Défense et sécurité: il n’est pas d’autre choix que d’agir

Comment garantir la paix et la sécurité de l’Europe dans un monde de plus en plus imprévisible? Une seule chose est parfaitement claire: il n’est pas d’autre choix que d’agir. Alors que des conflits font rage à nos portes et que les menaces s’aggravent de jour en jour, il n’a jamais été aussi urgent de protéger nos citoyens et de défendre nos valeurs démocratiques.

Dans ce contexte, l’avis REX/603 du CESE sur le «Livre blanc conjoint — Préparation de la défense européenne à l’horizon 2030» approuve les propositions de la Commission à cet égard et propose une réponse nette et tournée vers l’avenir.

S’appuyant sur les travaux qu’il mène de longue date dans le domaine de la défense et de la politique industrielle, et notamment sur son récent avis exploratoire ECO/655 sur le financement de la défense dans l’Union européenne, le CESE expose ce qu’il estime nécessaire de faire pour que l’Europe puisse relever les défis à venir qui ne cessent de s’aiguiser.

Dans ce nouvel avis, le CESE fait valoir que la défense ne résume pas uniquement à une question de puissance militaire. C’est autre chose que des chars ou des missiles. Il s’agit d’un bien public qui allie l’innovation, la résilience civile et le cœur même de la démocratie et des droits de l’homme.

La sécurité future de l’Europe résulte d’idées audacieuses, de stratégies à long terme et d’actions collectives. Le livre blanc conjoint sur la préparation de la défense européenne à l’horizon 2030 répond à cette exigence au moyen d’un plan puissant et tourné vers l’avenir.

Ce livre blanc change la donne. Il propose d’accroître massivement les investissements dans le domaine de la défense, et prévoit ainsi de débloquer jusqu’à 800 milliards d’euros au cours des quatre prochaines années. L’enjeu n’est pas ici de dépenser pour dépenser, mais d’investir dans l’avenir de l’Europe. L’instrument SAFE procurera jusqu’à 150 milliards d’euros de prêts aux États membres, et permettra de lancer des projets communs et de développer les capacités stratégiques. Les priorités sont bien arrêtées: la défense aérienne et antimissile, l’artillerie, les munitions, les drones et les systèmes antidrones, la mobilité militaire, les technologies avancées telles que l’intelligence artificielle (IA) et l’informatique quantique, et les infrastructures critiques, y compris les moyens spatiaux.

Pour l’Europe, l’autonomie stratégique ouverte, c’est constituer et contrôler ses propres technologies de défense. À cette fin, il faut investir dans les PME, nouer des liens étroits entre la recherche et l’industrie et réduire les formalités administratives inutiles.

Le CESE lance un appel résolu: l’Europe doit agir dès à présent pour doter ses États membres des instruments financiers dont ils ont besoin pour renforcer leur défense.

Alors que l’agression russe ne montre aucun signe d’essoufflement, le temps est un facteur essentiel. Soutenir l’Ukraine n’est pas un simple geste altruiste, c’est une stratégie intelligente. En effet, intégrer l’industrie ukrainienne de la défense renforce la sécurité et la crédibilité de l’Europe à l’échelle mondiale. Le bouclier pour la frontière orientale, un projet mené par les États situés en première ligne, montre comment fonctionne la défense collective et il exige d’investir immédiatement pour remédier aux points de vulnérabilité tels que les munitions, les systèmes de missiles, mais aussi la défense terrestre et aérienne avancée, la cybersécurité, la mobilité militaire, les moyens spatiaux et les technologies de nouvelle génération telles que l’IA et l’informatique quantique.

Le CESE met en relief toute l’importance de renforcer les partenariats entre le monde universitaire, les instituts de recherche et l’industrie, et il fait également valoir que certaines technologies sensibles sur le plan stratégique peuvent appeler des programmes spécifiques menés par l’Union européenne afin de conserver la maîtrise et de garantir l’autonomie de l’Europe.

Les pays européens doivent garder la pleine maîtrise de leurs forces armées, sans pour autant perdre de vue la nécessité d’approfondir la coopération avec l’OTAN et ses partenaires. Le CESE demande instamment à la Banque européenne d’investissement d’intensifier et de soutenir résolument les projets de défense. Rationaliser les procédures de passation des marchés publics et réduire les démarches administratives inutiles grâce au règlement «Omnibus» dans le domaine de préparation à la défense se traduira par une mise en œuvre plus rapide et plus intelligente des capacités critiques.

L’Europe dispose des outils, des ressources et des valeurs communes nécessaires pour asseoir son avenir. L’avis du CESE tient la défense non seulement pour une réponse à des menaces extérieures, mais avant tout pour la clé de voûte d’un dessein plus vaste, celui d’une Europe sûre, démocratique et unie.

Le livre blanc n’est pas un simple geste politique, c’est un signal d’alarme. Le CESE presse l’Union européenne d’agir dès à présent, d’investir de manière intelligente et de rester unie. La défense est le fondement d’une Europe sûre, démocratique et puissante. Le temps des atermoiements est révolu. Pour l’avenir, il est nécessaire d’être prêt, et l’Europe doit y parvenir dans les faits.

Par Marcin Nowacki, membre du CESE et rapporteur de l’avis REX/603 «Livre blanc conjoint — Préparation de la défense européenne à l’horizon 2030».