Quatre ans plus tard: assurer la reconstruction et redonner espoir aux jeunes générations ukrainiennes

Yaryna Bohun (Ukrainian student), Olha Fozekosh (Ukrainian teacher)
and Baiba Tavaresa (EEAS) (from left to right) © EU/EESC

À l’approche du quatrième anniversaire de l’invasion à grande échelle de l’Ukraine par la Russie, le Comité économique et social européen (CESE) a tenu à insister lourdement sur les effets durables et complexes que la guerre aura sur les enfants et les jeunes. Le Comité plaide en faveur d’une action européenne coordonnée qui associe étroitement la société civile et les partenaires internationaux, afin d’aider les jeunes ukrainiens à se remettre de cette épreuve et à garder espoir dans l’avenir.

«Sur tout le territoire ukrainien, des milliers d’enfants se réveillent dans des appartements dépourvus d’électricité et de chauffage. Dans certains bâtiments résidentiels, les températures peinent à atteindre les 10 °C. Et depuis près de deux mois de cet hiver glacial, les enfants s’endorment dans des sacs de couchage, vêtus de leurs tenues les plus chaudes, tandis que leurs parents disposent des bouillottes autour d’eux», a expliqué Olena Zelenska, première dame d’Ukraine, lors de la session plénière de février du CESE, à laquelle elle a participé à distance.

Le débat, consacré au thème «Les cicatrices durables de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine: son bilan dévastateur pour l’enfance et la jeunesse», visait à sensibiliser le public aux répercussions de la guerre prolongée sur les enfants et les jeunes, ainsi qu’à susciter un dialogue civil et des réponses pouvant donner lieu à des actions concrètes. Quatre ans après le début de l’agression de la Russie contre l’Ukraine, le conflit continue de perturber la vie des enfants et des jeunes, affligés de graves traumatismes de guerre, de blessures physiques, de problèmes de santé mentale, et confrontés à des déplacements, des interruptions de leur cursus pédagogique et une dégradation de leurs perspectives d’avenir.

Les chiffres sont plus parlants que les discours. Comme l’a souligné Mme Olena Zelenska, 684 enfants ont été tués et plus de 2 000 blessés au cours des quatre dernières années. Selon l’UNICEF, 73 % des enfants se sentent en danger, et 54 % font état d’un sentiment de tristesse. Environ 43 % des enfants souffrent de détresse psychologique grave, se traduisant notamment par de l’anxiété, de la peur et des difficultés de concentration.

La Fondation Olena Zelenska s’attache en priorité à venir en aide aux enfants et aux jeunes. Dans son message vidéo, la première dame d’Ukraine a mis en évidence la nécessité de disposer d’infrastructures souterraines offrant des espaces sûrs où les enfants peuvent à tout le moins apprendre sans être exposés au danger. En parallèle, la Fondation collabore avec l’UNICEF et d’autres organisations pour mettre au point un système de soutien psychologique et de réadaptation.

«Je vous remercie de votre écoute attentive», a déclaré Mme Zelenska, «et j’espère que ce débat ne s’arrêtera pas à une simple conversation. L’Ukraine regorge à présent d’idées et de projets sociaux et humanitaires novateurs, et chacune de ces initiatives peut et doit être soutenue.»

Au cours du débat, les participants ont pu entendre le témoignage de Yaryna Bohun, une étudiante ukrainienne qui a évoqué la détresse émotionnelle qu’elle a ressentie, après une première phase de déni, lorsqu’elle a dû s’adapter à sa vie de réfugiée tandis que ses parents sont restés en Ukraine. Elle a terminé son discours par un appel poignant: «Protégez les enfants de la guerre!».

Olha Fozekosh, une enseignante ukrainienne vivant en Belgique, a parlé de l’impact de la guerre sur les enfants qui ont fui le pays: «Même s’ils paraissent calmes, les cicatrices sont flagrantes. Je constate chaque jour les ravages que cause cette guerre dans leur cœur.» Mme Fozekosh a ému l’assemblée aux larmes en relatant l’histoire de l’une de ses élèves: «Avant la guerre, Maria adorait créer des objets de ses propres mains. Elle fabriquait des bracelets, des décorations et de petits cadeaux. Aujourd’hui, Maria ne crée plus rien. Lorsque je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu: “Je me sens vide à l’intérieur”.»

Réaffirmant le soutien sans faille du Comité au redressement et à la reconstruction de l’Ukraine, Séamus Boland, président du CESE, a exhorté tous les acteurs à unir leurs efforts pour faire en sorte que cette génération puisse guérir, se reconstruire et envisager un avenir sûr et prometteur.

