Les dialogues sur la transition propre — Bilan d’une industrie européenne forte pour une Europe durable - Timeline

  • Avis du Comité économique et social européen — Les dialogues sur la transition propre — bilan — Une industrie européenne forte pour une Europe durable [COM(2024) 163 final]

    EESC 2024/02431

    JO C, C/2025/123, 10.1.2025, ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/123/oj (BG, ES, CS, DA, DE, ET, EL, EN, FR, GA, HR, IT, LV, LT, HU, MT, NL, PL, PT, RO, SK, SL, FI, SV)

    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/123/oj

    European flag

    Journal officiel
    de l'Union européenne

    FR

    Série C


    C/2025/123

    10.1.2025

    Avis du Comité économique et social européen

    Les dialogues sur la transition propre — bilan

    Une industrie européenne forte pour une Europe durable

    [COM(2024) 163 final]

    (C/2025/123)

    Rapporteur:

    Konstantinos DIAMANTOUROS (EL-I)

    Corapporteur:

    John BRYAN (IE-cat. 3)

    Conseillers

    Nick BITSIOS (pour le rapporteur du groupe I)

    Kevin KINSELLA (pour le corapporteur de la cat. 3)

    Consultation

    29.5.2024

    Base juridique

    Article 304 du traité sur le fonctionnement de l’Union européenne

    Compétence

    Commission consultative des mutations industrielles

    Adoption en section

    24.9.2024

    Adoption en session plénière

    23.10.2024

    Session plénière no

    591

    Résultat du vote (pour/contre/abstentions)

    238/1/7

    1.   Conclusions et recommandations

    1.1.

    Le CESE est convaincu qu’il est indispensable d’adopter une approche nouvelle, bien plus courageuse et plus ambitieuse, ainsi qu’un cadre de mise en œuvre clair, afin de faire du pacte vert pour l’Europe une réussite du point de vue climatique et socio-économique. Il nous faut un nouveau pacte pour la compétitivité pour promouvoir et protéger l’industrie et l’emploi dans l’Union.

    1.2.

    Le CESE soutient pleinement les objectifs du pacte vert pour l’Europe, mais estime que certains aspects de cette politique ont entraîné des répercussions négatives sur l’emploi et la compétitivité de l’Union et ont contribué à l’augmentation des émissions mondiales en raison de fuites de carbone.

    1.3.

    Ce nouveau pacte pour la compétitivité devrait prévoir:

    d’accélérer sensiblement les délais d’octroi de permis (et poser également des limites pour l’examen des objections environnementales devant les tribunaux);

    d’adopter une approche plus précise pour mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de nos objectifs climatiques, qui tient compte de l’empreinte carbone des marchandises importées, au lieu de se limiter à la production d’émissions en Europe;

    de renforcer la protection contre les fuites de carbone afin de préserver des conditions de concurrence équitables pour les entreprises européennes;

    de définir une politique de l’énergie neutre sur le plan technologique qui procure davantage de stabilité à long terme, qui permet d’obtenir des prix compétitifs à l’échelle mondiale et qui reconnaît la nécessité d’investir dans des sources stables à faible intensité de carbone le temps de la transition; il s’agit notamment de mettre en place des régimes d’aide visant à surmonter les derniers obstacles aux accords d’achat d’électricité propre, y compris des outils permettant de réduire les risques liés à la génération et à l’équilibrage de l’électricité renouvelable;

    d’investir d’urgence et massivement dans les réseaux de distribution et de transport ainsi que dans les ports et les terminaux portuaires afin de faciliter le développement des énergies renouvelables en mer;

    d’adopter une approche plus ambitieuse et commune pour le financement des investissements dans le cadre du pacte vert pour l’Europe, qui mobilise tous les instruments de financement existants au niveau de l’Union et au niveau national, et qui fasse davantage appel au capital-risque et au capital-investissement;

    d’accroître le soutien à l’électrification;

    de réduire considérablement les lourdeurs administratives et les exigences en matière d’établissement de rapports, conformément aux propositions de la Commission;

    de mettre en place un outil de financement spécifique pour soutenir la production de matières premières critiques et de technologies «zéro net»;

    de poser un cadre pour une transition juste qui assure la reconversion et le perfectionnement professionnels des travailleurs à grande échelle;

    d’accroître l’utilisation des produits renouvelables à base de bois pour réduire les produits d’origine fossile dans les secteurs de l’énergie et de la construction ainsi que dans d’autres domaines.

