Euro area economic policy 2025 - Timeline

  • Avis du Comité économique et social européen — Recommandation de recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro [COM(2024) 704 final]

    EESC 2024/03910

    JO C, C/2025/1190, 21.3.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1190/oj (BG, ES, CS, DA, DE, ET, EL, EN, FR, GA, HR, IT, LV, LT, HU, MT, NL, PL, PT, RO, SK, SL, FI, SV)

    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1190/oj

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    Journal officiel
    de l'Union européenne

    FR

    Série C


    C/2025/1190

    21.3.2025

    Avis du Comité économique et social européen

    Recommandation de recommandation du Conseil concernant la politique économique de la zone euro

    [COM(2024) 704 final]

    (C/2025/1190)

    Rapporteur général:

    Juraj SIPKO

    Conseiller

    Petr ZAHRADNÍK (pour le rapporteur)

    Consultation

    Commission européenne, 20.1.2025

    Base juridique

    Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

    Compétence

    Section «Union économique et monétaire et cohésion économique et sociale»

    Adoption en session plénière

    22.1.2025

    Session plénière no

    593

    Résultat du vote (pour/contre/abstentions)

    198/6/2

    1.   Conclusions et recommandations

    1.1.

    Le CESE constate qu’au cours des quatre dernières années, les économies des États membres de la zone euro et de l’Union européenne ont été confrontées à des chocs systémiques exogènes. Ces économies ont retrouvé une certaine stabilité grâce aux mesures adoptées pour lutter contre la pandémie de COVID-19 et la crise énergétique. Malgré ces mesures mises en œuvre, ces économies font face à une incertitude extérieure et intérieure, à une évolution démographique défavorable et à des pressions imprévisibles sur les budgets nationaux de la zone euro.

    1.2.

    Le CESE attire l’attention sur la médiocrité de la productivité du travail à relativement long terme, la faiblesse de la compétitivité et l’atonie de la croissance économique dans la zone euro. Dans un contexte d’évolution défavorable de la productivité du travail, le Comité attire l’attention sur toute une série de mesures qu’il s’impose de prendre et de mettre en œuvre afin d’asseoir une croissance économique durable et résiliente dans la zone euro, en particulier par rapport à ses principaux concurrents dans l’économie mondiale.

    1.3.

    Afin de rétablir la dynamique de l’économie de la zone euro et de l’Union, le CESE recommande d’approfondir le marché intérieur, d’adopter et de mettre en œuvre des mesures en faveur d’une politique industrielle coordonnée en commun et de prendre et d’appliquer sans délai des mesures visant à mener à bien des réformes structurelles dans chacun des États membres. Par ailleurs, le Comité fait valoir la nécessité de s’attaquer aux mesures administratives et réglementaires excessives, qui ont une incidence négative considérable sur le rythme de la croissance économique.

    1.4.

    Le CESE attire également l’attention sur la pertinence, au regard du rythme relativement faible de la croissance économique à moyen terme, de prendre des mesures urgentes en matière de politique économique afin d’assurer la résilience économique et systémique. Dans ce contexte, il apparaît à présent nécessaire d’envisager de conserve la sauvegarde de la viabilité budgétaire et l’indispensable déblocage de moyens financiers, non seulement pour rétablir la prospérité économique, mais aussi dans l’intérêt public.

    1.5.

    Dans le droit fil des recommandations de la Commission européenne, le CESE approuve l’intérêt porté au renforcement de la compétitivité, notamment en comblant le déficit d’investissement par rapport aux États-Unis et à d’autres concurrents importants dans l’économie mondiale. En outre, il approuve la ligne visant à créer les conditions propices à faire émerger le capital-risque, avant tout à l’intention du secteur des jeunes pousses et des entreprises et des sociétés en expansion.

    1.6.

    Le CESE est d’avis que la politique économique des États membres de la zone euro ne devrait pas seulement s’axer sur la stabilité, la viabilité et le réglage fin de l’évolution des principaux indicateurs macroéconomiques, mais aussi, et surtout, sur des réformes structurelles et institutionnelles profondes.

    1.7.

    Au vu de l’incertitude relativement importante qui entoure le cours que suivra l’économie mondiale, le CESE fait valoir la nécessité de renforcer la résilience face aux chocs extérieurs imprévus. À cet égard, il est nécessaire de refondre les dispositions institutionnelles et législatives touchant à la flexibilité du marché du travail, à la croissance des salaires réels et à la productivité du travail. Par ailleurs, également dans le contexte du vif essor de l’intelligence artificielle, il conviendra de renforcer le secteur de la sécurité sociale et de soutenir l’inclusion ainsi que l’accès au logement.

