personnes les plus marginalisées et les plus vulnérables dans 46 pays européens. Basé à Bruxelles, le secrétariat de Caritas Europa mène des actions de sensibilisation aux niveaux européen et international, soutient le renforcement des capacités du réseau et coordonne l’aide humanitaire lorsque l’Europe traverse une situation d’urgence. Auparavant, Maria avait dirigé Mental Health Europe et travaillé au sein du Forum européen des personnes handicapées. Elle est titulaire d’un master en droit de l’université d’Uppsala, en Suède. 

LE PARADOXE EUROPÉEN DE L’ALIMENTATION: DES MILLIONS DE TONNES DE DENRÉES GASPILLÉES, DES MILLIONS DE PERSONNES PEINENT À MANGER À LEUR FAIM

La Fédération européenne des banques alimentaires (FEBA) représente 480 banques alimentaires et aide chaque année plus de 13 millions de personnes partout en Europe, avec le concours de plus de 100 000 bénévoles. Dans cet article pour CESE info, la FEBA met en lumière le rôle essentiel des banques alimentaires pour répondre à des besoins immédiats, tout en insistant également sur le fait qu’à elle seule, cette redistribution de denrées ne peut remédier aux causes profondes de la pauvreté alimentaire, et elle fait valoir que l’Europe doit agir sur trois fronts pour lutter à la fois contre la pauvreté alimentaire et contre le gaspillage alimentaire. 

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La Fédération européenne des banques alimentaires (FEBA) représente 480 banques alimentaires et aide chaque année plus de 13 millions de personnes partout en Europe, avec le concours de plus de 100 000 bénévoles. Dans cet article pour CESE info, la FEBA met en lumière le rôle essentiel des banques alimentaires pour répondre à des besoins immédiats, tout en insistant également sur le fait qu’à elle seule, cette redistribution de denrées ne peut remédier aux causes profondes de la pauvreté alimentaire, et elle fait valoir que l’Europe doit agir sur trois fronts pour lutter à la fois contre la pauvreté alimentaire et contre le gaspillage alimentaire. 

Chaque année, ce sont quelque 58 millions de tonnes de déchets alimentaires qui sont produites dans l’Union européenne. Dans le même temps, 8,5 % de sa population n’a pas les moyens de manger un jour sur deux un repas comprenant de la viande, du poisson ou leur équivalent végétarien. Des denrées alimentaires finissent à la poubelle, alors que l’accès à un régime alimentaire nutritif reste hors de portée pour des millions de personnes. 

Les banques alimentaires sont à l’œuvre là où ces deux réalités se rencontrent. Elles récupèrent les surplus sains et comestibles auprès des exploitations agricoles et des entreprises pour les redistribuer aux organisations qui viennent en aide aux personnes en difficulté. Depuis 40 ans, la Fédération européenne des banques alimentaires (FEBA) les assiste dans leurs activités et défend des politiques qui leur permettent de les mener à bien. 

En 2025, le réseau de la FEBA rassemblait 480 banques alimentaires et plus de 100 000 bénévoles, qui redistribuaient quelque 861 000 tonnes de denrées alimentaires collectées auprès de différentes sources à plus de 13 millions de personnes dans toute l’Europe. 

Toute cette infrastructure nécessite de mobiliser des entrepôts, des transports, de l’expertise et des partenariats locaux fiables. Si les pouvoirs publics entendaient fournir un service de même ampleur, il leur faudrait des ressources considérables. Selon une étude de Deloitte menée aux Pays-Bas, on estime que pour chaque euro donné, les banques alimentaires génèrent 12 euros de valeur sociale, un rendement qui met en lumière les possibilités qui s’offrent lorsqu’on allie les dons, l’engagement des bénévoles et le professionnalisme en matière de coordination. 

Mais leur apport ne se mesure pas uniquement à l’aune des quantités distribuées ou de la valeur économique. 

L’aide alimentaire permet également de progresser sur la voie de l’inclusion. Grâce à l’action des organisations locales, elle peut bâtir la confiance, faire reculer l’isolement et rapprocher les personnes des services et de nouvelles perspectives. Les personnes en situation de pauvreté doivent également avoir voix au chapitre lorsqu’il s’agit d’élaborer les politiques destinées à les aider. 

Les banques alimentaires répondent à un besoin immédiat lorsqu’elles fournissent aux personnes une nourriture nutritive adaptée à leur situation tout en respectant leur dignité, leur choix et l’accessibilité. Toutefois, la redistribution de denrées alimentaires ne peut, à elle seule, rien changer à l’inadéquation des revenus, à l’emploi précaire, au logement inabordable ou aux lacunes de la protection sociale. Il s’impose de mettre en place des politiques qui s’attaquent à ces causes profondes et qui se déploient main dans la main avec les banques alimentaires. 

Les progrès accomplis dans la prévention du gaspillage alimentaire pourraient tarir certaines sources traditionnelles de surplus, alors même que la demande d’aide alimentaire ne cesse de croître. Toutefois, des quantités gigantesques de denrées alimentaires saines et comestibles sont encore perdues ou gaspillées tout au long de la chaîne d’approvisionnement alimentaire, depuis la production primaire jusqu’à la vente au détail. Aussi notre priorité doit-elle être de renforcer la capacité des banques alimentaires à récupérer et à redistribuer une plus grande part de ces denrées alimentaires, et pour ce faire, d’investir dans des infrastructures de collecte, de tri, de transformation, de transport et de stockage. Dans le même temps, lorsque les dons ne suffisent pas, des instruments tels que l’aide matérielle au titre du FSE+ peuvent soutenir des achats complémentaires de denrées alimentaires et contribuer ainsi à garantir à ceux qui en ont besoin l’accès à des denrées adéquates et nutritives. 

Tous ces défis ont été au centre du débat que la FEBA et le Forum européen sur l’alimentation ont organisé le 29 septembre au Parlement européen à l’occasion de la Journée internationale de sensibilisation aux pertes et gaspillages de nourriture. Ces échanges de vues ont permis de faire le lien entre les ambitions politiques et les problèmes liés à la récupération, en particulier dans l’agriculture. 

L’Europe doit à présent agir sur trois fronts. 

Premièrement, l’Europe doit sanctuariser des moyens dans le prochain budget à long terme de l’Union afin de financer l’aide alimentaire et l’assistance matérielle de base. Le soutien prévisible qu’elle fournira ainsi est nécessaire pour couvrir les coûts de redistribution, les mesures d’accompagnement pour l’inclusion et les achats complémentaires de denrées, et elle doit le prodiguer au moyen de procédures accessibles et respectueuses de l’indépendance des organisations. 

Deuxièmement, l’Europe doit faciliter les dons en toute sécurité. Dans le cadre de l’atlas mondial des politiques de dons alimentaires («Global Food Donation Policy Atlas»), la FEBA œuvre de concert avec le laboratoire des politiques et du droit de l’alimentation de l’École de droit de l’université de Harvard (Harvard Law School’s Food Law and Policy Clinic) à cartographier les législations nationales et à recenser les obstacles aux dons et les possibilités de les favoriser. Ces données probantes viennent enrichir les activités de plaidoyer menées au fil de la mise en œuvre de la directive-cadre révisée relative aux déchets. Des aides publiques doivent également permettre d’assurer la récupération auprès du secteur agricole et d’armer les organisations en première ligne; en l’absence de financement, ni les agriculteurs ni les organisations caritatives ne pourront supporter les coûts de la récupération. 

Troisièmement, l’Europe doit concilier ses objectifs sociaux et environnementaux. La prévention doit rester la priorité. Si tous les déchets alimentaires ne peuvent pas être consommés ou récupérés, des surplus comestibles devraient rester disponibles pour la consommation humaine, moyennant la préservation de leur valeur nutritionnelle et une meilleure utilisation des ressources. 

Les contraintes climatiques renforcent cette responsabilité. La FEBA a lancé un projet pilote avec le Réseau mondial de banques alimentaires et les banques alimentaires participantes afin de mesurer les émissions de méthane évitées grâce à la récupération et à la redistribution. Ce projet étoffera les données disponibles en Europe sur la contribution du secteur à l’action pour le climat, ainsi que sur son rôle social. 

Pour les employeurs, les syndicats, la société civile et les pouvoirs publics, il s’agit là d’un programme d’action commune. Une protection sociale plus forte, des partenariats efficaces en matière de dons et des investissements soutenus sont autant de facteurs qui doivent se renforcer les uns les autres. 

L’Europe doit à la fois lutter contre la pauvreté qui crée la nécessité d’une aide alimentaire et soutenir les infrastructures qui permettent aujourd’hui de fournir cette dernière. Les banques alimentaires traduisent chaque jour la solidarité en actes concrets. Elles méritent une politique publique à la hauteur de leur engagement. 

La Fédération européenne des banques alimentaires (FEBA) est une organisation à but non lucratif fondée en 1986 qui rassemble et soutient les banques alimentaires de toute l’Europe, dont elle représente les intérêts sur la scène européenne et internationale. Elle s’emploie à lutter contre l’insécurité alimentaire, à réduire le gaspillage alimentaire et à faire progresser ainsi la récupération des surplus alimentaires et leur redistribution aux organisations caritatives qui viennent en aide aux personnes dans le besoin.

QUAND LA FAIM CÔTOIE L’ABONDANCE: UN PARADOXE À RÉSOUDRE

L’insécurité alimentaire et la dépendance à l’égard des banques alimentaires ne cessent de croître, alors même que des milliers de tonnes d’aliments tout à fait propres à la consommation continuent d’être gaspillées chaque jour. À elle seule, l’Union européenne produit environ 58 millions de tonnes de déchets alimentaires chaque année. Nous nous sommes entretenus avec Angela Ruttledge, responsable des politiques chez FoodCloud, une ONG irlandaise qui met en relation des entreprises et des organisations d’aide alimentaire afin de coordonner les dons et de réduire le gaspillage. Elle nous présente le travail de FoodCloud, revient sur les besoins croissants en matière d’aide alimentaire et explique quelles mesures l’Europe doit prendre pour réduire sensiblement le gaspillage alimentaire et la pauvreté. 

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L’insécurité alimentaire et la dépendance à l’égard des banques alimentaires ne cessent de croître, alors même que des milliers de tonnes d’aliments tout à fait propres à la consommation continuent d’être gaspillées chaque jour. À elle seule, l’Union européenne produit environ 58 millions de tonnes de déchets alimentaires chaque année. Nous nous sommes entretenus avec Angela Ruttledge, responsable des politiques chez FoodCloud, une ONG irlandaise qui met en relation des entreprises et des organisations d’aide alimentaire afin de coordonner les dons et de réduire le gaspillage. Elle nous présente le travail de FoodCloud, revient sur les besoins croissants en matière d’aide alimentaire et explique quelles mesures l’Europe doit prendre pour réduire sensiblement le gaspillage alimentaire et la pauvreté. 

Comment les aliments qui seraient autrement jetés sont-ils donnés, par l’intermédiaire de FoodCloud, aux personnes dans le besoin? Pourriez-vous nous expliquer comment cela fonctionne et nous donner une idée de l’ampleur de votre action? Quelle quantité de nourriture récupérez-vous et combien de personnes en bénéficient?  

À l’échelle internationale, FoodCloud s’appuie sur sa plateforme numérique pour mettre en relation des entreprises avec plus de 3 800 organismes de charité et associations locales caritatives dans six pays différents. En Irlande, nous disposons également de trois centres — à Dublin, Cork et Galway — qui assurent la collecte et la réception des dons.  

Notre application permet aux banques alimentaires et aux associations caritatives de visualiser les surplus déclarés sur la plateforme par les détaillants.  

Depuis 2013, nous avons redistribué l’équivalent d’environ 500 millions de repas, soit environ 212 000 repas par semaine. Cela a également permis d’éviter l’émission de 558 000 tonnes d’équivalent CO2.  

Notre plateforme numérique nous permet d’étendre notre action à des banques alimentaires du monde entier. Par exemple, nous collaborons au Kenya avec notre partenaire local Food Banking Kenya, et nous avons prévu de lancer des projets dans deux autres pays d’Afrique l’année prochaine, ainsi que dans deux autres pays européens.  

Notre objectif est de redistribuer un milliard de repas d’ici 2030. Au fur et à mesure que nous élargissons notre couverture géographique pour mettre davantage de surplus à la disposition des groupes qui en ont le plus besoin, nous sommes convaincus que notre impact continuera de croître de manière exponentielle et que nous parviendrons à réaliser notre vision d’un monde où aucun aliment propre à la consommation ne finit à la poubelle.  

Selon les associations caritatives et les organisations avec lesquelles vous travaillez, quelles tendances se dessinent aujourd’hui en ce qui concerne la précarité alimentaire?  

D’après nos partenaires locaux, la demande d’aide alimentaire est en hausse et les difficultés financières touchent des personnes aux situations très variées. Lors de l’enquête que nous avons menée en juillet 2026 auprès de nos partenaires locaux, 66 % ont fait état d’une augmentation de la demande au cours des six derniers mois.  

