Rapport de prospective stratégique 2025 - Timeline

  • Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil — Rapport de prospective stratégique 2025 — Résilience 2.0: donner à l’UE les moyens de prospérer malgré les turbulences et les incertitudes [COM(2025) 484 final]

    EESC 2025/03385

    JO C, C/2026/3224, 2.7.2026, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/3224/oj (BG, ES, CS, DA, DE, ET, EL, EN, FR, GA, HR, IT, LV, LT, HU, MT, NL, PL, PT, RO, SK, SL, FI, SV)

    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/3224/oj

    European flag

    Journal officiel
    de l'Union européenne

    FR

    Série C


    C/2026/3224

    2.7.2026

    Avis du Comité économique et social européen

    Communication de la Commission au Parlement européen et au Conseil

    Rapport de prospective stratégique 2025

    Résilience 2.0: donner à l’UE les moyens de prospérer malgré les turbulences et les incertitudes

    [COM(2025) 484 final]

    (C/2026/3224)

    Rapporteur:

    Philip VON BROCKDORFF

    Conseiller

    Silvan MIFSUD (pour le rapporteur)

    Consultation

    Commission européenne, 14.1.2026

    Base juridique

    Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

    Compétence

    Section «Marché unique, production et consommation»

    Adoption en section

    11.2.2026

    Adoption en session plénière

    18.3.2026

    Session plénière no

    604

    Résultat du vote

    (pour/contre/abstentions)

    184/0/3

    1.   Conclusions et recommandations

    1.1.

    Si le Comité économique et social européen (CESE) salue le rapport de prospective stratégique 2025 sur la résilience 2.0, il estime toutefois qu’il reste trop proche des trajectoires politiques existantes. Les futurs rapports de prospective gagneraient en pertinence s’ils abordaient également les perturbations radicales, le retard qu’accuse l’Union européenne en matière d’innovation, ainsi que ses difficultés institutionnelles intérieures. Il serait par ailleurs judicieux, surtout dans le cadre d’un exercice de prospective stratégique, de mettre en balance les coûts du non-élargissement dans un monde où la sécurité devient une priorité incontournable dans toutes les politiques.

    1.2.

    Le CESE est idéalement placé pour détecter les signaux faibles et les tendances sous-jacentes dans le cadre d’une prospective stratégique. C’est pourquoi il suggère la mise en place d’un mécanisme permanent et structuré permettant d’alimenter en continu le cycle politique de la Commission avec le point de vue prospectif du CESE, au lieu de limiter sa contribution à l’élaboration du rapport annuel de prospective stratégique.

    1.3.

    À cet égard, le CESE estime que l’utilisation systématique de scénarios multiples et divergents destinés à éprouver la résistance des stratégies existantes ou proposées renforcerait le processus de prospective stratégique.

    1.4.

    Dans la mesure du possible, le CESE plaide aussi en faveur d’indicateurs communs et vérifiables à l’échelle de l’Union afin de mesurer la résilience institutionnelle et socio-économique. Dans cette optique, le CESE est d’avis que la prospective stratégique devrait également favoriser le bien-être durable et inclusif dans le cadre du modèle social européen. Le socle européen des droits sociaux fait partie intégrante de ce modèle social.

    1.5.

    La prospective stratégique devrait par ailleurs tenir compte de la fragmentation actuelle des marchés européens des capitaux, qui entrave fortement la circulation efficace des capitaux vers des entreprises de toutes tailles, limitant ainsi l’innovation pour les PME et les microentreprises. Le CESE soutient donc fermement l’achèvement rapide et effectif de l’union de l’épargne et des investissements en tant que pilier central de la stratégie de résilience de l’Union européenne.

    1.6.

    Le CESE recommande que le processus de prospective stratégique accorde une plus grande reconnaissance à l’entrepreneuriat, que l’on sait essentiel face à l’évolution des modèles d’emploi traditionnels. De même, le rôle des PME et des microentreprises devrait être reconnu.

    1.7.

    S’il ne revient pas nécessairement à un exercice de prospective stratégique de pointer le recul de l’Union européenne par rapport à ses concurrents mondiaux dans certains domaines de l’innovation technologique, le CESE estime néanmoins qu’il devrait présenter des trajectoires spécifiques pour combler ces retards.

