La résilience hydrique à un tournant : la contribution du CESE à la Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026

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La Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026 intervient à un moment décisif pour la gouvernance mondiale de l’eau. Alors que l’augmentation de la demande liée aux activités économiques, l’utilisation non durable de l’eau, la croissance démographique et le changement climatique exercent une pression croissante sur les ressources hydriques, l’eau est devenue un enjeu central pour la résilience sociale et économique, la stabilité sociale et le développement durable. Dans son avis dédié, le Comité économique et social européen (CESE) expose une vision stratégique de l’action mondiale, fondée sur ses travaux relatifs au Pacte bleu de l’UE et nourrie par l’expérience des employeurs, des travailleurs et de la société civile organisée.

Le CESE considère cette Conférence comme un tournant, car les progrès actuels restent insuffisants : au rythme actuel, une gestion durable de l’eau ne sera pas atteinte avant 2049. Le stress hydrique devient de plus en plus une contrainte sociale et sociétale, qui affecte les communautés locales, les écosystèmes, ainsi que les performances économiques et des chaînes de valeur entières. Le Comité souligne que l’eau doit être abordée au-delà des seuls cadres environnementaux et climatiques, compte tenu de ses effets transversaux sur la résilience économique, la cohésion sociale, les systèmes énergétiques et la santé publique.

En outre, dans le contexte géopolitique actuel, nous avons vu les infrastructures hydriques devenir la cible d’attaques armées, menaçant directement le droit humain à l’eau et compromettant la stabilité régionale. La Conférence des Nations unies sur l’eau constituera une enceinte importante pour que la communauté internationale reconnaisse sans ambiguïté que ces attaques constituent une violation du droit international et qu’elles doivent être clairement condamnées.

La Conférence des Nations unies peut donner l’élan nécessaire pour placer la résilience hydrique au sommet de l’agenda mondial. Le CESE appelle à un changement de paradigme, passant d’un usage fragmenté et linéaire de l’eau à des systèmes circulaires, en reconnaissant l’eau comme un bien public ayant une valeur sociale, environnementale et économique, intégrée dans l’ensemble des politiques.

Des propositions concrètes pour une action mondiale

La contribution du CESE présente un ensemble complet de recommandations visant à accélérer la résilience hydrique à l’échelle mondiale.

Une première priorité est la mise en place d’une gouvernance intégrée et transversale. Le CESE estime que l’eau doit être intégrée dans toutes les politiques pertinentes — notamment industrielles, agricoles, climatiques et financières — grâce à une action coordonnée entre les secteurs et les différents niveaux de gouvernement. Le CESE souligne que l’UE devrait conduire cet effort à l’échelle mondiale par une « diplomatie bleue », afin de garantir que la résilience hydrique soit intégrée dans les cadres de gouvernance mondiale.

Une proposition centrale consiste à introduire un « test eau » pour évaluer l’impact de la législation et des politiques sur les ressources hydriques, l’efficacité et la résilience. S’il était adopté au niveau de l’UE, cet outil contribuerait à garantir la cohérence des politiques et pourrait servir de modèle à d’autres régions.

Le CESE appelle également à une transition vers une société sobre en eau, reposant sur la réduction de la consommation et de la pollution, l’amélioration de l’efficacité, la réutilisation de l’eau ainsi que la transformation des eaux usées en ressource. Il propose des objectifs mondiaux, notamment une amélioration d’au moins 10 % de l’efficacité de l’utilisation de l’eau d’ici à 2030, conformément à l’ambition de la stratégie européenne pour la résilience de l’eau.

Le CESE reconnaît que le sous-investissement constitue un défi mondial et appelle à faire de l’eau une priorité stratégique en matière de financement. Les financements publics doivent être complétés par des capitaux privés, des financements mixtes et de meilleurs cadres d’investissement afin de déployer des solutions à grande échelle. En outre, le Comité met en avant l’importance des solutions fondées sur la nature, telles que les zones humides, en tant qu’infrastructures essentielles pour le stockage de l’eau, l’adaptation au changement climatique et la résilience. Ces solutions devraient être déployées à grande échelle.

Enfin, nous soulignons l’importance des données, de la numérisation et du suivi, en appelant à des indicateurs harmonisés et à des cadres mondiaux permettant de mesurer les progrès, de soutenir une prise de décision fondée sur des données probantes et de garantir la redevabilité aux niveaux européen et mondial.

Le rôle essentiel de la société civile dans le renforcement de la résilience hydrique

L’un des messages centraux du CESE est qu’une politique de l’eau efficace ne peut être conçue ni mise en œuvre sans la participation active des principales parties prenantes sur le terrain. Les employeurs, les travailleurs et les organisations de la société civile sont particulièrement bien placés pour répondre aux défis liés à l’eau de manière équilibrée, en tenant compte des réalités sociales, économiques et environnementales locales.

Être à l’écoute de la société civile est également essentiel pour préserver l’eau en tant que bien public et droit humain fondamental. Les politiques doivent refléter les besoins et les attentes des communautés, en particulier des groupes vulnérables, et garantir un coût abordable ainsi qu’un accès universel. Sans cette perspective, il existe un risque que les stratégies restent déconnectées des défis réels.

De plus, une gouvernance inclusive renforce la légitimité, la transparence et la redevabilité. En associant les parties prenantes à la prise de décision, les autorités publiques peuvent favoriser la confiance et la responsabilité collective. Le CESE souligne que la sensibilisation du public et la participation sont essentielles pour obtenir les changements de comportement nécessaires à la transition vers une société sobre en eau.

En fin de compte, le changement n’est possible qu’en reliant les personnes aux solutions, en partageant les connaissances et en soutenant les communautés dans leur adaptation à l’évolution des réalités liées à l’eau. C’est pourquoi le CESE appelle l’UE à intégrer les contributions de la société civile dans sa position ainsi que dans les résultats de la Conférence des Nations unies sur l’eau.

Vers un agenda mondial pour la résilience hydrique

La Conférence des Nations unies sur l’eau de 2026 offre une occasion majeure de redéfinir la manière dont l’eau est gérée à l’échelle mondiale. La contribution du CESE propose une feuille de route claire : intégrer l’eau dans l’ensemble des politiques, mettre en place le test eau, mobiliser les investissements, renforcer la coopération et placer les personnes au cœur des solutions.

En faisant avancer cet agenda, la communauté internationale peut passer des engagements aux résultats concrets. L’eau doit être reconnue comme une ressource stratégique au service du développement durable, de la cohésion sociale ainsi que de la prospérité économique et de la préparation, au bénéfice de tous.

Par le Dr Paul Rübig, membre du Comité économique et social européen et rapporteur de l’avis CCMI/254 « Contribution du CESE à la conférence des Nations unies sur l’eau de 2026: du pacte bleu pour l’Europe et de la stratégie de l’UE pour la résilience dans le domaine de l’eau à une action mondiale pour l’eau ».

Article initialement publié par le magazine Open Access Government.

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