Les organisations disent apporter de l’aide aux personnes âgées dont la pension est insuffisante, aux familles victimes de la hausse des loyers et aux personnes travaillant à temps plein qui ne parviennent pourtant pas à boucler leurs fins de mois. Un parent bénéficiant de l’aide de la Waterford Food Bank a raconté qu’il lui arrivait de sauter des repas pour que ses enfants puissent manger, ce qui illustre les choix difficiles auxquels certains ménages font face. 

Selon le rapport de l’association Barnados intitulé «Cost of Living — The Impact on Children 2026» (Coût de la vie — L’impact sur les enfants 2026), 20 % des parents interrogés ont déclaré qu’eux-mêmes ou leurs enfants avaient dû se priver de nourriture ou réduire leur consommation alimentaire, et 44 % ont dit avoir sauté des repas. À l’échelle mondiale, on estime que 2,1 milliards de personnes, soit 25,8 % de la population, souffrent d’insécurité alimentaire modérée ou grave.

Et pourtant, des milliers de tonnes d’aliments tout à fait propres à la consommation sont gaspillés. Ce paradoxe cache une occasion manquée: celle de rendre notre système alimentaire plus durable, mais aussi d’utiliser l’alimentation pour créer du lien social et renforcer la résilience.  

Nos partenaires ont également souligné que manger à sa faim et manger sainement vont de pair. Quelque 64 % d’entre eux jugent difficile d’aider les bénéficiaires de leurs services à manger sainement, tandis que 89 % estiment qu’une meilleure connaissance de la nutrition leur serait bénéfique. Parmi les principaux obstacles, ils citent les compétences culinaires limitées, une connaissance insuffisante des questions alimentaires et certains problèmes de santé.  

L’aide alimentaire s’inscrit par ailleurs dans le cadre de besoins plus larges: 70 % des partenaires interrogés proposent des services supplémentaires allant au-delà de l’aide alimentaire. Les repas collectifs permettent non seulement de se nourrir, mais aussi de créer du lien social, en particulier pour les personnes en situation d’isolement.  

Pour ces organisations, récupérer les excédents alimentaires est un moyen d’optimiser leurs ressources limitées. À cet égard, 64 % d’entre elles ont déclaré que les économies réalisées grâce aux surplus alimentaires leur permettent de réaffecter des fonds à d’autres services essentiels, et ainsi de mieux répondre aux pressions plus larges qui touchent les personnes qu’elles accompagnent.  

D’après votre expérience, qu’est-ce qui empêche davantage de surplus alimentaires de parvenir aux personnes qui n’ont pas les moyens de se nourrir suffisamment? Que faut-il changer, tant dans les pratiques commerciales que dans les politiques publiques, pour réduire le gaspillage alimentaire et aider davantage de personnes?  

Pour permettre aux personnes en situation d’insécurité alimentaire d’avoir accès à des excédents alimentaires sûrs et nutritifs, la simple volonté des entreprises du secteur alimentaire de faire don de leurs surplus ne suffit pas.  

Les politiques publiques doivent soutenir à la fois les entreprises qui donnent leurs excédents et les organisations qui les récupèrent.  

Les entreprises doivent intégrer la prévention du gaspillage alimentaire et la redistribution dans leurs pratiques quotidiennes. Cela suppose de mesurer la quantité de déchets, d’améliorer les prévisions, de former le personnel et de nouer des partenariats fiables en matière de dons. Il convient d’évaluer la possibilité de donner les excédents alimentaires consommables avant de les destiner à la valorisation ou à l’élimination. Des objectifs clairs et un suivi cohérent aideraient les entreprises à repérer les possibilités d’action et à rendre compte des progrès accomplis. 

Nous sommes conscients des efforts que suppose le don d’excédents alimentaires tout à fait propres à la consommation. C’est pourquoi nous recommandons des incitations fiscales couvrant les dons alimentaires et la logistique y afférente, des orientations officielles claires en matière de sécurité alimentaire et une protection de la responsabilité des entreprises et des redistributeurs qui respectent les exigences de sécurité. Nous estimons que les dispositions en matière de dons prévues dans la directive-cadre révisée de l’UE relative aux déchets offrent une véritable occasion de créer un programme national solide en faveur des dons.  

Mais les dons à grande échelle ne peuvent avoir lieu sans les organisations qui font le lien entre ces dons et les associations locales, ni sans les efforts visant à renforcer la capacité de ces associations à utiliser les excédents alimentaires.  

Les aliments doivent être recensés, collectés, stockés et redistribués en toute sécurité, souvent dans des délais très courts. Nos recherches mettent en évidence des lacunes en matière de transport, de stockage frigorifique, de personnel et de financement, qui limitent la quantité de nourriture que les organisations locales d’aide alimentaire peuvent accepter. 

Comment les gouvernements et les institutions européennes peuvent-ils travailler plus efficacement avec des organisations de la société civile comme la vôtre pour lutter contre la précarité alimentaire? Quel type de soutien ferait réellement la différence? 

Les gouvernements et les institutions européennes devraient associer les organisations de la société civile à l’élaboration, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques de lutte contre la précarité alimentaire, en s’appuyant sur notre expérience pratique et sur les témoignages de personnes qui font appel aux services de proximité. Le dialogue régulier doit déboucher sur une action coordonnée entre les politiques sanitaires, agricoles, environnementales et de protection sociale. 

Les associations ont besoin de réfrigérateurs, de congélateurs, de véhicules et de bâtiments appropriés. Elles ont également besoin d’argent pour payer l’électricité, le carburant, les assurances, l’entretien et le personnel. Acheter une camionnette ne suffit pas: il faut quelqu’un pour la conduire, organiser les collectes et payer pour la maintenir en bon état. 

Les financements de projets à court terme peuvent aider au démarrage, mais encore faut-il savoir comment maintenir ces projets à flot une fois que ces financements sont arrivés à leur terme. C’est pourquoi nous préconisons d’accorder des financements pluriannuels de base aux organisations locales d’aide alimentaire, afin de leur apporter une certaine sécurité et de leur permettre de planifier leurs activités. 

Nous recommandons également de financer des postes de coordinateurs alimentaires locaux et des infrastructures partagées afin de renforcer les liens entre les donateurs et les associations locales. Il est essentiel que les financements de l’UE soient plus facilement accessibles aux plus petites organisations, et que les procédures de demande et d’établissement de rapports soient proportionnées. 

L’aide alimentaire devrait permettre d’orienter les personnes vers des services et des prestations plus larges grâce à des modèles innovants tels que les épiceries solidaires, qui proposent des services d’accompagnement complets. La redistribution peut alléger les pressions immédiates, mais pour qu’un partenariat soit efficace, il doit également s’attaquer aux causes sous-jacentes de la précarité alimentaire et protéger la dignité humaine. 

Angela Ruttledge est responsable des politiques chez FoodCloud. Membre du réseau «Eisenhower Fellowships», avocate, administratrice non exécutive et ancienne restauratrice, elle défend avec conviction le partage de la nourriture, la justice alimentaire ainsi que les solutions fondées sur l’économie circulaire. 

MOINS DE GASPILLAGE, MOINS DE DENRÉES À PARTAGER: POURQUOI LES BANQUES ALIMENTAIRES EUROPÉENNES ONT BESOIN D’UN NEW DEAL AVEC LES ACTEURS DE LA CHAÎNE ALIMENTAIRE

Les progrès réalisés par l’Europe en matière de réduction du gaspillage alimentaire sont certainement une bonne nouvelle pour le climat et la société. Mais chaque victoire a un coût, et celui-ci est payé par les banques alimentaires européennes: à l’heure où la demande pour leurs services augmente, elles reçoivent moins de dons issus d’excédents alimentaires. La réponse à ce paradoxe ne consiste pas à gaspiller davantage, mais à cesser de dépendre du hasard, écrit Voedselbanken Nederland, une association de 181 banques alimentaires néerlandaises indépendantes. Pour CESE Info, cette association s’appuie sur l’exemple néerlandais en vue de décrire comment mieux gérer les excédents alimentaires aux niveaux national et européen afin de prévenir les pénuries dans les banques alimentaires. 

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Les progrès réalisés par l’Europe en matière de réduction du gaspillage alimentaire sont certainement une bonne nouvelle pour le climat et la société. Mais chaque victoire a un coût, et celui-ci est payé par les banques alimentaires européennes: à l’heure où la demande pour leurs services augmente, elles reçoivent moins de dons issus d’excédents alimentaires. La réponse à ce paradoxe ne consiste pas à gaspiller davantage, mais à cesser de dépendre du hasard, écrit Voedselbanken Nederland, une association de 181 banques alimentaires néerlandaises indépendantes. Pour CESE Info, cette association s’appuie sur l’exemple néerlandais en vue de décrire comment mieux gérer les excédents alimentaires aux niveaux national et européen afin de prévenir les pénuries dans les banques alimentaires. 

Le 30 septembre, une livraison inhabituelle est arrivée à la banque alimentaire d’Utrecht: des sachets de pâtes et des bocaux de sauce tomate à base de légumes qui auraient autrement été jetés. Il s’agissait des premiers produits de Social Food, une nouvelle initiative que nous avons lancée avec la fondation néerlandaise Samen Tegen Voedselverspilling (Unis contre le gaspillage alimentaire). Au cours de sa première campagne de production, environ 18 500 kilos de tomates et de poivrons excédentaires ont été transformés en 44 000 bocaux de sauce pour plus de 35 000 ménages. 

Derrière ces bocaux se cache un paradoxe auquel chaque banque alimentaire d’Europe sera bientôt confrontée. 

Bonnes nouvelles, mais… 

L’Europe gagne la lutte contre le gaspillage alimentaire. Aux Pays-Bas, le gaspillage alimentaire a diminué de 17 % entre 2015 et 2023. Les supermarchés et les producteurs planifient mieux et baissent le prix des produits avant la fin de leur durée de conservation. La directive-cadre révisée de l’UE sur les déchets fixe désormais les premiers objectifs contraignants pour 2030: une réduction de 10 % du gaspillage alimentaire provenant de la transformation et de la fabrication et une réduction de 30 % par habitant dans le commerce de détail, les restaurants et les ménages. 

C’est une bonne nouvelle pour le climat et la société. Mais les banques alimentaires ont toujours été dépendantes des excédents alimentaires. À mesure que l’excédent se réduit, il en va de même de ce que nous pouvons partager. En 2023, les dons de produits essentiels aux banques alimentaires néerlandaises ont diminué de 20 % et les livraisons ont continué de baisser de plus de 8 % par an depuis lors. Dans le même temps, la demande continue d’augmenter. L’année dernière, nos 181 banques alimentaires ont aidé 155 600 personnes, soit 7,5 % de plus que l’année précédente. 

Moins de déchets ne doit pas signifier moins de solidarité. La solution ne consiste pas à gaspiller davantage. La solution, c’est de ne plus compter sur le hasard. 

Ce que nous avons appris aux Pays-Bas 

Les banques alimentaires néerlandaises sont une initiative citoyenne. Elles sont gérées par plus de 14 000 bénévoles, et notre réseau national s’est développé à partir de la base. Cette indépendance est notre force. Elle nous a également obligés à trouver rapidement de nouvelles réponses, dont trois ont donné des résultats.

Premièrement, transformer les flux résiduels en produits. Social Food réunit des cultivateurs, des transformateurs et des partenaires logistiques afin de transformer les matières premières excédentaires en soupes, sauces et conserves pouvant être stockées pendant des mois. L’initiative fonctionne parce que tous les maillons de la chaîne y participent. Elle a été rendue possible grâce au soutien de Rabobank, du ministère néerlandais de l’agriculture, de la pêche, de la sécurité alimentaire et de la nature, et de la province de Hollande méridionale. 

Deuxièmement, ne pas donner uniquement des reliquats. Certains partenaires font désormais don d’une partie de leur production régulière, et pas seulement des restes. Un producteur de légumes a donné à lui seul 600 000 bocaux et sacs en un an, tandis que chaque magasin d’une chaîne de supermarchés néerlandaise transmet à sa banque alimentaire locale les produits qui se rapprochent de leur date de péremption. 

Troisièmement, utiliser des fonds publics pour combler les lacunes, et non pour contrôler l’initiative. Avec le soutien du Fonds social européen plus, la fondation indépendante Voedselvangnet achète des produits qui ne font plus l’objet de dons, tels que du lait de longue conservation, des pâtes alimentaires, de l’huile et du dentifrice. Les banques alimentaires elles-mêmes restent indépendantes et gérées par des bénévoles. 

L’aide alimentaire ne se substitue pas à des revenus décents ou à une bonne politique sociale. Il peut toutefois s’agir d’un tremplin. Dans le cadre de notre projet Onder de Radar («Sous le radar»), nous travaillons avec des organisations de conseil en matière d’endettement afin d’atteindre les personnes à un stade précoce et les orienter vers les soutiens voulus. Environ 31 % des personnes que nous aidons n’ont plus besoin d’un colis alimentaire après six mois, et 50 % n’en ont plus besoin après un an.

Ce que l’Europe peut faire maintenant 

La chaîne alimentaire est devenue beaucoup plus efficace. La solidarité doit devenir tout aussi délibérée. Trois mesures pourraient véritablement changer la donne. 

