Initiative sur la résilience dans le domaine de l’eau - Timeline

  • Avis du Comité économique et social européen — Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social et au Comité des régions — Stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau [COM(2025) 280 final]

    EESC 2024/00587

    JO C, C/2026/35, 16.1.2026, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/35/oj (BG, ES, CS, DA, DE, ET, EL, EN, FR, GA, HR, IT, LV, LT, HU, MT, NL, PL, PT, RO, SK, SL, FI, SV)

    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/35/oj

    European flag

    Journal officiel
    de l'Union européenne

    FR

    Série C


    C/2026/35

    16.1.2026

    Avis du Comité économique et social européen

    Communication de la Commission au Parlement européen, au Conseil, au Comité économique et social et au Comité des régions — Stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau

    [COM(2025) 280 final]

    (C/2026/35)

    Rapporteur:

    András EDELÉNYI

    Corapporteur:

    Guido NELISSEN

    Conseillers

    Pär LARSHANS (pour le rapporteur, groupe I)

     

    Christop HAUER (pour le groupe I)

    Consultation

    Commission européenne, 14.7.2025

    Base juridique

    Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

    Compétence

    Commission consultative des mutations industrielles

    Adoption en section

    12.9.2025

    Adoption en session plénière

    18.9.2025

    Session plénière no

    599

    Résultat du vote

    (pour/contre/abstentions)

    127/1/0

    1.   Conclusions et recommandations

    1.1.

    Le Comité économique et social européen (CESE), restant fidèle aux principes et aux actions qu’il a énoncés dans sa déclaration en vue d’un pacte bleu, se félicite de la stratégie de l’Union européenne (UE) pour la résilience dans le domaine de l’eau. En effet, dans le sillage de la nomination d’une commissaire chargée de la résilience dans le domaine de l’eau, cette stratégie se fonde sur ladite déclaration et propose des réponses politiques à la plupart des différents avis que le Comité a publiés sur le thème de l’eau.

    1.2.

    La stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau devrait figurer au premier rang des priorités politiques de l’Union, étant donné que l’eau est un bien public limité, que la précarité hydrique est inacceptable et que l’accès à des ressources hydriques viables et durables est essentiel pour faire en sorte que l’eau reste accessible à un prix abordable à tous les citoyens, pour restaurer et protéger les écosystèmes et la biodiversité, pour préserver la compétitivité des activités économiques à forte consommation hydrique et pour conserver des communautés rurales durables dans nos sociétés.

    1.3.

    Le CESE salue l’adoption de l’approche «de la source à la mer» et soutient le pacte pour l’Océan. Il réitère en outre son appel à placer les solutions fondées sur la nature au cœur de la politique de l’UE dans le domaine de l’eau.

    1.4.

    Le CESE plaide en faveur d’une approche intégrée des substances persistantes telles que les PFAS, qui serait fondée sur l’interdiction, l’élimination, les solutions de remplacement et la recherche.

    1.5.

    Dans la mise en œuvre de la stratégie, il est important de renforcer la gouvernance publique par les actions suivantes: faire de l’eau un domaine stratégique à part entière, l’intégrer dans l’ensemble des domaines d’action, fournir des ressources financières adéquates, par exemple au moyen d’un fonds pour une transition bleue, ancrer l’eau dans les différents piliers du prochain cadre financier pluriannuel (CFP) en tant que priorité stratégique, analyser les retards dans les investissements de mise en conformité et élaborer une boîte à outils idoine, fondée sur des plateformes de données intelligentes et interopérables et sur une gestion efficace des données.

    1.6.

    Le secteur européen de l’eau devrait devenir un pilier du développement sectoriel, industriel, agricole et touristique durable. Par conséquent, il convient que la politique industrielle en matière d’eau se concentre:

    sur la mise en place d’une infrastructure dans le domaine de l’eau qui investisse dans un écosystème hydrique composé de plusieurs boucles, modernisé, exempt de pertes et interconnecté;

    sur le soutien à l’innovation en faveur des technologies visant à assurer la propreté de l’eau et sur la mise à profit des possibilités offertes par la place de premier rang qu’occupe l’Europe en ce qui concerne les technologies liées à l’eau;

    sur l’élaboration d’une stratégie circulaire destinée à stimuler la réutilisation, qui soit assortie d’objectifs, de mesures d’incitation, d’une réglementation et de modèles commerciaux visant à transformer les stations d’épuration des eaux usées en usines de traitement des ressources;

    sur l’augmentation des investissements dans la numérisation du système hydrique afin de permettre une prise de décision éclairée par des données probantes, ainsi que sur la fourniture de solutions numériques aux défis liés à l’eau.

