David Grunewald, stratégiste en automatisation de l’IA et formateur en IA, a fait une présentation intitulée «Du robot conversationnel à l’agent d’IA: comment l’IA transforme-t-elle nos modes de communication». Il s’est penché sur l’évolution rapide des modèles de raisonnement et des agents d’IA, qui sont appelés à changer profondément la manière dont nous organisons notre travail. Si ces outils peuvent nous rendre plus efficaces, notre choix de technologie a des conséquences plus larges. S’en remettre aux modèles américains d’intelligence artificielle soulève un certain nombre de questions, non seulement quant à la souveraineté des données et à l’avenir du travail, mais aussi concernant l’avenir du modèle économique de l’Europe. Vous trouverez ci-dessous des extraits de cette présentation, dans lesquels M. Grunewald expose les risques auxquels l’Europe est confrontée si elle continue de s’appuyer sur des modèles d’IA venus des États-Unis.

Choisir des prestataires européens pourrait constituer une bonne approche, car la souveraineté des données n’est pas garantie lorsqu’il s’agit de travailler avec des solutions logicielles d’entreprises américaines, même si ces dernières affirment que leurs serveurs sont situés sur le territoire européen aux fins du respect du RGPD. La loi américaine sur l’informatique en nuage (Cloud Act — Clarifying Lawful Overseas Use of Data) permet désormais au gouvernement américain et au FBI de rechercher ou d’obtenir des informations transitant par les serveurs de toute entreprise américaine, même si ces serveurs se trouvent en dehors du territoire américain. Il s’agit d’un changement majeur.

En Europe, nous avons élaboré le règlement sur l’IA, ce qui est une réalisation formidable: nous avons créé une sorte de coffre-fort qui protège les citoyens. Mais avec le Cloud Act, les Américains ont la clé pour entrer dans ce coffre-fort et en obtenir les données. Ils peuvent imposer leur divulgation même si les serveurs se trouvent sur le territoire européen. Ils peuvent également «bâillonner» un prestataire ou lui imposer une obligation de secret, de sorte qu’il est interdit à l’entreprise concernée d’informer ses clients qu’une demande a été faite en vue d’obtenir des informations sur ses serveurs. Et la situation est même pire que cela. À l’heure actuelle, il existe une zone grise, une sorte de no man’s land: il n’y a pas d’accord pour arbitrer ce type de conflit. Pour faire face à des situations délicates impliquant des ministères de la défense ou des gardes nationaux, par exemple, une migration informatique est déjà en cours dans un certain nombre d’administrations européennes. Elles sont en train de passer des systèmes d’exploitation Microsoft à Linux, autrement dit d’abandonner PowerPoint et Word pour choisir des solutions open source européennes. Je m’attends à ce que cette tendance s’accentue dans les années à venir.

Ne devrions-nous pas considérer Mistral comme le seul acteur et système d’IA que la Commission européenne et tous ceux qui travaillent ici devraient choisir? Mistral dispose lui aussi d’un assistant IA et d’un système d’exploitation IA. Tout ce que j’ai montré aujourd’hui pourrait être développé avec Mistral.

Faire un choix entre les modèles d’IA américains et européens a une incidence non seulement sur la souveraineté des données, mais aussi sur la macroéconomie. À l’avenir, la plupart des entreprises investiront 10 à 15 % de leurs dépenses salariales en tokens, c’est-à-dire en unités informatiques utilisées et facturées par les systèmes d’IA. Au niveau européen, cela pourrait signifier que 1 000 milliards d’EUR quitteraient l’Europe au lieu d’être réinvestis dans la main-d’œuvre européenne. En lieu et place, cette somme serait investie dans les solutions d’IA américaines. Cela pourrait nuire à notre économie car, plutôt que de réinvestir cet argent ici, nous remplacerions certaines personnes par des tokens, autrement dit par des systèmes d’IA exécutant leur travail. Il s’agit là d’un nouveau problème, qui ne concerne pas seulement la sécurité des données; c’est encore pire. Nous devrions en être conscients et en parler.

Mais les médias restent silencieux sur cet aspect. Je ne vois pas passer beaucoup de discussions à ce sujet, il s’agit donc selon moi d’une menace réelle. Le dernier point que je veux souligner est que le débat — ou la bataille — ne portera pas sur la question de savoir qui possède la meilleure IA. Il portera sur l’électricité, car ces acteurs de l’IA transforment effectivement l’électricité en tokens. Quel sera le coût de l’électricité en Europe? EDF, la compagnie énergétique française, et d’autres fournisseurs d’électricité concluent actuellement des accords d’une durée de dix ans avec les grands acteurs — les géants de l’IA qui disposent d’énormes serveurs en Europe et aux États-Unis — afin de leur garantir une quantité suffisante d’électricité. À supposer que nous accélérions le développement d’un plus grand nombre de systèmes d’IA de type Mistral ainsi que l’installation de serveurs de plus grande taille en Europe, comment allons-nous les alimenter si nous avons déjà réservé notre électricité pour les entreprises d’IA basées aux États-Unis? C’est là le défi à relever.

David Grunewald est le fondateur de Pluginto.ai et un expert reconnu en intelligence artificielle (IA). Il compte plus de 28 ans d’expérience dans le domaine de la stratégie numérique et de la direction d’entreprises. Diplômé de la Massachusetts Institute of Technology (MIT) Sloan School of Management en Artificial Intelligence: Implications for Business Strategy (2023), il est spécialisé dans la transition vers l’IA et déploie des formations, des conseils stratégiques et des audits organisationnels en mettant l’accent sur l’ingénierie rapide, la création d’agents d’IA et les flux de travail automatisés.

 

Vous pouvez visionner l’intégralité de la présentation intitulée «Du robot conversationnel à l’agent d’IA: comment l’IA transforme-t-elle nos modes de communication» en suivant ce lien.