Biélorussie: répression, résistance et lutte pour les droits syndicaux

La section «Relations extérieures» (REX) du Comité économique et social européen (CESE) a tenu le 23 février 2026 un débat sur la détérioration alarmante des libertés syndicales en Biélorussie. Nonobstant une pression internationale incessante et la nomination en juin 2025 d’un envoyé spécial de l’Organisation internationale du travail (OIT), les autorités biélorusses s’obstinent à refuser tout dialogue visant à rétablir le respect des normes fondamentales du travail. Elles continuent de détenir dans leurs prisons une vingtaine de syndicalistes.

Ce débat a rassemblé des représentants d’institutions de l’Union européenne et d’organisations internationales, notamment Michał Kobosko, coprésident de la délégation du Parlement européen pour les relations avec la Biélorussie, Aymeric Dupont, chef adjoint de la division Moldavie, Biélorussie, Géorgie, Arménie, Azerbaïdjan du Service européen pour l’action extérieure, Bogdana Sybikowska, de la direction générale de la migration et des affaires intérieures (DG HOME) de la Commission, et Lelio Bentes Corrêa, envoyé spécial de l’OIT pour la Biélorussie.

L’un des points d’orgue des discussions fut le témoignage d’Aliaksandr Yarashuk, président du Congrès des syndicats démocratiques de Biélorussie, qui a été récemment expulsé de force vers l’Union européenne dès sa sortie de prison. Son récit personnel a mis en lumière les conditions ardues auxquelles sont confrontés les syndicalistes emprisonnés et les difficultés persistantes que subissent ceux d’entre eux qui ont été libérés. Lui-même privé de ses documents d’identité lors de son expulsion, M. Yarashuk a attiré l’attention sur la situation juridique précaire des anciens prisonniers politiques dans les États membres de l’Union, où ils peinent souvent à régulariser leur statut et à faire valoir leurs droits fondamentaux.

Décrivant un système de gouvernance en Biélorussie «extrêmement cruel et punitif», M. Yarashuk a constaté que même après être sorti de prison, il continue de faire face aux conséquences de son expulsion et de la confiscation de ses documents. Il a averti que la Biélorussie est devenue «l’un des dix pays les plus dangereux pour les travailleurs et les syndicalistes», et relevé ce faisant que les autorités ont supprimé en 2022 dans les faits les quelques libertés syndicales restantes pour en faire des motifs d’incarcération et de répression.

Stefano Palmieri, président de la section REX, a déclaré: «Bien que plusieurs opposants politiques aient été libérés, la situation demeure difficile. En sus de la détention des personnes, de nouvelles formes de répression sont également à l’œuvre, telles que le retrait des enfants de la famille des syndicalistes ciblés». 

Depuis l’élection présidentielle frauduleuse d’août 2020, le CESE n’a eu de cesse de manifester son engagement auprès de la société civile biélorusse en exil et des prisonniers politiques, que ce soit au moyen de déclarations, d’avis élaborés de concert avec des experts biélorusses, de débats ou encore d’une exposition en ligne. La solidarité du Comité a pris un nouvel élan grâce à la signature en juin 2025 d’un protocole d’accord avec les forces démocratiques biélorusses.

Les violations des droits fondamentaux des travailleurs, notamment la liberté d’association et la négociation collective, sont loin d’être des nouveautés en Biélorussie. Cela fait 20 ans que des formes systématiques de répression sont à l’œuvre, depuis que le gouvernement a décidé de ne pas donner suite aux recommandations de la commission d’enquête de l’OIT. En 2023, cette dernière a invoqué l’article 33 de sa constitution à l’encontre de la Biélorussie, une mesure rare et lourde de conséquences utilisée lorsqu’un État membre persiste à ne pas se conformer aux recommandations d’une commission d’enquête. Ainsi, les États membres de l’OIT, dont également les États membres de l’Union européenne, sont invités à prendre des mesures visant par exemple à limiter leur coopération commerciale, financière et technique avec la Biélorussie, de sorte à contraindre celle-ci à se conformer aux recommandations de la commission d’enquête touchant aux violations des conventions sur la liberté d’association.

Lelio Bentes Corrêa, envoyé spécial de l’OIT pour la Biélorussie, a expliqué que son mandat consistait notamment à nouer un dialogue avec les autorités afin d’assurer la libération des syndicalistes emprisonnés et la reconnaissance du statut juridique des syndicats indépendants. Il constate néanmoins ce qui suit: «Les autorités biélorusses ont jusqu’à présent refusé de reconnaître mon mandat ou d’entamer un dialogue. À ce jour, une vingtaine de syndicalistes continuent de croupir en prison, tandis que leurs familles ne cessent de faire l’objet d’intimidations et de pressions».

Pour conclure, les participants ont convenu que leurs objectifs restent clairs: garantir la libération de tous les syndicalistes emprisonnés, rétablir la liberté d’association et reconstituer des syndicats indépendants en Biélorussie. M. Corrêa a réclamé le soutien de toutes les organisations de la société civile, car leur contribution est essentielle pour influer sur les autorités biélorusses.

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