«Nous nous tiendrons aux côtés de l’Ukraine et l’aiderons à bâtir son avenir aussi longtemps que nécessaire», a souligné M. Boland. «Nous devons tout mettre en œuvre pour que les enfants ukrainiens reçoivent le soutien dont ils ont besoin. Ils méritent de grandir dans la dignité, à l’abri de tout danger. Ils seront des acteurs clés du redressement et de la reconstruction de l’Ukraine.»

Pour les enfants enlevés par la Russie, qui sont presque au nombre de 20 000, la situation est encore plus critique. À ce sujet, Baiba Tavaresa, cheffe de la division «Ukraine» du Service européen pour l’action extérieure, a souligné que le retour des enfants ukrainiens restait une priorité absolue pour l’Union européenne, et que celle-ci continuerait de respecter cet engagement à l’avenir. À cette fin, l’Union a prévu d’organiser au printemps prochain, en collaboration avec l’Ukraine et le Canada, un sommet international sur le retour des enfants ukrainiens. «Protéger les enfants ukrainiens et assurer leur retour, c’est investir dans une paix durable et dans l’avenir de l’Ukraine», a affirmé Mme Tavaresa.

La plénière a été marquée par des interventions de représentants d’organisations internationales et ukrainiennes, qui ont présenté leurs initiatives et projets visant à soutenir les enfants et les jeunes qui souffrent de traumatismes multiples et d’une exposition répétée à des conditions de stress extrêmes. Les orateurs ont fait valoir que les actions de sensibilisation ne seraient pas suffisantes sans des mesures stratégiques, un système éducatif qui tienne compte des traumatismes subis et des réseaux de soutien collectif. Ils ont attiré l’attention sur le sort que subissent 1,6 million d’enfants ukrainiens vivant dans des territoires occupés par la Russie, soumis à une «russification» forcée, à l’endoctrinement et à la militarisation.

Les intervenants ukrainiens ont insisté sur la nécessité de documenter les crimes par le détail pour pouvoir obliger la Russie à répondre de ses actes devant les tribunaux internationaux. Ils ont souligné que la justice et l’obligation de rendre des comptes étaient indispensables pour empêcher que ces crimes ne se reproduisent. De plus, les Ukrainiens, y compris des enfants et leurs familles, victimes de la guerre d’agression menée par la Russie exigent que cette dernière soit mise face à ses responsabilités.

Pour clôturer le débat, un appel pressant a été émis pour que les organisations de la société civile européenne aident la société civile ukrainienne, au moyen de financements et d’initiatives, dans les efforts qu’elle déploie pour soutenir ses enfants et ses jeunes.

Citations supplémentaires

Sandra Parthie, présidente du groupe des employeurs du CESE: «Le courage du peuple ukrainien nous rappelle que la paix et la liberté ne peuvent être tenues pour acquises. Les Ukrainiens sont pour nous une source d’inspiration: ils veulent prospérer, ils ont relocalisé leurs entreprises et créé des environnements sûrs pour leurs équipes. Nous devons non seulement les aider à redresser leur économie, mais aussi raviver leurs espoirs. Le monde des entreprises de l’UE se tient prêt à soutenir les entrepreneurs et les jeunes d’Ukraine. Nous réaffirmons notre soutien à l’Ukraine sur la voie de son adhésion à l’Union.»

Lucie Studničná, présidente du groupe des travailleurs du CESE: «Je suis moi-même mère et grand-mère, et je ne peux imaginer les épreuves qu’ils traversent, sans parler de la souffrance causée aux soldats, à leurs proches, aux civils et aux réfugiés intérieurs ou extérieurs. À ceux qui ressentent dans leur foyer les secousses des bombardements, et à ceux qui doutent de jamais revoir leur maison. L’Europe doit accroître l’aide qu’elle apporte à l’Ukraine et veiller à ce que les droits et les normes du travail soient respectés autant que possible.»

Lidija Pavić-Rogošić, vice-présidente du groupe des organisations de la société civile du CESE, a fait part de son expérience en la matière en évoquant l’impact de la guerre d’indépendance croate sur les enfants. «La guerre laisse aux enfants des blessures durables. L’Union européenne ne doit pas seulement se soucier de la survie des enfants ukrainiens, mais aussi de leur évolution future. Elle doit investir dans le soutien psychosocial, dans la sécurité des écoles et dans les organisations locales de la société civile qui contribuent à rétablir la stabilité.»

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  • Four Years On: Ensuring Recovery and Hope for Ukraine’s Younger Generation