La pauvreté infantile continuant d’augmenter tant dans l’Union que chez ses voisins, les États membres de l’UE ne sont toujours pas près d’atteindre l’objectif consistant à sortir cinq millions d’enfants de la pauvreté d’ici à 2030. Pourtant, en imposant des obligations contraignantes et en prévoyant un financement spécifique dans son nouveau budget, l’Europe a toujours la possibilité de placer les droits de l’enfant au cœur de son modèle social et économique, écrit Eurochild, le plus grand réseau européen d’organisations et de personnes travaillant pour et avec les enfants.

Mettre fin à la pauvreté infantile n’est pas un acte de charité, mais une obligation morale et juridique ancrée dans les droits humains. Chaque enfant a le droit de grandir à l’abri de la pauvreté et d’avoir accès aux services essentiels reconnus par la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant (CNUDE).

Ce que disent les chiffres

Les États membres de l’UE sont loin d’atteindre l’objectif fixé pour 2030, à savoir réduire d’au moins cinq millions le nombre d’enfants en situation de pauvreté. Au contraire, la pauvreté infantile augmente. En 2024, 24,2 % des enfants étaient exposés au risque de pauvreté et d’exclusion sociale. La situation est particulièrement grave en Bulgarie (35,1 %), en Espagne (34,6 %) et en Roumanie (33,8 %).

Dans les pays candidats, la situation est tout aussi préoccupante. En 2021, 50,1 % des enfants d’Albanie étaient exposés au risque de pauvreté et d’exclusion sociale, tandis que la pauvreté des enfants en Ukraine atteignait 65,6 % (UNICEF). Au sein de l’UE, c’est en Finlande (+ 3,5 pp) et en Croatie (+ 2 pp) que l’on observe les plus fortes augmentations de la pauvreté infantile depuis 2023.

Comment lutter contre la pauvreté infantile?

La lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale des enfants est une priorité centrale d’Eurochild. Sur la base des informations fournies par nos membres, reprises dans notre rapport phare annuel, notre action de plaidoyer promeut des réformes systémiques visant à lutter contre les inégalités structurelles. Il s’agit notamment:

  • de renforcer les systèmes de protection sociale;
  • d’accroître les investissements publics dans les services à la petite enfance;
  • de garantir l’accès universel à une éducation et des soins de santé de qualité.

Nous avons invariablement plaidé en faveur de l’inclusion d’informations sur la pauvreté et les droits sociaux des enfants dans le Semestre européen, qui est en cours de mise en œuvre. Nous influençons également la future stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, le socle européen des droits sociaux et le plan européen pour des logements abordables, en veillant à ce que ces cadres soient pleinement intégrés dans le cadre financier pluriannuel 2028-2032.

La pauvreté infantile se conjugue avec des facteurs tels que le handicap, le sexe, l’origine ethnique et le passé migratoire. Eurochild plaide en faveur d’une approche intersectionnelle et fondée sur les droits, qui donne la priorité aux enfants les plus défavorisés, en mettant l’accent sur la lutte contre la discrimination structurelle et la rupture des cycles d’exclusion afin de garantir l’équité dans tous les aspects du développement de l’enfance.

Avec l’association Save the Children Europe, Eurochild copréside l’Alliance européenne pour l’investissement dans l’enfance, une coalition d’une vingtaine de réseaux européens s’étant engagés à mettre fin à la pauvreté infantile. En juin, nous avons adressé aux présidents de la Commission européenne, du Parlement européen et du Conseil européen une lettre conjointe par laquelle nous réclamons un volet social solide dans le budget de l’UE. Nos revendications sont claires:

  1. Renforcer la garantie européenne pour l’enfance. Cette initiative historique est efficace. Toutefois, elle doit être renforcée et rester bien ciblée sur les enfants les plus exposés.
  2. Intégrer la garantie européenne pour l’enfance dans un agenda social européen plus fort. La future stratégie européenne de lutte contre la pauvreté, la révision du règlement relatif au Fonds social européen et le plan d’action sur le socle européen des droits sociaux doivent placer la lutte contre la pauvreté infantile au cœur des ambitions sociales de l’Europe. Ces cadres doivent être correctement conçus et financés de manière à soutenir des politiques globales, intersectionnelles et fondées sur les droits.
  3. Soutenir les ambitions grâce à un financement solide dans le prochain cadre financier pluriannuel. L’investissement social doit rester au cœur des priorités de l’UE pour l’après-2027. L’Europe doit protéger la dimension sociale qui sous-tend sa cohésion, sa légitimité et son atout stratégique unique. 

Le prochain budget de l’UE: l’occasion de lutter contre la pauvreté infantile

Le nouveau budget de l’UE est l’occasion pour l’Europe de placer les droits de l’enfant au centre de son modèle économique et social. Malgré les progrès réalisés dans le cadre de la garantie européenne pour l’enfance et du Fonds social européen plus (FSE+), des lacunes persistent. Les plans de partenariat nationaux et régionaux, proposés par la Commission européenne pour remplacer le FSE+, risquent de reléguer au second plan les investissements axés sur les enfants.

Eurochild demande instamment des engagements explicites en faveur de l’éradication de la pauvreté infantile, y compris l’affectation de fonds à la lutte contre la pauvreté infantile dans les plans de partenariat nationaux et régionaux, correspondant au moins à l’exigence actuelle de 5 % du FSE+, voire davantage pour les pays où les taux de pauvreté infantile sont plus élevés.

Nous réclamons en outre des garanties plus solides en ce qui concerne les normes internationales en matière de droits de l’enfant, y compris la CNUDE et la convention des Nations unies relative aux droits des personnes handicapées (CNUDPH), ainsi que la participation des organisations de la société civile et des enfants à la conception et au suivi des programmes. Lier ces priorités au Semestre européen garantirait l’obligation de rendre des comptes et le suivi des progrès au moyen d’objectifs mesurables et de rapports annuels.

En l’absence d’obligations contraignantes, d’un financement suffisant et d’une gouvernance participative, l’UE risque de ne pas tenir sa propre promesse, à savoir sortir 5 millions d’enfants de la pauvreté d’ici à 2030 et éradiquer la pauvreté d’ici à 2050. L’inaction nuirait non seulement à la cohésion future de l’Europe, mais aussi aux droits fondamentaux des enfants.

Eurochild est le plus grand réseau européen d’ONG nationales et internationales, de coalitions en faveur des droits de l’enfant, d’instituts de recherche et de professionnels défendant les enfants et leur bien-être. Il compte 225 membres dans 41 pays. En influençant les politiques, en échangeant les bonnes pratiques et les recherches, et en associant activement les enfants à différents aspects de son travail, Eurochild entend faire en sorte que chaque enfant en Europe grandisse en étant heureux, en bonne santé et respecté, et que les droits de l’enfant soient au cœur des politiques européennes.