L’UE doit revoir complètement sa stratégie économique pour relever les nouveaux défis

Dans un avis adopté lors de sa session plénière de février, le Comité économique et social européen (CESE) met en garde la Commission européenne contre le déficit chronique d’investissements de l’Union et met en évidence cinq priorités politiques pour un Semestre européen ambitieux axé sur les investissements, le marché unique et la croissance durable.

Le Semestre européen 2026 est à la croisée des chemins: si l’Union européenne veut être en mesure de répondre aux nouveaux défis internationaux, elle doit redéfinir complètement sa stratégie économique et en finir avec son déficit chronique d’investissements, qui sape la productivité, l’innovation et sa souveraineté stratégique.

Dans son avis intitulé «Semestre européen 2026 — Paquet d’automne», élaboré par Luca Jahier et adopté lors de la session plénière de février, le CESE prend une position ferme et se dit prêt à soutenir pleinement un Semestre européen qui soit riche d’ambitions communes.

«L’Europe ne peut être compétitive, innover ou protéger ses citoyens sans investir davantage», a déclaré M. Jahier, rapporteur de l’avis du CESE. «Les enjeux environnementaux, technologiques et démographiques sont tous corrélés et requièrent une réponse globale et solide», a-t-il poursuivi. Et d’ajouter: «En outre, nous devons présenter des idées innovantes pour avancer vers un marché des capitaux intégré et renforcer la gouvernance économique et sociale de l’UE au moyen d’indicateurs qui incluent le bien-être et vont au-delà du PIB.»

Un Semestre européen ambitieux

De l’avis du CESE, l’UE doit apporter une réponse unie aux multiples défis auxquels elle est actuellement confrontée: par exemple, l’instabilité géopolitique, la crise climatique, la fracture technologique et numérique et le défi démographique.

Plus précisément, l’Union doit être ambitieuse et se concentrer sur la compétitivité, la résilience et la cohésion sociale et territoriale, qui se renforcent mutuellement et œuvrent en faveur d’une durabilité souveraine européenne.

À cette fin, en vue d’améliorer le paquet d’automne du Semestre européen 2026, le Comité présente un ensemble de 18 recommandations robustes qui peuvent être résumées en cinq grandes priorités politiques.

Des investissements à grande échelle

Premièrement, le CESE réaffirme avec force la nécessité d’une capacité budgétaire commune, soutenue par une émission ciblée de dette européenne, et d’instruments permanents de stabilisation macroéconomique, sur le modèle fructueux de l’instrument européen de soutien temporaire à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence (SURE). Sans effectuer un saut qualitatif en matière d’investissements dans les infrastructures, les technologies, le bien-être (y compris les politiques du logement) et le capital humain, l’Europe ne sera pas en mesure de faire face à la concurrence.

Des marchés financiers intégrés

Deuxièmement, la fragmentation financière est un obstacle politique et économique. Le Comité propose une solution radicale: il invite la Commission à évaluer dans quelle mesure un cadre réglementaire tel que le National Securities Markets Improvement Act (NSMIA), mis en place aux États-Unis en 1996, pourrait servir de modèle pour simplifier l’accès transfrontière au marché, réduire la fragmentation réglementaire et, in fine, créer un véritable marché unique européen des capitaux, pour dépasser les 27 systèmes cloisonnés actuels. Ce n’est que de cette manière que l’épargne européenne pourra financer les investissements européens.

Renforcer la gouvernance économique et sociale

Troisièmement, la réponse de l’UE doit combiner compétitivité et équité sociale, conformément à l’article 3 du traité. Le CESE demande une révision de la procédure concernant les déséquilibres macroéconomiques (PDM) et de l’analyse de la soutenabilité de la dette (DSA), un tableau de bord social amélioré et l’introduction d’indicateurs de bien-être, comme le propose le Centre commun de recherche. L’architecture de gouvernance doit traiter la convergence sociale et les investissements sur un pied d’égalité avec la surveillance budgétaire. La simplification réglementaire ne doit pas oublier les avantages du modèle social européen, et elle ne saurait risquer d’avoir une incidence négative sur les investissements «verts», qui sont essentiels à la compétitivité collective et à la résilience.

Le capital humain en tant qu’infrastructure stratégique

Quatrièmement, le Comité accueille très favorablement la nouvelle recommandation sur le capital humain figurant dans le paquet d’automne de la Commission européenne, car les investissements dans l’éducation, la formation, les compétences et la reconnaissance mutuelle des qualifications ne sont pas facultatifs, mais constituent une nécessité stratégique. Toutefois, il est temps de passer des paroles aux actes, en fournissant, dans les recommandations par pays du printemps prochain, des orientations claires quant aux investissements à réaliser par les États membres.

La coopération européenne en matière de défense

Cinquièmement, il est essentiel de renforcer la capacité de défense autonome, mais l’absence de coordination des dépenses nationales risque de générer des inefficacités, une nouvelle dépendance à l’égard de fournisseurs de pays tiers et, en fin de compte, une dette encore moins soutenable. Le CESE invite la Commission à renforcer les conditions de passation collaborative de marchés, à donner la priorité aux projets de défense européens d’intérêt commun et à ancrer les investissements dans le domaine de la défense dans une stratégie de gouvernance cohérente de l’Union, qui aille au-delà de la clause dérogatoire temporaire accordée à quelques pays.

Il est essentiel d’associer la société civile organisée

Pour concrétiser ces cinq priorités politiques, la contribution de la société civile organisée est essentielle. Sur ce point, le Comité souligne que le Semestre européen devrait être démocratiquement responsable, transparent et ancré dans une participation large et active de la société. Les partenaires sociaux et les organisations de la société civile ne doivent pas être des observateurs passifs, mais des architectes actifs des réformes stratégiques dont l’Europe a besoin. Cela signifie qu’ils doivent effectivement avoir un siège à la table des décisions.