Intelligence artificielle: 18 % des chercheurs 
de haut niveau à travers le monde sont européens, 
mais seuls 10 % travaillent en Europe

This page is also available in

Lors de la session plénière de juillet du Comité économique et social européen, M. Jayant Narayan, du Forum économique mondial, a attiré l’attention sur le fait que, pour être compétitive, l’Europe doit investir dans des actions à moyen et long terme afin de créer un écosystème dans lequel l’IA peut prospérer.

Lors de sa dernière session plénière avant la pause estivale, le CESE a organisé un débat sur le thème «Intelligence artificielle et valeurs réelles: notre avenir numérique», auquel a pris par Jayant Narayan, responsable de la Global AI Action Alliance (Alliance mondiale pour l’action en matière d’IA) du Forum économique mondial. Ce débat a également été l’occasion de présenter trois rapports du CESE consacrés aux objectifs numériques de l’UE pour 2030, aux possibilités économiques et sociales offertes par la numérisation et à la numérisation pour tous.

Christa Schweng, présidente du CESE, a ouvert le débat en soulignant à quel point la numérisation est essentielle pour concrétiser la vision d’une «Union qui soit prospère sur le plan économique, inclusive sur le plan social et durable sur le plan environnemental», vision sur laquelle elle a centré son mandat. Les données et l’IA en sont l’un des éléments clés.

«L’IA continue de changer notre manière de vivre, de travailler, d’apprendre et d’interagir», a-t-elle déclaré. «Le moment est venu d’aller au-delà d’un cadre et de mettre en pratique de véritables valeurs pour notre avenir numérique», en commençant par l’inclusion. 

PME: pas de solution miracle en matière d’IA

Mettant en exergue les défis auxquels sont confrontées les PME dans le cadre du déploiement de l’IA, Jayant Narayan a souligné que si de nouvelles solutions commencent à émerger, comme l’intelligence artificielle sans code, qui permet aux entreprises et aux particuliers de travailler sur des outils de type «glisser-déposer» pour développer leurs propres solutions d’IA sans avoir à engager d’experts en mégadonnées parfaitement formés, il ne s’agit pas pour autant d’une solution miracle. Une PME qui achète une solution d’IA parce qu’elle ne dispose pas des ressources nécessaires pour la développer en interne doit se demander s’il est bien sûr de partager ses données avec l’entreprise qui met en place ladite solution.

Les dialogueurs numériques, les prévisions de prix et la sensibilisation des consommateurs sont quelques-unes des solutions faciles à déployer que les PME avaient commencé à explorer. Elles permirent d’obtenir de rapides succès. Il importe toutefois de prévoir également un horizon à moyen et long terme en vue de doter les PME des moyens nécessaires pour développer les capacités locales, internes dont elles ont besoin pour déployer l’IA. C’est là qu’entrent en jeu des aspects essentiels tels que les compétences, qui, dans le cas de l’IA et de la science des données, ne s’acquièrent pas du jour au lendemain. Le financement et le soutien à l’innovation ont joué un rôle clé dans ceprocessus.

Au cours du débat, M. Narayan est revenu sur l’importance de l’écosystème, en réponse à une question sur les raisons pour lesquelles l’Europe est à la traîne des États-Unis et de la Chine en matière d’IA. 

En ce qui concerne les États-Unis, il a indiqué que, si cette situation s’explique par de multiples raisons, le soutien et le financement du gouvernement ont joué un rôle de premier plan, de l’émergence de la Silicon Valley à l’approbation bipartisane de la récente loi sur l’innovation et la concurrence (Innovation and Competition Act), qui a ouvert la voie à une dépense de 250 milliards de dollars en faveur des technologies et de l’innovation. 

«Un tel financement crée le type de marché sur lequel la plupart de vos chercheurs et spécialistes des données de haut niveau se retrouveront eux aussi. Et il ne s’agit pas d’une solution à court terme, mais plutôt d’une vision à moyen et long terme en vue de la création d’un écosystème dans lequel, non seulement, vous générez de la valeur locale, mais vous vous trouvez aussi à l’avant-garde de ce processus». Il a cité plusieurs études récentes qui montrent que, si 18 % des scientifiques de haut niveau dans le domaine de l’IA à travers le monde sont européens, seulement 10 % d’entre eux travaillent effectivement en Europe.