    1.4.

    En outre, le CESE estime que le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) ne devrait pas remplacer l’allocation gratuite de quotas, sans que des solutions viables pour les exportations et des mesures adéquates pour lutter contre leur contournement puissent être adoptées.

    1.5.

    Il convient également de mettre en place des mesures d’incitation afin de favoriser des modes de transport plus propres dans les villes, notamment les transports publics, la marche, le vélo et les véhicules propres.

    2.   Observations générales

    2.1.

    La communication relative aux dialogues sur la transition propre s’inscrit dans le contexte d’un consensus croissant sur le fait que l’Europe est confrontée à un grave problème structurel de compétitivité lié aux prix élevés de l’énergie et des matières premières, à des lourdeurs administratives et des obligations en matière de rapports excessives, aux coûts importants de mise en conformité qu’engendre la transition écologique, à la longueur des procédures d’octroi de permis, au développement insuffisant des infrastructures, à un déficit endémique de compétences et au manque de financements et d’une demande intérieure suffisants.

    2.2.

    Le CESE soutient pleinement le dessein du pacte vert pour l’Europe. Dans le même temps, il est convaincu que l’Union a besoin d’un nouveau pacte pour la compétitivité si elle veut atteindre les objectifs ambitieux du pacte vert tout en maintenant une économie dynamique, sa cohésion sociale et des emplois de qualité pour les travailleurs.

    2.3.

    Si la communication relative aux dialogues sur la transition propre expose une bonne vue d’ensemble des défis à venir, elle méconnaît la nécessité de prendre des mesures bien plus audacieuses pour remettre l’économie et les ambitions climatiques de l’Europe sur la bonne voie. Il s’agit là, entre autres, de prix de l’énergie compétitifs à l’échelle mondiale, d’une réglementation plus intelligente qui stimule les investissements au sein du marché unique, d’une réduction significative des lourdeurs administratives et des obligations en matière de rapports excessives qui permette dans le même temps de maintenir une protection et une transparence adéquates pour les consommateurs, d’investissements publics et privés massifs dans les infrastructures, de délais d’octroi de permis bien plus courts (notamment en renforçant les autorités publiques compétentes, en fixant des limites et en réévaluant la protection des coûts au titre de l’examen par les tribunaux d’objections soulevées pour des motifs environnementaux), d’un cadre pour une transition juste pour garantir la reconversion et le perfectionnement à grande échelle qui seront nécessaires et d’une approche plus précise pour mesurer les progrès accomplis dans la réalisation de nos objectifs climatiques. Il incombe à la Commission européenne d’établir des priorités en fonction de l’urgence.

    2.4.

    Cette démarche revient à prendre acte que certaines politiques essentielles sont contre-productives, car elles ont entraîné une perte de production de l’Union européenne que compensent des importations à forte intensité de carbone. Cette situation est néfaste tant pour notre climat que pour l’économie et la sécurité de l’Union. Notre indicateur pour évaluer les progrès accomplis devrait tenir compte de l’empreinte carbone des marchandises importées, plutôt que de mesurer uniquement les émissions produites en Europe.

    2.5.

    Le CESE se préoccupe de l’évolution récente du marché de l’énergie. En l’absence de solutions de flexibilité disponibles, les investissements massifs dans les énergies renouvelables entraînent une inadéquation de l’offre et de la demande et des délestages importants de l’électricité produite à partir de sources renouvelables. Pendant un nombre croissant d’heures, les prix de l’électricité sont soit négatifs, soit très bas, mais le prix de la charge de base reste élevé du fait que, pendant de nombreuses heures, la production est insuffisante par rapport à la demande.

    2.6.

    Cette situation n’incite pas à investir dans de nouvelles capacités de production et entrave notre capacité à investir dans l’électrification. Puisqu’il faudra disposer dans un avenir prévisible d’une énergie distribuable, il s’impose d’investir davantage dans ces sources d’énergie.

