Par Stefano Mallia, président du groupe des employeurs du CESE

Lorsqu’il a présenté l’année dernière son rapport sur la compétitivité européenne, Mario Draghi a lancé une mise en garde: l’Europe doit entreprendre des réformes radicales sous peine d’entrer dans une spirale de déclin. Un an plus tard, la question reste d’actualité: avons-nous changé de cap?

La Commission a placé à juste titre la prospérité et la compétitivité en tête de son programme pour 2025. Des initiatives telles que le pacte pour une industrie propre, le projet de Fonds européen pour la compétitivité ou InvestAI montrent que l’Union ne reste pas les bras croisés. Elle rationalise en outre sa réglementation au moyen de six «trains de mesures omnibus», qui portent sur des domaines allant de la défense à la publication d’informations en matière de durabilité.

Ces démarches relèvent cependant d’une politique des petits pas si on les compare à la transformation qu’appelle de ses vœux M. Draghi. L’union des marchés des capitaux n’a toujours pas été mise en œuvre, l’épargne est placée à l’étranger et les jeunes entreprises peinent à se développer. L’Europe ne dispose pas d’un moteur d’innovation sur le modèle de l’Agence pour les projets de recherche avancée en matière de défense (DARPA) existant aux États-Unis, tandis que la réforme de la gouvernance, pourtant essentielle pour accélérer la prise de décision, est restée lettre morte.

Dans le même temps, l’environnement mondial est entré dans une dynamique plus dure. Les États-Unis engagent un virage protectionniste, la Chine intensifie sa stratégie industrielle menée sous la houlette de l’État et les guerres fracturent les chaînes d’approvisionnement. L’Europe risque de rester un bloc grand mais impuissant, incapable de convertir en influence sa richesse cumulée. Les entreprises en paient déjà le prix: les jeunes pousses s’exilent dans l’espoir de décrocher des financements plus généreux aux États-Unis, les PME restent fragmentées et les sociétés les plus grandes hésitent à investir. Le déclin ne prend pas la forme d’un effondrement, mais d’une fuite constante des capitaux, des talents et des possibilités.

La solution d’avenir passe par une accélération et non une hésitation. Quatre priorités ressortent en particulier: faire de la compétitivité le principe directeur de l’élaboration des politiques, transformer l’épargne en actions productives, achever le marché unique, et engager une véritable révolution sur le front des compétences.

Le discours de la présidente von der Leyen sur l’état de l’Union est l’occasion d’insister sur l’urgence de la situation. Les entrepreneurs et investisseurs attendront des résultats concrets: une baisse des dépenses administratives, une expansion facilitée pour les PME, ainsi qu’une intensification des flux de capitaux vers les investissements productifs. En l’absence d’une telle évolution, les stratégies ne suffiront pas à elles seules à rétablir la confiance.