Les réseaux électriques européens doivent être solides, intelligents et sûrs

Lors de sa session plénière de mars, le Comité économique et social européen (CESE) a affirmé que l’Union avait besoin d’une énergie plus décentralisée et d’une meilleure coordination de ses réseaux d’électricité. Les réseaux devraient être rapidement numérisés, et s’inscrire en cohérence avec les plans nationaux en matière d’énergie et de climat.

Le CESE considère que l’Union européenne a besoin d’un approvisionnement en énergie durable, sûr et abordable, et que cette dernière doit être considérée comme un bien public pour la prospérité, le développement économique et social et la compétitivité de l’Europe.

Dans l’avis élaboré par Thomas KATTNIG et adopté lors de la session plénière de mars, le Comité souligne l’importance économique du système énergétique — que le rapport Draghi avait déjà mise en lumière. Les prix de l’énergie jouent un rôle central dans l’inflation globale, et il apparaît donc essentiel de réduire les coûts de réseau pour éviter de nouvelles hausses des tarifs.

«L’Europe doit disposer de réseaux électriques solides, intelligents et sûrs, a déclaré en plénière M. KATTNIG. Ils doivent être organisés comme un bien public et garantir la sécurité de l’approvisionnement, la durabilité et l’abordabilité.»

Soutenir une énergie plus décentralisée

Dans son avis, le CESE fait remarquer que le développement du réseau devrait être étroitement lié aux exigences actuelles découlant de l’intégration des énergies renouvelables, ainsi qu’au bouquet énergétique ciblé et à la structure de la production d’électricité.

Le Comité ajoute aussi qu’il est crucial de donner la priorité à l’utilisation efficace des réseaux existants, de préférer l’optimisation à l’expansion, et de soutenir les solutions de flexibilité du réseau.

Plus précisément, le CESE soutient le développement de la production décentralisée d’énergie, laquelle peut réduire la pression sur le réseau — et, partant, rendre moins impérieuse la nécessité de l’étendre —, et accroître l’acceptation de la transition énergétique auprès des citoyens. 

Nécessité d’une meilleure coordination des réseaux électriques

Dans le même temps, l’Union doit se doter d’une meilleure coordination des réseaux électriques. C’est pourquoi le CESE plaide en faveur d’une coordination renforcée au niveau de l’Union pour ce qui concerne la gouvernance du réseau, tout en maintenant la responsabilité des États membres en matière de planification et de surveillance, sachant que les coûts de l’expansion du réseau, de la gestion de la congestion et de la stabilité sont principalement supportés par les États membres.

Le Comité pense également qu’il importe d’accélérer la numérisation des réseaux électriques et de veiller à ce que les plans de développement du réseau soient cohérents au regard des plans nationaux en matière d’énergie et de climat (PNEC).

Les fonds de l’Union devraient compléter la planification européenne

Le CESE soutient par ailleurs le renforcement du mécanisme pour l’interconnexion en Europe (MIE), sachant que la planification européenne devrait être complétée par des fonds de l’Union. Les fonds du MIE devraient être utilisés pour promouvoir la création de valeur européenne et s’accompagner de conditionnalités socio-économiques élaborées et approuvées par les partenaires sociaux nationaux.

Ces conditionnalités devraient garantir le respect des normes du droit du travail prévues par le droit européen et national, ainsi que par les conventions collectives, sans pour autant rendre le risque d’une discrimination indue à l’encontre de certains types d’entreprises ou de certains États membres, et au contraire, permettre l’innovation, la participation des PME et la réalisation des projets en temps utile.

Les réseaux électriques sont synonymes de sécurité

Enfin, les réseaux électriques ne sont pas seulement des infrastructures, mais une composante cruciale de la sécurité. L’expansion du réseau doit être reconnue comme telle, avec des permis plus rapides et des autorités dotées de ressources suffisantes, afin que l’Europe puisse réellement fournir une énergie abordable et sûre pour tous.

Dans cette perspective, le Comité insiste dès lors sur le fait que l’expansion du réseau devrait être reconnue comme une mesure concernant les infrastructures liées à la sécurité et être explicitement couverte par les dispositions relatives au financement et au soutien du règlement (UE) 2025/1106 établissant l’instrument «Agir pour la sécurité de l’Europe par le renforcement de l’industrie européenne de la défense» (SAFE), en tant que composante centrale de la sécurité, de la résilience et des capacités de défense de l’Europe.

Contexte — Train de mesures sur les réseaux européens

L’Union européenne dispose de l’un des réseaux électriques les plus étendus et les plus résilients au monde. Il s’étend sur plus de 11 millions de kilomètres sur l’ensemble du marché intérieur et garantit quotidiennement la fourniture en électricité de haute qualité à ses consommateurs.

Dans le même temps, les réseaux électriques européens sont confrontés à de nouveaux défis, tels que la capacité insuffisante du réseau à répondre aux demandes croissantes de raccordement, tant du côté de la demande que du côté de l’offre, les retards dans la mise en œuvre des projets, ou encore les menaces pour la sécurité.

En décembre 2025, la Commission a présenté son Train de mesures sur les réseaux européens, dont la visée principale est de renforcer et de moderniser les réseaux énergétiques européens. L’objectif implique d’améliorer à la fois la planification transfrontière et l’intégration des réseaux énergétiques nationaux. La Commission souhaite aussi combler les lacunes en matière d’infrastructures et soutenir la transition de l’Union menant vers l’abandon des carburants fossiles importés.

Le train de mesures met à jour le cadre réglementaire des RTE-E afin de mieux tenir compte, à la fois des objectifs de l’Union relativement au climat, et des besoins régionaux, en créant une approche plus coordonnée pour recenser les projets prioritaires dans les réseaux d’électricité, de stockage, d’hydrogène et de CO2. Pour maximiser les capacités existantes, il s’agit aussi de hâter la mise en œuvre des projets en simplifiant les procédures d’autorisation, en favorisant la participation du public à un stade précoce et en encourageant l’utilisation de technologies intelligentes, numériques et aptes à renforcer le réseau.

La proposition de la Commission entend aussi débloquer les investissements, en garantissant que les coûts soient partagés de façon équitable, tout en stimulant la résilience face aux risques tant cyber que physiques, afin, non seulement de préparer les réseaux énergétiques européens aux défis futurs, mais aussi de soutenir un système énergétique plus compétitif et interconnecté.