Comment renforcer l’UE en tant qu’acteur économique mondial

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Conclusions

Les questions suivantes ont été débattues lors de l’atelier:

  • l’Union économique et monétaire et le rôle du marché unique;
  • la politique industrielle de l’UE;
  • le rôle de l’UE dans le commerce international et au sein de l’Organisation mondiale du commerce;
  • le filtrage des investissements directs étrangers;
  • les instruments de défense commerciale;
  • le tribunal multilatéral des investissements;
  • les chaines d’approvisionnement mondiales, le travail décent et la responsabilité sociale des entreprises;
  • les objectifs de développement durable;
  • la gouvernance économique mondiale;
  • les instruments de coopération au développement;
  • l’absence à l’échelon de l’UE d’une promotion des exportations.

1. Les instruments internes pour renforcer l’économie de l’UE

  • Approfondir et élargir l’Union économique et monétaire (UEM) devrait continuer à figurer parmi les toutes premières priorités au cours du prochain mandat législatif de l’UE. Le renforcement du marché unique et de la monnaie unique sont des réalisations essentielles de l’Europe, ainsi qu’une condition nécessaire de sa prospérité économique. Une impulsion politique supplémentaire s’impose afin d’élargir la zone euro et d’en parfaire la boite à outils économiques, parmi lesquels l’on trouve notamment une capacité budgétaire commune, l’union bancaire et l’union des marchés des capitaux.
  • Il faut que l’UE soit plus intégrée qu’elle ne l’est actuellement afin de pouvoir devenir un véritable acteur mondial. Les dirigeants politiques européens et nationaux devraient se saisir de ce processus, en coopération avec la société civile. À cette fin, il est indispensable de développer bien plus avant le dialogue social et citoyen. Il nous faut une Europe de cohésion, d’égalité, d’équilibre, de non-discrimination et de solidarité. Une Europe à deux ou plusieurs vitesses ne pourra jamais devenir un acteur mondial d’importance. Il convient par conséquent d’assurer la convergence des États membres au moyen d’un soutien ciblé à l’intention des pays et des régions moins développés et plus faibles sur le plan économique.
  • La politique industrielle, grâce à la coordination à l’échelon de l’UE de ses différents secteurs, serait un facteur essentiel à cet égard. Il existe trois ingrédients essentiels de la réussite économique: des personnes qualifiées, des moyens financiers et des infrastructures, et il s’impose de faire en sorte que tous soient en place tous ensemble. Nous devons promouvoir les secteurs industriels d’excellence en Europe en investissant dans les compétences nécessaires, dans l’éducation universitaire, dans la recherche et le développement, ainsi qu’en assurant le transfert des connaissances de l’université vers le marché. À cette fin, un environnement plus propice à la mise sur le marché de la recherche et un soutien aux start-up pourraient jouer un rôle clé. Le capital-risque, les prises de participations et la titrisation figurent parmi les instruments qu’il serait possible d’utiliser pour rendre le biosystème économique plus propice aux nouvelles entreprises.

2. Les instruments extérieurs pour renforcer le rôle de l’UE en tant qu’acteur économique mondial

  • Après 60 années d’Union européenne, l’on s’interroge souvent sur la manière de promouvoir notre organisation. Certains facteurs mettent cette vision en péril:
  • l’architecture institutionnelle de l’UE ne lui permet pas de parler d’une seule voix, c’est-à-dire qu’il lui manque une personnalité institutionnelle douée du pouvoir de parler au nom de l’Union sans s’exposer au risque d’être démentie par un dirigeant national;
  • il est nécessaire de repenser la répartition des compétences. Lorsque l’UE dispose d’une compétence exclusive, elle ne devrait parler que d’une seule voix; ceci aura également pour conséquence par exemple que l’UE disposera d’un siège unique dans les forums internationaux. À l’Organisation mondiale du commerce (OMC), l’Union devrait parler et agir d’une seule voix, alors qu’à l’heure actuelle, ses États membres préservent habituellement leur pouvoir et/ou leurs intérêts.
  • Les accords de libre-échange (ALE) sont un instrument central de la politique extérieure de l’UE, mais qu’apportent-ils à ses citoyens? Parfois, les décisions prises sont favorables à une petite minorité, aux dépens de la grande majorité et contre la volonté de celle-ci. Il s’impose repenser la manière dont l’UE négocie.
  • Le choix d’une approche fédéraliste ou d’une approche intergouvernementale demeure un facteur déterminant du rôle que l’UE veut jouer dans le monde. L’Europe en tant qu’acteur économique mondial dispose de nombreux instruments et de nombreuses possibilités afin de renforcer son rôle sur la scène internationale, mais elle n’a pas toujours eu la volonté d’y recourir, s’agissant notamment de défendre les droits humains, les droits des travailleurs, les entreprises européennes.
  • Les instruments de défense commerciale: les débats sur le tribunal multilatéral des investissements doivent encore traiter des instruments destinés à protéger les investissements directs étrangers (IDE). En outre, lors de la négociation des ALE, est-il nécessaire de prévoir un mécanisme spécial de défense des entreprises multinationales? Il est improbable que ce soient les PME qui tirent parti de tels mécanismes.
  • Il est nécessaire de réfléchir à la manière d’être à la pointe dans le monde s’agissant de défendre les valeurs de l’UE grâce aux chaînes d’approvisionnement mondiales et à la responsabilité sociale des entreprises (RSE), à savoir des instruments contraignants en matière de devoir de diligence et des instruments contraignants sur les entreprises et les droits humains. Les objectifs de développement durable sont un instrument auquel l’UE porte lentement un intérêt croissant.
  • L’OMC affronte actuellement d’importants défis. Le mécanisme de règlement des différends doit être amélioré, mais il est aussi besoin d’une réforme d’ensemble de l’architecture institutionnelle de l’OMC, qui demeure immuable alors que le monde a changé.
  • Les mécanismes de coopération au développement constituent un instrument extérieur supplémentaire, qui joue un rôle essentiel pour promouvoir le travail décent et la démocratie dans les pays en développement.
  • Il s’impose de prendre conscience des changements que connaît la société humaine, ainsi que du rôle que joue la transformation numérique pour réaliser les ODD et les mutations sociales et économiques.

Conclusions générales

Les participants à l’atelier se sont accordés sur le fait que la gouvernance de l’UE n’a pas encore fait pleinement jouer son potentiel et ils ont relevé les défis que l’Europe affronte à l’heure actuelle. Il convient de renforcer l’UEM, le marché unique, la politique de la concurrence et la politique industrielle en vue de permettre à l’UE de jouer un véritable rôle mondial. De grands défis extérieurs se présentent, s’agissant notamment d’encourager le commerce mondial et de préserver le rôle de l’Union en tant que premier bloc commercial dans le monde, aussi bien au niveau multilatéral que bilatéral, de maintenir la position de l’UE en tant que première source et première destination des IDE et de gérer les déséquilibres de l’économie mondiale en partenariat avec d’autres pays et organisations internationales. Les États membres devraient mettre en place les conditions nécessaires pour donner aux institutions de l’UE et à la société civile organisée le pouvoir et les moyens nécessaires pour réaliser ensemble ces objectifs ambitieux.