    1.7.

    Le CESE soutient l’objectif visant à augmenter de 10 % l’utilisation rationnelle de l’eau, qui doit cependant être rendu opérationnel, par exemple par la mise en œuvre de plans et d’indicateurs dans les bassins hydrographiques et par son intégration dans les plans d’action sectoriels.

    1.8.

    Il convient d’accorder une attention particulière au fait de garantir l’accès à l’eau pour l’agriculture et les industries à forte consommation énergétique et hydrique qui sont sensibles aux perturbations de leur approvisionnement, et de soutenir les investissements leur permettant d’utiliser cette ressource de manière plus rationnelle. Il s’impose d’assurer, pour ces secteurs, la continuité et la sécurité de l’approvisionnement en eau, notamment par la définition de priorités stratégiques en matière de répartition de l’eau pendant les périodes de pénurie.

    1.9.

    Le CESE propose que des objectifs de réduction des fuites à horizon court soient fixés et que l’échéance de 2030 pour que les États membres mettent en place des plans nationaux (obligatoires) soit avancée.

    1.10.

    Il convient d’introduire au niveau de l’Union une procédure accélérée d’octroi de permis pour les projets relatifs à l’efficacité dans les secteurs à forte consommation d’énergie et d’eau.

    1.11.

    Le CESE accueille favorablement la proposition relative à un forum sur la résilience dans le domaine de l’eau et demande qu’une plateforme consultative des parties prenantes de l’UE soit mise en place conjointement avec le Comité lui-même et d’autres institutions de l’Union, comme le propose le pacte bleu pour l’Europe, afin de préparer et d’assurer le suivi des travaux du forum. Il se félicite également de l’annonce de l’alliance industrielle intelligente dans le domaine de l’eau. Il exprime son souhait de devenir coorganisateur du forum et membre de ladite alliance, en reconnaissance de son expertise dans le domaine de l’eau.

    1.12.

    Pour soutenir la sécurité à long terme de l’eau, il importe que les politiques de tarification soient fondées sur le principe du recouvrement des coûts tout en maintenant le caractère abordable de l’eau pour tous les citoyens.

    1.13.

    Le secteur de l’eau est particulièrement touché par les déficits de compétences dus au vieillissement, à l’évolution technologique et au manque d’attractivité. L’union des compétences devrait accorder toute l’attention voulue aux initiatives dans le secteur de l’eau. L’Académie européenne de l’eau, dont le lancement a été proposé, devrait être organisée en tenant compte des réalités du terrain.

    1.14.

    Les risques liés à l’eau doivent être traités au moyen d’un système intégré de gestion de la préparation, qui soit fondé sur des responsabilités claires et une évaluation proactive des risques. Les plans d’adaptation au changement climatique doivent être inclus dans la législation de l’Union.

    1.15.

    Le CESE recommande qu’un «test hydrique» soit systématiquement appliqué aux actes législatifs de l’UE nouveaux ou révisés.

    1.16.

    Le CESE souligne qu’il est impératif d’améliorer la communication sur l’importance et la valeur de l’eau et plaide en faveur d’une utilisation en cascade de l’eau et de l’introduction d’un étiquetage relatif à la consommation d’eau.

    2.   Contexte général

    2.1.

    Le CESE a été la première institution européenne à reconnaître la nécessité d’un changement de paradigme sur la manière dont la question de l’eau est abordée dans les politiques de l’Union. En 2023 et 2024, il a formulé, dans plusieurs avis d’initiative portant sur l’eau, des recommandations pour relever les défis auxquels l’Europe est confrontée dans ce domaine. Le Comité plaide en faveur d’une approche globale prévoyant une gestion intégrée de l’ensemble du cycle de l’eau et un renforcement ciblé de la résilience et des ressources et supposant des investissements prioritaires à l’échelle requise. Il a publié une déclaration sur un nouveau pacte bleu pour l’Europe, qui comporte 15 principes directeurs et 21 actions, en tant que stratégie à part entière, appelant l’UE à considérer l’eau comme une priorité absolue et à adopter cette stratégie en synergie avec le pacte vert pour l’Europe et avec les objectifs de développement durable des Nations unies.

    2.2.

    Le CESE souligne que l’initiative du pacte bleu pour l’Europe a reçu un large soutien de la part du Parlement européen, de la Commission européenne, des agences européennes, de la plupart des États membres, du Comité européen des régions et d’un large éventail de parties prenantes.

