L’Union européenne à la croisée des chemins : comment garantir la sécurité économique ?

En 2023, l’UE a lancé sa stratégie européenne de sécurité économique, s’engageant à mener un examen approfondi des moyens de renforcer cette sécurité, dans un contexte marqué par de profonds bouleversements géopolitiques et géoéconomiques. Renforcer et approfondir les alliances politiques et économiques avec des États et régions partageant les mêmes valeurs européennes semble être la seule stratégie viable. Dans un monde de plus en plus interconnecté, numérique et piloté par l’intelligence artificielle, les interdépendances mutuelles ne peuvent ni être ignorées, ni être enfermées dans des politiques et mesures protectionnistes. C’est pourquoi les récents accords commerciaux avec le Mercosur, l’Inde, le Canada, l’Australie et les États de l’Union africaine vont dans la bonne direction et doivent être développés davantage.

Définir la sécurité économique

La Commission européenne n’a pas clairement défini la sécurité économique, mettant davantage l’accent sur les outils et mesures destinés à mieux identifier, évaluer et gérer les risques dans certains domaines à haut risque. Pour le CESE, la sécurité économique correspond à la capacité de préparation, de résilience et de réponse de l’UE face à une diversité de risques et de perturbations causés par les évolutions géopolitiques et géoéconomiques affectant l’économie de l’UE, et, par conséquent, les citoyens et la société. Dans notre avis REX/614 Renforcer la sécurité économique de l’UE, nous soulignons la nécessité de renforcer les fondements horizontaux de la sécurité économique afin de mieux gérer des risques divers et sans précédent. Nous insistons également sur le fait que la sécurité économique doit reposer sur une gouvernance efficace et cohérente, sur un contrôle démocratique, et intégrer les valeurs fondamentales ainsi que les objectifs essentiels de l’UE.

L’Europe doit réévaluer et maximiser ses possibilités, ses ressources et ses réserves, en tirant pleinement parti des avancées technologiques pour mobiliser ses stocks et gisements de matières premières critiques, afin de développer, promouvoir et relocaliser à proximité les chaînes de valeur critiques. Il n’existe pas d’autre voie que le renforcement de la compétitivité, qui est une condition impérative du développement économique durable. La sécurité économique ne peut être garantie qu’au moyen d’actions rapides et globales visant à stimuler l’innovation, à fournir une énergie sûre et abordable, à accélérer le progrès numérique et l’application de l’IA, à développer les relations commerciales et multilatérales, et à reconnaître le lien entre sécurité économique et sécurité géopolitique. Il ne peut y avoir de sécurité économique sans stabilité macroéconomique ni développement des capacités de production permettant de soutenir un marché unique ouvert et opérationnel. C’est la seule manière d’affirmer l’Europe comme le meilleur endroit où vivre et entreprendre.

Une action urgente et intégrée

Compte tenu des évolutions intervenues depuis le lancement de la stratégie européenne de sécurité économique en 2023, et des messages formulés dans l’avis du CESE sur cette stratégie, il devient de plus en plus important d’agir sans tarder pour renforcer la sécurité économique de l’UE, en menant à bien et en mettant en œuvre les projets et processus en cours dans plusieurs domaines d’action, et en intégrant la sécurité économique comme objectif central de toutes les initiatives à venir.

Une approche intégrée de la sécurité économique suppose une coopération intersectorielle étroite au sein des structures politiques et administratives, ainsi qu’une utilisation efficace du large éventail d’outils et d’instruments existants, sans créer de bureaucratie supplémentaire. Les institutions de l’UE devraient exploiter au mieux les structures et mécanismes existants d’échange d’informations et de coopération, au lieu d’en créer de nouveaux.

Une coordination plus efficace et davantage axée sur les résultats entre le niveau européen et le niveau national est nécessaire pour garantir une mise en œuvre cohérente des mesures de sécurité économique dans la pratique. L’unité politique, fondée sur des priorités communes et claires, devient de plus en plus essentielle face à la nécessité de répondre à des actions étrangères coercitives et divisantes.

Naviguer en eaux troubles

Trouver la meilleure issue à la multiplication des crises exige un leadership fort et déterminé, ainsi que des idées pragmatiques pour avancer. Du point de vue des entreprises, il est urgent de réduire les lourdeurs administratives et la charge réglementaire. Il existe toutefois un risque de glisser vers une Europe à deux vitesses, qui favoriserait le développement des grandes économies au détriment des plus petites, accentuant ainsi les divergences et créant de nouveaux problèmes. Pour éviter ces dérives, un large consensus sur les futures mesures de soutien est nécessaire. Par exemple, le développement global des infrastructures critiques — physiques, numériques et innovantes — est d’une importance vitale pour l’économie, la société et le droit de rester.

Pragmatisme vert

Il ne fait aucun doute qu’une politique verte est également nécessaire. Toutefois, l’UE n’est responsable que d’environ 7 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre et ne peut, à elle seule, enrayer le changement climatique. Un engagement fort est donc nécessaire pour activer la diplomatie climatique, redonner un nouvel élan au travail des organisations internationales et garantir la mise en œuvre des accords internationaux. Seules des actions coordonnées à l’échelle mondiale peuvent garantir que les efforts de l’Europe auront une réelle valeur ajoutée et apporteront davantage de bénéfices que de risques dans la lutte contre les dangers liés au climat.

Par Milena Angelova, membre du Groupe des employeurs du CESE et rapporteure de l’avis REX/614 Renforcer la sécurité économique de l’UE.