Notre rubrique «The public square» donne la parole à différentes personnes issues de la vie publique: représentants de la société civile, du monde du journalisme, d’ONG et d’institutions. L’objectif est de présenter les causes qu’elles défendent et les questions qui, selon elles, méritent une attention particulière. Ce mois-ci, Johannes Metzler, chef du service de conseil en communication de la DW Akademie, nous livre ses réflexions sur l’un des problèmes actuels les plus pressants: la propagation de la mésinformation et de la désinformation.

L’équipe de conseil en communication de la DW Akademie fournit aux organisations et aux institutions des conseils et des formations pour les aider à communiquer plus efficacement. Qu’est-ce que cela recouvre dans la pratique? En quoi ce type de soutien peut-il être utile aux partenaires lorsque des informations fausses ou trompeuses se répandent?

Tout d’abord, la réussite de la communication dépend avant tout d’un facteur: la confiance. Les citoyens ne croient les informations que s’ils savent que la source est fiable et crédible de longue date.

Cela est particulièrement vrai dans le cadre de la lutte contre la mésinformation et la désinformation. Toute personne souhaitant lutter efficacement contre les fausses informations doit avoir gagné la crédibilité nécessaire bien avant que la crise ne se produise. Les organisations qui communiquent de manière cohérente et qui trouvent un écho auprès de leur public cible sont beaucoup plus susceptibles d’être entendues au moment où cela est le plus important.

Pour que la communication soit crédible, de nombreux facteurs différents doivent converger: il faut être sur les bons canaux, avoir un ton de voix approprié et, bien entendu, maîtriser le contenu lui-même.

En ce qui concerne l’activité de conseil en communication, nous soutenons nos organisations partenaires dans dix domaines d’expertise différents mais étroitement interconnectés. C’est pourquoi une seule session de formation est rarement suffisante.

Nous adaptons toujours nos services de conseil aux besoins spécifiques de chaque organisation. Nous commençons par procéder collectivement à une évaluation approfondie de la situation actuelle: quels canaux l’organisation utilise-t-elle pour communiquer? Les groupes cibles concernés sont-ils réellement actifs sur ces canaux? Existe-t-il une compréhension commune des messages à communiquer et de la manière dont ils devraient être communiqués? Quelles sont les ressources humaines, financières et techniques disponibles?

Sur la base de cette évaluation, nous élaborons nos mesures de soutien. Notre objectif est de permettre aux partenaires de continuer à mettre en œuvre les stratégies et les outils que nous développons ensemble sur le long terme, en utilisant les ressources dont ils disposent. C’est pourquoi nous adaptons toujours notre approche à l’organisation et au contexte local.

La désinformation est souvent associée à la Russie, à l’ingérence électorale et aux tentatives de déstabilisation des démocraties. Dans quels autres domaines peut-elle causer des dommages graves?

Aujourd’hui, il est peut-être plus pertinent de poser la question comme suit: dans quels domaines les fausses informations ou la désinformation ne se sont-elles pas encore propagées et n’ont pas causé de préjudice? Nous sommes confrontés à un problème mondial. S’y attaquer avec un esprit critique est une tâche qui incombe aux sociétés du monde entier. Les voix fiables peinent de plus en plus à percer et à faire valoir les faits. Regardez ce qu’il se passe pour des domaines comme la santé publique, l’action pour le climat ou la migration irrégulière.

Les événements de Ceuta en sont un exemple particulièrement tragique. En juillet 2026, des rumeurs se sont propagées sur les réseaux sociaux, affirmant que la frontière était ouverte ou que les personnes arrivant en Espagne seraient autorisées à y rester. En conséquence, de nombreuses personnes ont tenté de gagner le territoire à la nage. Les images de ceux qui ont perdu la vie en Méditerranée ont été un choc pour l’Europe. La mésinformation et la désinformation constituent une menace non seulement pour les sociétés dans leur ensemble, mais aussi pour chaque individu.

Un large éventail d’acteurs participent à la propagation de la désinformation. Dans certains cas, ce sont les États qui diffusent délibérément de fausses informations. Dans d’autres, c’est le fait de groupes ou d’individus, qui agissent ainsi parce qu’ils peuvent en tirer un profit financier. Leurs motivations peuvent différer, mais les effets sont similaires: ces informations créent de l’incertitude, alimentent la méfiance et font qu’il est plus difficile pour les citoyens de prendre des décisions éclairées.

Il ne s’agit pas de défis qui ne touchent que les pays du Sud global. L’élaboration d’une approche critique de la désinformation est une responsabilité partagée par les sociétés du monde entier.

Vous avez mentionné le cas de Ceuta. Du point de vue de la communication, quels enseignements les institutions et les organisations peuvent-elles tirer de cet événement?

Dans le cas de Ceuta, on ne sait toujours pas exactement comment et par qui les rumeurs d’ouverture de la frontière ont été propagées. Mais, d’une manière générale, la désinformation est souvent efficace parce qu’elle est en lien avec les croyances, les espoirs ou les attentes latents des citoyens. Les individus sont plus enclins à croire des allégations qui semblent confirmer ce qu’ils pensent déjà être vrai ou ce qu’ils souhaiteraient croire.