    2.7.

    Au vu de l’importance que revêt l’eau pour la production industrielle et agricole, il est essentiel d’élaborer une stratégie de l’Union européenne visant à accroître la sécurité de l’eau, conformément à l’appel du CESE en faveur d’un pacte bleu.

    2.8.

    Sachant que le secteur de la construction forme, par sa taille, le deuxième écosystème industriel de l’Union et que les bâtiments comptent pour 40 % de la consommation d’énergie, ce secteur offre un énorme potentiel pour concourir au pacte vert pour l’Europe. Il convient de déployer des efforts supplémentaires afin de faire progresser les pratiques écologiques en matière de marchés publics, ainsi que la réutilisation et le recyclage des matières premières.

    3.   Observations particulières

    3.1.    Infrastructures énergétiques

    3.1.1.

    Un approvisionnement abondant et abordable en énergie propre, en particulier en électricité, constitue une exigence fondamentale pour atteindre les objectifs du pacte vert pour l’Europe et préserver la compétitivité de l’industrie européenne. La consommation d’électricité devrait augmenter de 60 % entre 2023 et 2030 (1).

    3.1.2.

    Les prix de détail de l’électricité pour l’industrie dans l’Union européenne sont 2 à 3 fois plus élevés qu’aux États-Unis (de 2021 à 2023), contre 1,5 à 2 fois historiquement. Les prix du gaz sont 3 à 6 fois plus élevés qu’aux États-Unis, contre 2 à 3 fois historiquement, tandis que la Chine affiche des prix de l’énergie encore plus faibles (2).

    3.1.3.

    Le CESE propose que, lorsqu’un pays envisage de renoncer à une source d’énergie existante, les États membres réalisent au préalable une analyse d’impact exhaustive, portant notamment sur les conséquences sociales, et que le pays concerné soit tenu de fournir une source d’énergie plus durable.

    3.1.4.

    Les progrès accomplis pour tirer parti des possibilités considérables que présentent les énergies renouvelables en mer et qui sont essentielles pour atteindre les objectifs de l’Union européenne ont été particulièrement lents. Pour réaliser les avancées nécessaires dans ce domaine, il est capital d’investir massivement dans les ports, les terminaux portuaires et les infrastructures de réseau.

    3.1.5.

    Le fait que 40 % des réseaux de distribution dans l’Union aient plus de 40 ans témoigne clairement de la nécessité d’investir d’urgence dans les infrastructures de réseau. Ce faisant, il conviendra d’adapter les réseaux à un système plus numérisé, décentralisé et flexible, constitué de millions de panneaux solaires sur toiture, de pompes à chaleur et de communautés énergétiques locales partageant leurs ressources, à un recours accru aux énergies renouvelables en mer, à une augmentation du nombre de véhicules électriques en recharge et à une hausse des besoins en matière de production d’hydrogène. La capacité de transport transfrontalier devra doubler d’ici à 2030 et la Commission européenne estime que pour ce faire, 584 milliards d’euros d’investissements sont nécessaires (3).

    3.1.6.

    Le plan d’action de l’Union visant à accélérer les efforts pour faire face aux défis auxquels sont confrontés les réseaux de distribution s’articule autour des grands axes suivants: 1) accélérer la mise en œuvre des projets d’intérêt commun existants et élaborer de nouveaux projets; 2) améliorer la planification à long terme du réseau; 3) introduire un cadre réglementaire favorable et à l’épreuve du temps; 4) optimiser l’utilisation des réseaux existants et les rendre plus intelligents; 5) améliorer l’accès aux financements; 6) garantir des procédures plus rapides et plus légères pour l’octroi des permis; et 7) donner la priorité à la réforme des processus de planification et envisager un processus de planification accéléré de l’Union pour les infrastructures énergétiques assorti de délais stricts pour toutes les objections, renforcer les chaînes d’approvisionnement, supprimer les obstacles à la planification et améliorer l’accès au financement (4).

    3.1.7.