L’intelligence artificielle bénéficie-t-elle vraiment à tous?

M. Narayan a également abordé la question de l’intelligence artificielle et de la société civile et celle de savoir si le développement de l’IA bénéficie véritablement à tous ou s’il sert plutôt les intérêts de certains groupes.

Citant des études qui montrent qu’entre 30 et 40 % des recettes récentes d’Amazon proviennent de recommandations formulées par l’IA à l’intention des consommateurs, M. Narayan a souligné que celle-ci est effectivement omniprésente et que c’est la raison pour laquelle la robustesse, l’explicabilité, la confiance et la transparence revêtent une telle importance. Des progrès ont été accomplis en matière d’explicabilité, par exemple avec l’AIX 360, afin d’éclaircir quelque peu la prise de décision automatique. Des évolutions ont également été observées sur le plan de la sécurité, notamment dans le domaine de l’IA dite «on the edge». Mais il s’agit là de solutions de pointe auxquelles on ne peut s’attendre à ce que tout le monde ait accès. 

Bien que les principes énoncés autour de ces questions ne manquent pas – quelque 200 à 300 principes ont été recensés – M. Narayan a expliqué que la principale préoccupation est de savoir s’ils sont réellement mis en pratique et si les intérêts de la société civile sont protégés. 

M. Narayan prévoit que les progrès dans la mise en œuvre de l’IA s’appuieront sur la combinaison de cadres réglementaires du secteur public et des cadres de l’industrie, notamment des grandes entreprises technologiques, qui recrutent à présent des scientifiques en formation double et des équipes plus diversifiées.

Grâce au dialogue entre le secteur et les autorités de régulation, les choses devraient évoluer pour éventuellement parvenir à un point où l’industrie commencerait à prendre des mesures, même sur une base volontaire.

Numérisation: les défis à venir 

Au cours du débat, Gonçalo Lobo Xavier, rapporteur de l’avis du CESE sur les objectifs numériques de l’UE à l’horizon 2030, a déclaré: «Nous ne pouvons pas craindre l’IA. Nous ne pouvons pas craindre les progrès et la numérisation dans nos vies sociale, économique et privée. Ce que nous devrions craindre, c’est de manquer les occasions ou de ne pas créer les conditions idéales pour tirer parti de la technologie et du progrès. La crainte que la numérisation et/ou l’intelligence artificielle voleront nos emplois existe dans l’esprit des Européens. C’est la raison pour laquelle une réglementation est également nécessaire. Mais nous ne pouvons pas arrêter le temps. Oui, il est important de défendre l’emploi et les droits sociaux, mais les effets secondaires des lenteurs dues au fait d’attendre de disposer d’un cadre juridique pour tout nuiront à l’avenir. Il est dès lors important de faire preuve d’audace». 

Antje Gerstein, rapporteure de l’avis du CESE sur les possibilités économiques et sociales offertes par la numérisation, a déclaré: «La crise de la COVID-19 a mis en lumière le retard numérique, mais aussi l’énorme potentiel de la numérisation dans l’UE. Selon les prévisions, les bénéfices de l’achèvement du marché unique numérique devraient contribuer à hauteur de 450 milliards d’euros par an à la production économique de l’UE. Les PME ont un rôle particulièrement important à jouer. Elles doivent attirer les investissements nécessaires leur numérisation, mais nombre d’entre elles sont tout simplement sur les genoux à cause de la pandémie. Nous devons en outre comprendre que les modèles commerciaux numériques façonneront de plus en plus notre monde du travail. Il importe de concevoir ces modèles de sorte qu’ils soient axés sur les personnes et les valeurs». 

Philip von Brockdorff, rapporteur de l’avis du CESE sur la numérisation pour tous, a expliqué: «La numérisation doit être accessible à toutes les catégories de la population. Les entreprises, les travailleurs et les personnes en général doivent être préparés à cette transformation numérique et, à cette fin, nous devrons renforcer nos systèmes éducatifs au cours des prochaines années. La préparation à la numérisation requiert d’engager suffisamment de fonds européens; il s’agira notamment d’utiliser efficacement le Fonds pour une transition juste dans le cadre de NextGenerationEU, mais aussi le programme pour une Europe numérique. Il est tout aussi important que tout cela passe par un processus de dialogue social et se fasse dans le respect des droits des travailleurs, y compris les personnes travaillant à domicile».

See also