    1.8.

    De même, le rapport de prospective stratégique omet d’analyser comme il se doit la question de savoir si certaines approches réglementaires ne nuisent pas involontairement à la compétitivité des entreprises et des innovateurs européens par rapport aux opérateurs de pays tiers, ou si elles n’encouragent pas, parfois, une délocalisation de l’innovation en dehors de l’Europe.

    1.9.

    Les futurs rapports gagneraient également à faire l’objet d’une réflexion plus approfondie sur la migration de la main-d’œuvre, notamment à la lumière de la baisse prévue de la population en âge de travailler dans l’Union à l’horizon 2040.

    1.10.

    Pour ce qui est des considérations environnementales, le CESE demande que l’exercice de prospective stratégique soit l’occasion d’enrichir le rapport d’une analyse spécifique de la triple crise planétaire, en consacrant des chapitres à l’évolution du climat, de la biodiversité et de la pollution, selon des scénarios à court, moyen et long termes.

    1.11.

    Enfin, l’Union européenne pourrait bénéficier d’un exercice conjoint de prospective visant à définir des visions stratégiques pour les futurs rapports, visions qui seraient adoptées par toutes les institutions de l’UE. Une telle approche contribuerait à aligner les priorités stratégiques et à ranger les institutions derrière une vision commune à long terme, au lieu de permettre l’émergence de discours stratégiques parallèles ou concurrents.

    2.   Contexte

    2.1.

    Le rapport de prospective stratégique 2025 sur la résilience 2.0 de la Commission européenne est un document d’orientation de haut niveau qui s’appuie sur les grandes tendances et analyse les domaines d’action prioritaires de la Commission à l’horizon 2040, comme un «ordre mondial en mutation» et un «changement de paradigme de sécurité». Le rapport développe en fait une vision pour aider l’Union européenne à relever les défis futurs et à saisir les possibilités qui se profilent. Il met en évidence des changements majeurs à l’échelle mondiale, tels que le changement climatique, les menaces grandissantes pour la sécurité et la transformation économique, et appelle à élaborer des politiques plus innovantes et tournées vers l’avenir. À partir de 2026, les rapports annuels de prospective examineront des scénarios d’avenir possibles en vue d’orienter les décisions. Le rapport définit huit grands domaines d’action (voir le paragraphe 2.2).

    2.2.

    Parmi les principaux thèmes et objectifs du rapport figurent les aspects suivants:

    résilience et proactivité: le rapport préconise une approche transformatrice et anticipative de la résilience afin de se préparer aux enjeux, connus ou inédits, qui pourraient se poser dans le futur;

    autonomie stratégique et compétitivité: il souligne l’importance de concilier la quête simultanée de compétitivité économique et d’autonomie stratégique, afin de garantir à l’Union européenne un fonctionnement indépendant tout en maintenant sa compétitivité sur la scène mondiale;

    transitions technologiques et environnementales: le rapport pointe l’accélération de l’évolution technologique et le besoin urgent de durabilité environnementale, exhortant l’UE à devenir un modèle de gouvernance éthique en ce qui concerne les technologies à fort impact;

    bien-être et cohésion sociale: il met en exergue la nécessité de favoriser le bien-être et la cohésion sociale, en appréhendant les tendances démographiques et les disparités régionales qui affectent la qualité de vie des citoyens;

    démocratie et valeurs fondamentales: le rapport insiste sur l’importance de protéger la démocratie et les valeurs fondamentales contre les pressions tant intérieures qu’extérieures, notamment en luttant contre la désinformation et la polarisation.

    2.3.

    Le rapport de prospective stratégique 2025 met en avant l’intérêt d’une «préparation englobant l’ensemble de la société» et mentionne l’importance des organisations de la société civile pour renforcer la démocratie et la cohésion sociale.

    2.4.

    Le rapport de prospective stratégique 2025 établit également un lien avec la stratégie européenne pour une union de la préparation.

    2.5.