  1. États membres: lors de la transposition de la directive-cadre révisée sur les déchets, veiller à ce que les accords avec les banques alimentaires sur les dons et la transformation des excédents alimentaires en nouveaux produits deviennent partie intégrante des plans nationaux de gestion du gaspillage alimentaire. 

  1. Entreprises: faire don d’une part fixe de produits ordinaires, de matières premières ou de capacités de production, et pas seulement de produits excédentaires arrivant au terme de leur durée de conservation. 

  1. Union européenne: préserver un soutien notable à l’aide alimentaire dans le prochain budget à long terme, afin que les banques alimentaires puissent acheter ce que les dons ne couvrent plus sans transformer les organisations de bénévoles en agences publiques. 

Le problème, ce n’est pas la pénurie alimentaire, mais la manière dont nous organisons la distribution des aliments. 

Cette Journée mondiale de l’alimentation, notre message aux employeurs, aux travailleurs et à la société civile en Europe est simple: à mesure que le gaspillage alimentaire diminue, la solidarité doit être planifiée.

Voedselbanken Nederland est l’association de 181 banques alimentaires indépendantes aux Pays-Bas, gérée par plus de 14 000 bénévoles et presque entièrement soutenue par des dons privés et d’entreprises. En 2025, ses membres ont aidé 155 600 personnes en collaborant avec des partenaires tout au long de la chaîne alimentaire, au moyen d’initiatives telles que Social Food, pour transformer les excédents alimentaires en aide qui parvienne à ceux qui en ont le plus besoin. 

PAUVRETÉ DES PERSONNES ÂGÉES: L’EUROPE PEUT MIEUX FAIRE

Pour nombre d’Européennes et d’Européens, la retraite peut changer toute une vie passée à travailler en une lutte pour joindre les deux bouts. Dans l’ensemble de l’Union européenne, la pauvreté menace près d’une personne sur cinq âgée de 65 ans ou plus, sachant que dans certains États, notamment dans les pays baltes et en Europe orientale, cette proportion peut culminer entre 30 et 40 %. Sarah Loriato, d’AGE Platform Europe, le plus grand réseau d’organisations à but non lucratif de l’Union qui représentent et soutiennent les personnes âgées, expose à CESE info la manière dont l’âgisme et d’autres inégalités favorisent la pauvreté des personnes âgées, les lacunes de la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté et les mesures nécessaires à l’échelon national pour permettre aux personnes âgées de vivre dans la dignité.

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Pour nombre d’Européennes et d’Européens, la retraite peut changer toute une vie passée à travailler en une lutte pour joindre les deux bouts. Dans l’ensemble de l’Union européenne, la pauvreté menace près d’une personne sur cinq âgée de 65 ans ou plus, sachant que dans certains États, notamment dans les pays baltes et en Europe orientale, cette proportion peut culminer entre 30 et 40 %. Sarah Loriato, d’AGE Platform Europe, le plus grand réseau d’organisations à but non lucratif de l’Union qui représentent et soutiennent les personnes âgées, expose à CESE info la manière dont l’âgisme et d’autres inégalités favorisent la pauvreté des personnes âgées, les lacunes de la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté et les mesures nécessaires à l’échelon national pour permettre aux personnes âgées de vivre dans la dignité. 

AGE Platform Europe a déclaré que la nouvelle stratégie européenne de lutte contre la pauvreté constituait une évolution positive. Quels en sont, selon vous, les aspects positifs et ceux à améliorer du point de vue des personnes âgées?  

La stratégie européenne de lutte contre la pauvreté constitue une évolution positive. Il s’agit en effet la toute première initiative globale de l’Union européenne qui vise à lutter contre la pauvreté tout au long de la vie et qui reconnaît explicitement les personnes âgées comme l’un des groupes menacés par la pauvreté et l’exclusion sociale.  

Nous nous félicitons que la Commission y mette l’accent sur un revenu adéquat et l’accès aux services essentiels, notamment les soins de santé et le logement, et qu’elle y ait pris l’engagement de faire participer les personnes en situation de pauvreté à l’élaboration de solutions. Nous espérons que ces intentions se matérialiseront sous la forme d’une participation utile des personnes âgées et de leurs représentants à la mise en œuvre et au suivi de la stratégie.  

Toutefois, la stratégie continue d’appréhender la pauvreté principalement comme un obstacle à la compétitivité et à la croissance, alors qu’il convient de s’employer à l’éradiquer avant tout au nom des droits de l’homme, de l’égalité et de la justice sociale. Elle omet par ailleurs de s’attaquer aux facteurs structurels qui favorisent la pauvreté des personnes âgées, notamment l’âgisme.  

Grâce à sa stratégie de lutte contre la pauvreté, l’Union dispose d’un instrument concret qui peut lui permettre de prendre une place de premier plan dans les négociations en cours en vue d’adopter une convention des Nations unies sur les droits des personnes âgées. À cet égard, pour lutter contre la pauvreté des personnes âgées, il faut partir d’une approche solidement fondée sur les droits et ne pas se contenter d’envisager ce phénomène comme une simple préoccupation économique, mais bien comme un obstacle à la pleine jouissance des droits fondamentaux, à la dignité, à l’autonomie et à la participation à part entière à la vie de la société.  

Dans le document de politique générale que vous avez consacré en 2025 à la lutte contre la pauvreté des personnes âgées, vous mettez en évidence que l’âgisme constitue un obstacle majeur à cet égard. La nouvelle stratégie européenne prévoit-elle suffisamment de mesures pour lutter contre l’âgisme et le rôle qu’il joue pour susciter ou aggraver la pauvreté à un âge plus avancé?  

Non. Bien que la stratégie place les personnes âgées parmi les groupes exposés au risque de pauvreté, elle ne fait pas suffisamment état de l’âgisme comme d’un facteur structurel d’exclusion.  

L’âgisme influe négativement sur l’accès à l’emploi, à la formation, aux soins de santé, aux services financiers et à la participation à la vie de la société. Ses effets délétères se cumulent tout au long de la vie et mènent souvent à la pauvreté à un âge plus avancé.  

Il est donc essentiel de suivre une approche intersectionnelle. En effet, les personnes âgées ne constituent pas un groupe homogène et le risque de pauvreté varie en fonction du sexe, du handicap, du statut migratoire, de l’origine ethnique ou de l’orientation sexuelle. Les femmes âgées, les migrants âgés, les personnes âgées handicapées et les personnes âgées LGBTQI+ sont souvent confrontés à de multiples formes de discrimination qui se renforcent les unes les autres. Faute de s’attaquer à ces réalités, les politiques de lutte contre la pauvreté risquent de laisser des personnes de côté.  

La stratégie insiste fortement sur le rôle de l’emploi pour sortir de la pauvreté. Cette démarche a-t-elle toutefois un sens pour des personnes qui sont déjà retraitées et qui peinent à joindre les deux bouts?  

L’emploi peut contribuer à prévenir la pauvreté, et il importe de soutenir celles et ceux qui souhaitent travailler plus longtemps. Toutefois, la stratégie présente l’emploi comme la principale voie pour sortir de la pauvreté, et elle néglige ce faisant non seulement les facteurs structurels qui favorisent cette dernière mais aussi, en fin de compte, les personnes qui sont déjà à la retraite.  

Pour de nombreuses personnes âgées, le problème n’est pas tant leur participation au marché du travail que l’inadéquation de leurs pensions de retraite, l’augmentation du coût de la vie et leurs difficultés à accéder à des services publics essentiels abordables et de qualité. Nombre d’entre elles ont eu une longue vie active et ne peuvent pas compenser l’insuffisance des revenus que leur procure leur pension en reprenant un travail.  

La stratégie devrait donc mettre davantage l’accent sur l’adéquation des pensions de retraite, leur indexation et la robustesse des systèmes de protection sociale. Elle devrait également accorder une plus grande attention au caractère abordable des soins de santé, des soins de longue durée, du logement, des transports et de l’énergie. La pauvreté des personnes âgées n’est pas seulement une question de revenus, mais aussi d’accès aux services essentiels et de capacité à vivre de manière autonome et digne.  

La retraite ne protège pas nécessairement de la pauvreté et, dans certains États membres, la situation financière des personnes âgées s’aggrave. La stratégie reflète-t-elle suffisamment ces différentes réalités nationales et quelles sont les mesures nécessaires pour garantir un revenu adéquat tout au long de la vieillesse?  

La stratégie fournit un cadre utile, tout en reconnaissant que les risques de pauvreté varient considérablement d’un État membre à l’autre en fonction de l’adéquation des systèmes de retraite, de la protection sociale et des services publics.  

Nous nous félicitons que la Commission ait pris l’engagement d’appuyer des stratégies nationales et locales renforcées de lutte contre la pauvreté, et qu’elle ait proposé que soient désignés des coordinateurs nationaux de la lutte contre la pauvreté.  

Toutefois, la mise en œuvre demeure une source de préoccupations. La stratégie ne prévoit pas de doter les États membres de nouvelles ressources spécifiques, ce qui signifie que beaucoup dépendra de leur volonté politique et de leurs priorités. Pour réaliser des objectifs ambitieux, il s’impose d’investir en conséquence.  

Afin de garantir la sécurité des revenus tout au long du grand âge, les États membres devraient garantir des pensions minimales adéquates, protéger le pouvoir d’achat grâce à l’indexation des pensions et fournir une aide au revenu accessible aux personnes dont les ressources sont insuffisantes. Il importe tout autant d’assurer l’accès à des soins de santé, à des soins de longue durée et à un logement abordables.  

Les femmes âgées sont confrontées à un risque nettement plus élevé de pauvreté à la retraite parce que les inégalités qu’elles subissent en matière de rémunération, d’emploi et de responsabilités familiales se cumulent tout au long de leur vie. La stratégie est-elle suffisante pour combler les inégalités de genre en matière de pensions, et quelles mesures concrètes faut-il prendre en faveur des femmes qui sont déjà à la retraite?  

La stratégie reconnaît à juste titre que les femmes sont davantage exposées au risque de pauvreté et d’exclusion sociale, mais elle demeure trop timide lorsqu’elle entend s’attaquer aux inégalités de genre en matière de pensions. Ces dernières ne font que refléter les inégalités cumulées tout au long de la vie, notamment des salaires inférieurs, les interruptions de carrière, le travail à temps partiel et les responsabilités familiales non rémunérées, qui se traduisent souvent par des droits à pension plus faibles au moment de la retraite.  

Il est donc essentiel d’adopter une approche qui tient compte des parcours de vie. Pour prévenir les inégalités futures, il est nécessaire de prendre des mesures en faveur de l’égalité des rémunérations, de l’emploi de qualité et d’un partage équitable des responsabilités familiales. Dans le même temps, les femmes qui sont déjà à la retraite ont besoin de pensions minimales adéquates, de bonus de pension pour les périodes où elles se sont occupées d’autres personnes et d’un soutien ciblé en faveur des retraitées à faibles revenus.  

Combler les inégalités de genre en matière de pensions n’est pas seulement une question de politique des retraites, c’est aussi une question d’égalité entre les hommes et les femmes, de justice sociale et de droits fondamentaux. Chaque femme devrait pouvoir vieillir dans la dignité, la sécurité financière et l’indépendance.  

Vous pourrez consulter en ligne les recommandations de la plateforme AGE Europe sur la lutte contre la pauvreté des personnes âgées et sa position sur la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. 

Sarah Loriato est responsable des politiques de l’emploi, des pensions et de l’inclusion sociale auprès de AGE Platform Europe. Elle y est chargée des activités politiques de cette dernière dans les domaines de l’emploi, de la participation, des revenus adéquats et de l’inclusion sociale. Son travail consiste notamment à suivre les initiatives de l’Union européenne en matière de pauvreté des personnes âgées, de volontariat et d’apprentissage tout au long de la vie. Elle a rejoint AGE en 2022 après des expériences professionnelles acquises auprès de la Commission européenne et d’Amnesty International. Elle est titulaire de mastères en sciences politiques et en droit international. 

LES PLUS PAUVRES DES PERSONNES ÂGÉES EN FRANCE SONT ABANDONNÉES À LEUR DÉNUEMENT ALORS QU’ELLES ONT DROIT À DES AIDES

Dans un rapport publié en 2024, l’association à but non lucratif des Petits Frères des Pauvres estimait qu’en France, quelque deux millions de personnes âgées de 60 ans et plus vivaient sous le seuil de pauvreté. Plus de la moitié d’entre elles n’ont bénéficié d’aucune aide, tandis que nombre d’entre elles sont confrontées à de douloureux dilemmes, entre se chauffer, manger de manière décente et se soigner, alors que des procédures complexes et la numérisation des services les empêchent de demander les aides disponibles. CESE info a demandé aux Petits Frères des Pauvres s’ils avaient observé des évolutions positives depuis qu’ils ont formulé leurs recommandations visant à améliorer la vie des personnes âgées et quelles étaient leurs attentes à l’égard de la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. 

