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Cet été, la cruelle réalité des incendies de forêt a de nouveau donné un tour extrêmement concret au débat sur la «préparation» et «l’état de préparation» de l’Europe. Au-delà du jargon quelque peu abscons utilisé par les instances de l’Union européenne, nos sociétés restent marquées par de dures réalités, qui posent des problèmes tangibles et urgents à traiter.
Cet été, la cruelle réalité des incendies de forêt a de nouveau donné un tour extrêmement concret au débat sur la «préparation» et «l’état de préparation» de l’Europe. Au-delà du jargon quelque peu abscons utilisé par les instances de l’Union européenne, nos sociétés restent marquées par de dures réalités, qui posent des problèmes tangibles et urgents à traiter.
Le changement climatique est déjà bien visible, avec des effets qui se renforcent d’eux-mêmes. Les 38,68 Mt de CO2 dégagées jusqu’à présent par les incendies équivalent aux émissions annuelles de plus de huit millions de voitures. Cela montre, s’il fallait encore le prouver, qu’adopter des politiques en matière de changement climatique n’est pas une option: ses conséquences sont déjà bien présentes.
La question va néanmoins au-delà du simple changement climatique: après des années d’austérité, de coupes budgétaires et de myopie et chamailleries politiques, les pays de l’Union se trouvent dans un mauvais état de préparation, y compris pour faire face à des conditions normales en matière d’incendies de forêt — sans parler des phénomènes exceptionnels, qui, à une vitesse alarmante, tendent à devenir la norme. Si la solidarité manifestée au niveau de l’Union sous la forme d’un partage des ressources s’avère très positive, il n’en reste pas moins que la capacité opérationnelle des services d’urgence se trouve très affaiblie, du fait du degré de fragmentation politique au sein des États membres, du manque de ressources et de personnel, ainsi que des querelles intestines constantes dans la vie politique.
À mesure que le changement climatique s’aggrave et que les débats budgétaires s’intensifient, en particulier en ce qui concerne les dépenses de défense, il importe plus que jamais de reconnaître la nécessité de prévoir des effectifs et des ressources suffisants pour les pompiers et tous les travailleurs intervenant en situation d’urgence. Avec la récurrence des épisodes, ces forces se révèlent vitales en temps de crise, comme nous l’avons vu pendant la pandémie, mais trop souvent, on leur prête un hommage de pure forme avant de les oublier dès que la crise est passée.
Le CESE a adopté deux avis complémentaires qui visent à renforcer la résilience de l’Europe et son indépendance financière. En soutenant le projet de la Commission d’une union de l’épargne et des investissements et en appelant à redoubler d’efforts pour promouvoir la culture financière, le Comité insiste sur le fait que l’intégration des marchés et l’autonomisation des citoyens doivent aller de pair.
Le CESE a adopté deux avis complémentaires qui visent à renforcer la résilience de l’Europe et son indépendance financière. En soutenant le projet de la Commission d’une union de l’épargne et des investissements et en appelant à redoubler d’efforts pour promouvoir la culture financière, le Comité insiste sur le fait que l’intégration des marchés et l’autonomisation des citoyens doivent aller de pair.
Le premier avis, élaboré sous la conduite du rapporteur Petru Sorin Dandea, soutient la stratégie de la Commission visant à mobiliser la richesse inexploitée de l’Europe, plus de 10 000 milliards d’EUR sous forme de dépôts bancaires, et à l’orienter vers des investissements au profit des entreprises, de l’innovation et des infrastructures. Le CESE plaide en faveur d’une surveillance accrue, de règles harmonisées en matière de fiscalité et d’insolvabilité, et de produits d’investissement sûrs, transparents et rentables, en plus d’une Autorité européenne des marchés financiers aux pouvoirs renforcés.
Le deuxième avis, rédigé par le rapporteur Giuseppe Guerini, est lui consacré à la culture financière en tant que chaînon manquant vers une union de l’épargne et des investissements. À peine 18 % des citoyens de l’Union affichent un niveau élevé de culture financière, et nombre d’Européens ne disposent donc pas des instruments nécessaires pour gérer leur argent, éviter les escroqueries et préparer leur avenir. Le CESE considère l’éducation financière comme un droit social et souhaite la voir inscrite aux programmes scolaires et intégrée dans l’enseignement à destination des adultes, en se concentrant sur les groupes vulnérables, les jeunes, les personnes âgées et les nouveaux entrepreneurs.
Le Comité pense que si la confiance et la compréhension font défaut, les citoyens ne peuvent participer aux marchés financiers. Alors que la numérisation amène son lot de nouveaux risques, comme les influenceurs financiers et les escroqueries fondées sur l’intelligence artificielle, le CESE appelle à adopter un cadre réglementaire clair et à intensifier la lutte contre la fraude. La culture financière est en outre un moyen sûr de se préparer au vieillissement de la population et de s’assurer que les citoyens puissent gérer leurs retraites, leurs soins de longue durée et leur épargne.
Le CESE est d’avis qu’une meilleure éducation financière renforce l’inclusion en réduisant les inégalités et en autonomisant des groupes souvent laissés pour compte. Afin d’en mesurer le succès, il recommande de recourir à des indicateurs clés de performance tels que la hausse des investissements de détail et la réduction des coûts.