    1.8.

    Le CESE fait valoir la nécessité de garantir la stabilité macroéconomique et financière. Pour ce qui est de la politique budgétaire, au vu de l’augmentation des dépenses engagées pour financer le processus de transition, la défense, le vieillissement de la population et pour assurer le service de la dette, il importe de garantir un cadre budgétaire crédible à moyen terme. À cet égard, il sera besoin d’un engagement collectif tant à l’échelon des différents gouvernements nationaux qu’à celui de la Commission, sachant qu’il s’impose de respecter les critères budgétaires mis en place.

    1.9.

    Pour ce qui est des efforts visant à garantir la viabilité des finances publiques à moyen terme, le CESE attire l’attention sur les réserves qu’il serait possible de mobiliser en faveur des recettes des budgets nationaux. Ces réserves persistent principalement du fait des volumes relativement importants de moyens financiers qui demeurent dans les paradis fiscaux. Dans ce contexte, le Comité soutient la Commission européenne dans ses démarches pour améliorer l’efficacité d’ensemble des finances publiques et pour réduire le montant des moyens financiers parqués dans les paradis fiscaux. Il soutient également les projets du G20 dans le domaine de la fiscalité des grandes entreprises.

    1.10.

    Le CESE souligne que l’économie des États de la zone euro est confrontée à des risques systémiques majeurs persistants qui trouvent leur origine non seulement dans son environnement extérieur, mais aussi en son sein même. Il s’impose donc de mettre en exergue le degré élevé de responsabilité dont doivent faire preuve toutes les parties à l’œuvre pour mener la politique économique, tant à l’échelon de la Commission qu’au niveau national. Dans ce contexte, il est indispensable de mettre en relief la nécessité d’un sens des responsabilités et d’un engagement hors du commun pour adopter et mettre en œuvre chacune des différentes mesures. Pour accomplir ces tâches qui sortent de l’ordinaire, il sera plus que jamais crucial de dialoguer et de coopérer avec tous les acteurs compétents et responsables afin d’emprunter la voie d’un développement économique durable et résilient de la zone euro.

    2.   Observations générales

    2.1.

    Les dernières prévisions de la Commission européenne n’offrent pas non plus de perspectives très positives pour l’évolution des économies des États de la zone euro et de l’Union européenne dans son ensemble. Cette situation résulte de l’évolution cyclique de l’économie, qui se caractérise par la grande faiblesse de la productivité du travail et l’atonie du rythme de la croissance économique, mais aussi de problèmes structurels persistants qui ne favorisent pas les performances économiques à moyen et long terme et qui les inhibent.

    2.2.

    Les résultats économiques des États membres de la zone euro et de l’Union européenne montrent une croissance économique modérée liée au processus de réduction de l’inflation, ce qui crée des conditions préalables plus propices au développement et s’explique avant tout par des prix des énergies plus favorables. Par conséquent, il est possible de qualifier dans ce contexte la croissance économique de relativement faible, sachant que l’on escompte que celle-ci s’établisse à environ 1 % en 2024, puis à 1,5 % en 2025 et 2026.

    2.3.

    La tendance persistante à la baisse de l’inflation, et tout spécialement l’évolution plus favorable des prix des énergies, lesquelles constituent des intrants essentiels pour la consommation et les ménages, la production industrielle et les activités d’investissement, constitue un facteur positif pour les perspectives de croissance économique à venir. D’ici le milieu de l’année 2025, on escompte que le taux d’inflation se rapproche progressivement de l’objectif de la Banque centrale européenne (BCE) en la matière. Dans ce contexte, cette dernière pourrait continuer à réduire ses taux d’intérêt, une mesure qui atténuera les charges liées au financement par l’emprunt pour les ménages et le secteur des entreprises. On peut s’attendre à ce que le taux d’inflation s’abaisse progressivement pour atteindre 2 % au cours du second semestre de 2025. À l’heure actuelle, l’évolution des prix dans le secteur des services, lesquels se trouvent à un niveau relativement très élevé et dont on peut attendre qu’ils décroissent en 2025, fait obstacle à une décrue plus rapide des taux d’intérêt dans la zone euro.

    2.4.

