European Economic
and Social Committee
Małgorzata Molęda-Zdziech: la société civile avec en ligne de mire les élections européennes de 2024
La société civile c’est, en d’autres termes, un ensemble de groupes capables de s’organiser eux-mêmes, de définir et d’atteindre un certain nombre d’objectifs qu’ils se sont donnés. En démocratie, elle se compose de groupes nombreux et variés qui s’emploient à représenter au mieux la diversité des voix et des opinions de leurs membres. Dans les régimes non démocratiques, les organisations de la société civile sont le plus souvent en situation d’opposition vis-à-vis du pouvoir en place. La société civile trouve ses capacités d’action dans la participation des citoyens, la volonté de coopérer pour le bien commun, indépendamment des institutions de l’État.
Sous le gouvernement du parti «Droit et Justice» (PiS), les organisations de la société civile se sont mobilisées contre les changements qui menaçaient le fonctionnement même de l’État et pour la protection des droits de l’homme. Le rapport intitulé «Pression et mobilisation: la société civile face à la crise de l’état de droit» publié par la Fondation Helsinki pour les droits de l’homme, montre que, durant la période 2016-2022, les organisations de la société civile ont été à l’origine de nombreuses manifestations de masse pour défendre l’état de droit et les valeurs constitutionnelles mises à mal, et elles ont apporté une assistance juridique aux groupes exposés à la discrimination ou à la répression. Le secteur non gouvernemental s’est efforcé sans relâche de rechercher de nouveaux canaux pour participer aux processus décisionnels, en réunissant, par exemple, des coalitions efficaces pour l’élection du commissaire pour les droits de l’homme ou celle du médiateur pour les droits de l’enfant, ou encore en vue de la mise en place de panels de citoyens.
Les résultats des élections législatives du 15 octobre 2023 montrent la vigueur de la société civile en Pologne. Le taux de participation historique de 74,38 % et l’affirmation d’une suprématie électorale par les groupes d’opposition sont la preuve que l’alternance est le résultat de l’efficacité de la mobilisation citoyenne. La liste électorale «Droit et justice» a obtenu 35,38 % des voix. Ce parti est donc le premier depuis 1989 à remporter pour la troisième fois consécutive une élection générale — toutefois, contrairement aux élections de 2015 et 2019, sa liste de candidats n’a pas obtenu la majorité des sièges nécessaire pour former un gouvernement. Les autres forces en présence au sein de l’assemblée nationale (Sejm) sont les suivantes: la Coalition citoyenne (30,7 %), la Troisième Voie PSL-PL (14,4 %), la Nouvelle Gauche (8,61 %) et la Confédération de la liberté et de l’indépendance (7,16 %). Les trois groupes de la coalition: la Coalition civique, la Troisième Voie PSL-PL et la Nouvelle Gauche obtiennent un total de 51,72 % des voix, ce qui leur donne la majorité nécessaire pour former un gouvernement. Le gouvernement avec à sa tête Donald Tusk comme Premier ministre a été formé après un premier échec du PiS.
Aucun sondage ne prévoyait un taux de participation aussi élevé. Pour rappel, celui-ci était de 61,74 % lors des élections générales de 2019, et de 62,7 % lors des élections historiques de 1989. Les enquêtes, notamment celles menées par CBOS ou par la Fondation Batory, montrent que la soif de changement, conséquence d’une longue période de frustration sociale, a motivé les citoyens à se rendre aux urnes. Il convient de noter que les élections ont été précédées par une forte mobilisation sociale, un nombre record d’électeurs ayant sollicité l’obtention de l’attestation leur permettant de voter hors de leur lieu de résidence (le 12 octobre, à 15 heures, quelque 960 000 électeurs avaient changé de bureau de vote et environ 1, 2 million d’entre eux avaient introduit une demande en ce sens). un nombre record d’électeurs ayant sollicité l’obtention de l’attestation leur permettant de voter hors de leur lieu de résidence (le 12 octobre, à 15 heures, quelque 960 000 électeurs avaient changé de bureau de vote et environ 1, 2 million d’entre eux avaient introduit une demande en ce sens). Le nombre de Polonais vivant à l’étranger qui ont pris part au vote a presque doublé (environ 600 000, contre 350 000 lors des élections précédentes, en 2019).