    2.3.

    Le CESE accueille favorablement la communication de la Commission européenne sur la «Stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau» et souhaite, par le présent avis, également contribuer au succès de sa mise en œuvre. Il invite instamment la Commission européenne à veiller à ce que la dimension de l’eau soit intégrée dans toutes les politiques européennes.

    2.3.1.

    La question de l’eau a été abordée dans les politiques par l’intermédiaire de l’«acquis de l’Union dans le domaine de l’eau». Il est toutefois regrettable que le pacte vert, la boussole pour la compétitivité et la stratégie pour une industrie propre ne mentionnent et n’explicitent pas ou pas suffisamment les risques liés à l’eau et les efforts conjoints nécessaires pour y faire face. Le CESE estime qu’en raison de son omniprésence, l’eau doit constituer un aspect transversal essentiel de toutes les politiques de l’UE. À cet égard, il importe de souligner que toute stratégie dans le domaine de l’eau doit non seulement remédier aux défis actuels, mais aussi anticiper les difficultés futures liées au changement climatique.

    2.3.2.

    Toutes les propositions législatives de l’Union, nouvelles et révisées, ayant d’éventuelles incidences sur l’environnement, l’agriculture, l’énergie, l’industrie ou le développement urbain devraient faire l’objet d’un test de résistance hydrique normalisé à l’échelle de l’UE qui combine des éléments qualitatifs et quantitatifs. Ce test pourrait permettre d’évaluer, en particulier, les effets avérés et potentiels sur la demande en eau par secteur et par région, ainsi que les répercussions sur les rejets de polluants et sur la dépendance à l’égard des infrastructures liées à l’eau. Il devrait faire partie de l’analyse d’impact des propositions législatives afin de déterminer si la dimension de l’eau est prise en compte de manière adéquate et de veiller à ce que la législation de l’Union soit conforme aux objectifs de la stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau.

    2.3.3.

    Le CESE reconnaît l’aspect géopolitique important que revêt l’eau et demande à l’Union d’assumer un rôle de premier plan en matière de gouvernance mondiale de ladite ressource. Dans la perspective de la conférence des Nations unies sur l’eau de 2026, l’UE devrait intensifier ses efforts dans le domaine de la diplomatie bleue et diriger les travaux en faveur d’une nouvelle politique de l’eau, qui tienne compte de la valeur transversale de cet élément. L’intégration de la diplomatie bleue dans la politique étrangère de l’Union peut contribuer à relever les défis liés à l’eau dans des régions importantes telles que la Méditerranée et la région MENA en alignant les objectifs de gestion et de gouvernance de l’eau sur les politiques existantes comme la politique européenne de voisinage et, surtout, en les intégrant résolument dans les nouveaux instruments politiques tels que le futur pacte pour la Méditerranée (1).

    2.3.4.

    La coopération internationale devrait être davantage développée et renforcée grâce à l’échange de bonnes pratiques et de technologies d’utilisation rationnelle de l’eau, et la mise en place de partenariats plus solides avec les pays devrait être accélérée.

    3.   Observations générales concernant les principaux objectifs

    3.1.   Restaurer et protéger le cycle de l’eau

    3.1.1.

    Le CESE se félicite de l’adoption d’une approche «de la source à la mer» et soutient le pacte pour l’Océan adopté par la Commission ainsi que la révision de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin». Toutefois, la stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau ne traite pas, en ce qui concerne les cours d’eau et les côtes, de la gestion durable des sédiments, qui est nécessaire à l’intégrité écologique, à la réduction de l’érosion côtière et à la résolution d’une série de difficultés dans les zones côtières et portuaires.

    3.1.2.

    L’amélioration de la cohérence entre les politiques dans le domaine de l’eau et les politiques maritimes doit orienter la révision de la directive-cadre «stratégie pour le milieu marin», ainsi qu’une éventuelle révision de la directive sur les eaux de baignade. Le CESE note que 75 % des zones marines évaluées sont polluées et que 80 % des déchets marins proviennent de sources terrestres. Ces risques affectent 150 millions de personnes vivant en région côtière, deux millions d’emplois et environ 13 milliards d’EUR en lien avec l’économie bleue méditerranéenne.

    3.1.3.