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Dans un rapport publié en 2024, l’association à but non lucratif des Petits Frères des Pauvres estimait qu’en France, quelque deux millions de personnes âgées de 60 ans et plus vivaient sous le seuil de pauvreté. Plus de la moitié d’entre elles n’ont bénéficié d’aucune aide, tandis que nombre d’entre elles sont confrontées à de douloureux dilemmes, entre se chauffer, manger de manière décente et se soigner, alors que des procédures complexes et la numérisation des services les empêchent de demander les aides disponibles. CESE info a demandé aux Petits Frères des Pauvres s’ils avaient observé des évolutions positives depuis qu’ils ont formulé leurs recommandations visant à améliorer la vie des personnes âgées et quelles étaient leurs attentes à l’égard de la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté. 

Votre rapport de 2024 constatait qu’en France, deux millions de personnes âgées vivaient alors sous le seuil de pauvreté. Quels sont les derniers chiffres disponibles? La pauvreté des personnes âgées a-t-elle progressé depuis lors? 

L’organisme public de statistique en France, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), ventile ses chiffres relatifs à la pauvreté dans trois tranches d’âge spécifiques: les 50-64 ans, les 65-74 ans et les 75 ans et plus. Pour estimer le nombre de personnes âgées de 60 ans et plus qui vivent sous le seuil de pauvreté, nous avons donc dû, avec l’institut de sondage qui est notre partenaire, procéder à un calcul spécifique de sorte à distinguer la catégorie des personnes âgées de 60 à 64 ans. C’est ainsi que nous sommes à notre estimation d’environ deux millions de personnes de 60 ans et plus touchées. 

Il convient de préciser que ce chiffre porte uniquement sur les personnes vivant dans un logement ordinaire en France métropolitaine. Il ne comprend donc ni celles qui résident dans des territoires ultramarins, ni celles qui vivent en établissement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), ni celles qui n’ont pas de toit sur leur tête. 

Nous n’avons pas encore mis à jour cette estimation en fonction des données les plus récentes de l’INSEE. À ce stade, ce dernier a fait état d’un taux de pauvreté de 10,4 % chez les retraités, sans ventiler plus en détail ce taux en fonction des tranches d’âge. 

En 2026, le «minimum vieillesse» s’élève à 1 043,59 euros par mois pour une personne seule. Est-ce suffisant pour se loger, se nourrir, se chauffer et vivre dignement? Selon vous, à quel niveau faudrait-il le porter? 

Il est évident que ce montant ne suffit pas, ce qui est d’autant plus vrai dans un contexte où certaines dépenses essentielles, telles que l’alimentation et les transports, pèsent toujours lourdement sur le budget des ménages les plus modestes. Pour les Petits Frères des Pauvres, il est indispensable de revaloriser le «minimum vieillesse» (l’allocation de solidarité aux personnes âgées — ASPA) pour le porter au niveau du seuil de pauvreté, qui s’élève actuellement à 1 337 euros par mois. Cette mesure permettrait de garantir à toutes les personnes âgées un niveau de vie pour mener une existence digne et de réduire significativement leur pauvreté. 

Selon votre rapport de 2024, plus de la moitié des personnes âgées pauvres ne bénéficiaient d’aucune aide et 73 % rencontraient des difficultés pour effectuer les démarches dématérialisées. Comment s’assurer que les aides parviennent réellement aux personnes qui y ont droit? 

Pour améliorer la situation, plusieurs mesures seraient possibles. Une première démarche consisterait à supprimer la récupération des versements au titre de l’ASPA sur la succession de ses bénéficiaires décédés, sachant qu’elle continue de dissuader fortement nombre de ceux qui pourraient en bénéficier. Une autre démarche consisterait à mettre pleinement en œuvre le principe de «solidarité à la source», en vertu duquel les prestations sont calculées sur la base des données que détiennent déjà les autorités concernant les revenus, et à l’étendre à un éventail plus large de prestations, y compris la pension de retraite minimale. 

Il s’impose tout autant de renforcer les démarches qui s’adressent aux personnes, de sorte à toucher celles qui sont les plus éloignées des services publics. Pour ce faire, on peut notamment développer des solutions de proximité, comme les bus «France services», qui permettent d’apporter une offre de service dans les territoires les plus reculés et auprès des personnes âgées les moins mobiles. Cette réflexion sur le «dernier kilomètre» est indispensable pour s’assurer que les personnes puissent effectivement exercer leurs droits et pour lutter contre l’isolement administratif. 

Votre rapport formulait vingt recommandations. Quelles sont celles auxquelles il a été donné suite depuis 2024? Sur quels points les pouvoirs publics n’ont-ils toujours pas agi? 

Il est malheureux de constater que jusqu’à présent, nos recommandations n’ont pas rencontré tout l’écho voulu auprès des pouvoirs publics. L’instabilité politique de ces dernières années n’a sans doute pas facilité les avancées: depuis 2024, les changements fréquents de Premiers ministres et d’équipes ministérielles compliquent le travail dans la durée, la continuité du dialogue et la mise en œuvre de réformes structurelles.  

Pour autant, certains sujets progressent. Ainsi, les pouvoirs publics et les organismes de protection sociale prennent davantage en compte la lutte contre le non-recours aux aides et aux droits.  

L’Assurance retraite, par exemple, conçoit des actions visant à mieux recenser les personnes éligibles à des prestations afin de limiter les situations de non-recours. 

Il n’en demeure pas moins nécessaire d’aller plus loin. Trop de personnes âgées ne sollicitent pas les aides auxquelles elles ont droit, dès lors qu’elles manquent d’information, se heurtent à la complexité administrative ou renoncent tout simplement. Sachant que le nombre de personnes âgées ne cesse de s’accroître, tout comme le fait la précarité de leur situation, cette question doit demeurer une priorité des politiques publiques. 

Presque 7 personnes âgées sur 10 ont déclaré qu’elles étaient contraintes d’économiser sur le chauffage, l’alimentation ou des biens indispensables pour prendre soin d’elles. Parmi les personnes que vous accompagnez, quels choix difficiles reviennent le plus souvent au quotidien? 

Les personnes que nous accompagnons doivent procéder à de nombreux arbitrages. Face à la hausse des dépenses contraintes, elles sont souvent amenées à réduire leurs dépenses d’énergie, à se priver d’une alimentation de qualité ou à renoncer à des activités qui favorisent le lien social. Or, ces choix contraints produisent des effets directs sur leur santé, leur bien-être et leur risque d’isolement.

Face à ces difficultés, notre rôle est de permettre aux personnes âgées de préserver des liens sociaux tout au long de l’année. Lorsque les situations deviennent particulièrement critiques, nous pouvons également leur apporter un soutien financier ponctuel afin de les aider à faire face à leurs dépenses les plus urgentes. 

Qu’attendez-vous de la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté? Que devrait-elle prévoir pour changer concrètement la vie des personnes âgées les plus pauvres? 

Que l’Union européenne souhaite se doter d’une stratégie de lutte contre la pauvreté constitue une avancée positive, tant ce phénomène concerne l’ensemble des États membres. Cette ambition devra toutefois s’accompagner d’une analyse approfondie des réalités nationales afin de tenir compte des spécificités économiques, sociales et démographiques de chaque État. Une stratégie européenne ne pourra être pleinement efficace que si elle apporte également des réponses adaptées aux contextes locaux. 

Nous espérons que les personnes âgées figureront parmi les groupes qu’elle ciblera en priorité. Dans une Europe confrontée au vieillissement rapide de sa population, les évolutions démographiques constituent un enjeu majeur pour les années qui viennent. Enfin, il apparaît essentiel que la stratégie prenne également en compte la pauvreté des relations interpersonnelles. L’isolement social, l’amenuisement des liens avec la famille ou le voisinage et le manque de participation à la vie de la collectivité fragilisent durablement les personnes et peuvent aggraver leur situation. 

Depuis 1946, les Petits Frères des Pauvres luttent contre l’isolement et la solitude des personnes âgées, en particulier celles qui sont les plus démunies. Grâce à leurs activités, ils leur permettent de retisser des liens sociaux. En intervenant dans le débat public, ils encouragent la société à changer la manière dont elle perçoit les personnes âgées, ils sensibilisent à leur cause, tirent la sonnette d’alarme et promeuvent l’engagement civique. 

LA PRÉCARITÉ CHEZ LES PERSONNES HANDICAPÉES EST UNE QUESTION DE DROITS

Selon un rapport sur la pauvreté en Espagne publié par la branche espagnole du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN-ES), les personnes handicapées continuent d’être exposées à un risque de pauvreté et d’exclusion sociale nettement plus élevé que celles qui ne le sont pas. Cette situation n’est pas due au handicap lui-même, mais bien à un système fondé sur le capacitisme qui n’apporte pas un soutien adéquat à ceux qui en ont besoin. CESE info s’est entretenu avec Alejandro Sanz Angulo, le coauteur du rapport, au sujet de ses principales conclusions, du coût supplémentaire de la vie pour les personnes handicapées et des raisons pour lesquelles un si grand nombre de citoyens ne sont toujours pas protégés contre la pauvreté par l’emploi et les prestations sociales. 

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Selon un rapport sur la pauvreté en Espagne publié par la branche espagnole du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN-ES), les personnes handicapées continuent d’être exposées à un risque de pauvreté et d’exclusion sociale nettement plus élevé que celles qui ne le sont pas. Le coupable n’est pas le handicap lui-même, mais bien un système fondé sur le capacitisme qui n’apporte pas un soutien adéquat à ceux qui en ont besoin. CESE info s’est entretenu avec Alejandro Sanz Angulo, le coauteur du rapport, au sujet de ses principales conclusions, du coût supplémentaire de la vie pour les personnes handicapées et des raisons pour lesquelles un si grand nombre de citoyens ne sont toujours pas protégés contre la pauvreté par l’emploi et les prestations sociales. 

Votre rapport sur l’état de la pauvreté en 2026 relève qu’en Espagne, près d’une personne handicapée sur trois est exposée au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale, soit près de dix points de pourcentage de plus que parmi les personnes qui ne sont pas handicapées. Pourquoi cet écart persiste-t-il? 

La précarité chez les personnes handicapées est une question de droits, qui se pose lorsque le système ne fournit pas l’aide dont les citoyens ont besoin pour vivre de manière indépendante et sur un pied d’égalité. Dans un système fondé sur le capacitisme, au sein duquel les politiques d’égalité ne suffisent pas à corriger les inégalités structurelles, le handicap reste un facteur de risque de pauvreté et d’exclusion sociale. En effet, le système est conçu pour les personnes non handicapées. Pour les personnes handicapées, cela génère des coûts supplémentaires qui ne sont pas compensés de manière adéquate. Le système ne fournit pas non plus un soutien suffisant ou une accessibilité universelle et perpétue des obstacles dans les domaines de l’emploi, du logement, des soins et des services publics. En d’autres termes, il délaisse une partie importante de la population. 

Votre rapport met en garde contre le fait que les chiffres en matière de pauvreté ne reflètent pas le surcoût de la vie pour les personnes handicapées. Qu’est-ce que cela signifie lorsqu’il s’agit de mesurer la pauvreté et de déterminer qui a besoin d’aide? Existe-t-il des estimations du montant supplémentaire que les personnes handicapées doivent dépenser pour atteindre le même niveau de vie que les personnes qui ne le sont pas? 

La pauvreté est mesurée au moyen du taux de risque de pauvreté, qui fait partie de l’indicateur de risque de pauvreté ou d’exclusion sociale (AROPE). Ce taux est calculé à partir des revenus du ménage, et tient donc uniquement compte des revenus, pas des dépenses. Cette méthode de mesure de la pauvreté ne prend pas adéquatement en considération les besoins de dépenses spécifiques de chaque groupe social, dont les personnes handicapées. Ces besoins ne sont pas toujours couverts efficacement par les systèmes publics. En se fondant sur les données de l’enquête EDAD réalisée par l’institut national de statistique espagnol, la Confédération espagnole des personnes handicapées (COCEMFE) estime que les personnes handicapées font face à des dépenses supplémentaires moyennes de près de 2 100 EUR par an, principalement pour des médicaments, des traitements et des produits d’assistance. D’autres organisations, comme la Fundación ONCE par le biais de son observatoire Odismet, ont également confirmé ces coûts supplémentaires. 

Avoir un emploi protège contre la pauvreté. Pourtant, près d’un quart des travailleurs handicapés sont toujours exposés au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Pourquoi l’emploi ne permet-il pas de tirer tant de personnes de cette situation? 

Parmi les personnes handicapées, des niveaux d’inactivité plus élevés sont aggravés par la moindre qualité des emplois disponibles pour elles. L’emploi offre une protection importante aux personnes handicapées, mais elles connaissent des taux de participation au marché du travail bien inférieurs à ceux du reste de la population, en particulier si elles présentent une déficience intellectuelle. En outre, les types d’emplois qu’elles peuvent décrocher et le recours plus fréquent au travail à temps partiel les désavantagent sur le plan salarial. 

C’est pour toutes ces raisons qu’EAPN-ES demande que l’inspection du travail soit renforcée, afin que la discrimination directe pour différentes raisons, dont le manque de ressources et le handicap, puisse être contrôlée et sanctionnée. 

Votre rapport montre qu’en moyenne, la pension d’invalidité non contributive est même inférieure au seuil de grande pauvreté. Que faudrait-il changer pour faire en sorte que les personnes qui dépendent de cette prestation sociale puissent subvenir à leurs besoins fondamentaux? 

