European Economic
and Social Committee
Une occasion unique s’offre à Chypre d’imposer sa marque à l’Union européenne en donnant la priorité à la compétitivité
Depuis quelques années, Chypre, qui se prépare à prendre les rênes de la présidence tournante de l’Union européenne, s’est imposée à bas bruit comme l’un des principaux centres d’affaires en Europe. Elle se place dans le peloton de tête des États membres pour ce qui est du taux de survie des jeunes pousses durant leur première année d’existence.
Après la décennie tumultueuse qui a suivi la crise financière, Chypre écrit une nouvelle page de son histoire en attirant des créateurs d’entreprise et des entrepreneurs qui savent apprécier l’environnement propice aux affaires qui prévaut sur l’île. Il se peut aussi que le climat particulièrement clément de la Méditerranée orientale joue aussi son rôle dans cette attractivité.
À partir de janvier 2026, le pays exercera la présidence de l’Union pour la deuxième fois depuis son adhésion. Les enjeux internationaux ont beau être beaucoup plus exigeants qu’alors, le pays aborde ses responsabilités dans des conditions nationales bien plus favorables qu’en 2012. Les priorités données à la sécurité, et tout particulièrement à la sûreté maritime, mais aussi à la gestion et la résilience de l’eau, arrivent à point nommé.
Lorsque l’on échange avec le président de la République et les ministres compétents, on ne peut qu’être impressionné par la force de la volonté et la motivation partagées de faire de cette présidence un succès. Chypre entend faire de sa taille modeste un atout, en se positionnant comme un intermédiaire honnête crédible à la table des négociations, avec pour but de faire avancer non seulement les propositions «omnibus», mais encore le cadre financier pluriannuel de l’Union.
Cette présidence offre l’occasion d’orienter le programme de l’Europe vers ce qui compte réellement: accélérer la compétitivité, négocier un budget à long terme axé sur la compétitivité, en veillant à ce que sécurité et croissance progressent de conserve.
Donner les moyens d’agir aux PME et aux champions locaux
La véritable force de l’Europe réside certes dans ses petites et moyennes entreprises, mais celles-ci restent entravées par les obligations administratives et sont parfois désorientées par une mise en œuvre des règles disparate. Chypre peut saisir la chance qui s’offre à elle de prendre l’initiative d’harmoniser les cadres numériques et réglementaires, de simplifier la réglementation et de faire progresser l’union des marchés des capitaux dans l’optique d’apporter aux PME de véritables financements en fonds propres et en capital-risque.
S’il existe parmi les entreprises européennes de nombreux «champions cachés» d’envergure mondiale, le fossé technologique avec les États-Unis et la Chine se creuse. Notre dépendance à l’égard des fournisseurs d’IA et de technologies numériques issue de pays tiers apparaît non seulement comme un problème de productivité, mais aussi comme un problème de sécurité. L’incapacité à sécuriser les infrastructures critiques du fait de la dépendance technologique expose l’Europe à des vulnérabilités.
Au CESE, nous demandons une politique coordonnée en matière d’investissement et de concurrence afin de briser la domination des géants du numérique, souvent non européens. Le développement de chaînes de valeur européennes en matière d’IA est indispensable à la compétitivité et à la sécurité à long terme.
Le CFP: un levier stratégique
Le prochain cadre financier pluriannuel (CFP) pour la période 2028-2034 représente bien plus qu’un budget — c’est le schéma directeur qui oriente l’avenir économique de l’Europe. Les partenariats public-privé étant au centre des préoccupations, les entreprises deviennent des moteurs stratégiques de l’innovation, du développement de la main-d’œuvre et de la compétitivité.
La présidence chypriote de l’Union européenne fera avancer les négociations sur le CFP, et une occasion décisive s’offre à elle de faire valoir la simplification des formalités administratives en matière de financement et l’assouplissement des règles de cofinancement de manière à s’assurer que les petites entreprises ne soient pas laissées pour compte. Si elle parvient à mettre sur la table une proposition de budget axée sur l’investissement dans les infrastructures numériques, des solutions d’IA adaptées aux PME ou encore un renforcement agressif des compétences, l’Europe garde une réelle chance de doper la productivité et de sécuriser son avenir industriel, tout en respectant sur ses normes et en s’appuyant sur elles.
L’Europe a cruellement besoin d’investissements spécifiques dans les infrastructures. Mario Draghi a récemment mis à jour les chiffres figurant dans son rapport initial, montrant que des investissements annuels à hauteur de 850 milliards d’EUR sont nécessaires pour maintenir la compétitivité de l’Union, la rendre plus résiliente et améliorer la cohésion sociale et régionale. Le CFP ne peut pas y parvenir à lui seul, mais s’il est conçu de manière intelligente, il peut mobiliser les investissements privés nécessaires.
L’eau: le bien stratégique dont le besoin apparaît le plus impérieux pour l’Europe
Chypre est malheureusement confrontée à une crise de l’eau qui menace l’agriculture, le tourisme et la stabilité régionale. Il est donc guère surprenant d’apprendre qu’elle a fait de la résilience dans le domaine de l’eau la priorité absolue de l’Union en matière de durabilité. Rappelons que les fuites entraînent la perte d’environ 25 % de l’eau potable en moyenne dans l’Union européenne, un chiffre qui peut grimper jusqu’à 60 % dans certaines régions d’Europe. Il existe donc de nombreuses possibilités d’amélioration.
Le CESE a défendu un «pacte bleu pour l’Europe» assorti d’objectifs ambitieux, d’innovations technologiques et d’investissements dans la réutilisation de l’eau, la surveillance intelligente ou encore le dessalement alimenté par des énergies renouvelables. Rien de moins qu’une action décisive risque d’exposer non seulement les sociétés méditerranéennes et d’affaiblir la cohésion de l’Union. Chypre est particulièrement bien placée et motivée pour œuvrer en faveur de résultats rapides, d’objectifs clairs et de l’obligation de rendre des comptes, afin, non seulement de payer des services à la carte, mais aussi d’insuffler une véritable dynamique pour les territoires européens que la pénurie d’eau menace. L’heure est venue pour Chypre de montrer à l’Europe ce que signifie le mot «leadership»!
Le programme en matière de sécurité
Chypre prend la présidence à un moment qui est crucial pour l’Ukraine. Située dans une région sensible sur le plan géopolitique, elle comprend la nécessité d’être extrêmement prudent dans la conduite des négociations diplomatiques.
Pour le groupe des employeurs du CESE, il est absolument clair que le soutien à l’Ukraine n’est pas un jeu à somme nulle. Il s’agit d’un investissement dans la stabilité à venir de l’Europe. L’aide à la reconstruction offre une occasion unique de rebâtir le potentiel industriel de l’Europe. Les entreprises européennes seront à l’avant-garde de la restauration des infrastructures et des réseaux énergétiques et numériques de l’Ukraine, en créant des contrats, des partenariats et une demande allant bien au-delà de l’UE.
À notre frontière sud-est, Chypre a mis en place de multiples formats de coopération avec ses voisins orientaux. Ces actions sont extrêmement précieuses pour garantir des canaux de communication ouverts et établir des partenariats stables dans une région stratégique sur le plan géopolitique Elles offrent aussi des possibilités de coopération économique.
Par Sandra Parthie, présidente du groupe des employeurs du Comité économique et social européen.
Publié à l’origine dans la revue européenne de la Chambre de commerce de Finlande.