Le CESE accueille l’Irlandaise Sinéad Burke, une voix qui fait autorité en matière de défense des droits des personnes handicapées

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Transformer la situation, non pas pour les personnes handicapées, mais avec elles. C’est la demande que je porte auprès de vous. Je vous suis très reconnaissante d’avoir permis à cette conversation de se tenir et que le débat puisse s’ouvrir. Mais il ne faut pas en rester là. Il s’agit d’un mouvement plus vaste et je vous invite à le rejoindre, a déclaré Mme Burke au CESE en cette veille de la Journée internationale des personnes handicapées.

Le 2 décembre dernier, lors de sa session plénière consacrée à l’autonomisation des personnes handicapées et à leur inclusion dans tous les domaines de la vie économique, sociale et politique au sein de l’Union européenne et au-delà, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé un débat avec l’Irlandaise Sinéad Burke, défenseure des droits des personnes handicapées, écrivaine et femme de télévision.

Organisé à l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées qui est célébrée dans le monde entier chaque 3 décembre, le débat a été marqué par le discours inspirant, émouvant et très personnel de Mme Burke, ainsi que par les puissantes interventions des porte-paroles de la question du handicap au sein du CESE ainsi que d’autres membres.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, il est crucial de bien avoir en tête ce qui était notre point de départ ainsi que les progrès que nous avons réalisés. Pour beaucoup d’entre nous, le modèle médical du handicap est une expérience vécue. Cela signifie que les personnes handicapées ont été catégorisées en fonction de leur pathologie, que des discours ont été portés sur elles, sans qu’aucune parole ne leur soit accordée ni qu’aucun échange avec elles ne soit engagé. Cette conception a forgé la perception du handicap comme un fardeau pour les individus, les familles, les populations et les sociétés. Face à une personne née handicapée, on témoigne sans bruit de sa sympathie, a déclaré Mme Burke.

Dans sa lutte pour les droits des personnes handicapées, Mme Burke se bat sur plusieurs fronts. Avec son entreprise Tilting the Lens, elle s’emploie à accélérer les changements systémiques en ce qui concerne la perception et le traitement des personnes handicapées dans les domaines de l’éducation et du design. Son premier livre, Break the Mould (Sors du moule) qui encourage les enfants à prendre conscience de leurs différences et à être fiers d’être comme ils sont, vient de recevoir un prix. Mme Burke est aussi la première personne de petite taille à faire la couverture du magazine Vogue ou à être invitée au Met Gala.

Je suis extrêmement fière d’être handicapée. Mon handicap est une part intégrante de mon identité. C’est lui qui a décidé de mon expertise et de mes centres d’intérêt, qui a défini ma vision du monde. Il a aiguisé mon empathie et rendu visible ma vulnérabilité, a-t-elle déclaré, alors qu’elle faisait ses premiers pas dans les institutions européennes lors de cette session plénière du CESE.

Mme Burke a été accueillie par Christa Schweng, présidente du CESE, qui a rappelé l’importance de la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH), un traité international révolutionnaire qui a modifié la manière dont nous percevons le handicap. Cette dernière a été signée par l’Union européenne en 2010, mais plusieurs de ses États membres ne l’ont toujours pas ratifiée.

La convention s’écarte à la fois d’une approche médicale et d’une approche caritative, pour s’affirmer, selon les termes de Mme Burke, comme un acte d’inclusion qui plonge ses racines dans la générosité. La CNUDPH reconnaît le droit des personnes handicapées à vivre dans la dignité et à participer aux processus décisionnels, en particulier à tous ceux qui les concernent. La convention a reporté la responsabilité d’éliminer les obstacles sur la société, et cette dernière a le devoir de rendre le monde inclusif et accessible à tous.

L’approche adoptée par la convention des Nations unies a été révolutionnaire, et elle représente un grand pas en avant. Hélas, la situation reste difficile, et des mesures supplémentaires s’imposent, a déclaré la présidente du CESE.

Je pense que chacun d’entre nous peut contribuer à faire progresser les droits des personnes handicapées, que ce soit par des actions de sensibilisation ou de plaidoyer, ou encore en s’engageant politiquement. À notre niveau, je puis faire en sorte que, dans les années à venir, le CESE continue son combat en faveur de cette cause, qui nous est très précieuse, a poursuivi Mme Schweng.

L’Union européenne compte quelque 87 millions de personnes porteuse d’une forme ou d’une autre de handicap. Avec le vieillissement de la société, le nombre de personnes handicapées continuera à l’avenir d’augmenter.

