LE COURAGE À L’HONNEUR: LES LAURÉATS DU PRIX SAKHAROV 2025

@European Union 2025 – Source: EP

Le prix Sakharov pour la liberté de l’esprit constitue la plus haute distinction accordée par l’Union européenne dans le domaine des droits humains. Décerné chaque année depuis 1988 par le Parlement européen, il rend hommage aux personnes ou organisations qui défendent la liberté de pensée et les droits fondamentaux. En 2025, il a été attribué à deux journalistes courageux qui ont payé le prix fort pour avoir défendu la dignité humaine et la démocratie dans leurs pays respectifs: il s’agit du journaliste biélorussien issu de la minorité polonaise, Andrzej Poczobut, et de la journaliste géorgienne, Mzia Amaglobeli, tous deux toujours emprisonnés et privés de tout contact (ou presque) avec le monde extérieur.

Le 16 décembre dernier, à Strasbourg, le Parlement européen a organisé la cérémonie de remise du prix Sakharov en présence de représentants des deux lauréats. Les deux autres finalistes étaient également de la partie, à savoir des représentants des journalistes et travailleurs humanitaires actifs en Palestine et dans toutes les zones de conflit, ainsi que des étudiants serbes qui manifestent depuis plus d’un an contre la corruption dans leur pays.

«Le Parlement européen est solidaire du combat d’Andrzej Poczobut et de Mzia Amaglobeli. Nous demandons leur libération immédiate, ainsi que celle de toutes les personnes détenues à tort. Nous maintiendrons la pression jusqu’à ce que tous soient libres... La démocratie n’advient pas sans peine; elle exige un engagement de tous les instants et le courage de passer à l’action, même quand le prix à payer est incroyablement élevé. C’est ce que les lauréats de cette année nous enseignent», a déclaré Roberta Metsola, la présidente du Parlement européen.

Jana Poczobut, qui a reçu le prix au nom de son père, s’est exprimée en ces termes: «Vous montrez que même lorsqu’une personne disparaît, ses principes ne peuvent disparaître avec elle. Et même lorsqu’une personne est réduite au silence, d’autres reprennent ses paroles.»

Andrzej Poczobut a passé des années à enquêter sur le régime oppressif en Biélorussie et à défendre la minorité polonaise dans ce pays. À la suite de mesures de répression ciblant l’Union des Polonais, il purge depuis 2021 une peine de huit ans d’emprisonnement dans une colonie pénitentiaire. Il est maintenu en isolement dans une cellule en béton. Sa famille ne lui a plus parlé ni ne l’a vu depuis cinq ans.

«Chaque jour, nous faisons le choix d’espérer, car l’espoir est la seule chose qui ne nous a pas été enlevée. Et tant de familles ont une histoire qui fait écho à la nôtre... Votre reconnaissance ne peut pas changer le passé, mais elle nous donne quelque chose d’extrêmement précieux pour l’avenir: la conviction que la justice et l’humanité ont toujours une place dans ce monde», a déclaré Jana Poczobut dans un discours émouvant tenu devant le Parlement.

La journaliste géorgienne Mzia Amaglobeli, cofondatrice et directrice des médias indépendants Batumelebi et Netgazeti, a été condamnée en janvier 2025 à deux ans de prison pour des accusations liées à une prétendue confrontation avec la police lors de manifestations antigouvernementales. Elle est devenue la première femme journaliste à être emprisonnée pour des motifs politiques depuis l’indépendance de la Géorgie.

Dans un discours lu lors de la cérémonie par son amie, la journaliste géorgienne Irma Dimitradze, Mme Amaglobeli a déclaré accepter le prix au nom de tous les prisonniers politiques injustement détenus et condamnés pour avoir lutté en faveur d’un avenir européen pour la Géorgie.

Pour Mme Amaglobeli, la Géorgie a été capturée par un régime qui sert les intérêts russes et détruit le journalisme indépendant, abolit les partis politiques d’opposition et démantèle les ONG en les qualifiant d’agents de l’étranger. C’est aussi un régime sans pitié qui réprime à coups de poings, d’amendes, d’arrestations et de chantages les citoyens qui descendent dans la rue depuis l’annonce de la suspension du processus d’adhésion de la Géorgie à l’Union européenne.

«Je souhaite que vous soyez aux côtés de la société géorgienne, de sa démocratie et de ses aspirations européennes, de la même manière que vous défendriez la liberté dans votre propre pays... Il est désormais incontestable que les forces à l’œuvre derrière les horreurs commises en Biélorussie, en Ukraine et en Géorgie se rapprochent du cœur de l’Europe. Elles se dirigent vers vos foyers, nous sommes simplement en travers de leur route», a mis en garde Mme Amaglobeli.

Si l’Ukraine et la Géorgie devaient être abandonnées à leur sort face à l’agression de la Russie, il s’agirait d’une erreur historique irréparable pour laquelle nous aurions tous un lourd tribut à payer.

«Le sort de notre combat ne dépend pas seulement de nous, car ce combat n’est pas seulement le nôtre. Nous avons besoin de votre solidarité et de votre aide... Luttez avec nous, luttez pour nous. Luttez comme vous le feriez pour la liberté dans votre propre pays. Utilisez tous les mécanismes à votre disposition, et faites-le avant qu’il ne soit trop tard», a conclu Mme Amaglobeli.

Rien qu’en Biélorussie, plus d’un millier de personnes restent emprisonnées pour des raisons politiques. Dans un article récent paru dans CESE info, Hanna Liubakova, journaliste biélorussienne en exil condamnée à dix ans de prison par contumace, écrivait que l’Union européenne et la communauté internationale ne doivent en rien relâcher la pression tant que toutes n’auront pas été libérées et que la répression systémique n’aura pas pris fin.

En juillet 2025, le CESE a signé un protocole d’accord avec les forces démocratiques biélorussiennes, représentées par Sviatlana Tsikhanouskaya, et réaffirmé son soutien sans faille à une Biélorussie démocratique. Ce protocole officialise une nouvelle phase de collaboration structurée visant à soutenir la société civile biélorussienne et ses aspirations européennes.

Séamus Boland, le président du CESE, a félicité le Parlement européen pour sa décision d’attribuer le prix Sakharov à Andrzej Poczobut et à Mzia Amaglobeli. Le CESE a exprimé sa solidarité envers les lauréats et leur combat pour la liberté et la démocratie.

«Je tiens à rappeler avec force qu’il n’y a pas de démocratie sans journalistes indépendants, car la liberté de la presse est le pilier de la démocratie», a déclaré M. Boland dans la vidéo du CESE consacrée au prix Sakharov.