European Economic
and Social Committee
Éditorial
Chères lectrices, chers lecteurs,
J’ai le grand honneur de m’adresser à vous en tant que président nouvellement élu du Comité économique et social européen (CESE). Je tiens à remercier chaleureusement chacune et chacun d’entre vous et à vous exprimer ma sincère gratitude pour les contributions fondamentales que les organisations de la société civile apportent chaque jour à nos communautés.
Comme le souligne mon programme de travail, ces contributions sont plus nécessaires que jamais à l’époque à la fois extraordinaire et ardue où nous vivons.
L’éventualité d’une guerre assombrit une nouvelle fois les perspectives de l’Europe. L’instabilité s’accroît dans le monde entier. L’échéance de 2030 que se sont fixée les Nations Unies pour leurs objectifs de développement durable approche rapidement, alors que la plupart d’entre eux sont loin d’être réalisés. La crise climatique, la perte de diversité biologique et la rareté de l’eau requièrent d’agir d’urgence.
Plus près de nous, plus de 20 % de la population de l’Union demeurent exposés au risque de pauvreté et d’exclusion sociale. Aussi bien les évolutions de la démographie, la difficulté à réaliser des transitions écologique et numérique équitables que le besoin urgent d’une main-d’œuvre qualifiée et protégée requièrent notre attention. Alors que l’Union européenne se fie de plus en plus à ses propres ressources, le besoin pour elle de disposer d’une économie forte apparaît primordial. Cette économie se doit d’être compétitive sur les marchés mondiaux et de créer des emplois, de l’innovation et de la prospérité.
Dans ce contexte, il apparaît légitime que l’Union européenne passe d’un projet de paix à un projet où sa défense est plus présente. L’Union aura besoin d’une approche globale pour préparer les citoyens à cette transformation. À mesure que cette dernière se déroulera, il est essentiel que le CESE serve de bastion pour la démocratie et l’engagement civique.
C’est pourquoi, au cours de ma présidence, j’accorderai la priorité à un programme de travail centré sur les personnes, qui place la société civile au cœur de l’Europe. Ma vision est celle d’une Union qui soit à la fois riche en perspectives, celle de la sécurité et celle de la résilience, autant d’axes autour desquels s’articule mon programme de travail.
Parvenir à une «Union riche en perspectives», c’est créer une Europe où chacun dispose d’une chance équitable de prospérer. Il s’agit de trouver le bon équilibre entre la croissance économique, l’inclusion sociale et l’égalité d’accès aux chances.
Pour réaliser une «Union de la sécurité», il s’agit de mettre en avant le rôle crucial du CESE pour défendre la démocratie, l’espace civique et la liberté des médias, et lutter dans le même temps contre des menaces telles que la désinformation et la perte de confiance du public.
L’«Union de la résilience» met l’accent sur la capacité de l’Union à relever les défis climatiques, industriels et démographiques grâce à des stratégies intégrées à long terme qui concilient durabilité, compétitivité et équité.
Dans le cadre de ce grand dessein, la lutte contre la pauvreté occupe une place centrale. Si la croissance économique et la création d’emplois jouent à cet égard un rôle essentiel, elles ne suffisent pas. La pauvreté perdure, qu’elle frappe les travailleurs, les enfants ou les personnes âgées.
Les efforts déployés ces dernières années par l’Union européenne pour lutter contre la pauvreté, s’ils constituent une avancée bienvenue dans la bonne direction, ne sont parvenus au mieux qu’à empêcher ce phénomène d’augmenter de manière catastrophique, puisque le nombre de personnes vivant dans la pauvreté ne cesse de persister à des niveaux très élevés. Plus de 93,3 millions de personnes, soit une sur cinq dans l’Union européenne, demeurent exposées au risque de pauvreté et d’exclusion sociale. Non seulement cette pauvreté conduit à une aliénation généralisée, mais elle contribue au sentiment de désillusion à l’égard de l’Union et de ses valeurs démocratiques et elle sape la confiance placée en celles-ci.
Je suis convaincu qu’il est en notre pouvoir de mettre fin à la pauvreté — et je m’emploierai à trouver des solutions inclusives et collaboratives pour venir en aide à ceux qui en ont le plus besoin. Lorsqu’elles sont touchées par l’exclusion, les personnes ne peuvent, par définition, participer pleinement à la société. C’est tout autant le cas lorsque leur sécurité est menacée ou que l’espace dévolu à la société civile s’amenuise comme une peau de chagrin.
C’est pourquoi vos travaux — nos travaux — importent tant pour réaliser une Union riche en perspectives de la sécurité et de la résilience. Tous ensemble, plaçons la société civile au cœur de l’Europe.
Séamus Boland
Président du Comité économique et social européen