European Economic
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RESourceEU : sécuriser l’approvisionnement, restaurer la compétitivité
Le 3 décembre 2025, la Commission européenne a adopté le plan d’action RESourceEU, une initiative conçue pour accélérer la stratégie de l’Union européenne en matière de matières premières critiques dans le cadre du règlement sur les matières premières critiques (CRMA). Ce plan va dans la bonne direction, alors que l’Europe cherche à réduire ses dépendances stratégiques à l’égard de fournisseurs étrangers, en particulier la Chine, pour des minerais essentiels tels que les terres rares, le lithium, le cobalt et le cuivre. Ces matières sont indispensables aux technologies propres, aux infrastructures numériques, aux systèmes de défense et à la compétitivité industrielle.
Dans un contexte de tensions géopolitiques croissantes et de chaînes d’approvisionnement mondiales sous pression, RESourceEU est devenu une nécessité géopolitique. Le plan prévoit 3 milliards d’euros de financement au cours des 12 prochains mois, mobilisés à partir du budget de l’UE, de la Banque européenne d’investissement (BEI) et de programmes tels que le Fonds pour l’innovation, Battery Booster et Horizon Europe. Son ambition ? Réduire de moitié, d’ici 2029, la dépendance de l’UE à l’égard de fournisseurs extérieurs uniques, tout en renforçant le recyclage, l’extraction minière et les partenariats stratégiques en Europe.
Dans son avis adopté lors de la plénière de juin, le CESE envoie un message clair : la stratégie européenne sur les matières premières critiques ne pourra réussir que si la compétitivité industrielle est considérée comme une priorité centrale, au même titre que la résilience et la durabilité.
L’un des points clés du rapport est que les projets stratégiques liés aux matières premières critiques en Europe ne pourront pas avancer sans s’attaquer à la question des prix structurellement élevés de l’énergie. De nombreuses activités liées aux matières premières critiques sont très énergivores, et le coût de l’énergie est souvent déterminant pour la viabilité des projets. Dans ce contexte, l’avis souligne l’importance de faciliter les contrats d’achat d’électricité à long terme (PPA), d’accélérer les procédures d’autorisation et de veiller à ce que les projets européens puissent réellement accéder aux financements et aux mécanismes de soutien.
Le rapport souligne également les préoccupations liées à la conception actuelle du cadre pour les aides d’État en faveur de l’industrie propre (CISAF). Certaines exigences en matière d’additionnalité et d’approvisionnement liées au soutien à l’électrification risquent, dans la pratique, d’exclure les industries énergivores de l’accès à ce soutien, en particulier dans les régions où les systèmes électriques sont encore en transition. Il faut corriger cela.
Un autre problème important soulevé est le manque de soutien pour les coûts d’équilibrage et d’ajustement du profil de consommation dans le cadre des PPA à long terme. Ces coûts restent l’un des principaux obstacles au déploiement des PPA industriels en Europe et doivent être traités plus efficacement au niveau de l’UE.
En ce qui concerne le système d’échange de quotas d’émission (ETS), il faut remédier à la lourde charge financière qu’il impose aux secteurs disposant de peu d’alternatives technologiques. L’avis demande une évaluation appropriée de l’impact des coûts liés à l’ETS sur la compétitivité des industries européennes des matières premières critiques.
L’avis exprime également des inquiétudes concernant la mise en œuvre de la taxonomie de l’UE et du principe consistant à « ne pas causer de préjudice significatif » (DNSH). Dans certains cas, les critères et seuils actuels ne sont pas encore atteignables avec les technologies existantes et risquent d’empêcher les projets stratégiques européens d’accéder au financement, même lorsque ces projets ont de meilleures performances environnementales que leurs concurrents hors UE (par exemple, la production d’aluminium primaire émet 50 % de CO2 de moins qu’en Chine).
En outre, l’avis souligne que le soutien financier aux projets liés aux matières premières critiques reste insuffisant. Si la mobilisation de 3 milliards d’euros est bienvenue, les besoins d’investissement sont bien plus importants et les futurs instruments de financement devraient mieux prendre en compte la résilience industrielle, la sécurité d’approvisionnement et les objectifs d’autonomie stratégique.
L’avis soutient également un renforcement de l’action en faveur de la circularité, du recyclage et de la lutte contre les fuites de déchets. Il appelle en particulier à des mesures garantissant que les déchets d’aluminium de valeur produits en Europe contribuent en priorité aux capacités européennes de recyclage et de fabrication, tout en soutenant des procédures plus simples et plus numérisées pour la circulation des déchets de matières premières critiques au sein de l’UE.
Enfin, nous soulignons que l’Europe doit renforcer ses propres capacités d’extraction, d’affinage, de transformation et de recyclage, tout en développant des partenariats internationaux diversifiés qui renforcent la résilience et réduisent les dépendances stratégiques excessives.
Konstantinos DIAMANTOUROS, membre du Groupe des employeurs du CESE et rapporteur de l’avis CCMI/259 Plan RESourceEU.