Débat dans le cadre de la Journée internationale des droits des femmes: Mettre fin aux stéréotypes de genre dans l’éducation pour donner aux femmes les moyens de voir grand

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes 2023, le Comité économique et social européen (CESE) a organisé un débat sur le démantèlement des stéréotypes de genre dans l’éducation, qui empêchent toujours les filles et les jeunes femmes de faire leurs propres choix d’études et de carrière et d’exploiter pleinement leur potentiel professionnel.

Les stéréotypes et rôles de genre, instillés dès le plus jeune âge, empêchent souvent les femmes et les hommes de suivre le parcours professionnel de leur choix. La déconstruction des stéréotypes de genre est lente et laborieuse et requiert des efforts à tous les niveaux de la société, qu’il s’agisse de former les enseignants et de lutter contre le langage sexiste dans les médias et les écoles, ou d’attirer un plus grand nombre de femmes dans les secteurs techniques ou scientifiques et davantage d’hommes dans des professions traditionnellement perçues comme féminines, telles que l’enseignement maternel et primaire ou les services et les soins à la personne.

Pour parvenir à l’égalité entre les hommes et les femmes, il est essentiel de veiller à ce que toutes les filles et jeunes femmes bénéficient d’une éducation de qualité. Il s’agit de leur donner le pouvoir de faire leurs propres choix et de construire un avenir meilleur pour elles-mêmes et leurs familles. Il peut se produire des choses étonnantes lorsque les femmes ont les moyens de voir grand, a déclaré Christa Schweng, présidente du CESE, en ouvrant le débat.

Le CESE s’est engagé à amplifier la voix des filles et des jeunes femmes afin de la faire entendre au niveau de l’Union. Ce n’est qu’ensemble que nous pourrons réaliser des progrès concrets sur la voie d’une Union de l’égalité, a ajouté Mme Schweng.

Le débat sur le thème Rose ou bleu — Démanteler les stéréotypes de genre dans l’éducation, organisé par la section Emploi, affaires sociales et citoyenneté du CESE, a réuni des membres du CESE et des représentantes de la plateforme pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, du Lobby européen des femmes et du Comité syndical européen pour l’éducation (CSEE).

Les intervenantes ont souligné l’incidence néfaste des stéréotypes de genre dans l’éducation, qui donnent lieu, ultérieurement, à une ségrégation sur le marché du travail, laquelle se traduit à son tour par un nombre très inférieur de femmes occupant des emplois bien rémunérés ou dans des branches scientifiques. Près des trois quarts des étudiants dans les domaines de l’ingénierie, de l’industrie manufacturière et de la construction sont des garçons, tandis que les femmes représentent la majorité des étudiants dans le secteur de la santé et du bien-être. Seulement 41 % des scientifiques de l’Union, et moins d’un spécialiste des technologies de l’information sur cinq, sont des femmes.

En outre, des études récentes ont montré les effets délétères des stéréotypes de genre sur l’économie: selon les estimations, les possibilités d’éducation limitées pour les filles entraînent une perte de productivité et de revenus tout au long de la vie qui coûte aux États entre 15 000 et 30 000 milliards de dollars. D’autres estimations indiquent qu’un plus grand nombre de filles et de femmes dans le domaine des sciences, de la technologie, de l’ingénierie et des mathématiques (STIM) augmenterait le PIB de l’UE de 610 milliards d’euros d’ici à 2050.

Brikena Xhomaqi, directrice de la plateforme pour l’éducation et la formation tout au long de la vie, a souligné l’importance de l’éducation et de l’accueil de la petite enfance, étant donné que les stéréotypes de genre sont instillés dans l’esprit des enfants dès leur plus jeune âge. Par la suite, les stéréotypes ont une influence négative sur la confiance des femmes, qui non seulement sont moins représentées dans les secteurs techniques, mais occupent aussi moins souvent des postes à responsabilités dans des secteurs où travaillent davantage de femmes, comme les arts et les sciences humaines.

Mme Xhomaqi a également insisté sur le rôle essentiel de l’apprentissage tout au long de la vie dans le développement personnel et professionnel, mais là aussi, les femmes sont souvent désavantagées et marginalisées en raison de leurs responsabilités familiales.

L’accent est mis principalement sur l’égalité entre les femmes et les hommes, mais il s’agit d’une approche très binaire et restrictive qui se concentre principalement sur l’enseignement scolaire. Toutefois, l’éducation formelle et non formelle a également son importance, et l’Europe n’investit pas suffisamment dans les systèmes d’éducation et de formation au sens large, a déclaré Mme Xhomaqi.

Line Gessø Storm Hansen, du Lobby européen des femmes, a abordé la nécessité de repenser notre système de valeurs dans son ensemble. Ainsi, les soins à la personne ne sont pas aussi valorisés que les secteurs techniques ou les STIM, et les emplois y sont par conséquent faiblement rémunérés. Lorsque les femmes deviennent prépondérantes dans une profession, les salaires n’augmentent pas autant que dans les secteurs où les hommes sont plus nombreux, a-t-elle déclaré, ajoutant qu’avant 1800, les services et les soins à la personne étaient exclusivement dispensés par des hommes.

Notre vision est celle d’une Europe féministe où filles et garçons ont les mêmes chances dans la vie. C’est la raison pour laquelle nous devons déconstruire les rôles stéréotypés nuisibles attribués aux filles et aux garçons dès leur plus jeune âge. En temps de crise, les droits des femmes régressent et sont menacés. Il serait préférable que l’Union européenne veille à garantir ces droits, plutôt que de laisser les États membres seuls maîtres à bord, a conclu Mme Gessø Storm Hansen.

Susan Flocken, directrice européenne du Comité syndical européen pour l’éducation (CSEE), a insisté sur la nécessité d’éduquer et de former les enseignants en matière d’égalité entre les femmes et les hommes. En aidant les enseignants, nous leur permettrons d’apporter un soutien aux étudiants, a-t-elle affirmé.

Elle a également souligné qu’il était indispensable d’attirer davantage d’hommes dans l’enseignement maternel et primaire, qui est actuellement dominé par les femmes. Cela s’explique notamment par le fait qu’en travaillant dans l’enseignement, les femmes peuvent concilier vie professionnelle et vie privée grâce à des horaires de travail plus propices et des vacances plus longues.

Maria Nikolopoulou, présidente du groupe ad hoc du CESE sur l’égalité, a attiré l’attention sur l’importance des écoles en tant que microcosme de la société. En collaboration avec les parents, les enseignants devraient insuffler aux enfants les valeurs d’égalité, y compris sur le plan émotionnel, en encourageant les garçons à ne pas se cacher derrière la carapace de la force physique et mentale, et en renforçant l’estime de soi des filles. Ils peuvent également travailler sur les compétences des enfants, par exemple en promouvant les disciplines technologiques chez les filles ou en incitant les garçons à s’intéresser aux matières ou aux sports qui, traditionnellement, rencontrent davantage de succès auprès des filles.

Pour parvenir à une véritable égalité entre les hommes et les femmes, nous devons créer un espace à cette fin. L’égalité effective, cela signifie que les femmes ont les mêmes chances de faire ce que font les hommes, et que les hommes prennent l’habitude de faire ce que font les femmes, sans en avoir honte, a conclu Mme Nikolopoulou.

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