European Economic
and Social Committee
Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission européenne: «En matière de souveraineté technologique, les citoyens doivent être au cœur des préoccupations»
Lors de sa session plénière d’octobre, le CESE a tenu un débat sur la souveraineté technologique de l’Europe, au cours duquel il a été souligné que le progrès technologique doit aller de pair avec des emplois de meilleure qualité et de meilleures conditions de travail.
La dépendance de l’Europe à l’égard de fournisseurs non européens soulève des questions quant à sa compétitivité industrielle, sa résilience économique et son contrôle des infrastructures numériques critiques. Alors que l’Europe est confrontée à une concurrence mondiale croissante, ainsi qu’à une montée en puissance des tensions géopolitiques et des pressions sur les chaînes d’approvisionnement, le Comité économique et social européen (CESE) souligne que l’Union doit renforcer ses capacités dans le domaine des technologies stratégiques telles que l’IA, les infrastructures en nuage et les semi-conducteurs.
Lors d’un débat tenu lors de la session plénière d’octobre avec Henna Virkkunen, vice-présidente exécutive de la Commission chargée de la souveraineté technologique, de la sécurité et de la démocratie, Séamus Boland, président du CESE, a déclaré que «la souveraineté technologique ne signifie pas l’isolement technologique. Il s’agit de faire en sorte que l’Europe dispose de la capacité, de la résilience et des possibilités de choix nécessaires pour protéger ses valeurs, renforcer sa compétitivité et façonner son propre avenir technologique.»
«Notre ambition doit dépasser les questions de compétitivité et de réduction des dépendances» a expliqué M. Boland. «Le progrès technologique doit contribuer à des emplois de meilleure qualité et de meilleures conditions de travail, tout en protégeant les droits fondamentaux et en s’assurant que la voix des travailleurs et de la société civile soit dûment prise en compte dans l’organisation de la transition numérique. Nous devons adopter une approche centrée sur les personnes.»
Présentant le point de vue de la Commission, Mme Virkkunen a souligné qu’«assurer la souveraineté technologique de l’Europe ne signifie pas couper celle-ci du reste du monde. Cela ne veut pas dire qu’on fera tout tout seul, mais bien que les Européens décideront pour eux-mêmes, que nos hôpitaux, nos usines, nos administrations publiques et notre démocratie ne dépendront plus de choix effectués ailleurs. Aujourd’hui, c’est trop souvent le cas». En résumé, Mme Virkkunen a déclaré qu’«en matière de souveraineté technologique, les citoyens doivent être au cœur des préoccupations».
Dans un autre registre, Cecilia Bonefeld-Dahl, directrice générale de DIGITALEUROPE, s’est prononcée contre des cadres nationaux de souveraineté différents et a souligné que 98 % des entreprises européennes étaient des PME. Cela signifie que l’UE doit «élever des clôtures lorsqu’il existe des risques, et construire un marché ouvert et développer l’innovation et les capacités lorsque cela nous est profitable». Elle a en outre plaidé pour que 25 % du budget du prochain cadre financier pluriannuel soient consacrés au développement des atouts essentiels de l’Europe.
Les dépendances de l’UE en chiffres
L’ampleur du défi est considérable. Selon la Commission européenne, l’Europe dépend toujours de fournisseurs de pays tiers pour plus de 80 % de ses produits, services et infrastructures numériques, ainsi que pour la propriété intellectuelle dans ce domaine.
L’IA est un exemple évident de cette dépendance. Une analyse récente estime qu’environ 5 % seulement de la capacité mondiale en matière d’IA se situe actuellement dans l’UE. En outre, l’Europe produit moins de 10 % des puces électroniques dans le monde et dépend des États-Unis et de l’Asie pour les modèles les plus avancés.
La capacité de l’Europe à agir de manière indépendante dépend de sa capacité à maîtriser les technologies sur lesquelles reposent notre économie et notre société. Des semi-conducteurs à l’infrastructure en nuage, en passant par l’IA et les données, il importe que l’UE renforce ses capacités et réduise ses dépendances critiques.
Les travaux du CESE consacrés à la souveraineté technologique de l’UE
Les semi-conducteurs constituent un atout stratégique pour la compétitivité, la souveraineté technologique, la sécurité économique et la résilience industrielle de l’Europe, et l’Union devrait mettre en place un système européen des semi-conducteurs tout au long de la chaîne de valeur. Telle est la principale recommandation figurant dans l’avis sur la Nouvelle version du règlement sur les semi-conducteurs (règlement sur les puces 2.0), élaboré par Gonçalo Lobo Xavier, rapporteur, et Dirk Bergrath, corapporteur, et adopté en plénière.
«L’Europe ne peut parvenir à la souveraineté technologique uniquement par la législation et les financements publics. Nous avons besoin d’entreprises compétitives, d’investissements privés et d’un écosystème industriel solide. Au lieu d’essayer de copier les États-Unis ou l’Asie, l’Europe devrait s’appuyer sur ses propres forces, à savoir ses connaissances, ses talents et son expertise industrielle», a expliqué M. Lobo Xavier. «La réussite réelle du règlement sur les puces 2.0 sera évaluée à l’aune non pas des ambitions que nous affichons, mais bien des investissements que nous parviendrons à attirer, des entreprises que nous renforcerons et des possibilités que nous créerons.»
M. Bergrath a concentré son propos sur l’investissement de fonds publics nécessaire pour mettre en place des capacités industrielles durables, créer des emplois de qualité et renforcer les régions européennes, et a ajouté: «La compétitivité et les emplois de qualité vont de pair. Le règlement sur les puces 2.0 doit aider l’Europe à conserver et à développer ses talents, à investir dans les compétences tout au long de la chaîne de valeur et à associer les travailleurs et leurs représentants à la préparation de la transformation. C’est ainsi que nous traduirons nos ambitions en valeur réelle pour notre économie et notre société.»
Afin de mettre en œuvre une stratégie intersectorielle de souveraineté numérique de l’Union, l’UE et ses États membres doivent investir dans une infrastructure numérique de fabrication européenne et donner la priorité aux solutions open source et aux alternatives européennes en faisant en sorte que ses marchés publics suivent les principes affirmant la priorité européenne («EU first») et consistant à «appliquer ou expliquer».
Dans l’avis sur le thème Remédier aux dépendances numériques pour protéger les droits et les données des travailleurs: la souveraineté de l’Union en matière de nuage, d’intelligence artificielle et de société de l’information, un impératif démocratique, également adopté au cours des débats, le rapporteur Thomas Kattnig souligne que «la souveraineté numérique doit protéger la démocratie et les droits des travailleurs, en garantissant la transparence et le contrôle démocratique de l’IA et des algorithmes, un dialogue social constructif, le développement des compétences et le partage équitable des gains de productivité».
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