    Il convient de respecter, en tant que principe directeur, le concept de priorité à l’utilisation rationnelle de l’eau, lequel se fonde sur la réduction, la réutilisation et le recyclage du côté de la demande et sur la prévention en ce qui concerne la pollution. En matière de réduction, il convient d’établir des classes éprouvées et normalisées de qualité de l’eau et de définir des domaines d’application spécifiques. Pour ce qui est du recyclage, un changement de paradigme doit se produire afin de privilégier la prévention plutôt que la réparation.

    3.1.4.

    Le Comité réitère son appel à placer les solutions fondées sur la nature ainsi que la restauration et la protection des écosystèmes et de la biodiversité au cœur de la politique de l’UE dans le domaine de l’eau (principe 2 de la déclaration du pacte bleu pour l’Europe). Il plaide en faveur d’une meilleure compréhension des processus d’auto-épuration dans les écosystèmes marins et d’eau douce.

    3.1.5.

    Le CESE se félicite de l’initiative d’élimination des PFAS et des substances persistantes et du plan visant à stimuler les solutions innovantes exemptes de ces substances, qui viennent compléter les discussions que mène actuellement l’Agence européenne des produits chimiques (ECHA), et note qu’il importe d’éliminer en premier lieu les PFAS des points névralgiques, avant qu’ils ne se dispersent. Il convient de relever que cette élimination doit être maintenue après l’interdiction de la production de PFAS. Le CESE demande que les efforts de recherche soient intensifiés afin de mettre au point des solutions de remplacement pour les principales applications des PFAS.

    3.2.   Une économie et une société intelligentes dans le domaine de l’eau

    3.2.1.

    Le CESE demande qu’une attention particulière soit accordée tant aux secteurs traditionnels à forte consommation hydrique (agriculture, énergie, extraction minière, métaux, transformation alimentaire, textiles, tourisme) qu’aux secteurs émergents (production de batteries, données et IA, semi-conducteurs, hydrogène). Lorsque cela est possible, un système de gestion combinée des économies d’eau et d’énergie peut apporter des avantages qui se renforcent mutuellement. Par conséquent, étant donné que les besoins en eau diffèrent d’un secteur à l’autre et que des technologies économes en eau n’ont pas (encore) vu le jour, il convient de tenir compte de la faisabilité économique et industrielle d’une réduction des prélèvements d’eau.

    3.2.2.

    Les mesures d’incitation et les outils doivent soutenir le développement de solutions technologiques et promouvoir les investissements en faveur d’une utilisation rationnelle de l’eau dans l’agriculture et les secteurs industriels à forte consommation hydrique et énergétique. Dans ces secteurs, toute restriction d’approvisionnement doit être fondée sur des critères transparents qui concilient objectifs environnementaux et stabilité opérationnelle et sociétale.

    3.2.3.

    Le CESE se félicite de l’objectif indicatif en matière d’utilisation rationnelle de l’eau et invite instamment la Commission à mettre à jour ses trajectoires de transition industrielle et ses plans d’action, tout en les rendant opérationnels dans les différents bassins hydrographiques afin de rétablir les équilibres hydriques.

    3.3.   Garantir une eau propre et abordable pour tous et responsabiliser les consommateurs

    3.3.1.

    À l’heure actuelle, 30 % de la population de l’Union vit dans des zones touchées par le stress hydrique (9,8 millions de personnes ne disposent pas d’eau potable salubre). Par conséquent, étant donné que l’eau est un bien public limité et que la précarité hydrique est inacceptable, il importe que la conception et la mise en œuvre de la stratégie européenne pour la résilience dans le domaine de l’eau permettent de préserver l’état des services européens dans le domaine de l’eau en tant que garantie de la disponibilité, de l’accessibilité et du caractère abordable pour toutes les parties prenantes, ainsi que de normes de qualité élevées. Nul ne devrait se voir refuser l’accès à l’eau fournie par les réseaux de distribution.

    3.3.2.

    En moyenne, au sein de l’UE, 30 % de l’eau est perdue avant de parvenir aux utilisateurs, en raison de fuites dans les réseaux de canalisations. Les systèmes intelligents de mesure, de détection et de réparation des réseaux permettront aux consommateurs de connaître le coût des services liés à l’utilisation de l’eau. Étant donné que le niveau actuel de fuite est inadmissible, le CESE invite l’UE à avancer l’échéance de 2030 pour la mise en place de plans nationaux par les États membres et à rendre leur mise en œuvre obligatoire.

    3.3.3.

    En tant que bien commun, l’eau potable devrait être mise gratuitement à la disposition de tous les citoyens de l’Union dans les espaces publics, comme le prescrivent la nouvelle directive sur l’eau potable et la directive relative au traitement des eaux urbaines résiduaires.