    Le financement des coûts des infrastructures énergétiques constitue un obstacle majeur à leur développement. Les investissements privés n’ont pas été pleinement mobilisés. Moins de 30 % des financements des entreprises européennes proviennent de fonds propres et d’emprunts négociables, contre près de 70 % pour les entreprises américaines. Recourir davantage au capital-risque, au capital-investissement et aux fonds souverains, et en assurer une plus grande disponibilité, tout en les combinant à des financements accrus de l’Union et des États, joue un rôle déterminant pour financer une économie propre dans l’Union européenne.

    3.2.    Sidérurgie et industries à forte intensité énergétique

    3.2.1.

    Les industries à forte intensité énergétique sont confrontées à une crise existentielle provoquée par des facteurs qui s’entremêlent, notamment les prix élevés de l’énergie et des matières premières, l’augmentation des coûts de mise en conformité découlant de la législation de l’Union sur le climat, la concurrence déloyale des pays tiers et la faiblesse de la demande causée par le ralentissement économique plus général. Cette situation a conduit à réduire largement certaines productions (de 45 % pour le zinc, de 50 % pour l’aluminium, de 25 à 35 % pour les engrais) et à licencier des travailleurs. L’Europe doit centrer ses efforts sur la protection et la promotion de l’industrie et continuer à être diversifiée et résiliente, tout en évitant des dépendances excessives à l’égard de certains secteurs, à l’instar du tourisme de masse dans certains États membres.

    3.2.2.

    À l’heure actuelle, aucun argument économique ne justifie de nouveaux investissements dans les industries à forte intensité énergétique, qui sont néanmoins nécessaires à la transition écologique en Europe. En fait, ces conditions continueront de se détériorer puisqu’en 2026, la prochaine phase du système d’échange de quotas d’émission (SEQE) et l’introduction du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) en l’absence de solution pour les exportations ou de mesures adéquates pour lutter contre son contournement, entraîneront une augmentation considérable des coûts d’exploitation pour les entreprises grandes consommatrices d’énergie et pour leurs secteurs manufacturiers qui en dépendent en aval, par exemple, les producteurs de véhicules, d’éoliennes et d’applications numériques, y compris les centres de données. Il en va de même pour la fabrication d’engrais et la production alimentaire. En conséquence, ces investissements sont réalisés en dehors de l’Union européenne et les importations à plus forte intensité de carbone augmentent, ce qui entraîne des répercussions négatives sur le climat, l’emploi et la sécurité de l’Union.

    3.2.3.

    Pour éviter une telle situation, il nous faut des politiques pragmatiques qui garantissent des prix de l’énergie compétitifs au plan mondial (en prenant acte de la nécessité de disposer de sources d’énergie stables) et une accélération sensible des procédures d’octroi de permis. Afin de réduire les prix de l’électricité que subit l’industrie européenne, les États membres devraient mettre en place des régimes d’aide visant à surmonter les derniers obstacles aux accords d’achat d’électricité renouvelable (comme le prévoient la directive sur les énergies renouvelables et l’organisation du marché de l’électricité), y compris des outils permettant de réduire les risques liés à la génération et à l’équilibrage de l’électricité renouvelable. Il est également nécessaire de maintenir le système de compensation des coûts indirects pour combler en partie la hausse supplémentaire des prix de l’électricité causée par le SEQE de l’Union.

    3.2.4.

    Étant donné qu’à elle seule, la tarification du carbone ne permet pas de justifier sur le plan économique des investissements dans la décarbonation industrielle, ce dont témoigne le manque actuel d’investissements, il y aura lieu de prévoir un soutien financier supplémentaire et, pour ce faire, de fournir un soutien ciblé au titre des dépenses opérationnelles (OPEX) et des dépenses d’investissement (CAPEX), sans pour autant nuire à la concurrence. En outre, le MACF ne doit pas être appliqué en l’absence de solution viable pour les exportations de l’Union et sans une surveillance attentive des coûts supplémentaires importants qu’il engendrera en Europe pour les entreprises, les agriculteurs et la société en général. Pour évaluer le rythme auquel on escompte que l’industrie de l’Union se décarbone, il convient également de tenir compte des retards dans la disponibilité de l’hydrogène bas carbone et d’autres facteurs de décarbonation industrielle.

    3.2.5.

