Sécuriser la table : garantir l’approvisionnement alimentaire en période de crise

Organic Food

Le Comité économique et social européen (CESE) a adopté un avis complet sur la proposition de révision du règlement sur l’organisation commune du marché (OCM). Bien que le CESE salue globalement les efforts de la Commission pour simplifier le cadre réglementaire et améliorer la situation des agriculteurs, il soulève des préoccupations majeures concernant l’équilibre entre l’ambition politique et les ressources financières disponibles.

Inadéquation budgétaire et résilience stratégique 

Dans notre avis nous soulignons un décalage significatif entre les grandes ambitions de la nouvelle proposition et le budget réduit de la politique agricole commune (PAC). Si les États membres ont la possibilité d’introduire de nouvelles interventions sectorielles, le budget alloué à la PAC est plus faible que lors des périodes précédentes. De plus, l’obligation pour les États membres de cofinancer les interventions — une pratique non appliquée actuellement aux secteurs des fruits et légumes — pourrait mettre en péril la stabilité du marché intérieur et créer une concurrence déloyale. Nous insistons sur le fait que les objectifs de la PAC ne peuvent être atteints que si le budget disponible est en adéquation avec les objectifs fixés. 

L’approvisionnement alimentaire : une fonction sociale essentielle 

Les protocoles de gestion de crise élaborés par les États membres doivent reconnaître explicitement la chaîne d’approvisionnement alimentaire comme un service essentiel. Cette désignation doit garantir que les pouvoirs publics ont l’obligation légale de faciliter l’activité de tous les opérateurs, de la production agricole à la transformation, en passant par la distribution et la logistique, lors de périodes de crise.

Ces protocoles doivent s’appliquer à une grande variété de perturbations, telles que les catastrophes naturelles, les pandémies et les troubles sociaux. La priorité doit être de garantir la continuité de la distribution alimentaire depuis son origine jusqu’aux points de vente, voire jusqu’à la livraison à domicile. En assurant la mobilité des transports et la sécurité des travailleurs, ces plans ont pour objectif de rassurer la population, et ainsi d’éviter les comportements d’« achats paniques » et de stockage qui aggravent souvent les pénuries d’approvisionnement.

Un mécanisme de crise permanent 

Pour soutenir cette vision, nous saluons la création d’un mécanisme européen permanent de préparation et de réponse aux crises de la sécurité alimentaire (EFSCM). Cet organisme vise à améliorer la coordination entre les États membres et les parties prenantes concernées, afin d’assurer la libre circulation des biens et des travailleurs dans l’ensemble du secteur agroalimentaire. Nous suggérons que ce mécanisme s’appuie sur les leçons tirées des crises précédentes pour identifier les besoins réels des entreprises et des consommateurs, facilitant ainsi une réponse rapide et adaptée au terrain.

Une approche moderne du chanvre et de la souveraineté protéique 

Nous appelons à une évolution majeure de la réglementation du secteur du chanvre et nous nous opposons aux propositions actuelles visant à restreindre l’utilisation des feuilles et des fleurs de chanvre comme matières premières pour l’alimentation animale, que nous jugeons disproportionnées et non fondées scientifiquement. Le CESE prône à la place une approche fondée sur le risque, permettant la valorisation de l’ensemble de la plante, y compris les feuilles et la paille, à condition qu’elles proviennent de variétés dont la teneur en THC est inférieure à 0,3 %.

De même, le CESE soutient la création d’un secteur spécifique dédié aux cultures protéiques afin de réduire la dépendance extérieure de l’Europe en protéines végétales. Pour assurer le succès de ce secteur, nous soulignons la nécessité de l’innovation agricole, notamment en soutenant l’utilisation des nouvelles techniques génomiques (NGT) afin de développer des variétés plus résilientes et plus productives.

Transparence et protection des traditions 

Enfin, nous soutenons fermement la réservation sémantique des dénominations de viande. Les termes tels que « steak », « saucisse » et « burger » devraient être réservés exclusivement aux produits d’origine animale afin d’éviter toute confusion pour les consommateurs et de préserver l’identité des produits d’élevage européens. Au-delà de la transparence, cette mesure reconnaît la valeur historique et culturelle de la viande dans une alimentation équilibrée et son rôle dans la préservation des paysages européens.

En conclusion, un secteur agroalimentaire européen résilient requiert un budget réaliste, une planification robuste des situations d’urgence qui considère l’alimentation comme un droit social fondamental, et un engagement envers l’innovation au service des agriculteurs, de l’industrie agroalimentaire, des distributeurs et des consommateurs.

Par Felipe Medina, membre du groupe Employeurs du CESE et rapporteur de l’avis NAT/966 Révision du règlement portant organisation commune des marchés (OCM).