    3.3.4.

    Il convient d’aider les ménages (13 % de la consommation totale d’eau) à consommer l’eau domestique de façon plus rationnelle au moyen des mesures suivantes: promouvoir l’utilisation de l’eau de pluie, encourager le recours à des dispositifs d’économie d’eau, déployer un étiquetage relatif à la consommation d’eau, mettre en place des stations décentralisées de traitement de l’eau pour les maisons non raccordées aux systèmes d’assainissement, et introduire des technologies permettant d’économiser l’eau.

    3.3.5.

    Il est essentiel, pour changer les comportements à long terme, de communiquer sur la valeur de l’eau et des services liés à l’eau. Les consommateurs doivent être mieux informés sur leur empreinte hydrique (tant directe qu’indirecte), notamment grâce à l’introduction d’un étiquetage (volontaire ou obligatoire) relatif à la consommation d’eau.

    3.3.6.

    La société civile organisée (et les jeunes en particulier) joue un rôle essentiel dans la co-création et la mise en œuvre de stratégies visant à sensibiliser davantage les citoyens et les entreprises à la valeur de l’eau et à son utilisation efficace.

    3.3.7.

    Le CESE se félicite de la proposition de la Commission de convoquer tous les deux ans un forum sur la résilience dans le domaine de l’eau et souhaite y être associé en tant que coorganisateur, compte tenu de son rôle de premier plan dans la conduite d’une politique ambitieuse de l’Union dans ledit domaine. Le Comité réaffirme la nécessité de mettre en place une plateforme consultative des parties prenantes de l’UE (action no 2 de la déclaration du CESE en vue d’un pacte bleu pour l’Europe), qui comprenne le CESE lui-même et d’autres institutions de l’Union et qui soit fondée sur un modèle similaire à celui de la plateforme des acteurs européens de l’économie circulaire. Cette mesure permettrait de suivre la mise en œuvre de la stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau et de partager les bonnes pratiques, en soutenant la préparation du forum sur la résilience dans le domaine de l’eau et en assurant le suivi continu de ses travaux et conclusions.

    3.3.8.

    L’urbanisme et l’aménagement du territoire doivent jouer un rôle important dans la création de conditions propices aux économies d’eau et d’énergie, en garantissant une répartition géographique intelligente des secteurs à forte consommation hydrique et énergétique.

    4.   Observations spécifiques sur les cinq catalyseurs

    4.1.   Gouvernance et mise en œuvre

    4.1.1.

    Des rapports d’évaluation montrent qu’une série de politiques européennes liées à l’eau ne sont pas suffisamment mises en œuvre et que les objectifs qu’elles fixent ne sont pas atteints. Les progrès accomplis en ce qui concerne la réalisation des objectifs peuvent être suivis au moyen de l’outil de gouvernance du Semestre européen et de ses recommandations par pays.

    4.1.2.

    Les échanges de bonnes pratiques revêtent une importance capitale dans plusieurs domaines, car la mise à profit d’expériences dans des bassins hydrographiques similaires est susceptible d’accélérer les procédures d’octroi de permis tout en améliorant leur sécurité. À cet égard, il convient de prévoir une procédure accélérée pour les projets relatifs à l’efficacité dans les secteurs à forte consommation d’énergie et d’eau.

    4.1.3.

    Les initiatives de coopération transfrontière sont également prometteuses en ce qu’elles conduisent des régions voisines à prendre des mesures de préparation et d’autres dispositions et qu’elles permettent la coordination de mesures d’urgence et de prévention aux niveaux bilatéral et multilatéral, ainsi que dans les macrorégions stratégiques de l’Union.

    4.1.4.

    Il s’impose d’évaluer les effets cumulés des politiques dans le domaine de l’eau sur les industries à forte consommation hydrique et énergétique et de concevoir des mécanismes de compensation si nécessaire.

    4.2.   Financement et investissement pour un approvisionnement stable

    4.2.1.

    Le CESE se félicite des moyens financiers annoncés par la Commission dans la stratégie pour la résilience dans le domaine de l’eau, étant donné que les États membres suivent des pratiques diverses. Il y a lieu, en effet, de mettre en place un financement public bien conçu et un financement de la Banque européenne d’investissement (BEI), à hauteur de 15 milliards d’EUR sur trois ans, afin de mobiliser d’autres investissements nécessaires en soutenant et en faisant intervenir des sources de financement privées. Dans un souci d’efficacité optimale, il convient d’évaluer les résultats des instruments de financement récents combinant des financements publics et privés [par exemple, le Fonds européen pour les investissements stratégiques (EFSI) et InvestEU]. Un mécanisme consultatif technique de soutien devrait être mis en place pour améliorer l’efficacité du financement.