    Il est également nécessaire et urgent de s’efforcer de lutter contre les excédents de capacité à l’échelle mondiale et d’empêcher ainsi que de l’acier bon marché ne déferle sur le marché ouvert de l’Union européenne. Si l’on peut se féliciter vivement de la récente extension des mesures de sauvegarde de l’acier, l’augmentation du nombre des affaires de défense commerciale pour le secteur sidérurgique (plus de 50 % de l’ensemble des procédures relatives à des instruments de défense commerciale) montre que ce problème gagne en ampleur. Le CESE invite instamment la Commission à utiliser toutes les mesures de sa boîte à outils en matière de défense commerciale pour prévenir le dumping, les subventions déloyales et les contournements qui touchent à la fois l’acier et d’autres industries à forte intensité énergétique.

    3.3.    Les technologies propres

    3.3.1.

    La transition vers une économie à zéro émission nette d’ici à 2050 nécessite d’investir de manière considérable dans les technologies propres. L’on prévoit que la production mondiale de véhicules électriques sera multipliée par 15 et que le déploiement des énergies renouvelables sera presque quadruplé. Sachant que pour de nombreux composants de la chaîne de valeur des technologies propres, l’Europe dépend à 90 %, voire plus, d’importations qui proviennent principalement de Chine, le règlement pour une industrie «zéro net» vise à diversifier les sources d’approvisionnement et à stimuler la production nationale de technologies propres en simplifiant les procédures d’octroi de permis. Bien qu’il s’agisse d’une avancée dans la bonne direction, cette législation ne produira que des incidences limitées sur le terrain, sachant que les délais qu’elle prévoit pour l’octroi de permis excluent délibérément de leur champ d’application les autorisations environnementales. En outre, sachant que le compromis final dont elle a fait l’objet n’a pas permis d’accepter le principe de l’approbation tacite, les délais réduits d’octroi de permis sont en réalité purement indicatifs.

    3.3.2.

    Par ailleurs, la stratégie est également mise à mal par l’énorme problème de compétitivité auquel sont confrontées les industries européennes à forte intensité énergétique. Si la désindustrialisation ne s’arrête pas, l’Europe risque de devenir sans cesse plus dépendante à l’égard de tiers peu fiables pour les matières premières nécessaires à la fabrication de technologies propres. En outre, le SEQE, parce qu’il augmente sensiblement le coût des matières premières dans l’Union, couplé au MACF, renchérira et donc compliquera la production de technologies propres en Europe, sachant que les véhicules électriques, les unités d’énergie renouvelable, les composants des réseaux électriques, les électrolyseurs à hydrogène, les pompes à chaleur et les batteries dépendent tous de l’acier, de l’aluminium et d’autres matières premières, qui sont pour eux autant d’intrants indispensables. Un fonds spécifique est donc nécessaire pour soutenir le secteur des technologies propres.

    3.4.    Matières premières critiques

    3.4.1.

    Décarboner notre économie nécessite d’accroître fortement le volume de matières premières critiques qu’il convient d’extraire, de transformer et de recycler pour produire des technologies à faibles émissions. Par exemple, pour parvenir à zéro émission nette d’ici à 2050, la consommation de lithium devra augmenter de 2 109 %, celle de nickel de 168 %, celle de cuivre de 51 % et celle d’aluminium de 43 % (5). Un manque croissant de diversification au sein de nos chaînes d’approvisionnement met en péril l’accès de l’Union européenne aux matières premières. Celle-ci dépend d’un seul pays pour plus de 90 % de son approvisionnement en différentes matières premières, dont les terres rares, le gallium et le magnésium (6). Cette situation accroît le risque de perturbations de la chaîne d’approvisionnement.

    3.4.2.

    La législation européenne sur les matières premières critiques a posé des objectifs pour diversifier nos sources d’approvisionnement, ainsi que des objectifs en matière d’extraction, de transformation et de recyclage des matières premières stratégiques au sein de l’Union européenne. Cette législation prévoit également des dispositions visant à accélérer l’octroi de permis.

    3.4.3.