    Le rapport de prospective stratégique 2025 traite principalement de la résilience aux niveaux national, de l’UE et des grandes entreprises, en mettant l’accent sur les chocs macroéconomiques et les chaînes d’approvisionnement mondiales.

    2.6.

    Le rapport de prospective stratégique 2025 relève au rang des enjeux l’évolution démographique et la diminution de la main-d’œuvre, et avance des solutions axées sur l’équité intergénérationnelle et la rétention des talents. Il pointe également les défis majeurs que représentent l’accélération du changement climatique et la dégradation de l’environnement, mais n’apporte que des solutions limitées à cette grande tendance.

    2.7.

    Le rapport de prospective stratégique reconnaît les menaces qui pèsent sur la démocratie, sans nécessairement s’attarder sur la viabilité à long terme de l’écosystème démocratique et de gouvernance de l’Union européenne.

    3.   Le rapport de prospective stratégique 2025: analyse critique

    3.1.

    Le rapport de prospective stratégique fournit une vue d’ensemble des grandes tendances et des principaux domaines d’action à l’horizon 2040. Cependant, le CESE estime que ce rapport, tel que publié sous sa forme de 2025, n’aborde pas suffisamment les perturbations de tendances linéaires, le retard mondial qu’accuse l’Union européenne en matière d’innovation et ses difficultés internes qui l’empêchent de parler d’une seule voix.

    3.2.

    Un atout plus stratégique. Si le rapport de prospective stratégique recense les principaux domaines d’action à l’horizon 2040, une approche plus stratégique est cependant recommandée. Le CESE relève en particulier ce qui suit:

    l’atout stratégique: le rapport, qui opte pour un angle largement non disruptif, gagnerait à faire l’objet d’une analyse plus critique du «statu quo» pour doter les responsables politiques d’un meilleur atout stratégique;

    la rigueur du scénario: les futurs rapports devront présenter explicitement différents scénarios envisageables (optimiste, pessimiste et hautement perturbateur) au lieu de se cantonner aux priorités politiques actuelles. Ils devraient aussi s’appuyer résolument sur une méthode claire et transparente. En outre, les scénarios énoncés devraient s’attarder davantage sur les diverses incidences potentielles pour la société;

    les tests de résistance: les initiatives proposées, telles que la souveraineté technologique, doivent être mises à l’épreuve de perturbations à faible probabilité d’occurrence mais à fort impact, comme le «désespoir climatique» ou l’émergence de «titans de la tech».

    3.3.

    Le rapport de la Commission est présenté comme le résultat de la prospective. Toutefois, le CESE rappelle la nécessité d’en documenter également le cheminement. En d’autres termes, il est recommandé d’expliquer plus en détail:

    la méthode appliquée pour définir et confronter les principales hypothèses stratégiques;

    les outils spécifiques utilisés pour analyser les interactions entre les tendances et les possibilités ou risques émergents;

    la trame suivie pour élaborer les principaux scénarios;

    la manière dont la résistance des options stratégiques a été testée sur la base de ces scénarios.

    Ce supplément d’information permettrait de vérifier la rigueur et la reproductibilité du processus.

    3.4.

    Dépendance excessive à l’égard des grandes tendances linéaires au détriment des perturbations non linéaires: le rapport de la Commission se concentre principalement sur les grandes tendances, qui consistent essentiellement en extrapolations, à long terme, d’évolutions déjà à l’œuvre (comme les changements démographiques et climatiques). Bien qu’importante, cette approche présente le risque de négliger des possibilités non linéaires à fort impact, ce que le CESE juge pourtant d’une importance fondamentale. Le rapport devrait aussi accorder une plus grande attention aux défis intérieurs de l’Union européenne, notamment les évolutions qui touchent à sa cohésion interne, à sa capacité décisionnelle et à son efficacité institutionnelle. Cet exercice devrait inclure une réflexion sur les conséquences potentielles d’un échec de l’UE à agir d’une seule voix sur le plan extérieur. Dans ce contexte, l’Union pourrait bénéficier d’un exercice conjoint de prospective visant à définir des visions stratégiques pour les futurs rapports, visions qui seraient adoptées par toutes les institutions de l’UE.

    3.5.