    4.2.2.

    Les politiques de tarification — bien qu’elles relèvent de la compétence nationale — peuvent jouer un rôle essentiel pour inciter les ménages et les secteurs économiques à optimiser leur consommation et à soutenir la sécurité de l’eau à long terme. La tarification devrait être fondée sur le principe de recouvrement des coûts, qui prévoit que tous les usagers de l’eau participent effectivement et proportionnellement à la prise en charge des coûts de gestion de l’eau et assurent le financement de l’entretien et des (ré)investissements nécessaires. Des systèmes de tarification échelonnée, d’imposition et de soutien décourageront les consommations excessives, tout en maintenant le caractère abordable de l’eau pour l’ensemble des usages domestiques essentiels. Pour mieux faire connaître la valeur des services liés à l’utilisation de l’eau, il convient de veiller à ce que les factures d’eau soient transparentes. Il y a lieu, par ailleurs, de supprimer progressivement les systèmes de subvention inefficaces.

    4.2.3.

    L’ordre par étapes selon lequel il convient d’investir des ressources complexes limitées (ressources humaines qualifiées, temps, fonds, empreinte, organisation, énergie, matières premières critiques, utilisation des terres et changement d’affectation des terres, etc.) dans la longue liste de domaines indispensables et ciblés doit suivre une triple priorité: a) l’urgence/l’importance; b) le rendement maximal attendu des avantages complexes par rapport aux ressources dépensées; et c) la disponibilité des ressources nécessaires. En conséquence, des programmes de développement sur mesure devraient être conçus au niveau local, régional, des États membres et des bassins hydrographiques.

    4.2.4.

    Pour réduire la demande en eau et améliorer l’efficacité, il importe de soutenir les investissements dans des solutions innovantes, dans la modernisation des processus, dans une agriculture économe en eau, dans la réutilisation de l’eau, dans la mise en place de systèmes en circuit fermé et dans la réduction des fuites. Les secteurs à forte consommation hydrique et énergétique devraient pouvoir bénéficier d’un financement ciblé et d’instruments de réduction des risques pour moderniser ou refondre leurs systèmes, compte tenu des dépenses en capital initiales élevées et des longs délais d’amortissement.

    4.2.5.

    Le CESE plaide en faveur d’une stratégie globale visant à accroître la réutilisation de l’eau (objectifs, incitations, réglementation), étant donné qu’à l’heure actuelle, seules 2,4 % des eaux usées sont réutilisées. La circularité devrait devenir la norme, afin que l’eau, l’énergie et les matériaux soient récupérés et réutilisés dans tous les secteurs, y compris la réutilisation et le recyclage de l’eau et des sédiments. Cette transition devrait s’appuyer sur des technologies numériques appliquées dans l’ensemble des infrastructures et des systèmes.

    4.2.6.

    Il convient d’encourager le concept d’«utilisation circulaire de l’eau». Les secteurs à forte consommation hydrique et énergétique devraient bénéficier de financements pour la création de boucles locales. En outre, il est nécessaire de soutenir la transformation des stations d’épuration des eaux usées en «mines d’eau» qui optimisent la valeur de l’eau (en exploitant les substances organiques et inorganiques). Le CESE plaide résolument en faveur du concept d’«usines de traitement des ressources» exposé dans l’avis CCMI/228 et de la récupération optimale des nutriments tels que l’azote et le phosphore, ainsi que des métaux provenant des eaux usées, des boues d’épuration et d’autres sources. Les financements devraient également cibler la transformation des eaux usées industrielles en eaux traitées réutilisables, en clarifiant les normes de qualité et de classe, les responsabilités et les limites de réutilisation.

    4.2.7.

    Afin que l’investissement des ressources financières disponibles soit plus rapide, mieux ciblé et plus efficace, le CESE recommande de combiner tous les types de financement liés à l’eau en un seul dossier récapitulatif qui puisse être géré de manière analytique en fonction de chaque aspect du contenu d’un projet, de son éligibilité, de son intensité, de ses conditions, etc. Le Comité a demandé que soit créé un fonds pour une transition bleue en tant que point d’accès unique de l’Union pour les investissements dans le domaine de l’eau et que les investissements publics soient combinés avec des financements innovants.

    4.2.8.