Les pensions d’invalidité non contributives garantissent un revenu de base. Même si leur montant a augmenté ces dernières années, elles restent clairement insuffisantes. La solution consiste à améliorer deux aspects des pensions non contributives, mais aussi des autres prestations de protection sociale: il convient de les élargir et de les augmenter. En d’autres termes, elles doivent être accordées à un plus grand nombre de bénéficiaires et avoir un impact plus important, tout en représentant un montant suffisant pour permettre aux personnes handicapées de subvenir à leurs besoins fondamentaux. 

Quelle doit être la priorité de la première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, pour s’attaquer efficacement à la précarité des personnes handicapées? 

Selon l’EAPN-ES, les priorités en matière de lutte contre la pauvreté chez les personnes handicapées ne diffèrent pas énormément de celles qu’il conviendrait d’appliquer pour l’ensemble de la population. L’EAPN-ES estime que les lacunes les plus importantes de la stratégie sont l’absence d’une feuille de route claire en vue de l’éradication de la pauvreté et de l’exclusion sociale et le manque d’attention accordée aux causes de ces phénomènes. 

De plus, elle n’aborde pas les limites des systèmes actuels de protection sociale, alors qu’il s’agit d’un élément fondamental de toute politique de lutte contre la pauvreté et de promotion de l’inclusion sociale. L’écart entre les objectifs annoncés par la Commission et ses priorités politiques est particulièrement alarmant: il se reflète clairement dans le sous-financement persistant des politiques de protection des droits sociaux, par rapport à l’augmentation des investissements dans la défense et la sécurité. 

Alejandro Sanz Angulo est diplômé en sociologie et possède plus de 15 ans d’expérience dans la recherche sociale. Il travaille au sein du département de recherche et de plaidoyer de la branche espagnole du Réseau européen de lutte contre la pauvreté (EAPN-ES), où il est notamment responsable du rapport annuel sur l’état de la pauvreté, de l’observatoire de la pauvreté, des inégalités et de l’exclusion et de l’observatoire sur la féminisation de la pauvreté (oFpex). 

LES PERSONNES EN SITUATION DE PAUVRETÉ DOIVENT ÊTRE ASSOCIÉES AUX DÉCISIONS QUI LES CONCERNENT

Pour CESE info, ATD Quart Monde, un mouvement de lutte contre la pauvreté actif dans 35 pays, livre son analyse de la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté et y trouve des motifs à la fois de préoccupation et d’espoir. ATD Quart Monde considère comme l’une des mesures les plus prometteuses de la stratégie l’engagement de faire en sorte que les personnes ayant fait l’expérience de la pauvreté puissent faire entendre leur voix dans les décisions qui les concernent, de manière à ce que les actions décidées s’inspirent de la vie réelle. Toutefois, même les meilleures politiques auront peu d’effet si elles restent lettre morte: les progrès dépendront en fin de compte de la volonté politique de chaque État membre de protéger la dignité humaine et d’éradiquer la pauvreté.

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Pour CESE info, ATD Quart Monde, un mouvement de lutte contre la pauvreté actif dans 35 pays, livre son analyse de la toute première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté et y trouve des motifs à la fois de préoccupation et d’espoir. ATD Quart Monde considère comme l’une des mesures les plus prometteuses de la stratégie l’engagement de faire en sorte que les personnes ayant fait l’expérience de la pauvreté puissent faire entendre leur voix dans les décisions qui les concernent, de manière à ce que les actions décidées s’inspirent de la vie réelle. Toutefois, même les meilleures politiques auront peu d’effet si elles restent lettre morte: les progrès dépendront en fin de compte de la volonté politique de chaque État membre de protéger la dignité humaine et d’éradiquer la pauvreté. 

La publication, en mai dernier, d’une stratégie européenne de lutte contre la pauvreté constitue une étape importante qu’il convient de célébrer. 

Cependant, un certain nombre d’organisations de lutte contre la pauvreté, dont ATD Quart Monde, ont fait part de leur préoccupation concernant le fait que la stratégie se concentre de façon excessive sur les aspects économiques de la pauvreté. Cela ressort notamment très clairement de sa présentation de l’emploi comme la principale voie de sortie de la pauvreté, de la pauvreté comme un obstacle à la compétitivité et de la réduction de la pauvreté essentiellement comme un moyen de soutenir la croissance économique. Dans le même esprit, la stratégie fait également le choix de suivre l’évolution de la pauvreté dans l’Union en créant de nouveaux indicateurs axés sur le caractère abordable. 

Si les facteurs économiques sont évidemment importants, notre expérience en tant qu’organisation travaillant main dans la main avec les familles vivant dans la pauvreté est que celle-ci n’est pas simplement une question de privation matérielle et d’inactivité économique, mais bien une réalité multidimensionnelle, qui touche tous les aspects de la vie, de la santé mentale et physique aux relations familiales et sociales. La plupart des dimensions non économiques de la pauvreté s’avérant complexes et relativement difficiles à mesurer, les stratégies de lutte contre celle-ci ont généralement tendance à ne pas les aborder de manière significative. La stratégie européenne de lutte contre la pauvreté court clairement ce risque. 

Néanmoins, il est également permis d’espérer que cette stratégie débouchera sur des mesures permettant de lutter contre la pauvreté dans toute sa complexité. Elle reconnaît que ce phénomène est de nature multidimensionnelle, et que, pour atteindre l’objectif consistant à contribuer à l’éradication de la pauvreté d’ici à 2050, il est crucial d’éviter que les personnes ne tombent dans la pauvreté, de garantir l’accès de tous aux services essentiels et de lutter contre les préjugés et la stigmatisation qui rendent plus difficile la vie des plus vulnérables. 

Il existe d’autres motifs d’optimisme susceptibles d’entraîner l’adoption de nouvelles protections juridiques pour les personnes vivant dans la pauvreté, notamment le renforcement promis de la garantie européenne pour l’enfance, la proposition de recommandation du Conseil sur le sans-abrisme et l’exclusion en matière de logement, et la prochaine analyse juridique de l’Agence des droits fondamentaux sur le statut socio-économique en tant que motif de discrimination.

Peut-être la mesure la plus à même de lutter contre la pauvreté dans toutes ses dimensions est-elle l’engagement pris par la Commission d’accroître la participation des personnes ayant fait l’expérience de la pauvreté à la conception, à la mise en œuvre et à l’évaluation des politiques publiques, au moyen d’un dialogue structuré. La bonne mise en œuvre de ce dialogue sera essentielle pour s’assurer que les mesures de lutte contre la pauvreté sont ou non ancrées dans la réalité vécue. 

Pour que cet engagement porte des fruits, l’expérience vécue doit être reconnue comme un levier de changement. Les personnes vivant dans la pauvreté sont en effet des experts de leur propre situation; leurs connaissances et leurs expériences doivent être prises au sérieux, en acceptant que même des changements mineurs nécessitent du temps et des efforts collectifs.  

Il convient de mettre en place les structures qui permettront une représentation significative, en jetant des ponts entre les institutions et les personnes en situation de pauvreté, et en intégrant leur expertise à la prise de décisions à tous les niveaux des pouvoirs publics, et pas uniquement au moyen de consultations ponctuelles. Les personnes en situation de pauvreté doivent être associées aux décisions qui les concernent. 

La réussite de la mise en œuvre du dialogue structuré suppose également à la fois l’accessibilité et l’obligation de rendre des comptes. Une participation significative nécessite des investissements en temps et en ressources (pour les déplacements, la préparation, le renforcement de la confiance), ainsi qu’en préparatifs (tant auprès des personnes en situation de pauvreté que des institutions). Tout au long du processus, des échanges honnêtes devront avoir lieu concernant ce qui fonctionne et ce qui ne fonctionne pas, en explicitant clairement les résultats et en expliquant aux participants comment leur expertise a été comprise et de quelle manière elle sera utilisée dans le cadre de l’élaboration des politiques. 

Bien entendu, même les meilleures politiques ne changeront rien si elles restent lettre morte. Les mesures décrites ci-dessus laissent espérer que la stratégie européenne de lutte contre la pauvreté pourra aller au-delà des simples réponses économiques pour s’attaquer aux causes profondes de la pauvreté persistante. Toutefois, deux éléments font défaut dans les plans élaborés à ce jour, à savoir un budget adéquat et des mesures incitant les États membres à s’attaquer aux inégalités, à la discrimination et aux obstacles systémiques qui piègent les personnes en situation précaire. En fin de compte, ce qui importera le plus, c’est la volonté politique de chaque État membre de protéger la dignité humaine et d’éradiquer la pauvreté. Sa promotion devra devenir une priorité si l’Europe veut réellement atteindre son objectif à l’horizon 2050. 

ATD Quart Monde est une organisation de lutte contre la pauvreté qui travaille en partenariat direct avec des familles et des personnes faisant l’expérience de la pauvreté et de l’exclusion sociale. En s’efforçant de faire entendre la voix et les aspirations des plus défavorisés auprès des organes décisionnels internationaux, ATD Quart Monde vise à faire en sorte que les personnes vivant dans la pauvreté soient considérées comme des partenaires essentiels dans la lutte contre les inégalités, la promotion de la justice sociale et l’éradication de la pauvreté.   

L’INCLUSION SOCIALE COMMENCE PAR LES SERVICES SOCIAUX: ATTEINDRE LES OBJECTIFS DE L’EUROPE EN MATIÈRE DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

Dans l’ensemble de l’UE, plus de 93 millions de personnes sont exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. L’indice européen des services sociaux (ESSI) calculé par le Réseau social européen (ESN) met en évidence de fortes disparités, d’un bout à l’autre de l’Europe, dans le soutien social qui est apporté, certains pays dépensant près de 43 fois plus par personne que d’autres. Alfonso Lara-Montero, le directeur général de l’ESN, affirme que l’Europe ne pourra pas atteindre son objectif consistant à éradiquer la pauvreté d’ici 2050 sans des services sociaux plus robustes, des investissements soutenus et une meilleure coordination. Il explique au CESE info pourquoi la lutte contre la pauvreté dépasse très largement la question de l’assistance financière, et il invite les institutions de l’UE à reconnaître et soutenir les initiatives locales qui, aujourd’hui déjà, font la différence.

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Dans l’ensemble de l’UE, plus de 93 millions de personnes sont exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. L’indice européen des services sociaux (ESSI) calculé par le Réseau social européen (ESN) met en évidence de fortes disparités, d’un bout à l’autre de l’Europe, dans le soutien social qui est apporté, certains pays dépensant près de 43 fois plus par personne que d’autres. Alfonso Lara-Montero, le directeur général de l’ESN, affirme que l’Europe ne pourra pas atteindre son objectif consistant à éradiquer la pauvreté d’ici 2050 sans des services sociaux plus robustes, des investissements soutenus et une meilleure coordination. Il explique au CESE info pourquoi la lutte contre la pauvreté dépasse très largement la question de l’assistance financière, et il invite les institutions de l’UE à reconnaître et soutenir les initiatives locales qui, aujourd’hui déjà, font la différence.

Pour atteindre l’objectif qu’elle s’est fixé d’éradiquer la pauvreté d’ici 2050, l’Europe ne pourra pas se contenter d’engagements politiques. Il lui faudra pour ce faire se doter de services sociaux plus robustes, investir dans la durée et accorder une reconnaissance aux initiatives qui, aujourd’hui déjà, transforment la vie des gens.

Dans l’ensemble de l’Union européenne, plus de 93 millions de personnes sont exposées au risque de pauvreté ou d’exclusion sociale. Derrière ce chiffre, il y a des individus et des familles qui rencontrent des difficultés pour accéder au logement, à l’emploi, à l’éducation, aux soins et pour participer à la vie locale.

La première stratégie européenne de lutte contre la pauvreté offre une occasion importante de relever ces défis imbriqués. Encore faut-il pour cela reconnaître que la pauvreté n’est pas seulement une affaire de revenus insuffisants. Elle est aussi la conséquence d’un accès inégal aux possibilités, au soutien et aux conditions nécessaires pour vivre en toute autonomie et participer pleinement à la société. Les services sociaux sont essentiels pour atteindre les objectifs de la stratégie.

Services sociaux: investir dans l’inclusion sociale

Chaque jour, les services sociaux soutiennent des enfants et des familles, des personnes âgés, handicapées ou sans domicile, et des individus qui pour de multiples raisons se trouvent défavorisés. Grâce à la prévention, à une intervention rapide, à un soutien de proximité et à une coordination pour ce qui touche au logement, à l’emploi et à la santé, les services sociaux contribuent à remédier aux causes et aux conséquences de la pauvreté.

Toutefois, l’accès à ces services varie considérablement d’un bout à l’autre de l’Europe, comme le montre l’indice européen des services sociaux (ESSI) calculé par le Réseau social européen (ESN). L’ESSI donne une vue d’ensemble systématique, à l’échelle de l’Europe, de la législation relative aux services sociaux, de leur financement, de leur couverture et des politiques en la matière. L’indice, qui portait sur 10 pays en 2023, en couvre désormais 19 en 2026, apportant ainsi des éclairages toujours plus précieux pour l’élaboration des politiques européennes.