    Pour atteindre les objectifs de cette législation, il faudra néanmoins prendre des mesures supplémentaires. L’Union européenne ne dispose pas d’instruments spécifiques de financement pour les projets dans le secteur des matières premières critiques, et il convient en priorité d’établir un tel fonds. Pour faciliter les investissements privés dans les matières premières critiques, il convient de consentir des efforts supplémentaires, qui sont actuellement bridés par la législation de l’Union en matière de finance durable.

    3.4.4.

    En outre, le recyclage et (en particulier) la transformation des matières premières tendent à consommer beaucoup d’énergie. Les entreprises qui mènent ces activités sont confrontées aux mêmes défis que ceux qui se posent plus largement aux industries européennes à forte intensité énergétique. Pour atteindre les objectifs de la législation sur les matières premières critiques, il nous faut donc garantir un approvisionnement énergétique compétitif à l’échelle mondiale pour l’industrie européenne, ainsi qu’une politique commerciale ferme et un cadre réglementaire plus favorable qui s’attache à réduire les coûts plutôt qu’à les augmenter.

    3.5.    Hydrogène

    3.5.1.

    L’hydrogène constituait l’un des piliers porteurs du pacte vert pour l’Europe. Après avoir annoncé dans ce domaine des objectifs ambitieux, encore rehaussés par la communication REPowerEU, laquelle prévoit à l’horizon 2030 de produire annuellement 10 millions de tonnes d’hydrogène renouvelable en Europe, auxquelles s’ajoutent 10 millions de tonnes importées chaque année. Toutefois, les projets relatifs à l’hydrogène à faible intensité de carbone (y compris renouvelable) peinent à prendre un tour concret. L’Agence internationale de l’énergie a indiqué que seuls 4 % des projets annoncés étaient parvenus jusqu’au stade de la décision définitive d’investir (7). Ceci s’explique principalement par des coûts plus élevés que prévu et par l’incapacité des consommateurs à supporter le surcoût écologique.

    3.5.2.

    Afin d’intensifier le déploiement de l’hydrogène bas carbone, il convient de prêter davantage attention au côté de la demande. Au vu de l’écart important entre le coût de l’hydrogène bas carbone et celui de solutions de remplacement plus polluantes, la tarification du carbone ne suffira pas à elle seule à susciter un intérêt économique à investir dans le premier, en particulier lorsqu’elle intervient en l’absence d’un dispositif homologue dans d’autres pays et en présence d’incertitudes importantes quant à l’efficacité du MACF. Il sera en revanche nécessaire d’apporter un soutien plus important afin que les premiers projets entrent en service, pour garantir le déploiement réel des technologies de l’hydrogène, ce qui aidera à produire des effets d’échelle et à réduire les coûts. Pour soutenir ainsi de tels projets dans le domaine de l’hydrogène, la Banque de l’hydrogène s’est avérée être un modèle efficace grâce à sa conception innovante qui aide à mettre l’offre en contact avec la demande. Il demeure toutefois nécessaire d’apporter des financements supplémentaires afin de garantir la disponibilité et le caractère abordable de l’hydrogène bas carbone.

    3.6.    Bioéconomie forestière

    3.6.1.

    Avec une superficie totale d’environ 180 millions d’hectares, les forêts et autres aires boisées couvrent quelque 45 % du territoire de l’Union européenne, et procurent ce faisant à cette dernière de vastes ressources naturelles ainsi qu’un important puits de carbone (8). La bioéconomie forestière offre des possibilités importantes d’accroître l’utilisation de produits renouvelables à base de bois afin de réduire le recours aux matériaux d’origine fossile dans les secteurs de l’énergie, de la construction, des produits chimiques, des emballages et des textiles.

    3.6.2.

    Le CESE propose de renforcer et de mieux cibler la recherche et l’innovation, les marchés publics et les incitations qui donnent la priorité aux bioproduits, d’accroître l’usage du bois dans les bâtiments, et d’accorder dans le même temps à la sylviculture une récompense et des incitations au titre du captage du carbone, du tourisme et des loisirs, et d’autres services écosystémiques. Des solutions spécifiques sont nécessaires pour accélérer la planification tant pour les plantations forestières que pour les coupes claires.

    3.7.    Mobilité et villes propres

    3.7.1.

