European Economic
and Social Committee
La dimension insulaire: Quand la géographie peut stimuler la compétitivité
La dimension insulaire est une caractéristique géographique qui a des effets durables sur le fonctionnement du marché unique, la cohésion sociale et la capacité des entreprises locales à être compétitives sur un pied d'égalité. La discontinuité territoriale, l’éloignement des plateformes de services et d’approvisionnement et les coûts plus élevés des transports et de l’énergie façonnent un environnement dans lequel les mêmes règles produisent des résultats différents. La pression est particulièrement forte sur les petites îles.
Bien qu’elle soit reconnue dans les traités de l’UE, l’intégration de la dimension insulaire dans les politiques de l’UE reste insuffisante: la mise en œuvre est souvent fragmentée et les synergies entre les instruments de financement, les règles et les politiques sectorielles ne sont pas systématiquement exploitées.
Pour les entreprises, l’empreinte de la dimension insulaire est évidente: l’augmentation des coûts d’approvisionnement et de distribution, la petite taille des marchés locaux, l’accès limité aux compétences spécialisées, la saisonnalité prononcée et les pressions sur les infrastructures et le logement créent des désavantages qui ne peuvent être résolus par des solutions standardisées. L'absence de politiques ciblées se traduit par une activité d'investissement plus faible, une productivité plus faible et une résilience réduite des économies locales, avec des conséquences pour l'emploi et le maintien de la population.
Du point de vue du groupe des employeurs du CESE, la priorité essentielle est de créer un cadre européen cohérent qui réduise les coûts supplémentaires et renforce la prévisibilité des investissements. Notre avis propose l’élaboration d’un «pacte pour les îles» européen et d’un «règlement sur les îles», parallèlement à une clause de protection des îles, afin que les incidences sur les îles soient prises en compte horizontalement dans l’ensemble des politiques fondamentales: la cohésion, les transports, l'énergie, l'environnement, les affaires maritimes et les aides d'État.
Pour les entreprises, cette approche implique un meilleur ciblage des ressources, des règles plus simples et plus adaptées, et des instruments qui soutiennent une véritable convergence entre les territoires insulaires et continentaux.
C'est pourquoi nous recommandons de donner la priorité à cinq piliers:
- Connectivité tout au long de l’année, avec des liaisons maritimes et aériennes fiables, des infrastructures portuaires modernes, des obligations de service public claires et un accès numérique fort.
- Sécurité énergétique et accessibilité financière: des réseaux résilients, le stockage et le déploiement de sources d’énergie renouvelables, de sorte que la transition écologique n’impose pas une charge disproportionnée aux îles et aux entreprises locales.
- Solutions intégrées pour l’eau et les déchets, réduisant les risques, les coûts et les pressions environnementales tout en soutenant l’économie circulaire.
- La diversification économique, en tant qu’économie bleue durable, l’innovation, les chaînes de valeur locales et les systèmes coopératifs entre les îles peuvent générer des emplois stables et des revenus tout au long de l’année, à condition qu’ils soient liés à une spécialisation intelligente et à l’accès à un financement adapté à l’échelle de l’île.
- Capital humain et cohésion sociale: les politiques en matière de compétences, de mobilité et de logement, combinées à l’égalité d’accès aux services, afin de soutenir le fonctionnement de l’économie et le maintien de la population sur les îles.
En outre, il est important d’adapter les règles en matière d’aides d’État et les outils de financement aux coûts supplémentaires engendrés par la dimension insulaire. Grâce à cette flexibilité, il est plus facile d'investir dans les mises à niveau, l'énergie, les infrastructures et les nouveaux services, en particulier pour les petites et moyennes entreprises. Parallèlement, il est essentiel de simplifier les procédures et de renforcer les capacités administratives au niveau local pour veiller à ce que les ressources soient utilisées pour la croissance à long terme. Des examens réguliers des progrès, étayés par des indicateurs communs qui rendent compte des principales charges liées à la dimension insulaire, peuvent aider à mettre à jour rapidement les politiques en cas de besoin.
En conclusion, la mise en place d’un cadre européen unifié qui intègre pleinement les besoins uniques des régions insulaires dans la politique de l’UE est essentielle pour garantir que ces régions puissent prospérer sur un pied d’égalité au sein du marché unique et pour que la politique de cohésion produise des résultats significatifs. De cette manière, la compétitivité, la résilience et la convergence peuvent être renforcées en même temps, avec des avantages réels pour les entreprises, les travailleurs et les communautés locales.
Kostantinos Moussouroulis, membre du groupe des employeurs du CESE et membre du groupe d’étude de l’avis ECO/689 «La dimension insulaire des politiques européennes de cohésion, de compétitivité et de développement durable».