Ses résultats mettent en évidence des différences frappantes quant à la réglementation, au financement et à la fourniture des services sociaux.

L’analyse pour 2025 montre que les dépenses publiques consacrées aux prestations de protection sociale en nature, à l’exclusion des soins de santé, pouvaient s’échelonner de 82 EUR à 3 508 EUR (soit près de 43 fois plus) par an et par personne. Sur 16 pays, 9 d’entre eux ont dépensé moins de 500 EUR par personne. Même si ces chiffres ne constituent pas une mesure directe des dépenses consacrées aux services sociaux, il sont révélateurs de différences substantielles dans les ressources qui sont allouées à l’aide sociale.

Les chiffres relatifs aux dotations en effectifs révèlent eux aussi d’importantes disparités, puisque le nombre de travailleurs sociaux pour 100 000 habitants s’échelonne de 25 à 275 dans les pays qui fournissent cette statistique, même si les définitions et les méthodes de collecte des données varient d’un pays à l’autre.

Les données relatives à la protection de l’enfance mettent en évidence des différences tout aussi marquées. Parmi l’ensemble des pays examinés, la proportion d’enfants placés dans des structures d’accueil de type familial variait de 35,5 % à 94,1 %, et de 5,9 % à 61,9 % pour les placements en foyer. Ces variations montrent à quel point il est important de renforcer l’accueil dans des environnements familiaux, la prévention et le soutien de proximité, et d’effectuer en même temps un suivi plus systématique du vécu des enfants et du bilan de leur parcours.

L’accès aux soins de longue durée pose là encore d’autres défis. Seuls 8 pays sur 16 ont fourni des informations sur les délais d’attente pour les services destinés aux personnes âgées, et les données disponibles semblent indiquer des retards importants.

Ces constats illustrent pourquoi il est indispensable de disposer de données plus précises. L’Europe ne pourra pas promouvoir efficacement l’inclusion sociale sans savoir si des services essentiels sont suffisamment financés, dotés en personnel et accessibles.

Donner de la visibilité aux services sociaux dans l’élaboration des politiques européennes

L’ESSI compile des données des autorités et des professionnels des services sociaux nationaux et locaux, afin de mettre en évidence les différences entre les pays et des écarts qui pourraient sinon rester invisibles.

Son importance a par ailleurs été reconnue par le Parlement européen en 2025 et 2026, ce qui illustre d’autant plus la nécessité de disposer de meilleures données sur les dépenses consacrées aux services sociaux et sur leur couverture.

Les institutions de l’UE devraient s’appuyer sur l’ESSI, soutenir la poursuite de son développement et utiliser plus systématiquement ses conclusions dans le cadre du Semestre européen, dans la mise en œuvre de la stratégie de lutte contre la pauvreté et dans les décisions qui sont prises en matière d’investissements sociaux.

Renforcer le suivi européen des services sociaux n’est pas simplement une affaire de statistique. Il s’agit ce faisant de veiller à ce que les engagements politiques trouvent une traduction sous la forme d’un soutien accessible et de qualité pour la population.

Reconnaître l’inclusion sociale dans la pratique

Outre la nécessité de disposer de meilleures données, l’Europe doit reconnaître et soutenir les initiatives qui apportent déjà des changements significatifs. Grâce à ses prix européens des services sociaux (ESSA), l’ESN a créé une plateforme européenne pour mettre à l’honneur l’excellence et l’innovation dans les services sociaux. Le grand prix du jury pour l’inclusion sociale récompense des initiatives ayant apporté une contribution exceptionnelle avérée à l’inclusion sociale grâce à un meilleur accès aux services et à la participation, et à des améliorations significatives dans la vie des personnes concernées. Bon nombre de ces initiatives émanent de collectivités régionales et locales de toute l’Europe.

Les prix de 2026 avaient pour thème «Les services sociaux: décloisonner l’action, construire un changement systémique» et ont mis en évidence comment la coordination entre les services sociaux, le logement, l’emploi, la santé et l’éducation pouvait transformer le soutien qui est apporté et créer du lien de façon plus inclusive.

Une plus grande reconnaissance institutionnelle et plus de visibilité et de possibilités pour faire connaître et essaimer des initiatives couronnées de succès contribueraient à traduire l’innovation locale en des effets plus larges au niveau européen. Au moment où l’Europe porte une attention renouvelée à la lutte contre la pauvreté et l’exclusion, les institutions européennes devraient soutenir et habiliter activement des programmes tels que ces prix, qui permettent déjà de mettre en relation des données concrètes, une expertise professionnelle et des solutions pratiques.

Passer des objectifs à l’action

La stratégie de l’Europe en matière de lutte contre la pauvreté offre une nouvelle occasion de faire de l’inclusion sociale une priorité centrale au niveau européen. Il faudra toutefois, si l’on veut engranger des progrès significatifs, investir durablement dans les services sociaux, coordonner plus étroitement les différents domaines d’intervention de l’action publique et disposer de données plus précises pour guider la prise de décision.

L’indice européen des services sociaux pointe les domaines dans lesquels on doit agir. Les prix européens des services sociaux mettent en évidence ce qui est d’ores et déjà possible.

Ensemble, ces deux initiatives montrent que l’inclusion sociale n’est pas seulement un objectif d’action politique. Elle doit se construire au moyen de services accessibles, d’un tissu local auquel on aura donné des moyens d’agir et de possibilités ouvertes à tous pour participer.

Si l’Europe entend réellement éradiquer la pauvreté, elle doit investir dans les services sociaux et les initiatives qui rendent possible l’inclusion sociale, leur accorder une reconnaissance et les doter de leviers d’action.

Alfonso Lara-Montero est directeur général du Réseau social européen, dont il supervise l’orientation stratégique et dirige certaines activités telles que la conférence européenne sur les services sociaux et les prix européens des services sociaux. Il possède près de 20 ans d’expérience dans l’élaboration et l’évaluation des politiques publiques et contribue régulièrement à des publications spécialisées et des articles de recherche. Il est diplômé en gouvernance européenne, politique publique et gestion exécutive, conseille des administrations publiques sur l’évaluation de la qualité des services sociaux et enseigne l’innovation et la transformation dans le domaine des services sociaux dans des universités espagnoles.

Précarité hydrique: des économies d’eau à tout prix

En Europe, l’accès à l’eau potable est souvent tenu pour acquis. Pourtant, nombre de ménages peinent à payer leurs factures d’eau et s’évertuent en toute discrétion à réduire le nombre de douches, de lessives et à rogner sur d’autres besoins fondamentaux. S’appuyant sur des recherches menées dans la région de Barcelone, le géographe David Saurí explique à CESE info en quoi la précarité hydrique atteint les citoyens dans leur santé, leur dignité et leur quotidien, et pourquoi les économies d’eau ne sauraient suffire à résoudre le problème. 

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En Europe, l’accès à l’eau potable est souvent tenu pour acquis. Pourtant, nombre de ménages peinent à payer leurs factures d’eau et s’évertuent en toute discrétion à réduire le nombre de douches, de lessives et à rogner sur d’autres besoins fondamentaux. S’appuyant sur des recherches menées dans la région de Barcelone, le géographe David Saurí explique à CESE info en quoi la précarité hydrique atteint les citoyens dans leur santé, leur dignité et leur quotidien, et pourquoi les économies d’eau ne sauraient suffire à résoudre le problème. 

Les recherches que vous avez menées auprès de ménages de la province de Barcelone portent sur la manière dont la précarité hydrique touche les citoyens dans leur quotidien. Qu’avez-vous appris de leurs expériences, et que révèlent ces témoignages sur la réalité de la précarité hydrique? 

Dans notre étude, la précarité hydrique s’entend non pas comme un manque d’accès physique à l’eau potable, mais comme une difficulté d’y accéder financièrement. Elle est donc principalement abordée sous l’angle de l’accessibilité financière, et vécue avec stress et anxiété du fait de ne pas parvenir à payer sa facture d’eau et de se retrouver endetté ou, pire encore, de voir son approvisionnement interrompu. Les ménages interrogés ne lésinent pas sur les efforts pour économiser autant d’eau que possible et chercher une aide financière auprès de parents, d’amis ou d’institutions, dans l’espoir d’alléger les coûts. Cependant, nos entretiens ont aussi mis en évidence le fait que prendre une douche par jour en été, utiliser le lave-linge et tirer la chasse d’eau des toilettes sont des usages jugés essentiels qui ne peuvent et ne devraient pas être remis en question. Dans ce contexte, la précarité hydrique, définie au sens d’incapacité à payer pour disposer d’une eau saine et en quantité suffisante, expose les ménages aux risques de marginalisation et d’exclusion caractéristiques de la pauvreté en général. 

Les personnes en situation de précarité hydrique peuvent agir en prenant des douches plus courtes, en faisant moins de lessives ou en limitant d’autres usages du quotidien. Quelles sont les conséquences de ces stratégies d’adaptation sur leur santé, leur dignité et leur qualité de vie? 

Dans notre étude, les stratégies d’adaptation, principalement mises en place et assumées par les femmes, consistent à réduire autant que possible la consommation d’eau, parfois même au risque de compromettre la santé et le bien-être des membres du ménage. S’évertuer à faire des économies d’eau à tout prix entraîne des tensions au sein des ménages, en particulier entre les adultes et les enfants et adolescents, notamment au sujet du temps passé sous la douche. Les adultes se plaignent souvent que leurs enfants, surtout leurs filles, restent trop longtemps sous la douche. Or, des douches plus longues ne sont pas toujours à mettre sur le compte de soins de beauté. Cela peut répondre à des besoins spécifiques en matière d’hygiène, comme dans le cas des femmes. Chez les adolescents, la forte influence du groupe semble aussi expliquer dans une large mesure le temps consacré à prendre soin de son apparence, et cela passe notamment par prendre des douches. L’eau peut tenir un rôle important dans le quotidien de certains membres du ménage, en raison d’une combinaison de facteurs culturels et sanitaires. Limiter la consommation d’eau à une douche de trois minutes peut rompre cet équilibre et provoquer du stress et de l’anxiété chez les enfants et les adolescents. 

Lorsque les ménages déploient déjà des efforts considérables pour réduire leur consommation d’eau mais ne constatent guère de différence sur leurs factures, ne pouvons-nous en déduire qu’il existe des limites au fait de demander à chacun de trouver la parade au problème de l’accessibilité financière de l’eau en adaptant son comportement? 

Les réponses à notre enquête montrent que chercher à tout prix à réaliser des économies d’eau peut être source de stress, surtout quand, comme l’ont indiqué certains répondants, les nouvelles habitudes ne se traduisent pas par une réduction notable des factures d’eau. L’étude montre aussi que les équipements domestiques économiseurs d’eau restent hors de portée des ménages les plus pauvres, qui ne peuvent compter que sur un changement de comportement pour réduire leur consommation d’eau. Dans notre étude, près de la moitié des ménages interrogés ne possédaient pas de toilettes à double chasse d’eau. Ils étaient encore moins nombreux à avoir installé des dispositifs économiseurs d’eau au niveau des robinets ou des pommeaux de douche, et moins encore à pouvoir s’offrir un lave-linge doté d’une bonne efficacité énergétique. S’agissant de l’eau à usage domestique, les installations anciennes et inefficaces, telles que toilettes, douches et robinets, peuvent faire grimper la consommation, et donc les factures d’eau. Les ménages plus riches, qui disposaient quant à eux d’installations et d’appareils économes en eau, ressentent donc moins le besoin de modifier leur comportement pour économiser l’eau. Néanmoins, selon les personnes que nous avons interrogées, il existe des lignes rouges à ne pas franchir en matière de consommation d’eau. Elles s’estiment ainsi en droit de se doucher au moins une fois par jour en été, considèrent que la chasse d’eau doit être tirée et jugent le lave-linge essentiel à une vie saine et digne. 

La précarité hydrique n’est pas toujours visible, surtout lorsque les ménages restent raccordés à un approvisionnement en eau. Comment les responsables politiques et les pouvoirs publics peuvent-ils déterminer quelles personnes peinent à joindre les deux bouts pour disposer d’une eau en quantité suffisante. Comment peuvent-ils cerner l’ampleur du problème? 

L’invisibilité de la précarité hydrique est une réelle préoccupation, et le nombre de personnes confrontées à cette situation dans les pays développés pourrait s’avérer plus élevé que ne l’indiquent certaines estimations. Dans l’aire métropolitaine de Barcelone, environ 125 000 ménages (soit approximativement 10 % de l’ensemble des ménages) étaient recensés comme «pauvres en eau» en 2019. Dans ce cas, l’indicateur utilisé était celui de consacrer 3 % ou plus des revenus du ménage aux dépenses liées à l’eau. En Angleterre, ce chiffre peut atteindre pas moins de 20 %. Dans le même temps, quelque 56 000 ménages de l’aire métropolitaine de Barcelone ont bénéficié de subsides pour payer leurs factures d’eau, et 76 000 ont été exonérés de la taxe catalane sur l’eau. Cela étant, le nombre de personnes et de familles en situation de précarité hydrique pourrait être bien plus élevé que ne le suggèrent ces chiffres. Le sentiment de culpabilité et la honte d’être dans l’incapacité de payer ses factures, et donc de se retrouver endetté ou de voir son approvisionnement interrompu, peuvent pousser les personnes pauvres en eau à s’en remettre discrètement à leur famille ou à leurs amis pour trouver de l’aide, ou à faire des économies d’eau bien plus drastiques. Les responsables politiques et les pouvoirs publics peuvent accéder aux données des compagnies de distribution d’eau, des ONG actives dans la lutte contre la pauvreté ou des services sociaux locaux pour recenser les personnes en situation de précarité hydrique, mais toute l’ampleur du phénomène reste probablement inconnue. 

