Relations UE-Afrique: le CESE propose un partenariat d’égal à égal fondé sur les droits de l’homme et le développement de structures démocratiques

This page is also available in

Les relations entre l’Union européenne et l’Afrique devraient être redéfinies, comme prévu dans une nouvelle stratégie présentée en mars 2020 par Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. En amont du très attendu sommet UE-Afrique, le Comité économique et social européen (CESE) a franchi une étape supplémentaire en proposant un partenariat durable entre l’UE et l’Afrique fondé sur les droits de l’homme universels, les structures démocratiques, les investissements à long terme dans les infrastructures et la pleine participation de la société civile organisée.

L’Union européenne est le premier partenaire de l’Afrique en matière de commerce et d’investissement et, à ce jour, 52 pays africains ont signé divers types d’accords commerciaux avec l’UE. En outre, parmi les pays qui connaissent la croissance la plus rapide au monde, beaucoup se trouvent en Afrique; et d’ici à 2035, le plus important potentiel de main-d’œuvre se trouvera sur le continent africain.

Compte tenu de cette importante évolution, la Commission européenne a présenté, en mars 2020, une stratégie globale avec l’Afrique qui propose des partenariats liés à la transition écologique, à la transformation numérique, à la croissance durable et à l’emploi ainsi qu’à la paix et à la gouvernance.

Dans son avis sur les relations entre l’Union européenne et l’Afrique, le CESE va plus loin en affirmant que l’objectif doit être d’établir une relation plus équilibrée et équitable entre l’UE et les pays africains afin d’atteindre les objectifs de développement durable (ODD). D’après le texte qui a été adopté par le Comité, «le respect des droits universels de l’homme, lesquels sont des valeurs communes essentielles, doit être le fondement de tout engagement politique dans le cadre d’un partenariat de développement d’égal à égal avec l’Afrique».

Luca Jahier, le président sortant du CESE, a fait observer que l’Afrique a été l’une des principales priorités de son mandat et a souligné que le projet en cours de mise en place d’une zone de libre-échange continentale africaine créerait des synergies avec le marché intérieur de l’UE. M. Jahier a évoqué la question de la migration ainsi que la participation nécessaire de la société civile africaine au prochain partenariat UE-ACP et a affirmé pour conclure que l’Afrique a conservé sa position centrale dans le programme du CESE malgré la pandémie de COVID-19.

L’avis adopté par le CESE a été présenté par trois rapporteurs, soit un par groupe:

Dimitris Dimitriadis, du groupe des employeurs, a insisté sur le fait que l’UE doit investir en Afrique et partager son savoir-faire et son expertise, tout en respectant les traditions et les croyances africaines.

Thomas Wagnsonner, rapporteur du groupe des travailleurs, a mis en avant la nécessité de faire participer la société civile et les jeunes africains et a souligné le fait que soutenir les pays africains était dans l’intérêt de l’Union européenne. Il convient par exemple d’aborder la question de la migration liées à l’extrême pauvreté: Nous avons l’occasion de contribuer au développement de l’Afrique, mais également de créer des situations profitables à tous les acteurs concernés.

Dilyana Slavova, du groupe «Diversité Europe», a rappelé l’importance de concentrer les efforts sur le rôle des femmes et des jeunes et a fait remarquer que l’avis adopté témoignait d’une continuité des travaux du CESE sur les relations avec les partenaires africains au cours des cinq dernières années: L’Afrique est et restera notre priorité. Nous y avons noué des relations très étroites et nous continuerons à travailler dans la même direction.

L’un des points clés de l’avis du CESE est la nécessité de promouvoir une vie décente et de bonnes perspectives d’avenir en Afrique, de créer une classe moyenne et de renforcer ses structures démocratiques sociales et libérales. Cela implique, par exemple, le respect des droits fondamentaux au travail conformément aux normes de l’Organisation internationale du travail, la liberté d’entreprendre etle droit à un environnement sain.

Cette nouvelle relation proposée entre l’UE et l’Afrique ne peut s’appuyer sur l’approche dépassée de la politique industrielle et de la croissance, qui est néfaste pour la planète et qui a des conséquences sociales très négatives. D’après le CESE, il faut veiller à une répartition équitable des richesses et à la création de modèles d’État providence. Il ressort de l’avis adopté qu’«en Afrique, en particulier, il y a lieu non seulement de sortir la population de l’extrême pauvreté, mais aussi de lui permettre de participer activement à la société, en touchant à des problématiques telles que le logement, la nourriture, la santé, et l’éducation».

En outre, l’UE devrait proposer sa propre alternative aux initiatives d’investissement telles que le Forum sur la coopération sino-africaine (FOCAC) et l’initiative «Une ceinture, une route», le programme «Africa Partnership Station» des États-Unis et le sommet Russie-Afrique de 2019, avec une politique commerciale contraignante, assortie de sanctions, ainsi qu’un partenariat d’investissement qui associe fortement la société civile organisée aux systèmes de suivi, de contrôle et d’évaluation.

Sur le plan pratique, le CESE souligne que le partenariat de développement de l’Union européenne doit soutenir davantage la création de systèmes d’enseignement public locaux à tous les niveaux, avec un élargissement du programme Erasmus +. L’objectif final serait d’éviter une «fuite des cerveaux» de l’Afrique vers l’Union européenne et de renverser la tendance migratoire.

Un partenariat renforcé avec l’Afrique offrira de nombreux avantages et nombreuses possibilités à l’Union, mais il nécessitera également des efforts, étant donné que les taux de pauvreté restent élevés. Selon le même avis, 600 milliards d’EUR sont nécessaires pour atteindre les objectifs de développement durable en Afrique, de sorte que le CESE reconnaît le «besoin massif» d’investissements privés.

Les investissements dans les infrastructures sont également essentiels pour promouvoir les chaînes de valeur régionales et des économies locales durables. Cela contribuerait à la réalisation des ODD et renforcerait également le rôle géostratégique de l’Union européenne en Afrique à un moment où d’autres acteurs mondiaux, tels que la Chine et la Russie, investissent de plus en plus et gagnent en influence politique sur le continent.

En matière de commerce, le CESE se félicite du projet de zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) dans la mesure où il «renforce les échanges commerciaux sur le continent, atténue les dépendances et s’éloigne d’une approche exclusivement axée sur les exportations vers les pays non africains». Plus important encore, la ZLECAf favoriserait une zone de libre-échange entre l’UE et l’Union africaine dans le cadre d’un accord unique.

Enfin, le CESE évoque également les défis de la crise de la COVID-19, qui, selon l’avis, touchera durement l’Afrique, étant donné qu’un grand nombre de ses systèmes de santé sont actuellement débordés. «Nous devrons fournir un soutien encore plus important aux États africains afin qu’ils puissent mettre en œuvre des systèmes de soins de santé efficaces, prêts à relever des défis tels que la COVID-19», affirme le CESE.

See also