    Le passage à une mobilité propre dans les villes, qui implique d’étendre et d’électrifier les transports publics, et les investissements dans des bus, des tramways, des trains, des voitures et des taxis électriques, peuvent aider à réduire les émissions de gaz à effet de serre, la pollution de l’air et la congestion du trafic. Pour obtenir ce résultat, il est indispensable de pouvoir accéder à une énergie propre et abordable et à des structures d’appui. En outre, des incitations positives aux financements peuvent faciliter son obtention, comme dans le cas du plan tiré par l’investissement pour un air propre à Manchester (9), par opposition à des mesures qui reposent sur la taxation des sources d’énergie existantes et dont la nature est de ce fait profondément régressive et qui pénalisent les personnes à faibles revenus.

    3.7.2.

    Donner à davantage de personnes la possibilité de marcher et de faire du vélo en toute sécurité peut jouer un rôle plus important en vue de réaliser les objectifs climatiques ainsi que d’améliorer la santé publique, de renforcer l’économie et de favoriser une société plus juste et plus équitable. En règle générale, environ 60 % des trajets effectués en ville sont inférieurs à cinq kilomètres, et 25 % le sont à un kilomètre; dans le même temps, à peine un tiers d’entre eux se fait actuellement à pied et à vélo. Amsterdam constitue une bonne illustration de la mise en œuvre d’un plan stratégique dans ce domaine (10). Pratiquer davantage la marche et le cyclisme est non seulement bénéfique pour le climat, mais améliore également la santé publique en réduisant les maladies liées aux modes de vie sédentaires et à la pollution atmosphérique.

    3.7.3.

    En 2023, plus de 6,7 millions d’avions ont décollé des aéroports européens, pour des vols qui ont émis un total de 164,85 millions de tonnes de CO2. Ce volume équivaut aux émissions annuelles de 80 millions de voitures à moteur thermique (11). Alors que le transport maritime joue un rôle essentiel dans l’économie de l’Union européenne et constitue l’un des modes de transport les plus efficaces sur le plan énergétique, il représente également une source importante et croissante d’émissions de gaz à effet de serre. En 2018, il émettait ainsi dans le monde 1 076 millions de tonnes de CO2 et comptait pour environ 2,9 % des émissions mondiales dues aux activités humaines (12).

    Les secteurs maritime et aérien auront besoin de quantités considérables de carburants renouvelables et bas carbone, et développer la production de tels carburants permettra de diversifier notre approvisionnement énergétique tout en améliorant la compétitivité industrielle. Ces deux secteurs devront également adopter de nouvelles technologies pour des moteurs à faibles émissions. Déplacer autant que faire se peut le transport de conteneurs des camions vers les trains électriques et passer à des moteurs de norme 6 pour les camions contribuera à réduire les émissions. Il s’impose de consentir des investissements importants dans le réseau d’infrastructures ferroviaires pour les voyageurs et les marchandises.

    Bruxelles, le 23 octobre 2024.

    Le président

    du Comité économique et social européen

    Oliver RÖPKE


    (1)   https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_23_6044.

    (2)   EUR-Lex — 52024DC0163 — FR — EUR-Lex (europa.eu).

    (3)   https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52023DC0757.

    (4)   https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:52023DC0757.

    (5)   metals-for-clean-energy.pdf (eurometaux.eu).

    (6)   Règlement européen sur les matières premières critiques (europa.eu).

    (7)  Agence internationale de l’énergie, Global Hydrogen Review 2023 («Vue générale sur l’hydrogène dans le monde en 2023») — résumé et analyse (en anglais).

    (8)   https://www.eea.europa.eu/en/topics/in-depth/forests-and-forestry.

    (9)   https://cleanairgm.com/clean-air-plan/.

    (10)   https://www.amsterdam.nl/en/policy/sustainability/clean-air/.

    (11)   https://www.transportenvironment.org/uploads/files/Europe_Aviation_2023_file.pdf.

    (12)   https://climate.ec.europa.eu/eu-action/transport/reducing-emissions-shipping-sector_en?prefLang=fr.


    ELI: http://data.europa.eu/eli/C/2025/123/oj

    ISSN 1977-0936 (electronic edition)


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