    Le CESE réclame à nouveau que l’eau devienne une priorité stratégique dans le prochain CFP de l’UE.

    4.3.   Numérisation et intelligence artificielle

    4.3.1.

    Des données fiables, factuelles et concrètes sont une condition sine qua non et constituent le fondement de la numérisation et d’une prise de décision responsable. Il convient de souligner que, depuis 2014, nous ne disposons pas de statistiques européennes sur l’approvisionnement en eau et sur les types d’utilisation de l’eau, tandis que d’autres données sont fragmentées. Il est essentiel de mettre en place une collecte et une gestion intelligentes des données au niveau de l’Union, en commençant par l’échelon des usines et exploitations agricoles, tout en aidant les agriculteurs et les industries à surveiller les données relatives à l’eau et à utiliser cette ressource de façon plus rationnelle. Il est urgent de disposer d’un plan d’action sur la gestion numérique de l’eau, qui devrait:

    mettre en place de nouveaux modules obligatoires de comptabilité économique et environnementale pour les comptes relatifs à l’eau;

    déployer la collecte de données numériques en temps réel et mettre en place des espaces européens de données interopérables sur l’eau;

    introduire des technologies 3D afin d’améliorer sensiblement la détection des fuites;

    associer les utilisateurs industriels d’eau aux cadres de surveillance de l’eau de l’Union;

    créer un cadre intégré de gestion des ressources en eau (offre, demande, distribution, utilisation, détournement, pollution);

    investir dans des capteurs innovants, les mégadonnées, l’apprentissage automatique, les jumeaux numériques des débits d’eau, l’utilisation des technologies satellitaires et la réalité virtuelle;

    libérer le potentiel de l’IA pour la gestion de l’eau et dans la législation sur l’eau;

    déployer des systèmes d’alerte précoce pour informer sur les phénomènes extrêmes, la pollution ou les attaques liés à l’eau;

    faciliter la modernisation et l’interconnexion de toutes les infrastructures hydriques (y compris l’interaction entre les eaux bleues, vertes et grises).

    4.4.   Recherche, industrie de l’eau et compétences

    4.4.1.

    L’Europe devrait saisir les possibilités offertes par son rôle de chef de file mondial dans le domaine des technologies de l’eau (l’Union possède 40 % de tous les brevets liés à l’eau) pour déclencher un changement de paradigme dans la manière dont nous utilisons l’eau, en investissant dans des infrastructures hydriques résilientes, des boucles circulaires de l’eau, une utilisation en cascade, la gestion numérique et une gouvernance inclusive de l’eau.

    4.4.2.

    Le CESE se félicite de l’annonce de l’alliance industrielle intelligente dans le domaine de l’eau, qui vise à stimuler la compétitivité, et demande à être membre de cette nouvelle alliance.

    4.4.3.

    En augmentant le financement de la R&D [par l’intermédiaire de l’Institut européen d’innovation et de technologie (EIT)/la communauté de la connaissance et de l’innovation (CCI) consacrée à l’eau, d’Horizon Europe et de l’alliance industrielle pour l’eau qui est envisagée] dans le domaine des technologies de l’eau propres et efficaces, il convient de mettre l’accent sur les technologies de pointe telles que le refroidissement à sec, les nanotechnologies de filtration, l’osmose inverse, les membranes avancées, les bioprocédés de dessalement, les nouvelles solutions pour éliminer les nutriments des boues, les solutions d’IA et l’électrolyse directe de l’eau de mer.

    4.4.4.

    L’industrie européenne de l’eau devrait devenir un pilier du développement industriel et de la compétitivité. La politique industrielle européenne «zéro net» devrait accorder toute l’attention voulue au secteur émergent des technologies de l’eau. Des feuilles de route et des plans d’action adaptés doivent être établis. Afin de débloquer les investissements dans les technologies économes en eau, il importe de:

    réaliser une analyse des déficits d’investissement à l’échelle de l’UE en ce qui concerne la résilience dans le domaine de l’eau (en plus des déficits d’investissement qui existent déjà en matière de mise en œuvre de la législation actuelle dans le domaine de l’eau);

    fournir des incitations financières, y compris des contrats d’écart compensatoire, aux industries à forte consommation hydrique afin qu’elles investissent dans l’efficacité;

    élaborer des mécanismes de réduction des risques et les appliquer, par exemple, dans le cadre du nouvel accélérateur d’investissements pour la résilience dans le domaine de l’eau;

    envisager d’introduire des conditions relatives à l’eau dans les marchés publics; et élaborer des modèles commerciaux pour la réutilisation des eaux usées (comme l’eau en tant que service).

