Les régions frontalières de l’Europe orientale : la ligne de front de l’UE mérite une véritable stratégie, pas des mesures de fortune

De la Baltique à la mer Noire, les régions frontalières orientales de l’Europe ne sont plus des confins éloignés de l’Union. Elles sont les lieux où la sécurité et la souveraineté de l’Europe sont mises à l’épreuve — chaque jour, brutalement, sans faux-semblants.

Dans l’ombre de la guerre menée par la Russie contre l’Ukraine et de la complicité du Belarus, ces régions sont devenues l’avant-garde stratégique de l’UE. Pourtant, Bruxelles continue de les traiter comme une simple question de cohésion, plutôt que comme une urgence géopolitique.

La communication de la Commission européenne, « Des régions fortes pour une Europe sûre », va dans la bonne direction en reconnaissant leur rôle stratégique. Mais ce texte ressemble davantage à un diagnostic sans plan de traitement, ni financement à la hauteur.

Ces régions subissent une convergence de pressions auxquelles les instruments classiques de l’UE ne peuvent pas répondre : guerre hybride, déclin démographique avec des pertes de plus de 17 % en une décennie, et perturbations économiques, l’invasion russe ayant freiné la croissance, alimenté l’inflation et coupé les routes commerciales, transformant les pôles transfrontaliers en impasses.

Cela ne peut pas être réglé à l’aide des seuls outils de cohésion, car il s’agit d’une faille géopolitique.

Dans le même temps, ces régions ont fait preuve d’une résilience remarquable : elles ont rapidement réduit leur dépendance énergétique à la Russie, renforcé leurs capacités de défense et adapté leurs économies sous une pression extrême. Elles sont devenues des terrains d’essai pour l’innovation en matière de sécurité, de logistique et de réponse aux crises, tout en maintenant des marchés ouverts et en soutenant l’Ukraine.

Cette résilience n’est pas seulement une réussite ; c’est aussi un avantage compétitif. Elle montre qu’avec le bon soutien, ces régions peuvent devenir des moteurs de stabilité, d’innovation et de croissance pour l’ensemble de l’Europe.

Des initiatives comme Eastern Flank Watch et l’Initiative européenne pour la défense par drones sont bienvenues, mais la politique de cohésion, à elle seule, ne peut pas absorber un choc d’une telle ampleur.

Ce qu’il faut, c’est un bouclier européen unifié — sur terre, dans les airs, en mer, dans le cyberespace et dans l’espace — soutenu par un financement de crise dédié. Les infrastructures à double usage doivent être prioritaires : corridors RTE-T de la Baltique à la mer Noire et à la mer Égée ; réseaux énergétiques résilients, libérés du gaz russe ; liaisons ferroviaires avec l’Ukraine et la Moldavie pour relancer le commerce ; et connectivité numérique via la fibre et IRIS. Ces investissements doivent soutenir l’emploi local, les PME et les chaînes d’approvisionnement régionales.

Le choix de la Commission de réaffecter des fonds existants par des ajustements à mi-parcours de la politique de cohésion et une hausse du cofinancement n’est pas une stratégie ; c’est de l’incrémentalisme. L’ampleur du défi dépasse les budgets nationaux.

Il n’y a pas d’autre solution que de demander de nouveaux financements dans le cadre financier pluriannuel 2028-2034 : un soutien ciblé dans le cadre du Fonds européen pour la compétitivité, au moyen d’appels à projets spécifiques pour les régions frontalières orientales.

Une facilité EastInvest devrait être lancée dès maintenant, en combinant subventions, garanties InvestEU et BEI pour réduire les coûts d’emprunt des PME, ainsi que des guichets uniques pour les investisseurs. Les règles en matière d’aides d’État devraient être révisées et adaptées aux besoins spécifiques des régions frontalières orientales, parallèlement à un soutien renforcé à l’investissement.

L’objectif doit passer de la compensation à la transformation, notamment grâce à des missions Horizon Europe sur les technologies de défense, la bioéconomie et les pôles d’énergie propre. Il ne s’agit pas de combler des lacunes, mais de reconstruire la résilience.

Dans le même temps, les programmes européens pour la jeunesse — ALMA, la garantie pour la jeunesse, le corps européen de solidarité — doivent évoluer pour devenir de véritables outils de maintien sur place, offrant compétences, logement et garde d’enfants, afin de répondre à la crise démographique silencieuse.

Une initiative de revitalisation démographique devrait soutenir les familles et les personnes de retour, ainsi que des mesures de santé mentale pour les populations vivant sous pression permanente. Les programmes culturels et éducatifs peuvent renforcer la résilience sociétale : c’est aussi une politique de sécurité.

La Commission devrait inscrire cette approche dans un dialogue annuel de haut niveau sur les régions frontalières orientales, un cadre stratégique post-CFP au titre de l’Agenda territorial 2030, et un suivi régulier des indicateurs socio-économiques et de sécurité. Ces régions doivent être traitées comme une priorité européenne commune.

L’Est de l’Europe n’est pas une périphérie ; c’est la première ligne. Des régions fortes signifient une Europe sûre, mais seulement si l’ambition s’accompagne de ressources. Le Comité économique et social européen a tracé la voie dans son avis « Stratégie pour les régions frontalières orientales ». L’UE doit désormais la suivre.

Par Katrina Zarina, membre du Groupe des employeurs du CESE et rapporteure de l’avis ECO/697 « Stratégie pour les régions frontalières orientales ».

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