Quels facteurs rendent les ménages particulièrement vulnérables à la précarité hydrique, et quels recoupements peut-on faire avec d’autres formes de privation, comme la précarité énergétique ou celle en matière de logement? 

Les facteurs qui rendent vulnérable à la précarité hydrique ne sont pas fondamentalement différents de ceux qui engendrent une vulnérabilité à la pauvreté en général. Dans notre étude, un nombre important de ménages en difficulté pour payer leurs factures d’eau étaient des ménages dont le chef de famille était soit locataire, soit une femme seule d’origine non espagnole avec enfants, autant de profils déjà définis comme vulnérables par les ONG ou les services sociaux locaux. La plupart des ménages en situation de précarité hydrique étaient aussi en situation de précarité énergétique. Les comparaisons entre la gestion de l’eau et celle de l’énergie au niveau des ménages ont livré des résultats intéressants quant à savoir quelle ressource est plus difficile à économiser. Les éléments obtenus étaient cependant peu probants, car ni l’une ni l’autre ne se distinguaient clairement. Si l’énergie est généralement plus chère et difficile à maîtriser, l’eau est considérée comme plus essentielle, à tel point que la plupart des personnes interrogées déclarent qu’elles pourraient s’en sortir dans une certaine mesure sans électricité, mais pas sans eau. 

Quelles mesures peuvent contribuer à faire en sorte que chacun puisse se payer l’eau dont il a besoin pour avoir un niveau de vie décent? Quel rôle les pouvoirs publics, les distributeurs d’eau et les organisations de la société civile devraient-ils jouer? 

Nous avons défini deux approches fondamentales pour faire en sorte que chacun puisse être en mesure de payer l’eau dont il a besoin pour avoir un niveau de vie décent. La première touche à ce que nous pourrions qualifier de lutte conventionnelle contre la pauvreté. Dans le cadre de cette approche, des subventions, des paiements directs et d’autres mécanismes financiers sont mis à la disposition des ménages vulnérables afin qu’ils puissent remplir leurs obligations contractuelles et payer les services d’eau, sans remettre en cause des enjeux tels que l’équité des prix de l’eau ou la gouvernance des services de distribution d’eau à usage domestique. La deuxième approche mobilise également des mécanismes d’aide contre la pauvreté, mais adopte un point de vue différent sur des questions plus structurelles, telles que la tarification et la gouvernance. À Barcelone, le prix de l’eau à usage domestique est le deuxième plus élevé parmi les villes espagnoles, alors que le distributeur est une entreprise public-privé dont le partenaire privé détient la majeure partie des parts. Certaines organisations proposent de réduire le prix de l’eau ou, à tout le moins, de fournir gratuitement une partie de l’eau consommée par les ménages les plus vulnérables — par exemple, les 50 premiers litres par personne et par jour. Ces organisations font également valoir que les prix de l’eau — et donc la précarité hydrique — seraient moins élevés dans le cadre d’une gestion publique. Toutefois, les éléments étayant cette affirmation restent difficiles à démontrer. 

David Saurí est professeur au département de géographie de l’université autonome de Barcelone (UAB), où il enseigne depuis 1988, et est titulaire d’un doctorat en géographie de l’université Clark aux États-Unis. Ses recherches se concentrent sur l’eau, les risques naturels et les effets du changement climatique sur les villes, en soulignant la contribution de la géographie et des sciences sociales. Ses travaux récents incluent deux études parues en 2026 et intitulées «Lived experiences of water poverty in Barcelona» (Expériences vécues de la précarité hydrique à Barcelone) et «Water poverty, sociomaterial conditions and climate change [...] in the global north» (Précarité hydrique, conditions socio-matérielles et changement climatique [...] dans le Nord global). En 2003, il a été chargé de créer l’Institut des sciences et technologies de l’environnement de l’UAB. 

PLUS DE LA MOITIÉ DES EUROPÉENS UTILISENT RAREMENT LES TRANSPORTS PUBLICS

Quand les transports publics sont indisponibles, inabordables ou peu fiables, les citoyens peuvent avoir des difficultés pour accéder à un emploi, aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels. Nelly Unger, chercheuse à l’Öko-Institut, explique de quelle manière la précarité en matière de transport touche les personnes dans toute l’Europe; les raisons pour lesquelles les femmes, les personnes âgées et les ménages à faibles revenus sont confrontés à des obstacles particuliers; et comment de meilleures données et des politiques de transport inclusives sont susceptibles de contribuer à résoudre le problème. 

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Quand les transports publics sont indisponibles, inabordables ou peu fiables, les citoyens peuvent avoir des difficultés pour accéder à un emploi, aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels. Nelly Unger, chercheuse à l’Öko-Institut, explique de quelle manière la précarité en matière de transport touche les personnes dans toute l’Europe; les raisons pour lesquelles les femmes, les personnes âgées et les ménages à faibles revenus sont confrontés à des obstacles particuliers; et comment de meilleures données et des politiques de transport inclusives sont susceptibles de contribuer à résoudre le problème. 

Quand les transports publics sont indisponibles, inabordables ou peu fiables, les citoyens peuvent avoir des difficultés pour accéder à un emploi, aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels. Nelly Unger, chercheuse à l’Öko-Institut, explique de quelle manière la précarité en matière de transport touche les personnes dans toute l’Europe; les raisons pour lesquelles les femmes, les personnes âgées et les ménages à faibles revenus sont confrontés à des obstacles particuliers; et comment de meilleures données et des politiques de transport inclusives sont susceptibles de contribuer à résoudre le problème. 

Quelles sont les principales conclusions de vos recherches sur la précarité en matière de transport et que nous apprennent-elles sur l’ampleur et la nature de cette précarité en Europe? 

Nos recherches montrent que la précarité en matière de transport est un problème répandu dans toute l’Europe, bien qu’elle se manifeste différemment selon les situations locales et personnelles. Il n’est pas uniquement question de mobilité. Il s’agit plutôt de savoir si les citoyens peuvent disposer de la mobilité nécessaire pour participer pleinement à la société. Nous distinguons quatre aspects de la précarité en matière de transport: le caractère abordable, la disponibilité, l’accessibilité des biens et services essentiels et l’adéquation des services de transport. 

Nos constatations révèlent des différences substantielles entre les pays, les régions et les groupes sociaux, ce qui signifie que les indicateurs de précarité en matière de transport qui ont été évalués présentent des chiffres très différents selon l’aspect et le pays considérés. Dans certains pays, le caractère abordable est un problème majeur, tandis que dans d’autres, les principales difficultés résident dans le manque de services de transport public ou la longueur des temps de trajet. Une constatation est particulièrement marquante: l’utilisation des transports publics est souvent étonnamment faible; en effet, plus de la moitié de la population de la plupart des pays européens en font usage moins d’une fois par mois ou jamais.  

Notre étude Access denied: Transport poverty in Europe (Accès refusé: précarité en matière de transport en Europe) montre que nous avons besoin d’analyses approfondies par pays pour déterminer quels sont les facteurs régionaux de la précarité en matière de transport et ainsi permettre aux responsables politiques de mettre en place les mesures adéquates. 

De quelle manière des options de transport inadaptées peuvent-elles empêcher les citoyens d’accéder à l’emploi, aux soins de santé, à l’éducation et à d’autres services essentiels? 

Des options de transport adaptées sont cruciales pour garantir l’accès aux services et biens essentiels, comme les soins de santé, l’éducation et l’alimentation, ainsi qu’aux opportunités économiques, aux réseaux sociaux et aux activités culturelles. Des transports qui sont indisponibles, inabordables, peu fiables ou excessivement longs, ou un réseau disponible qui ne relie tout simplement pas les personnes aux bons endroits, sont autant d’éléments qui contribuent directement à l’exclusion sociale. 

Notre analyse met en avant la notion de «pauvreté en temps» dans ce contexte. Dans de nombreux pays, une grande partie de la population évite les transports publics parce que les trajets sont trop longs et de nombreux navetteurs passent plus d’une heure par trajet dans les transports. Des voyages aussi longs et pénibles peuvent restreindre l’accès aux possibilités d’emploi, exacerber la charge du travail de soins non rémunéré et diminuer la participation à la vie de la communauté. Il est donc particulièrement important que les pays développent des systèmes de transport qui assurent des temps de trajet adaptés à la vie quotidienne.  

Qui est le plus touché par la précarité en matière de transport et existe-t-il des différences particulières entre les zones urbaines et rurales ou entre les pays européens?

La précarité en matière de transport est étroitement corrélée à des situations socio-économiques défavorables plus larges. Les ménages à faibles revenus sont particulièrement vulnérables, car les coûts de transport sont en concurrence avec d’autres dépenses essentielles telles que le logement et l’énergie. Les facteurs socio-économiques comme le sexe et l’âge sont également déterminants dans la manière dont les personnes sont touchées par la précarité en matière de transport et dont elles la vivent.  

Nous observons également d’importantes différences géographiques. Les habitants des zones rurales ont souvent un accès limité aux réseaux et services de transport public et doivent parcourir de plus longues distances pour accéder aux biens et services essentiels. Toutefois, la précarité en matière de transport n’est pas seulement un phénomène rural. Elle est également courante dans les zones urbaines périurbaines et périphériques, où les citoyens dépendent souvent beaucoup de la voiture en raison de l’inadéquation des autres solutions. 

Vos conclusions pointent les femmes et les personnes âgées parmi les personnes particulièrement touchées par la précarité en matière de transport. Quels sont les obstacles spécifiques auxquels ces catégories de personnes sont confrontées et comment la planification des transports pourrait-elle mieux refléter leurs besoins quotidiens en matière de déplacements? 

Les personnes âgées sont confrontées à des difficultés particulières liées à l’accessibilité. Dans tous les pays examinés, les personnes âgées de 65 ans et plus étaient davantage susceptibles que les adultes plus jeunes de déclarer éviter les transports publics en raison de barrières physiques ou de préoccupations en matière de sûreté et de sécurité. 

Les femmes sont plus susceptibles que les hommes de signaler des problèmes de sécurité lorsqu’elles utilisent les transports publics et elles présentent souvent des schémas de déplacement plus complexes liés à leurs responsabilités familiales. Leur mobilité quotidienne comporte souvent de multiples destinations au lieu de ne concerner que le trajet entre le domicile et le lieu de travail. 

La planification des transports doit donc aller au-delà de son approche traditionnelle axée sur les déplacements domicile-travail. Il convient d’accorder une plus grande attention à l’accessibilité, à la sécurité personnelle et aux différents modes de déplacement associés au travail de soins. Une planification tenant compte de la dimension de genre et de l’âge peut contribuer à faire en sorte que les systèmes de transport reflètent mieux les besoins de tous les utilisateurs.

Quels indicateurs les pouvoirs publics devraient-ils utiliser pour détecter la précarité en matière de transport, et comment peuvent-ils tenir compte des personnes qui ne voyagent pas parce qu’elles n’ont pas les moyens de le faire? 

Notre étude a élaboré et analysé onze indicateurs couvrant les quatre aspects de la précarité en matière de transport: le caractère abordable, la disponibilité, l’accessibilité et l’adéquation. Si les résultats peuvent fournir aux pays européens un bon point de départ pour recenser les problèmes les plus urgents dans ce contexte, une analyse plus approfondie à l’aide de données nationales granulaires est essentielle pour définir les groupes régionaux et sociétaux qui en ont le plus besoin. Dans le cadre de l’utilisation de nos indicateurs ou d’indicateurs nationaux, il est indispensable d’envisager un ensemble d’indicateurs de précarité en matière de transport couvrant les quatre aspects, étant donné qu’aucun indicateur ne peut à lui seul rendre compte de la globalité du phénomène, au risque d’en omettre des éléments importants.  

Des données d’enquête représentatives sont fondamentales pour repérer les personnes qui renoncent au besoin de voyager parce que les options de transport sont indisponibles, inabordables ou inadaptées. Ces personnes restent invisibles dans les statistiques traditionnelles sur les transports, qui se concentrent uniquement sur les comportements observés en matière de déplacements. 

Que faut-il faire aux niveaux européen, national et local pour traduire ce cadre d’action en améliorations concrètes? 