    4.4.5.

    Le secteur de l’eau emploie 1,6 million de personnes dans l’UE. Si de nombreux secteurs industriels sont confrontés à des pénuries de compétences, l’industrie de l’eau est particulièrement touchée. Le déficit de compétences s’explique notamment par le vieillissement de la main-d’œuvre, la fuite des cerveaux, la numérisation et l’évolution technologique, ainsi que le manque de visibilité du secteur dans notre société.

    4.4.6.

    Il est important que le secteur trouve des moyens efficaces de transmettre ses connaissances à la prochaine génération, qui est moins nombreuse que les précédentes en raison d’une tendance démographique à la baisse. Il convient également de renforcer l’expertise dans le domaine des technologies numériques et circulaires. Il y a lieu pour ce faire de prendre les mesures suivantes:

    améliorer les compétences numériques à tous les niveaux de qualification et promouvoir les STIM (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques), notamment la biochimie;

    améliorer la collaboration et les partenariats. Pour être efficace, l’Académie européenne de l’eau qui est proposée devrait être organisée au niveau national;

    promouvoir l’apprentissage pour les opérateurs, les techniciens et les ingénieurs;

    soutenir la transférabilité des compétences dans l’ensemble de l’UE;

    veiller à ce que l’union des compétences accorde toute l’attention voulue aux initiatives dans le secteur de l’eau;

    attirer dès le stade de l’école la prochaine génération d’experts de l’eau.

    4.5.   Sécurité et préparation pour renforcer la résilience

    4.5.1.

    L’eau est un écosystème complexe comprenant de nombreuses facettes. Il est donc essentiel que les risques liés au climat, à la sécurité, à la santé et à la pollution dans le domaine de l’eau soient traités par un système intégré de gestion qui s’appuie sur une approche coordonnée et sur de solides structures de gouvernance dans lesquelles les responsabilités sont clairement définies.

    4.5.2.

    Afin d’améliorer la préparation, les risques climatiques liés à l’eau, notamment en relation avec le réchauffement des mers, doivent être anticipés au moyen de plans proactifs d’évaluation des risques et en adaptant les activités sociétales et économiques aux réalités du changement climatique. Il y a lieu d’améliorer les systèmes d’information sur la prévision des inondations.

    4.5.3.

    La préparation nécessite des stratégies régionales spécifiques qui reflètent les réalités locales et répondent aux profils de risque de tous les territoires. Les plans d’urgence régionaux et locaux devraient inclure le renforcement des capacités, des campagnes de sensibilisation du public, des systèmes d’alerte précoce et des protocoles d’évacuation. Les pouvoirs publics locaux devraient également établir des plans de gestion des épisodes de sécheresse et des vagues de chaleur.

    4.5.4.

    Les infrastructures hydriques devraient être considérées comme essentielles pour la sécurité et la résilience. Pour les pôles à forte consommation hydrique et énergétique, les plans d’urgence devraient inclure des garanties de niveaux opérationnels minimaux en ce qui concerne l’eau et des protocoles de restauration rapide en cas de perturbations. Ces pôles devraient être intégrés dans les cadres régionaux de planification de la résilience dans le domaine de l’eau et d’approvisionnement d’urgence. Les infrastructures critiques, telles que celles relatives aux eaux souterraines (profondes), à l’eau potable et aux eaux usées, doivent être en mesure de prévenir les incidents et les perturbations, d’y résister, de les absorber et de s’en remettre. Les informations sensibles doivent être protégées et la résilience des infrastructures vulnérables doit être renforcée contre les actes de malveillance.

    4.5.5.

    Des plans d’adaptation au changement climatique et de résilience dans le domaine de l’eau doivent être inclus dans la législation de l’Union. Il convient d’accorder une attention particulière aux difficultés qu’entraîne le changement climatique pour les îles et les régions ultrapériphériques, les régions montagneuses et la région méditerranéenne (érosion côtière, désertification, sécheresses prolongées, problématique de l’eau potable).

    Bruxelles, le 18 septembre 2025.

    Le président

    du Comité économique et social européen

    Oliver RÖPKE


    (1)  Voir les recommandations formulées dans l’avis du CESE intitulé « Diplomatie bleue et coopération dans le domaine de l’eau — Voies pour alléger la pression des migrations provoquées par le climat » (non encore paru au Journal officiel).


    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2026/35/oj

    ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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