    Élaboration des scénarios et tests de résistance: le CESE est d’avis que l’utilisation systématique de scénarios multiples et divergents pour éprouver la résistance des stratégies existantes ou proposées renforcerait le processus de prospective stratégique. Ainsi, le rapport de la Commission fait référence à des résultats souhaitables à l’horizon 2040, mais aurait pu approfondir cette analyse en s’appuyant sur un ensemble de futurs possibles distincts et correctement élaborés, à l’épreuve desquels sont testées ses orientations politiques.

    3.6.

    Le CESE recommande que le rapport de la Commission, pour être exhaustif à cet égard:

    présente différents scénarios envisageables, en détaillant un petit ensemble de scénarios divergents (par exemple, un scénario optimiste, un scénario pessimiste et un scénario hautement perturbateur) reposant sur la combinaison de diverses perturbations;

    documente les tests de résistance, en décrivant explicitement la manière dont les domaines d’action proposés, comme le renforcement de la souveraineté technologique ou la promotion du bien-être inclusif, ont été mis à l’épreuve de ces futurs envisageables les plus pessimistes ou à fort impact.

    3.7.

    Étendre le périmètre des domaines perturbateurs: si le rapport de la Commission touche à des domaines importants comme les enjeux géopolitiques et de sécurité, le CESE recommande que soient prises en considération les perturbations extrêmes dans toutes les catégories qu’il mentionne — par exemple, en détaillant les réponses stratégiques spécifiques apportées à des perturbations sociales et économiques causées par le changement climatique ou à une perturbation technologique extrême au-delà de celles anticipées. Sur le plan technologique, le CESE note que le rapport ne reconnaît pas explicitement le recul de l’UE par rapport à ses concurrents mondiaux dans certains domaines de l’innovation technologique, pas plus qu’il n’en examine les conséquences. Tout en mentionnant les risques liés aux nouvelles technologies, le rapport n’aborde pas de manière adéquate les risques courus par l’Union si elle échoue à développer et déployer à grande échelle ces technologies. Il serait également pertinent, dans le cadre d’un exercice de prospective stratégique inscrit dans une perspective européenne, de mettre en balance les coûts du non-élargissement dans un monde où la sécurité devient une priorité incontournable dans toutes les politiques.

    3.8.

    Le rapport de prospective stratégique relève à juste titre la fragmentation de la gouvernance technologique de l’UE entre l’Union et ses États membres. Il omet cependant d’examiner comme il se doit la question de savoir si certaines approches réglementaires et le programme de simplification proposé pour y remédier ne nuisent pas involontairement à la compétitivité des entreprises et des innovateurs européens par rapport aux opérateurs de pays tiers, en venant parfois à encourager la délocalisation de l’innovation en dehors de l’Europe.

    3.9.

    Renforcer le rôle de la société civile organisée dans le cadre de la «résilience 2.0»: le CESE est aussi d’avis qu’il est essentiel de prévoir un retour d’information substantiel sur les politiques, qui soit aligné sur le rôle du CESE en tant que porte-parole de la société civile organisée et sur ses compétences transversales dans ses différentes sections thématiques. Le rapport de prospective stratégique 2025 insiste effectivement sur la nécessité d’une «préparation englobant l’ensemble de la société» et mentionne l’importance des organisations de la société civile pour renforcer la démocratie et la cohésion sociale. Le CESE considère que les retours d’information exigent un rôle plus structuré, permanent et institutionnalisé pour les organisations de la société civile dans le cycle de prospective, notamment avec l’intégration en continu des signaux faibles. Grâce à ses réseaux et à la participation de représentants issus des jeunes générations, le CESE est idéalement placé pour détecter ces signaux faibles et les tendances sous-jacentes. Les retours d’information devraient s’inscrire dans le cadre d’un mécanisme permanent et structuré permettant d’alimenter en continu le cycle politique de la Commission avec les informations et les analyses du CESE axées sur la prospective, au lieu de les limiter à l’élaboration de l’avis sur le rapport annuel de prospective stratégique.

    3.10.

