Crise du coût de la vie: des services publics de qualité peuvent concourir à lutter contre les hausses des prix dans les secteurs des transports, de l’énergie et du logement

Lors de sa session plénière d’avril, le Comité économique et social européen (CESE) a adopté un avis sur le coût élevé de la vie dans le cadre du paquet d’avis qu’il élabore sur la crise du coût de la vie. Ledit paquet se compose de sept avis sectoriels qui seront adoptés lors des sessions plénières d’avril et de juin, ainsi que d’un avis-cadre qui sera adopté en juillet.

Pour lutter contre la crise du coût de la vie qui sévit actuellement partout en Europe avec une acuité alarmante et dont les conséquences frappent durement les ménages et les entreprises, il est capital d’investir dans les infrastructures, la compétitivité et les services publics essentiels.

En sa qualité de porte-parole de la société civile organisée, le CESE s’emploie à concevoir et à proposer des solutions concrètes en vue de politiques structurelles. À cet égard, le CESE a sonné l’alarme lors de sa session plénière d’avril en adoptant son avis, élaboré par son rapporteur Thomas Kattnig, sur le thème: «Hausses des prix dans les secteurs des transports, de l’énergie et du logement: le rôle de services publics de qualité dans la lutte contre le coût élevé de la vie». Dans cet avis, le CESE fait valoir la nécessité pour l’Union européenne de renforcer le rôle des services d’intérêt général (SIG) afin de viser à des investissements dans les infrastructures, à des emplois de qualité et à une production d’énergie propre et abordable en Europe, et de veiller ce faisant à ce que personne ne soit laissé pour compte, en particulier en ce qui concerne la mobilité et la précarité énergétique.

«Depuis 2021, la hausse des prix de l’énergie et l’inflation élevée qui en découle ont nourri une flambée des coûts dans de nombreux secteurs de l’économie. En conséquence, le coût de la vie pour les ménages et les entreprises a augmenté de façon spectaculaire, et entraîné ce faisant des conséquences tout aussi importantes aussi bien pour la compétitivité que pour les coûts sociaux et la cohésion sociale», a déclaré M. Kattnig. «Les services d’intérêt général peuvent permettre de garantir à tous les individus et parties prenantes l’accès aux services essentiels, tels que l’énergie, l’eau, la mobilité, l’éducation et le logement, qui constituent la base d’une vie décente aujourd’hui et à l’avenir. Ces services constituent le cœur de notre Europe sociale. Ils peuvent en outre atténuer les retombées de l’inflation et des crises puisqu’ils ne s’inscrivent pas dans une logique de profits», a-t-il conclu.

Les services publics au centre de l’attention

Le CESE est d’avis qu’il faut laisser aux États membres la flexibilité, l’autonomie et la liberté de choix pour organiser les services publics selon leurs propres préférences, besoins et traditions, tout en garantissant des normes élevées touchant notamment à la qualité, à la sécurité, à l’accessibilité financière et à l’accès universel. Confrontée aux bouleversements de la situation géopolitique, l’Union européenne doit avoir le courage de repenser les règles budgétaires dont elle s’était dotée; rien ne devrait pouvoir s’opposer à investir simultanément dans la sécurité, la lutte contre le changement climatique et les infrastructures sociales.

Les subventions aux combustibles fossiles continuent de réduire la marge de manœuvre budgétaire dont disposent les États membres pour financer d’autres priorités, telles que des SIG de haute qualité et des mesures pérennes et durables susceptibles d’atténuer la crise du coût de la vie et d’accroître la compétitivité des entreprises. Aussi réduire ces subventions, en se fondant sur une analyse coûts-avantages, peut-il permettre de fournir un soutien à court terme aux ménages vulnérables et des solutions plus durables de décarbonation des systèmes d’électricité et de chauffage, de rénovation et d’accès à des SIG abordables.