La lutte contre la précarité en matière de transport nécessite une action coordonnée à tous les échelons de gouvernance. Au niveau de l’Union européenne, la précarité en matière de transport est définie dans le règlement relatif au Fonds social pour le climat, et les États membres s’emploient actuellement à trouver les mesures appropriées pour lutter contre cette précarité et en assurer le suivi afin d’accéder au Fonds. Si ledit règlement constitue une étape cruciale pour encourager les États membres de l’UE à lutter contre la précarité en matière de transport, les gouvernements nationaux doivent également intégrer systématiquement cette précarité dans des stratégies plus larges d’inclusion sociale et de mobilité afin de remédier à ce problème sur le long terme. Les collectivités locales et régionales jouent un rôle particulièrement important, car elles ont la meilleure compréhension des besoins locaux en matière de mobilité et sont souvent responsables de nombreux services de transport. 

Dans ce contexte, il faut noter que la lutte contre la précarité en matière de transport peut donner lieu à des conflits d’intérêts dans les domaines des transports, du climat et de la politique sociale. La politique climatique est toutefois plus efficace lorsqu’elle s’accompagne de garanties sociales, et un système de transport inclusif et adapté à l’usage doit être respectueux du climat, les externalités négatives comme la pollution atmosphérique touchant de manière disproportionnée les personnes les plus vulnérables. 

Nelly Unger est chercheuse au département des ressources et transports de l’Öko-Institut. Son domaine de recherche comprend l’évaluation des mesures politiques dans le secteur des transports, ainsi que le fonctionnement et le développement des modèles de microsimulation «SEEK-Germany» et «SEEK-EU». Ses travaux portent plus particulièrement sur l’analyse des effets distributifs, tels que l’incidence de la tarification du CO2 sur les groupes vulnérables, ainsi que sur la détection et la quantification de la précarité en matière de transport et d’énergie. Elle conseille diverses parties prenantes sur cette question, notamment le gouvernement fédéral allemand, la Commission européenne et les organisations de la société civile. Nelly Unger a obtenu un master en économie à l’université Humboldt de Berlin et est titulaire d’un bachelor en économie sociale de l’université de Hambourg.

AU-DELÀ DES REVENUS: DE MEILLEURES DONNÉES POUR DE MEILLEURES POLITIQUES DE LUTTE CONTRE LA PAUVRETÉ

L’Europe ne peut pas lutter contre une pauvreté qu’elle ne voit pas. Les mesures axées uniquement sur les revenus risquent de masquer les difficultés liées au genre, à l’âge et au handicap et de laisser dans l’ombre ceux qui les subissent. Si l’Europe tient véritablement à réduire la pauvreté et à favoriser l’inclusion sociale, elle doit tenir compte de l’expérience de tout un chacun, écrit Joanna Pradella, directrice d’Equality Insights, le programme phare de l’International Women’s Development Agency (Agence internationale de développement des femmes), dont l’objectif est de repenser notre manière d’appréhender et de mesurer la pauvreté. 

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L’Europe ne peut pas lutter contre une pauvreté qu’elle ne voit pas. Les mesures axées uniquement sur les revenus risquent de masquer les difficultés liées au genre, à l’âge et au handicap et de laisser dans l’ombre ceux qui les subissent. Si l’Europe tient véritablement à réduire la pauvreté et à favoriser l’inclusion sociale, elle doit tenir compte de l’expérience de tout un chacun, écrit Joanna Pradella, directrice d’Equality Insights, le programme phare de l’International Women’s Development Agency (Agence internationale de développement des femmes), dont l’objectif est de repenser notre manière d’appréhender et de mesurer la pauvreté. 

La pauvreté est souvent considérée sous l’angle financier: combien une personne gagne-t-elle? Le ménage auquel elle appartient a-t-il les moyens de subvenir à ses besoins fondamentaux? Ses revenus se situent-ils au-dessus ou en dessous d’un seuil établi?  

Mais que se passe-t-il si un ménage se trouve au-dessus du seuil de pauvreté, mais qu’une des personnes qui le compose ne mange pas à sa faim? Ou lorsqu’une personne a un toit, mais n’a que peu de contrôle sur les décisions qui concernent sa propre vie, ou qu’elle consacre tellement de temps à s’occuper d’autrui qu’elle ne peut pas exercer d’activité rémunérée? 

Ces réalités ne sont pas toujours reflétées dans les statistiques classiques sur la pauvreté, et pourtant, elles influent sur la vie des personnes et sur leur capacité à participer pleinement à la société. 

Equality Insights, le programme phare de l’International Women’s Development Agency (IWDA) consacré aux données, œuvre à changer notre manière d’appréhender et de mesurer la pauvreté.  

Au-delà des revenus 

Equality Insights mesure 15 dimensions de la vie: l’alimentation, l’eau, le logement, la santé, l’éducation, l’énergie, l’hygiène, l’habillement, la sécurité, la planification familiale, l’environnement, les relations sociales, la possibilité d’avoir voix au chapitre, l’emploi du temps et le travail. Ces dimensions ont été définies au moyen de recherches participatives menées auprès de plus de 3 000 personnes ayant fait l’expérience de la pauvreté dans six pays. Cette approche reflète ce que les personnes en situation de pauvreté considèrent elles-mêmes comme important pour améliorer leur situation. 

Les différentes formes de privation sont liées entre elles. Un accès limité à l’électricité peut, par exemple, entraîner l’utilisation de combustibles polluants pour la confection de repas. Ceux-ci peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé, et le temps nécessaire pour s’approvisionner peut réduire les possibilités de suivre des études ou d’exercer un emploi rémunéré. Le manque d’influence sur la prise de décision au niveau local peut compliquer la résolution de ces problèmes. 

Se limiter à examiner un seul indicateur ne permet pas de saisir ces liens, comme l’a récemment souligné la Banque mondiale au sujet du coût élevé des données fragmentées sur la pauvreté. Une mesure multidimensionnelle de la situation de chaque personne permet de montrer comment les désavantages s’accumulent et se renforcent mutuellement, mais aussi de déterminer à quel niveau une intervention pourrait avoir le plus d’impact. 

Elle remet également en cause les présupposés sur lesquels reposent les indicateurs classiques. Comme je l’ai déjà souligné, les choix opérés lors de la conception des instruments de mesure de la pauvreté déterminent quelles réalités sont mises en lumière et lesquelles restent dans l’ombre. Les indicateurs qui se concentrent exclusivement sur les revenus, sans prendre en compte le genre, l’âge et le handicap, ne donnent qu’une image partielle de la pauvreté et des inégalités. 

Pourquoi la perspective individuelle est-elle importante? 

Pendant trop longtemps, l’échelle d’analyse n’a pas coïncidé avec celle de l’expérience vécue. Les indicateurs établis à l’échelle des ménages ne permettent tout simplement pas de rendre compte de la manière dont chacun de leurs membres vit sa situation.  

Prenons un ménage composé de deux adultes. L’un peut exercer une activité rémunérée, contrôler les dépenses du ménage et disposer de temps pour se reposer ou poursuivre des études. L’autre peut assumer l’essentiel du travail de soin non rémunéré, avoir peu de prise sur les décisions financières et faire face à des problèmes de sécurité dans le cadre de son activité rémunérée. Les données collectées à l’échelle du ménage peuvent rendre compte de ses revenus totaux, mais masquer les situations très différentes des personnes qui le composent. 

La répartition des ressources et des responsabilités au sein des ménages est importante et est fortement influencée par des facteurs tels que le genre, l’âge, le handicap et d’autres caractéristiques personnelles qui limitent ou, au contraire, améliorent l’accès des personnes aux possibilités offertes et à la capacité de prendre des décisions.

On estime qu’un tiers de la pauvreté mondiale se concentre au sein des ménages (Haddad, L., et Kanbur, R., 1990, p. 866-881). Equality Insights entend combler cette lacune en interrogeant tous les adultes éligibles des ménages sélectionnés aux fins de l’échantillonage et en leur posant des questions sur leur propre expérience plutôt que de demander à l’un d’entre eux de répondre au nom des autres. Cette méthode permet non seulement de ventiler les données, mais aussi de les analyser sous l’angle de l’intersectionnalité.  

Les résultats d’une étude menée en 2020 aux Îles Salomon ont montré qu’une personne pouvait subir des privations dans certains domaines alors même que son ménage n’était pas considéré comme pauvre. La Banque asiatique de développement est récemment parvenue à la même conclusion. L’analyse de situations personnelles a également révélé que, si l’on suit des critères d’âge et de genre, les jeunes hommes âgés de 18 à 24 ans sont le groupe le plus exposé à l’insécurité alimentaire. Cependant, chez les hommes, le taux d’insécurité alimentaire diminue de près de moitié au cours de leur vie. Chez les femmes, en revanche, le risque d’insécurité alimentaire augmente avec l’âge. Ces constats ont des répercussions sur notre manière de cibler les mesures de protection sociale et de concevoir des politiques capables de s’adapter à cette évolution des besoins.   

Exclusion numérique  

Cette approche est également importante pour appréhender de nouvelles formes de privation, notamment celles liées à l’accès aux technologies numériques. 

L’accès au numérique et les compétences en la matière déterminent de plus en plus la capacité des citoyens à accéder à éducation, à l’emploi et aux services publics. Lorsque des services essentiels sont dématérialisés, les personnes victimes d’exclusion numérique se heurtent à des obstacles supplémentaires. 

Une personne dont les revenus ne sont pas suffisants pour couvrir ses besoins fondamentaux peut également ne pas disposer de l’accès numérique nécessaire pour postuler à un emploi, accéder aux prestations sociales ou suivre une formation en ligne. Une personne handicapée peut parfois tomber sur des sites web qui ne respectent pas les normes d’accessibilité ou des services qui ne sont pas compatibles avec les technologies d’assistance. Dans les régions reculées, les infrastructures internet peu fiables peuvent aggraver les obstacles existants aux soins de santé, à l’éducation et à l’emploi. 

Equality Insights étudie actuellement l’incidence de l’exclusion numérique sur la pauvreté dans le cadre d’une collecte de données menée au Bangladesh. Nous partons du principe que toutes les formes d’exclusion numérique n’ont pas les mêmes conséquences. Nous recueillerons les données nécessaires pour comprendre comment les obstacles numériques interagissent avec d’autres désavantages et quelles solutions sont les plus susceptibles d’y remédier.

De meilleures données pour de meilleures politiques 

Pour les responsables politiques, l’enjeu est de veiller à ce que la compréhension de la pauvreté reste en phase avec les réalités vécues par les citoyens. Cela suppose d’investir dans des données qui reflètent non seulement les revenus des ménages, mais aussi la manière dont les ressources, les chances dans la vie et les privations sont réparties entre les individus. L’intégration aux politiques sociales de données multidimensionnelles sur les situations personnelles peut renforcer la conception des dispositifs de protection sociale, améliorer l’accès aux services essentiels et contribuer à orienter les investissements publics vers les personnes qui risquent le plus d’être laissées pour compte. En définitive, de meilleures données de mesure permettent de prendre de meilleures décisions. Si l’Europe tient véritablement à réduire la pauvreté et à favoriser l’inclusion sociale, l’expérience de tout un chacun doit être prise en compte dans les données sur lesquelles reposent les politiques. 

Pour continuer d’explorer les données intersectionnelles relatives aux situations personnelles, rendez-vous sur notre portail de données. 

Joanna Pradela est une féministe australienne qui milite en faveur du changement social. Elle est actuellement directrice de l’application des connaissances et d’Equality Insights à l’International Women’s Development Agency (IWDA). Elle dirige les travaux de l’IWDA visant à traduire les résultats de la recherche en actions en faveur de l’égalité de genre. Elle supervise notamment Equality Insights, le programme phare de l’IWDA dont l’objectif est de repenser notre manière d’appréhender et de mesurer la pauvreté. Joanna est cofondatrice et coanimatrice de la Australian Feminist Foreign Policy Coalition (coalition australienne pour une politique étrangère féministe) et présidente du conseil d’administration de l’indigo foundation. Elle est titulaire d’un master en relations internationales et diplomatie de l’Australian National University (université nationale australienne).    

Rédaction

Ewa Haczyk-Plumley (editor-in-chief)
Laura Lui (ll)

Contributeurs à la présente édition

Chrysanthi Kokkini (ck)
Daniela Vincenti (dv)
Giorgia Battiato (gb) 
Julika Enbergs (je)
Jasmin Kloetzing (jk)
Katarzyna Karcz (kk)
Katerina Serifi (ks)
Laura Lui (ll)
Leonard Mallett (lm)
Marco Pezzani (mp)
Margarita Gavanas (mg)
Margarida Reis (mr)
Millie Tsoumani (at)
Pablo Ribera Paya (prp)
Samantha Falciatori (sf)
Thomas Kersten (tk)
Parminder Mudhar (pm)
Dimitra Panagiotou (dp)

Coordination

Giorgia Battiato (gb)
Leonard Mallett (lm)

 

 

Adresse

European Economic and Social Committee
Jacques Delors Building,
99 Rue Belliard,
B-1040 Brussels, Belgium
Tel. (+32 2) 546.94.76
Email: eescinfo@eesc.europa.eu

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EESC info is not an official record of the EESC’s proceedings; for this, please refer to the Official Journal of the European Union or to the Committee’s other publications.
Reproduction permitted if EESC info is mentioned as the source and a link  is sent to the editor.



 

October 2026
08/2026

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