    Les retours d’information du CESE devraient inciter la Commission à documenter le «module 1: comment les principales hypothèses stratégiques ont été définies et testées», en détaillant la manière dont les contributions de la société civile organisée et des partenaires sociaux ont été systématiquement recueillies et intégrées. Cette transparence est indispensable pour démontrer que le rapport repose sur des signaux faibles et des tendances sous-jacentes bien réels, ce qui constitue la contribution essentielle du CESE à la prospective de l’UE.

    3.11.

    Le lien critique avec la stratégie européenne pour une union de la préparation: bien que le rapport de prospective stratégique 2025 établisse des liens avec la stratégie européenne pour une union de la préparation, le CESE est d’avis qu’il pourrait être amélioré si ses éclairages prospectifs à long terme étaient intégrés dans une planification de préparation à court et à moyen termes.

    3.12.

    Dans ce contexte, le CESE recommande à la Commission de développer un «lien de prospective en matière de préparation» qui relie explicitement les possibilités stratégiques recensées (par exemple, dans le domaine des technologies vertes) et les risques à fort impact (par exemple, la raréfaction des ressources) confrontés aux contraintes des cycles de financement et de programmation de l’union de la préparation. Il s’agit de garantir que les investissements actuels résisteront véritablement à l’épreuve du temps, sans s’en tenir à une approche réactive dictée par la dernière crise en date.

    3.13.

    Dans la mesure du possible, le CESE plaide aussi en faveur d’indicateurs communs et vérifiables à l’échelle de l’UE afin de mesurer la résilience institutionnelle et socio-économique. Le cas échéant, ces indicateurs permettraient à la Commission de procéder à une analyse comparative des progrès accomplis par les États membres à l’aune des objectifs du rapport de prospective stratégique (par exemple, les niveaux de préparation, l’indice de cohésion sociale, l’indice de déficit des compétences numériques), en transformant les grands «domaines d’action» en objectifs mesurables susceptibles d’orienter le Semestre européen et le cadre de l’union de la préparation. Par-dessus tout, le CESE est d’avis que la prospective stratégique devrait aussi favoriser le bien-être durable et inclusif (en s’appuyant sur le socle européen des droits sociaux), ainsi que l’équité intergénérationnelle.

    3.14.

    Granularité de la résilience pour les plus petits États, l’entrepreneuriat, les PME et les microentreprises: le rapport de prospective stratégique 2025 traite principalement de la résilience aux niveaux national, de l’UE et des grandes entreprises, en mettant l’accent sur les chocs macroéconomiques et les chaînes d’approvisionnement mondiales. Cette approche néglige le besoin de résilience aux niveaux fondamentaux de l’économie. Par ailleurs, le CESE recommande que le processus de prospective stratégique accorde une plus grande reconnaissance à l’entrepreneuriat, que l’on sait essentiel face à l’évolution des modèles d’emploi traditionnels. Cet aspect devrait être intégré dans le domaine no 6 (éducation) ainsi que dans le domaine no 4 (résilience économique).

    Entreprises familiales et PME: étant donné l’importance vitale des entreprises familiales pour la stabilité régionale, la prospective doit analyser dans quelle mesure les perturbations numériques et la planification des transmissions peuvent ébranler leur viabilité à long terme.

    Simplification: le CESE met en garde contre l’élaboration d’«indicateurs communs et vérifiables à l’échelle de l’UE» trop stricts en matière de résilience, dès lors qu’ils créeraient des charges supplémentaires en matière de déclaration et iraient à l’encontre de l’objectif de simplification de la gouvernance de l’UE.

    3.15.

    Le CESE recommande que le prochain exercice prospectif comprenne un ensemble spécifique de scénarios axés sur les effets en cascade des politiques de transition géopolitique et écologique (par exemple, de nouvelles normes énergétiques, la fragmentation des chaînes d’approvisionnement) sur les PME et les microentreprises. Ces acteurs ne disposent pas des ressources internes nécessaires pour faire face à la complexité et aux coûts réglementaires.

    3.16.