L’annonce et la tenue d’un référendum ont pu constituer un autre facteur ayant contribué à accroître la mobilisation pour participer aux élections législatives. 40,91 % des votants ont répondu au référendum, sachant que celui-ci n’avait pas de caractère contraignant. Les actions nombreuses menées par les organisations de la société civile ont aussi permis de mobiliser l’électorat. Il convient de mentionner les initiatives à destination des femmes et des jeunes (par exemple, les actions «C’est ton choix!» de Voix des femmes, «Notre silence a assez duré» de l’organisation Wschód ou encore «C’est ta décision!» de SexEd) qui ont contribué à augmenter la participation électorale Aux élections législatives de 2019, la participation des femmes était de 61,5 % et celle des hommes de 60,8 %, là où celle des jeunes de 18 à 29 ans ne dépassait pas les 46,4 %. En 2023, dans un contexte d’augmentation générale, la participation des femmes (73,7 %) restait supérieure à celles des hommes (72 %) et des jeunes de 18-29 ans (68,8 %). Pendant la campagne, les organisations de la société civile ont mené pas moins d’une vingtaine d’actions en faveur de la participation,
principalement en ligne, mais aussi à la télévision, à la radio, voire au cinéma. La participation de célébrités, d’influenceurs, d’acteurs et de personnalités publiques a accru la capacité à atteindre différents publics. Selon le sondage CBOS «Motivations et décisions électorales 2023» mené en octobre 2023, la majorité des électeurs (70% au total) ont arrêté leur choix de vote quelques semaines au moins avant l’élection — les autres sont 28 % à s’être décidés la semaine précédant l’élection, dont 4 % la veille et 9 % le jour même. Pour les électeurs de la Coalition citoyenne, l’attitude à l’égard de l’Union européenne a été le facteur le plus important (80%), suivi de près (77 %) par l’aspiration à l’alternance. Une grande partie des électeurs de cette formation (64 %) estiment que celle-ci incarne des valeurs et des principes dont ils se sentent proches. Les électeurs de PiS considèrent que celui-ci représente à la fois leurs intérêts (66% jugent qu’il «se préoccupe des gens comme nous») et les valeurs et principes dont ils se réclament (62%). Dans le même temps, ils évaluent positivement sa pratique du pouvoir (64%), ainsi que son programme économique (59%).
Au mois de juin 2024, les Polonaises et les Polonais seront appelés à élire leurs députés au Parlement européen. Ces élections peuvent être considérées comme s’inscrivant dans la continuité du cycle électoral qui s’est ouvert avec les élections législatives de 2023, sachant que les élections locales en Pologne auront lieu en avril 2024. La thématique européenne sera présente dans la campagne, mais dans une mesure moindre par rapport aux législatives. Par ailleurs, le 20e anniversaire de l’adhésion de la Pologne à l’Union européenne peut avoir un effet de levier sur la participation à l’élection du PE. Rappelons que, lors du suffrage précédent de 2019, le taux de participation en Pologne n’était que de 45,68 %.
Les Polonaises et les Polonais se déclarent extrêmement favorables à l’adhésion de leur pays à l’Union européenne. Selon l’étude CBOS d’avril 2023, 85 % déclarent approuver leur statut d’État membre. Ce pourcentage a légèrement diminué, bien qu’il reste très élevé (85 %). Un Polonais sur dix (10 %) y reste opposé, tandis qu’un sur vingt (5 %) confesse n’avoir aucun avis sur la question.
Il faut aussi rappeler que les élections européennes se dérouleront pour la première fois à l’ombre d’une crise multiforme: guerre en Ukraine, crise climatique, crise économique et virage populiste de droite. Par conséquent, compte tenu de l’intensification attendue des activités de désinformation, il sera important de mettre en place une politique de communication de campagne efficace et cohérente, différenciée en fonction des groupes d’électeurs visés. Les tensions internationales incitent ses partisans à mettre en avant l’Union européenne en tant que communauté garante de notre sécurité.
Małgorzata Molęda-Zdziech
École d’économie de Varsovie — équipe Europe Direct Pologne