    En dépit d’une croissance économique relativement faible, le taux de chômage dans les États membres de l’Union est historiquement bas (5,9 %), sachant que l’on table sur la possibilité qu’il se maintienne à des valeurs du même ordre, si ce n’est identiques, malgré les changements structurels auxquels ont s’attend, en particulier dans l’industrie manufacturière. À l’heure actuelle, la tendance désinflationniste a contribué à une croissance manifeste des salaires réels, alors qu’au cours de la période précédente, ceux-ci ont évolué de manière relativement négative du point de vue des salariés et des consommateurs.

    2.5.

    Le marché de la consommation est marqué par une assez grande prudence, qui résulte principalement de l’imprévisibilité des évolutions géoéconomiques et de l’importance de l’incertitude. Toutefois, le volume relativement important de l’épargne n’entraîne pas la reprise souhaitée de l’investissement, étant donné que le mécanisme de transmission n’alloue pas assez cette épargne aux secteurs productifs à forte valeur ajoutée.

    2.6.

    Néanmoins, on peut s’attendre dans les temps qui viennent à une certaine reprise dans le domaine de la consommation des ménages, ainsi que du point de vue de l’activité d’investissement, lesquelles ne seront toutefois pas suffisantes par rapport aux principaux concurrents à l’échelle mondiale. Compte tenu des risques et des incertitudes géoéconomiques qui persistent et s’aggravent concernant les conditions qui prévaudront dans le monde et dans les relations commerciales, ce serait précisément la demande intérieure au titre de la consommation et de l’investissement qui serait à même d’exercer un effet très positif sur la reprise économique des États membres de la zone euro et de l’Union européenne.

    2.7.

    Il convient également de relever que dans certains États membres donnés de la zone euro, l’un des risques les plus importants réside non seulement dans le niveau relativement élevé de leurs déficits budgétaires, mais aussi dans l’augmentation continue de leur dette publique, qui peut s’avérer insoutenable. Dans ce contexte, il convient de souligner que les nouvelles règles adoptées devraient servir de base pour parvenir à la stabilité macroéconomique et à la viabilité budgétaire.

    2.8.

    Outre le fait que l’évolution des indicateurs économiques nominaux des États membres de la zone euro et de l’Union n’est guère encourageante, il convient également de noter la tendance défavorable que présente leur retard structurel par rapport aux grandes puissances économiques mondiales que sont les États-Unis et la République populaire de Chine, en particulier pour ce qui est de l’évolution des technologies. Il s’agit là de l’une des principales raisons pour lesquelles l’écart de croissance entre les États-Unis et l’Union européenne continue de se creuser au détriment de la seconde, avant tout en raison d’une productivité relativement faible de la main-d’œuvre dans les États membres de la zone euro et de l’Union; ainsi, depuis l’an 2000, l’augmentation du revenu disponible réel a été deux fois plus importante aux États-Unis qu’au sein de l’Union.

    2.9.

    Le processus actuel de reconfiguration géoéconomique, qui s’accompagne de symptômes tels que la déglobalisation et la fragmentation de l’économie mondiale, l’accroissement des risques en matière de sécurité, ainsi qu’un recul progressif de l’ordre libéral qui régit les flux de commerce et d’investissement à l’échelle mondiale, influe de manière très importante sur les conditions économiques qui prévalent dans les États membres de la zone euro. En outre, il s’impose de tenir compte de la place croissante que prennent les nouveaux États industrialisés dans l’économie mondiale; de ce fait, l’Union européenne se devrait de jouer un rôle bien plus actif.

    2.10.

    L’on peut affirmer que l’une des causes les plus importantes du retard économique des États de la zone euro dans le contexte international réside dans la capacité relative de l’Union (ou son incapacité) à suivre le rythme des mutations technologiques (principalement après l’an 2000), mais aussi dans le fait que l’Union ne s’est pas saisie de l’émergence de la révolution numérique, laquelle a largement contribué à faire croître ailleurs la productivité du travail. Ce retard s’explique en règle générale avant tout par le déficit d’innovation et l’insuffisance des progrès technologiques.

    2.11.