Pour le CESE, l’Europe doit investir non seulement dans les capitaux, mais aussi dans l’humain. Car sans culture financière, pas d’inclusion possible. Et sans inclusion, l’union de l’épargne et des investissements n’a aucune chance d’aboutir. (tk)
L’histoire est friande de «premières», mais celles qui ouvrent la voie doivent souvent le faire seules. Cette réalité, bien connue de toutes les femmes au pouvoir, n’a fait que s’accentuer dernièrement.
L’histoire est friande de «premières», mais celles qui ouvrent la voie doivent souvent le faire seules. Cette réalité, bien connue de toutes les femmes au pouvoir, n’a fait que s’accentuer dernièrement.
À maintes reprises, Kamala Harris a évoqué l’expérience qui était la sienne de pénétrer dans des pièces où personne ne lui ressemblait. C’est là l’essence même d’être «la première»: remporter une victoire éclatante, percer une brèche dans le plafond de verre, certes, mais au prix d’une épreuve d’endurance éreintante. Tous les hommes qui l’avaient précédée à la Maison-Blanche trouvaient leur pendant — par dizaines — dans les livres d’histoire. Mais pas la vice-présidente: dans la liste de ses prédécesseurs, on dénombre cinq John, trois Thomas et trois Charles, mais pas une seule femme.
Être la première, c’est être sous le feu des projecteurs. Sans plan d’action. Ouvrir la voie, tout en devant sans cesse vous justifier et défendre le simple droit d’être là.
On demande rarement à ces messieurs en costume pourquoi ils aspirent au pouvoir. Heinrich von Treitschke, historien du XIXe siècle et misogyne éhonté, affirmait ainsi que «le pouvoir est masculin, cela va sans dire» — un mode de pensée qui a encore cours. Comme le note l’historienne Mary Beard, l’autorité est vue par défaut comme un attribut masculin. Pour paraphraser Pierre Bourdieu, si la domination masculine perdure, c’est précisément parce qu’elle n’a jamais à se justifier.
Les femmes, quant à elles, doivent payer un plus lourd tribut. Alors qu’elles déploient tout le courage et le talent propres à une carrière hors du commun, ces «premières» voient leur simple présence remise en question à chaque instant. La barre est placée plus haut, la patience s’épuise plus vite et la marge d’erreur est infime. Le fameux mot de Faith Whittlesey n’a rien perdu de sa pertinence: «Ginger Rogers faisait tout ce que Fred Astaire faisait, mais à l’envers et en talons hauts».
Pendant des décennies, l’action politique des femmes a été traitée avec condescendance et cantonnée à des enjeux de société d’importance marginale. Ce sont pourtant des femmes comme Elisabeth Selbert, Käte Strobel et Simone Veil qui ont planté les germes de la démocratie moderne, qu’il s’agisse d’égalité des sexes, de santé publique, de législation inclusive en matière de mariage ou encore d’autonomie corporelle. Loin d’être anecdotiques, ces politiques ont forgé les sociétés où nous vivons aujourd’hui. Malgré tout, on entendait encore dans les années 1990 le chancelier allemand Gerhard Schröder qualifier de «tout le tintouin» (Gedöns) les questions confiées au ministère des affaires familiales.
L’argument le plus souvent avancé contre les quotas fondés sur le genre est que «les législateurs représentent toute la population». Or, les femmes ne constituent pas un groupe d’intérêt à part, elles composent la moitié de la population. D’ailleurs, l’histoire montre que quand les femmes sont au pouvoir, on assiste à des avancées en matière de droits des femmes, qu’il soit question de protection de la maternité, de clauses d’égalité des genres, de légalisation de l’avortement ou de criminalisation du viol conjugal. Le bilan est sans appel.
Comme l’a dit un jour Christine Lagarde avec humour: «Si Lehman Brothers s’était appelée Lehman Sisters, le monde serait peut-être différent aujourd’hui». Son message n’était pas que les femmes sont supérieures, mais plutôt que la diversité est un atout: la multiplicité des points de vue bouscule la pensée de groupe. Exclues des réseaux masculins, les femmes ont donné forme à de nouvelles stratégies et, avec elles, à de nouvelles possibilités.
Voilà pourquoi les «premières» ont encore toute leur importance. À ce jour, nous n’avons toujours pas connu de présidente allemande, ni de présidente américaine, ni de présidente française.
Ces derniers temps, on a plutôt le sentiment que l’approche des femmes en matière de politique est délaissée au profit d’un regain d’arrogance virile — personnifiée, notamment, par le nouvel occupant de la Maison-Blanche. À l’automne 2024, Kamala Harris, la première à occuper la vice-présidence des États-Unis, a affronté Donald Trump dans l’espoir de devenir la première à accéder à la présidence du pays. Sa campagne s’est soldée par une défaite.
Aujourd’hui, la question n’est pas seulement de savoir de quoi demain sera fait, mais par qui. La mère de Kamala Harris le formule mieux que quiconque: «Kamala, il y a bien des choses que tu seras la première à accomplir, assure-toi que tu ne seras pas la dernière».