Il s’impose également de réviser de manière approfondie les règles spéciales en matière d’aides d’État et de marchés publics qui touchent auxdits services d’intérêt général et aux services d’intérêt économique général (SIEG), car elles limitent la manière dont il est possible d’organiser et de financer les uns comme les autres. Il convient d’établir clairement les SIG qui sont exclus du champ d’application de la législation en matière d’aides d’État. Par exemple, pour certains types de SIEG, tels que le logement, les soins de santé et les services sociaux, le CESE préconise d’augmenter les aides d’État et d’allonger les délais de compensation des prestations de services.

Les propositions du CESE pour les secteurs des transports, de l’énergie et du logement

La précarité en matière de transport et la précarité énergétique constituent une préoccupation majeure, car elles sont corrélées et touchent un nombre sans cesse croissant de personnes. Pour les combattre efficacement, le Fonds social pour le climat et les plans sociaux pour le climat s’avèrent des outils extrêmement précieux. Les transports publics jouent un rôle déterminant dans la préservation d’une mobilité de qualité, universelle et abordable, et ils requièrent de ce fait de consentir des investissements sociaux et écologiques dans leur multimodalité et leur interconnexion. Toutefois, pour lutter contre cette précarité en matière de transport, il y a lieu de poser un diagnostic clair, de fixer des objectifs contraignants et de mener des échanges de bonnes pratiques.

Pour ce qui est de l’énergie, le CESE est favorable à une accélération de l’expansion des réseaux et des énergies renouvelables au moyen de procédures d’octroi de permis plus rapides et simplifiées. Il soutient également les mesures afin d’encourager les grands consommateurs à produire leur propre énergie renouvelable et de développer les réseaux transeuropéens en tant qu’infrastructures critiques. La réforme du marché de l’électricité introduite l’année dernière ne peut être qu’une première étape vers la séparation des prix de l’électricité et du gaz.

En dernier lieu, pour ce qui est du logement, au cours des deux dernières décennies, les loyers et les prix des logements ont augmenté bien plus fortement que le revenu moyen disponible dans l’Union, ce qui constitue une défaillance du marché. Dans ce contexte, le CESE est d’avis que les investissements publics dans les logements accessibles et abordables devraient figurer parmi les priorités du nouveau cadre financier pluriannuel (CFP). La simplification des règles ainsi que la recherche et l’innovation peuvent accélérer la construction et la rénovation et réduire leurs coûts. Il convient aussi d’accorder une attention particulière aux logements sociaux et aux logements abordables pour les jeunes, qui sont fortement touchés par les coûts élevés du logement.

Une crise très inquiétante du coût de la vie

Selon des données Eurostat d’octobre 2024, les loyers ont augmenté de 3 % au cours de l’année écoulée, tandis que les prix des logements ont augmenté de 2,9 % et ont plus que doublé dans neuf États membres de l’Union depuis 2010. Les loyers ont augmenté dans tous les États membres sauf un, les hausses les plus élevées ayant été constatées en Estonie (+ 203 %), en Lituanie (+ 178 %), en Irlande (+ 106 %) et en Hongrie (+ 104 %). En conséquence, de nombreuses personnes réduisent leurs dépenses, en particulier dans les transports publics.

Notre économie demeure fortement dépendante des combustibles fossiles, ce qui n’est pas sans lien avec nombre des crises actuelles. Afin de réduire les coûts du logement et de faire face à la crise du coût de la vie, de bonnes politiques du logement sont essentielles. Toutefois, pour maintenir le niveau de vie, d’autres approches sont nécessaires de sorte à garantir l’accès à des services publics de qualité tels que les soins de santé, les services d’accueil de la petite enfance, l’éducation, l’approvisionnement en eau, les transports et l’énergie.

Consacrer 40 % de ses revenus au logement constitue un véritable problème notamment pour les personnes qui ont des besoins importants en matière de soins de santé et de transport, sauf si les prix de ces services sont abordables. Des transports publics abordables et un approvisionnement énergétique sûr sont des éléments fondamentaux pour réaliser une transformation équitable de notre système de transport et de notre économie. Bien que l’inflation tende à présent à converger en moyenne vers la cible de 2 %, ses effets ont lourdement pesé sur les ménages et demeurent considérables. Elle varie toutefois d’un État membre à l’autre et le coût de la vie reste élevé.