    Pour combler le déficit d’investissement et d’innovation, il sera nécessaire d’investir des sommes importantes dans les domaines prioritaires que sont la numération, la décarbonation et la défense. Dans ce contexte, il convient d’élaborer et de mettre en œuvre une stratégie visant à accroître les investissements de 5 % (pour les porter à plus de 25 % du PIB). La mobilisation de capitaux privés, associée au recours à des systèmes de garantie publics, grâce par exemple à la continuation de NextGenerationEU, ainsi que l’obtention de sources supplémentaires d’investissement au moyen de l’émission d’obligations, et l’adoption d’une stratégie ciblée de gestion durable de la dette peuvent contribuer à la réalisation de cet objectif.

    3.   Observations particulières

    3.1.

    Le CESE soutient une reprise de la croissance économique fondée sur des réformes structurelles. Cette démarche pourrait se concrétiser dans les domaines suivants:

    a)

    réduire l’écart en matière d’innovation par rapport aux États-Unis d’Amérique et à la République populaire de Chine, notamment pour ce qui est des technologies de pointe (favoriser plus avant le passage du stade de l’innovation à celui de la commercialisation, sachant que la nature des mesures réglementaires constitue un facteur limitatif majeur, qui figure parmi les principaux obstacles au fonctionnement de l’Union européenne);

    b)

    décarboner et stimuler la compétitivité — adopter une approche réaliste pour parvenir à la décarbonation, sous réserve d’une coordination étroite entre les différentes politiques et activités, faute de laquelle ce processus ne permettra pas d’accroître la compétitivité et la croissance économique;

    c)

    garantir la sécurité et réduire la dépendance — assurer la sécurité économique, énergétique et alimentaire constitue une condition préalable à une croissance économique durable, sachant qu’il convient de relever que les risques géoéconomiques actuellement accrus exacerbent l’incertitude et menacent les investissements futurs. Aussi convient-il d’envisager la possibilité de repenser la politique économique de l’Union européenne à l’égard du reste du monde.

    3.2.

    Le CESE constate que pour réaliser les investissements nécessaires dans l’Union européenne, il sera indispensable de mobiliser de vastes moyens financiers. Selon le rapport publié par M. Draghi (1), le montant en question s’élève à au moins 750-800 milliards d’euros d’investissement supplémentaires par an. L’écart entre les niveaux d’investissement des États-Unis et de l’Union européenne a commencé à se manifester de manière éclatante dans la foulée de la crise financière mondiale, en particulier pour ce qui est des investissements productifs privés. Il n’a pas été comblé par un volume plus important d’investissements des gouvernements et des autres pouvoirs publics — contrairement à ce que l’on prévoyait notamment dans la période 2021-2022 —, un domaine dans lequel l’Union accuse de même un retard par rapport à ses principaux concurrents.

    3.3.

    Le CESE estime que pour combler ce déficit d’investissement, l’une des solutions peut consister à mobiliser le secteur privé grâce à des aides publiques, par exemple au moyen de régimes de garantie, afin de financer des investissements de portée stratégique en faveur du développement. Dans ce contexte, on peut considérer que les incitations fiscales à l’investissement privé jouent un rôle essentiel. L’impulsion donnée à ces investissements peut à court terme attenter quelque peu aux finances publiques, sachant qu’à long terme, les bénéfices que procurent les investissements productifs pourraient réduire les coûts pour les budgets.

    3.4.

    Le CESE soutient l’idée selon laquelle l’apport d’investissements privés à hauteur de 4 % du PIB de l’Union par l’intermédiaire des marchés des capitaux pourrait entraîner une réduction des coûts de financement d’environ 250 points de base. Souvent, la réduction des coûts de l’investissement privé s’inscrit également dans le contexte des efforts visant à accroître l’efficacité des marchés des capitaux, par exemple grâce à l’achèvement de l’union de ces derniers.

    3.5.

    Le CESE souligne que l’une des principales raisons pour lesquelles l’intermédiation financière est moins efficace au sein de l’Union réside dans la persistance du caractère fragmenté des marchés des capitaux et dans la modicité des flux d’épargne qui s’orientent vers ces marchés. La Commission européenne a mis en place un certain nombre de mesures pour amorcer la création d’une union des marchés des capitaux. Néanmoins, trois problématiques subsistent:

    a)

    Le CESE constate qu’il n’existe pas à l’échelon de l’Union de surveillance unifiée du marché des valeurs mobilières ni de base unifiée pour l’ensemble des opérations sur les marchés des capitaux (la situation actuelle se caractérise par une grande diversité, des divergences dans la surveillance et l’interprétation des différentes règles). Par exemple, le recours à la compensation au cours des opérations est incomparablement moins unifié dans l’Union européenne qu’aux États-Unis. Mis à part les progrès récents dans le domaine de la retenue de l’impôt à la source, les régimes fiscaux et d’insolvabilité des États membres de l’Union demeurent fondamentalement très différents les uns des autres.

