European Economic
and Social Committee
Valoriser l’innovation nucléaire européenne grâce à un programme prêt à l’emploi
Il ne fait aucun doute que l’Europe doit réorienter sa production d’électricité vers des sources d’énergie propres, sûres et peu coûteuses. Le continent doit renforcer sa capacité énergétique nationale afin de répondre à l’appétit croissant pour l’électrification et à l’urgence de la décarbonation, tout en se détachant progressivement de ses dépendances externes de longue date. La souveraineté énergétique n’est plus seulement une aspiration environnementale ; elle constitue désormais un pilier de la résilience économique, de la compétitivité industrielle et de l’autonomie stratégique.
Comme l’a souligné Mario Draghi dans son rapport, « la décarbonation doit avoir lieu pour le bien de notre planète mais aussi pour qu’elle devienne une source de croissance pour l’Europe. » Cette vision met en avant le double objectif de la transition : protéger le climat tout en ouvrant de nouvelles opportunités industrielles, des cycles d’innovation et des emplois à travers l’Union. Atteindre cette ambition nécessite une recherche solide, une innovation continue et une gamme complète d’investissements, allant de la recherche fondamentale au déploiement à grande échelle sur les marchés et territoires.
Le programme de recherche et de formation Euratom
Il s’agit là de la mission centrale du Programme de recherche et de formation de la Communauté européenne de l’énergie atomique pour la prochaine période de programmation 2028–2032, avec un financement de 6,7 milliards d’euros destiné à asseoir le leadership de l’Europe dans le domaine nucléaire. Le Programme joue un rôle essentiel en amplifiant les investissements stratégiques dans la science, la technologie et la capacité industrielle nucléaires.
Il est conçu pour compléter Horizon Europe et son initiative ambitieuse de développement du projet « Moonshot Fusion » proposé, qui vise à surmonter les défis scientifiques, techniques et technologiques qui empêchent encore l’intégration de l’énergie de fusion sur le réseau européen. Un élément clé de cet effort est le financement continu du projet ITER, une initiative collaborative mondiale destinée à démontrer la faisabilité de la fusion comme source d’énergie viable, à grande échelle et sans carbone.
Renforcer l’innovation dans les technologies de fission
Bien que la fusion représente un espoir pour une énergie propre et transformative, elle demeure un projet à long terme et ne fournira pas de solutions immédiates. Par conséquent, l’Europe doit aussi renforcer l’innovation dans les technologies de fission, notamment le développement de conceptions de réacteurs innovantes comme les petits et les réacteurs modulaires avancés, ainsi que les progrès en matière de combustibles et de matériaux. Il est tout aussi essentiel de proposer des solutions sûres et responsables pour la gestion des déchets radioactifs et du combustible usé, en mettant l’accent sur l’ensemble du cycle du combustible nucléaire et sur des stratégies de gestion à long terme.
Le rôle des start-up et des partenariats industriels
Au-delà des grandes entreprises établies qui dominent le paysage du marché, les start-up innovantes ont un rôle important à jouer pour apporter agilité, idées novatrices et nouveaux modèles économiques à la chaîne de valeur. Leur participation peut accélérer le développement et l’adoption des technologies nucléaires. Des partenariats polyvalents et transfrontaliers sont donc essentiels pour renforcer les écosystèmes industriels européens.
Parallèlement, il convient de mettre l’accent sur le développement et le déploiement des technologies nucléaires à des fins non énergétiques, notamment dans le domaine médical, comme le diagnostic et le traitement du cancer, ainsi que dans l’exploration spatiale, l’innovation agricole et les procédés industriels avancés. Ces applications démontrent la valeur stratégique plus large de la science nucléaire au-delà de la production d’électricité et contribuent au bien-être de la société et à la souveraineté technologique.
Compétences, infrastructures et coopération internationale
Le déploiement de l’énergie nucléaire et des solutions associées nécessite une main-d’œuvre hautement qualifiée, de fortes compétences et des infrastructures de recherche accessibles et de classe mondiale. Le Programme doit donc veiller à ce que l’Europe continue de bénéficier d’experts, d’ingénieurs, de chercheurs et de techniciens qualifiés dans tous les États membres. La coopération internationale restera importante, mais les partenariats ne doivent être poursuivis qu’avec des partenaires fiables et dignes de confiance, partageant l’engagement de l’Europe en faveur de la sécurité, de la sûreté et des principes de non-prolifération.
Simplifier l’accès au financement de l’UE
Enfin, la simplification des mécanismes de financement de l’UE est essentielle pour garantir un meilleur accès au Programme du point de vue des bénéficiaires. Les procédures administratives devraient être rationalisées à toutes les étapes, de la demande jusqu’à l’octroi des subventions, pour permettre la participation des institutions de recherche, de l’industrie, des PME et des start-up partout en Europe. Le Programme doit être facilement accessible à tous les bénéficiaires potentiels et conçu pour garantir de solides synergies avec d’autres initiatives de l’UE. Pour rendre ces synergies vraiment viables, le financement devrait être basé sur une approche axée sur les résultats, avec des objectifs clairs, un impact mesurable et le respect total du principe de neutralité technologique.
Par Alena Mastantuono, Rapporteur pour l’avis TEN/864 Programme Euratom de recherche et de formation 2028-2032 et vice-présidente du CESE en charge du budget.