Libérer des capitaux pour l’avenir de l’Europe: la force de frappe stratégique de la titrisation

Face à des défis géopolitiques et économiques sans précédent, l’Europe a besoin de flux d’investissements inédits pour garantir son autonomie stratégique, qu'il s’agisse de faire progresser sa transition écologique, d’amplifier ses infrastructures numériques ou de renforcer ses capacités de défense. Ces nécessités de financement dépassent largement la capacité des budgets publics. Les banques européennes financent d’ores et déjà 70 % des besoins du continent et doivent conserver leur rôle central en la matière. Cependant, pour débloquer une plus grande capacité de prêt sans compromettre leur stabilité, elles ont besoin d’instruments efficaces, parmi lesquels figure la titrisation.

La titrisation permet aux banques de regrouper des créances — telles que les crédits hypothécaires, les prêts aux PME ou les financements d’infrastructures — en valeurs mobilières négociables pour les investisseurs institutionnels. Ce faisant, elle transfère le risque à des tiers et libère des capitaux bancaires pour de nouveaux prêts.

En d’autres termes, la titrisation augmente la vitesse de circulation du capital, de sorte que chaque euro soutient davantage de prêts au fil du temps. Plus fondamentalement, il s’agit d’optimiser les bilans afin d’accorder plus de crédits aux ménages, aux PME et aux secteurs stratégiques, sans transiger sur les exigences prudentielles.

Les leçons du passé: de très bonnes performances européennes

Si la réputation de la titrisation a pâti de la crise financière mondiale de 2008, il convient d’en distinguer les causes et les conséquences. La crise n’a pas été déclenchée par la titrisation européenne, mais par des crédits hypothécaires à risque («subprimes») complexes et opaques, souvent commercialisés à l’échelle mondiale par les banques américaines auprès d’investisseurs — dont beaucoup en Europe — qui ne disposaient pas des connaissances nécessaires pour évaluer correctement les risques sous-jacents, dans des juridictions où les autorités de surveillance locales ont failli à leurs responsabilités.

À l’inverse, les produits de titrisation européens ont toujours enregistré des résultats remarquables, avec des structures plus simples, des cadres réglementaires plus solides et des taux de défaut plus faibles. Depuis 2008, de nouvelles garanties ainsi qu’un devoir de vigilance, des règles de rétention du risque et des obligations de transparence plus stricts — parallèlement au cadre STS (pour «simple, transparent et standardisé») — ont rendu la titrisation européenne plus sûre, plus transparente et plus normalisée que jamais.

L’avis ECO/681 du Comité économique et social européen (CESE) est résolument favorable au retour en grâce de la titrisation. Approuvant le train de mesures de la Commission sur la titrisation [COM(2025) 825 et 826], il appelle à redynamiser le marché de manière ciblée et calibrée, afin de contribuer au financement des objectifs stratégiques de l’Union européenne, notamment ses transitions écologique, numérique et de défense.

L’avis plaide également en faveur de normes de fonds propres cohérentes et fondées sur les risques, d’une plus grande clarté juridique et d’une convergence de la surveillance — autant d’éléments cruciaux pour rétablir la confiance et élargir l’accès au marché.

La titrisation n’est pas une solution miracle, mais elle est indispensable

Soyons clairs: la titrisation ne remplacera pas les marchés d’actions ou les investissements publics. Elle est toutefois amenée à les compléter. Elle donne aux banques de petite et moyenne taille les moyens d’accéder au marché, elle diversifie les sources de financement et contribue à une adéquation plus efficace des profils actif-passif.

En favorisant une base d’investisseurs européens pour le risque de crédit d’origine européenne, l’Union réduit sa vulnérabilité aux chocs extérieurs et améliore sa résilience financière ainsi que son autonomie stratégique.

Qui plus est, la titrisation ne se résume pas à de l’ingénierie financière. Son mécanisme permet aux banques de continuer à financer l’économie réelle, sans dépendre excessivement des capitaux publics ou externes. Bien réglementée et déployée judicieusement, elle peut devenir l’un des outils les plus puissants de l’Union pour mobiliser des capitaux privés au profit d’objectifs publics.

Dans ce contexte, l’Europe ne peut laisser les stigmates de crises passées et importées freiner un marché qui fait la part belle aux normes, aux performances et aux priorités européennes.

Par Antonio García del Riego, président du groupe d’étude sur l’avis ECO/681 «Révision du règlement sur la titrisation»