    b)

    Le CESE souligne que les marchés des capitaux sont également largement sous-dimensionnés du fait des faibles volumes de capitaux disponibles à long terme, en provenance principalement des fonds de pension. La majorité des ménages dans l’Union européenne dépendent d’un système public de retraite financé par répartition (les actifs cotisent pour payer les retraites dues), et dans le même temps, seuls quelques États dotés de systèmes de retraite développés affichent une concentration élevée des avoirs des fonds de pension.

    c)

    Le CESE indique que le manque d’efficacité de l’intermédiation financière s’explique par ailleurs par un recours excessif dans l’Union au financement fourni par le secteur bancaire, qui est moins apte à financer des projets innovants et qui est dans le même temps également soumis à un certain nombre de contraintes.

    3.6.

    Le CESE fait observer que le soutien qu’apporte l’Union à l’investissement, tant public que privé, est également limité par la taille de son budget ou l’ampleur de ses capacités budgétaires. Il convient en outre de souligner que, pour que l’intermédiation financière fonctionne efficacement, les fonds de l’Union devraient mieux s’axer sur ses priorités stratégiques. De surcroît, le budget de l’Union est très fragmenté et couvre un grand nombre (50) de programmes, ce qui, en toute objectivité, ne l’aide pas non plus à parvenir à porter une part suffisante de grands projets paneuropéens.

    3.7.

    Le CESE constate qu’il est relativement difficile d’accéder aux fonds de l’Union et qu’il existe des obstacles administratifs. Dans ce contexte, il convient de relever que les possibilités d’adopter de nouvelles priorités politiques et d’obtenir un soutien financier au titre des moyens de l’Union sont également limitées. La faculté à réagir de manière dynamique à des événements imprévus et inattendus n’est pas moins restreinte.

    3.8.

    Le CESE fait également observer que la capacité du budget de l’Union à mobiliser des investissements privés au moyen d’instruments de partage des risques est quelque peu inhibée par un certain manque d’audace et par la réticence à mettre en œuvre des projets à risque. À l’heure actuelle, le principal instrument de partage des risques est le programme InvestEU, mais les partenaires chargés de sa mise en œuvre continuent de s’en tenir à une typologie d’investissements associée à des risques relativement faibles. La question de la décision, reportée sans cesse et de longue date, sur les nouvelles ressources propres de l’Union demeure en suspens.

    3.9.

    Le CESE souligne la nécessité de garantir des actifs sûrs communs, qui faciliteraient considérablement l’achèvement de l’union des marchés des capitaux, la réalisation de ses objectifs initiaux et l’accomplissement des finalités qui la justifient.

    4.   Observations spécifiques touchant à la politique économique et à d’autres domaines connexes

    4.1.   Capitaux privés et achèvement de l’union des marchés des capitaux

    4.1.1.

    Le CESE recommande de créer des conditions favorables au capital privé aux fins d’investissements productifs stratégiques d’intérêt pour l’Union, ce qui pourrait contribuer à établir une véritable union des marchés des capitaux, étayée par un système de retraite solide.

    4.1.2.

    Le CESE souligne que l’union des marchés des capitaux devrait avoir pour rôle essentiel d’assurer le passage d’une coordination des régulateurs nationaux à une réglementation commune unique de tous les marchés de capitaux de l’Union [à la manière de ce qu’ont fait les États-Unis au moyen de la Security Exchange Commission (SEC)]. En outre, une autre tâche importante consiste à harmoniser les cadres en matière d’insolvabilité, ce qui contribuera à éliminer leur fragmentation au niveau national.

    4.1.3.

    Le CESE préconise en outre d’établir une plateforme centrale unique et un dépositaire central de titres unique pour toutes les opérations sur titres. Il est également essentiel de mieux orienter l’épargne des ménages vers des investissements productifs, par exemple grâce à des produits d’épargne à long terme et des produits de retraite, pour parvenir à revitaliser et à renforcer le marché des capitaux. En outre, une autre solution possible consiste aussi à renforcer le deuxième pilier des systèmes de retraite.

    4.2.   Titrisation et achèvement de l’union bancaire

    4.2.1.