Une fois que les fausses informations sont en circulation, la priorité est de réagir le plus rapidement possible, en particulier lorsque des vies peuvent être menacées. Des organisations devraient immédiatement réfuter les fausses allégations et rappeler les faits. Si elles connaissent leurs publics et peuvent les toucher par les canaux qu’ils utilisent, c’est beaucoup plus efficace que des explications ou des rectificatifs provenant de sources externes. Il est donc d’autant plus important que les institutions instaurent un climat de confiance avant l’apparition de crises.

Dans le même temps, nous devons renforcer l’éducation des citoyens aux médias et à l’information. Aujourd’hui, il existe de nombreux moyens excellents et souvent gratuits d’y parvenir. Un sain degré de scepticisme peut changer la donne pour ce qui est de vérifier l’information: la source est-elle fiable? Les informations sont-elles confirmées par d’autres sources? S’agit-il d’une allégation à vocation sensationnelle, éventuellement accompagnée d’images provocatrices ou chargées d’émotions?

Toutefois, il existe une approche encore plus efficace que la démystification des fausses informations: ce que l’on appelle la réfutation préventive. Il s’agit d’informer les citoyens sur les techniques courantes de manipulation et de désinformation et d’expliquer comment elles fonctionnent, avant même qu’un incident spécifique ne se produise.

Comment les organisations peuvent-elles utiliser la réfutation préventive pour aider les publics à reconnaître les contenus trompeurs et les techniques de manipulation avant d’y être confrontés?

De mon point de vue de consultant en communication, je ne peux que dire que la désinformation est bien trop souvent considérée comme «un sujet pour les professionnels des médias». En réalité, ce n’est pas le cas. La réfutation préventive en donne une bonne illustration. La reconnaissance précoce des fausses informations est importante pour chaque organisation qui fait face au problème, quel que soit le secteur dans lequel elle opère.

Tout comme un vaccin renforce le système immunitaire de l’organisme, la réfutation préventive renforce la capacité des personnes à reconnaître les signes avant-coureurs et à évaluer un contenu avec un esprit critique lorsqu’elles sont confrontées à des informations trompeuses.

Les organisations et les institutions devraient sensibiliser de manière proactive leurs publics cibles aux techniques de manipulation et de désinformation les plus courantes. Cela peut se faire au moyen de courtes vidéos explicatives, de campagnes sur les médias sociaux, de formations à l’éducation aux médias ou d’exercices interactifs qui mettent au jour des tactiques telles que la manipulation émotionnelle ou la création de sources apparemment crédibles.

D’après votre expérience pratique, en quoi cette coopération fonctionne-t-elle? Pouvez-vous donner un exemple de votre travail de conseil dans lequel une stratégie de communication a aidé une organisation à réagir efficacement à la mésinformation ou à la désinformation?

La lutte contre la désinformation n’est pas une tâche que les institutions peuvent assumer seules. Des réponses efficaces nécessitent une collaboration entre un large éventail de parties prenantes, y compris les agences gouvernementales, les organisations de la société civile, les médias, les chercheurs et, surtout, les communautés locales. Chacun de ces groupes apporte des points de vue, une expertise et un accès différents aux publics concernés.

C’est pourquoi il est essentiel de maintenir et de renforcer activement les réseaux au fil du temps. Entrer en contact une fois qu’une campagne de désinformation est déjà en cours ne suffit pas. Au lieu de cela, les informations devraient être partagées en permanence, les responsabilités clairement définies et des mécanismes de coordination réguliers mis en place. En Afrique de l’Ouest, par exemple, nous avons réuni et conseillé un groupe diversifié d’organisations non gouvernementales travaillant de différentes manières pour lutter contre la désinformation. Il s’agissait notamment d’organisations de jeunesse de petite taille ainsi que d’un groupe de réflexion spécialisé dans la recherche sur le phénomène. Nous avons dispensé des formations ciblées et avons également mis ces organisations en relation avec des journalistes. De telles alliances sont prometteuses parce que les participants découvrent souvent combien ils ont réellement en commun.

L’un des objectifs est de mettre en place un système d’alerte précoce qui fonctionne par l’intermédiaire de réseaux personnels et de contacts directs, y compris des numéros de téléphone. Lorsque des informations trompeuses font irruption à un endroit, tous les acteurs concernés peuvent s’informer mutuellement le plus rapidement possible. Plus la désinformation est détectée tôt, plus son incidence peut être limitée.

En fin de compte, l’objectif est de renforcer la confiance, les canaux de communication et la collaboration pendant des périodes stables. Lorsque des crises surviennent, cette préparation porte ses fruits.

C’est pourquoi l’un de nos principaux objectifs est de former des multiplicateurs crédibles capables de transmettre leurs connaissances au sein de leurs propres réseaux et communautés.

 

Johannes Metzler dirige l’unité de conseil en communication de la DW Akademie. Auparavant, il a travaillé comme journaliste pour des organisations de médias allemandes et a passé plusieurs années en Amérique latine pour soutenir le développement et le travail de conseil des organisations de médias.

Service de conseil en communication de la DW Akademie

L’équipe de conseil en communication de la DW Akademie aide les organisations et institutions de la société civile des pays du Sud global à instaurer la confiance, à toucher des publics divers et à rester efficaces, même sous pression. Grâce à des conseils et à des formations sur mesure, elle aide les partenaires à renforcer leurs capacités de communication. L’approche combine l’expertise en matière de conseil aux médias et l’expérience pratique des professionnels de la Deutsche Welle, y compris des journalistes, des vérificateurs de faits, des spécialistes de la communication et des experts en IA.