Pour une transition numérique équitable, plaçant les droits de l’homme et le contrôle humain au premier plan

This page is also available in

Tout en soulignant les perspectives ouvertes par la révolution numérique, le Comité économique et social européen (CESE) met en garde contre les menaces qui lui sont associées: si les solutions numériques sont mises en œuvre trop rapidement, elles risquent d’entraîner l’exclusion d’une grande partie de la population de l’Union. Les technologies numériques ne doivent pas se substituer aux humains, mais plutôt les compléter, tout en étant inclusives et en protégeant les groupes vulnérables tels que les personnes âgées.

Beaucoup d’Européens ne maîtrisent pas encore les outils numériques et la plupart des administrations nationales n’ont pas encore mis en place de solutions numériques. Si l’accès à certains services d’intérêt général devait être lié à l’existence d’une identité numérique, cela pourrait aboutir à une situation dont personne ne sortirait gagnant, puisqu’un grand nombre d’Européens risqueraient de se voir refuser le droit d’accéder à ces services.

L’avis du CESE adopté lors de la session plénière de juillet et élaboré par Dumitru Fornea tire la sonnette l’alarme. Les nouveaux outils de gouvernance qui accompagnent la révolution numérique et industrielle ne doivent pas être oppressifs ni subordonner la vie quotidienne des citoyens à l’adoption de systèmes technologiques numériques contrôlés de manière non démocratique.

Les avantages des solutions numériques sont évidents, a déclaré M. Fornea. Toutefois, leur mise en œuvre rapide, en particulier pour les services d’intérêt général tels que l’identité numérique, pourrait aboutir à l’exclusion d’un nombre important d’Européens. Nous devons veiller à ce que l’être humain reste aux commandes, et garantir un contrôle démocratique et la participation des organisations de la société civile.

Les solutions numériques sont bénéfiques si elles complètent l’humain

Les Européens sont généralement enthousiastes à l’idée de recourir à la technologie numérique: elle est souvent utile pour rationaliser les procédures administratives et un certain nombre d’autres aspects de la vie quotidienne. Une population disposant d’une culture numérique peut bénéficier, grâce à l’identité numérique, d’un accès simplifié aux services fournis par les pouvoirs publics ou les entreprises.

Toutefois, depuis l’entrée en vigueur, en septembre 2018, du volet du règlement (UE) nº 910/2014 relatif à l’identification électronique, seuls 14 États membres ont indiqué disposer d’au moins un système d’identification électronique. Cela signifie que seuls 59 % des résidents de l’Union ont accès à des systèmes d’identification électronique sûrs et fiables par-delà les frontières et que seuls sept systèmes sont entièrement mobiles, répondant ainsi aux attentes actuelles des utilisateurs.

Selon le CESE, les solutions numériques telles que l’identité numérique, les moyens de paiement numériques et l’immersion dans les plateformes de réalité virtuelle ou augmentée devraient rester des outils complémentaires et ne devraient pas remplacer complètement et abusivement d’autres pratiques mises au point et perfectionnées par l’homme depuis des milliers d’années.

Le CESE, qui a été la première institution européenne à plaider en faveur du principe de «l’humain aux commandes» en matière de maîtrise des systèmes d’IA, réaffirme qu’il est primordial que les êtres humains aient le dernier mot et soient pleinement maîtres des processus décisionnels en ce qui concerne le développement des machines.

Le Comité souligne également que les solutions numériques doivent faire l’objet d’un contrôle démocratique et que les données des citoyens doivent être protégées grâce à la souveraineté numérique de l’UE, c’est-à-dire que les données créées dans l’UE devraient également y être stockées.

Une société numérique équitable se préoccupe des groupes vulnérables

Le contrôle par l’être humain et le respect des droits de l’homme sont donc les deux piliers d’une transition numérique équitable.

Pour garantir l’égalité d’accès aux possibilités offertes par la numérisation, l’UE a besoin d’un système éducatif solide, assorti de programmes de littératie numérique et de transition numérique pour sa main-d’œuvre. Des programmes spécifiques doivent être mis en place dans tous les États membres, de même que des programmes d’apprentissage numérique tout au long de la vie, des tutoriels permettant de maîtriser le vocabulaire et une formation pratique.

Les disparités numériques se creusent entre les États membres, ce qui inquiète le Comité, qui est particulièrement sensible au manque de protection des groupes vulnérables; il appelle une nouvelle fois de ses vœux une Union européenne qui pratique l’inclusion numérique en ne laissant personne de côté, et en accordant une attention particulière aux générations plus âgées.

Il est essentiel que les organisations de la société civile soient étroitement associées à ce processus afin de progresser démocratiquement vers une société numérique équitable acceptée par les citoyens de l’UE.

Toute initiative visant à intégrer les citoyens dans le système européen d’identité numérique devrait être fondée sur des études d’impact et des enquêtes sociologiques exhaustives, et la décision finale ne devrait être prise qu’avec le consentement éclairé et librement exprimé du citoyen.

La Commission européenne doit réaliser des analyses d’impact portant sur plusieurs éléments, par exemple l’incidence de la numérisation et de l’automatisation des interactions humaines sur la qualité de vie et les conditions de travail, en particulier sur le plan des relations humaines, avec l’augmentation de la prévalence de la solitude, les problèmes de santé mentale, le déclin de l’intelligence cognitive et émotionnelle et le risque accru d’aliénation sociale.

See also