    Le CESE est favorable à un renforcement de la capacité financière du secteur bancaire. L’Union européenne devrait donc s’employer à revitaliser la titrisation et à achever l’union bancaire. En premier lieu, il conviendrait de procéder à une adaptation des exigences prudentielles applicables aux actifs titrisés. Pour ce qui est de l’union bancaire, il est proposé des dispositions juridiques destinées aux banques présentant une proportion élevée d’opérations transfrontières, afin de les exclure du domaine de compétence des autorités et instances nationales de régulation et de surveillance, ainsi que du champ d’application des règles et procédures de crise.

    4.3.   Le rôle du budget de l’Union et de son financement

    4.3.1.

    Le CESE recommande de procéder à la réforme du budget de l’Union et de son financement, de sorte à mettre davantage l’accent sur son efficacité et à susciter un effet de levier plus important dans la sphère des investissements privés. Les ressources financières de l’Union devraient être affectées à des projets stratégiques arrêtés de commun accord en vue d’en tirer la plus grande valeur ajoutée possible.

    4.3.2.

    Le CESE soutient les efforts visant à créer des pôles de compétitivité pour le futur cadre financier pluriannuel (CFP). Ces pôles devraient s’axer sur le financement de projets prioritaires déterminés par le cadre de coordination pour la compétitivité. En tant que rouage de ce processus, l’Union devrait s’attacher au premier chef à dégager un nombre suffisant de projets stratégiques et à simplifier l’accès des bénéficiaires à ses ressources.

    4.3.3.

    Le CESE recommande de réduire le nombre de programmes au sein du CFP. Il convient de concevoir un dispositif financier bien ciblé afin de combler le déficit d’investissement en faveur des entreprises technologiques en expansion et des capacités manufacturières dans des domaines prioritaires tels que les technologies propres. En outre, il convient de renforcer la flexibilité du budget de l’Union et de permettre, en cas de besoin justifié, de simplifier la réaffectation de ses moyens entre ses différents programmes.

    4.3.4.

    Le CESE convient de l’idée que le budget de l’Union devrait faire davantage jouer l’effet positif de levier en soutenant les investissements privés au moyen de différents types d’instruments financiers et en appuyant des projets plus risqués avec la participation des partenaires chargés de la mise en œuvre. En outre, il siéra d’accroître les garanties de l’Union au titre du programme InvestEU, qui devrait s’attacher à financer des investissements plus risqués pour favoriser l’expansion des entreprises.

    4.4.   Développement d’un modèle inspiré de l’instrument NextGenerationEU

    4.4.1.

    Le CESE soutient les efforts déployés par l’Union pour créer un cadre réglementaire pour des actifs sûrs communs et permettre des projets d’investissement au sein de ses États membres, ce qui pourrait également contribuer à l’intégration des marchés des capitaux. Par ailleurs, l’Union européenne devrait mettre au point un modèle inspiré de l’instrument NextGenerationEU grâce à des instruments de dette communs. Ce modèle peut conduire à créer un marché obligataire plus substantiel et plus liquide et, par conséquent, à intégrer les marchés des capitaux au sein de l’Union.

    4.4.2.

    Le CESE constate que la création d’actifs sûrs communs permettrait d’évaluer uniformément les obligations des entreprises et les produits financiers dérivés au moyen d’un indice de référence commun et, par conséquent, de normaliser les produits financiers au sein de l’Union, et de rendre ainsi les marchés plus transparents et comparables. De plus, il serait judicieux de créer un type de garantie utilisable dans n’importe quel État membre et dans tous les segments de marché, y compris les opérations transfrontières, qu’il conviendrait par ailleurs d’encourager.

    4.4.3.

    Le CESE constate qu’un actif sûr commun peut aussi permettre de réaliser un marché vaste et liquide à même d’être attrayant à l’échelle mondiale, de réduire les coûts du capital et de contribuer à améliorer l’efficacité des marchés à l’échelon de l’Union. En outre, de tels actifs pourraient contribuer de manière déterminante à maximiser la croissance de la productivité du travail et à financer les biens publics européens communs.

    Bruxelles, le 22 janvier 2025.

    Le président

    du Comité économique et social européen

    Oliver RÖPKE


    (1)   Draghi’s report on the future of European competitiveness: a blueprint for Europe’s demographic and regional cohesion («Rapport de M. Draghi sur l’avenir de la compétitivité européenne: un projet pour la cohésion démographique et régionale de l’Europe»).


    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/1190/oj

    ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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