Le débat en plénière s’est concentré sur les questions brûlantes qui doivent encore être résolues pour parvenir à l’égalité, à l’équité et à l’inclusion des citoyens handicapés, pour leur permettre de vivre pleinement en tant que membres actifs de la société.

Les intervenants ont souligné l’importance d’une éducation et d’un emploi inclusifs, d’espaces de travail accessibles, mais aussi de l’utilisation d’un langage qui permette aux personnes handicapées de se sentir à l’aise et en sécurité.

Il est également primordial d’associer les personnes handicapées à toutes les décisions qui les concernent directement.

On est revenu longuement sur l’effet dévastateur de la pandémie sur nos concitoyens handicapés, sachant que les victimes de la COVID-19 étaient particulièrement nombreuses parmi les personnes vivant dans des foyers pour personnes âgées ou des institutions spécialisées – une catégorie de la population qui a payé le prix fort. Cette année, la Journée internationale des personnes handicapées est dédiée à la reconstruction d’un monde post COVID-19 plus inclusif, plus accessible et plus durable

Les personnes handicapées ont pâti de la négligence des décideurs. Elles doivent être protégées et devenir une priorité tant de l’Union que de ses États membres. La situation sanitaire et la vie des personnes handicapées sont également importantes, a déclaré Ioannis Vardakastanis, membre du CESE et président du Forum européen des personnes handicapées.

La stratégie de l’Union en faveur des personnes handicapées pour la prochaine décennie doit conduire à un véritable changement de paradigme. Elle ne peut être efficace que si elle tient compte des conséquences de la pandémie et influence les politiques et les dépenses des États membres, a averti Pietro Vittorio Barbieri, qui préside le groupe thématique du CESE sur les droits des personnes handicapées.

Derrière les priorités accordées à l’éducation et à l’accessibilité qui permettront aux personnes de vivre de manière autonome, Mme Burke voit poindre l’espoir que des leçons soient tirées de la pandémie.

S’il faut trouver une dimension positive à la destruction prochaine du virus, c’est que ce moment nous donne une chance de reprendre notre monde en main. Alors que nous tentons de repenser les lieux et les espaces dans un souci de distanciation sociale, faisons aussi l’effort d’imaginer comment nous pourrions les rendre accessibles à tous. Cette manière de penser va faire de nos villes, de nos villages, de nos territoires, des invitations adressées à chacun d’entre nous à être soi-même, en toute sécurité, et en toute justice. a-t-elle conclu.

À l’occasion de la Journée internationale des personnes handicapées, le CESE a présenté un court métrage intitulé To Be or Not to Be (in Corona times), produit par le Theater Stap, une compagnie basée en Belgique qui travaille avec des personnes ayant un handicap mental.

 

SANS RELÂCHE, LE CESE PLAIDE POUR UNE UNION PLUS INCLUSIVE ET PLUS ACCESSIBLE

Le CESE défend depuis de nombreuses années les droits des personnes handicapées. Son groupe thématique sur les droits des personnes handicapées supervise la mise en œuvre de la Journée internationale des personnes handicapées dans l’Union et organise de nombreuses auditions et visites dans les États membres pour évaluer la situation sur le terrain. Présidé par M. Barbieri, membre de la délégation des Nations unies qui a participé à l’élaboration de la CNUDPH en 2006, le groupe se présente également comme une plateforme de mise en réseau pour de nombreuses organisations de personnes handicapées et d’autres organisations de la société civile.

Les récents travaux du CESE se sont concentrés sur la nouvelle stratégie de l’Union en faveur des personnes handicapées pour la période 2020-2030. Dans un avis de M. Vardakastanis, le CESE demande que le programme d’action soit pleinement aligné sur la convention des Nations unies.

Lors de sa session plénière de décembre, le CESE a également adopté l’avis sur La nécessité de garantir la réalité du droit de vote aux élections au Parlement européen pour les personnes handicapées. Il s’agit d’un rapport de suivi du rapport d’information 2019 du CESE, qui avait mis en lumière le fait que des millions de citoyens de l’Union européenne souffrant d’un handicap ont été privés de leur droit de vote en raison d’obstacles juridiques ou organisationnels subsistant dans tous les pays européens. Dans son nouvel avis, le CESE demande une modification urgente de la loi électorale de l’Union pour garantir l’accès universel lors des élections européennes en 2024.