European Economic
and Social Committee
Construire une bioéconomie européenne compétitive grâce à des matériaux biodégradables issus de la nature
À mesure que l’UE avance vers la création d’une véritable économie circulaire durable, elle dispose d’une opportunité clé de renforcer sa bioéconomie, en combinant durabilité environnementale, utilisation efficace de la biomasse, compétitivité industrielle et cohésion territoriale. Les matériaux biodégradables issus de la nature peuvent réduire la pollution, compléter le recyclage lorsque les pratiques techniques ne sont pas efficaces, valoriser les déchets agricoles et les sous-produits, renforçant ainsi les économies rurales ; et stimuler l’innovation et la compétitivité européennes. Ce faisant, les matériaux biodégradables contribueraient à la transformation d’un secteur qui, comme le souligne Enrico Letta, a le potentiel de passer de 31 milliards d’euros à 100 milliards d’euros d’ici 2030, de créer 500 000 nouveaux emplois et d’économiser 21 mégatonnes d’émissions de CO2.
Lorsqu’on considère ces matériaux, l’approche la plus adaptée est celle qui privilégie les déchets organiques, les sous-produits et les matières premières de seconde génération , renforçant ainsi le secteur agroalimentaire sans créer de concurrence directe avec la chaîne d’approvisionnement alimentaire ni exercer de pression sur les terres agricoles fertiles. Parallèlement, deux principes restent fondamentaux : la hiérarchie des déchets et l’analyse du cycle de vie. Dans de nombreux cas, le recyclage technique continuera d’être la meilleure option, jouant un rôle central évident. Cependant, pour certains matériaux ou applications, les solutions biologiques, telles que les matériaux biodégradables d’origine naturelle, peuvent être appropriées et offrir un meilleur résultat environnemental.
De plus, pour s’assurer que les bioproduits soient utilisés efficacement, un environnement réglementaire prévisible et stable est essentiel. Les entreprises ont besoin de certitude et de garanties pour s’engager dans des solutions durables. Ainsi, les politiques et mesures réglementaires doivent garantir la prise en compte des matériaux biodégradables issus de la nature, promouvoir l’innovation, créer de nouvelles chaînes de valeur et réduire la dépendance extérieure aux matières premières fossiles.
Le débat actuel autour de la nouvelle Stratégie européenne pour la bioéconomie, et la Loi sur l’économie circulaire encore en attente, la future révision de la Directive sur les plastiques à usage unique et la mise en œuvre du Règlement sur les emballages et les déchets d’emballages (PPWR) sont particulièrement importants, surtout pour les matériaux dérivés de polymères naturels, dont le statut juridique en tant que non-plastiques n’est pas toujours reflété de manière cohérente dans l’ensemble du cadre juridique de l’UE.
À cet égard, si les critères de recyclabilité sont interprétés de manière trop restrictive, les solutions d’emballage innovantes conçues pour la circularité biologique pourraient rencontrer des obstacles, voire être exclues du marché. L’objectif réglementaire ne devrait pas être de limiter l’innovation par des définitions rigides, mais d’assurer que les matériaux mis sur le marché puissent démontrer une performance environnementale crédible. Ainsi, une approche réglementaire plus favorable, fondée sur la science, refléterait mieux la réalité technologique et soutiendrait la compétitivité européenne dans les matériaux biodégradables avancés issus de la nature.
Par ailleurs, l’innovation doit s’accompagner de confiance. Des garanties solides sont nécessaires pour s’assurer que la biodégradation ne conduise pas à des résidus persistants ou à d’autres impacts non intentionnels. Un marché stable pour ces matériaux issus de la nature ne pourra émerger que si les entreprises, les régulateurs et les consommateurs peuvent compter sur des normes communes et cohérentes. Ainsi, si l’UE souhaite créer des marchés de référence pour les matériaux biodégradables d’origine naturelle, elle doit le faire à travers des normes de recyclabilité communes, prévisibles, proportionnées et applicables à l’ensemble de l’UE. Cela contribuerait également à la réduction des barrières au sein du marché unique européen. Une fragmentation réglementaire entre États membres concernant la prise en compte des matériaux biodégradables issus de la nature augmenterait les coûts et nuirait à l’investissement des entreprises, à la sécurité juridique et à la compétitivité.
Pour toutes ces raisons, la stratégie est claire : l’UE doit promouvoir les matériaux biodégradables issus de la nature dans le cadre d’une stratégie globale d’économie circulaire favorisant l’innovation et l’autonomie stratégique. Cet engagement requiert un cadre cohérent, fondé sur des preuves scientifiques et compatible avec les réalités industrielles et commerciales. Si elle est menée correctement, les matériaux biodégradables issus de la nature peuvent soutenir un véritable modèle d’économie circulaire, créer de nouveaux emplois, encourager l’innovation, renforcer le leadership industriel européen et contribuer à un objectif commun : renforcer la compétitivité, l’autonomie stratégique et la cohésion territoriale européenne.
Par Josep Puxeu Rocamora, membre du Groupe des employeurs du CESE et membre du Groupe d’étude de l’Avis NAT/970 Une stratégie globale pour des matériaux biodégradables d’origine naturelle afin de favoriser la circularité et l’efficacité des ressources, renforcer le secteur agroalimentaire et développer la bioéconomie de l’UE.