    La prospective stratégique devrait également tenir compte de la fragmentation des marchés européens des capitaux, qui entrave fortement la circulation efficace des capitaux vers des entreprises de toutes tailles, limitant ainsi l’innovation. Cette fragmentation affaiblit la résilience de l’Union, ainsi que sa compétitivité et sa capacité à financer des transitions stratégiques. Le CESE soutient donc fermement l’achèvement rapide et efficace de l’union de l’épargne et des investissements en tant que pilier central de la stratégie de résilience de l’UE, le but étant de supprimer les obstacles au marché intérieur qui empêchent une mobilisation et une affectation fluides des capitaux par-delà les frontières.

    3.17.

    Vu le pourcentage élevé d’entreprises familiales en Europe (et dans les plus petits États membres), le CESE demande également une analyse des incidences des perturbations géopolitiques, démographiques et numériques actuelles (par exemple, la planification des transmissions, le renforcement des compétences numériques) sur la viabilité à long terme et le transfert intergénérationnel de ces entreprises, sachant qu’elles sont essentielles pour la stabilité économique régionale.

    3.18.

    Les recommandations du rapport, en particulier celles relatives au renforcement de la résilience économique, des technologies et de la sécurité, doivent explicitement aborder les vulnérabilités et possibilités propres aux États membres de plus petite taille, insulaires ou périphériques. Ce point est fondamental si l’on veut que toute la zone géographique de l’UE soit en phase avec les besoins de l’Union en matière de sécurité et de défense.

    3.19.

    Prospective de la migration en tant qu’atout stratégique: face aux projections de l’Union européenne annonçant une diminution du nombre de personnes en âge de travailler dans un contexte de vieillissement croissant de la population à l’horizon 2040, la migration professionnelle obéit à un impératif économique fondamental. Elle devrait être pensée comme un outil proactif destiné à protéger des secteurs clés tels que la santé et la sécurité alimentaire, et s’accompagner de modules rigoureux sur la capacité d’intégration sociale. Le CESE recommande dès lors à la Commission de procéder à une analyse prospective spécifique et dûment éprouvée qui tienne compte du besoin stratégique d’une migration professionnelle gérée, ciblée et éthique à tous les niveaux de compétences (y compris pour les travailleurs essentiels et ceux du secteur des soins) afin de neutraliser les pénuries démographiques et de main-d’œuvre annoncées à l’horizon 2040.

    3.20.

    Toute analyse de ce type doit s’accompagner d’un module prospectif tout aussi rigoureux sur la résilience sociale et la capacité d’intégration (objectif 3 du rapport de prospective stratégique: assurer le bien-être des citoyens) afin d’anticiper et d’atténuer les tensions sociales et politiques que pourraient entraîner des changements démographiques à grande échelle, en veillant au maintien de la cohésion.

    3.21.

    Résilience institutionnelle et démocratique: si le rapport de prospective stratégique reconnaît les menaces qui pèsent sur la démocratie, cette prospective devrait aussi s’attarder sur la viabilité à long terme de l’écosystème démocratique et de gouvernance de l’Union européenne. Le CESE plaide dès lors en faveur d’un exercice de prospective consacré à l’avenir même de l’administration publique de l’Union européenne. Il s’agirait notamment de tester sa capacité à absorber des changements technologiques massifs (comme l’intégration de l’intelligence artificielle dans les fonctions réglementaires et exécutives) et à gérer les complexités politiques d’une Union potentiellement élargie dès 2030.

    3.22.

    Enfin, le CESE appelle à intégrer au rapport une analyse de la triple crise planétaire, en consacrant des chapitres à l’évolution du climat, de la biodiversité et de la pollution, selon des scénarios à court, moyen et long termes (optimistes, pessimistes et hautement perturbateurs), et en fondant cette analyse sur nos engagements internationaux. Cet exercice devrait aussi établir des liens entre prospective environnementale et réglementations, en s’appuyant sur les scénarios du rapport pour proposer des réformes ciblées du cadre réglementaire (normes d’émission, normes environnementales, protection des habitats, etc.), de même qu’il devrait inclure dans la prospective les incidences estimées (coûts/avantages économiques et sociaux) afin de démontrer les avantages de disposer de politiques solides.

    Bruxelles, le 18 mars 2026.

    Le président

    du Comité économique et social européen

    Séamus BOLAND


    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/3224/oj

    ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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