-
Event type
Plenary Session

594e session plénière, avec les invités suivants: Magdalena SOBKOWIAK-CZARNECKA, sous-secrétaire d’État polonaise au département des affaires européennes, Hadja LAHBIB, commissaire européenne à l’égalité, à l’état de préparation et à la gestion des crises. Vous pourrez suivre les débats en  Web streaming

-
Event type
Plenary Session

593e session plénière, avec les débats et invités suivants: la princesse Rym Ali, présidente de la Fondation Anna Lindh, Dubravka Šuica, commissaire européenne chargée de la Méditerranée, Nasser Kamel, secrétaire général de l’Union pour la Méditerranée, et Eliane El Haber, représentante de la jeunesse pour l’avis REX/583, conseillère auprès du réseau «SDG 4 Youth & Student» de l’UNESCO et responsable de projet à l’Institut international pour l’enseignement supérieur en Amérique latine et aux Caraïbes de l’UNESCO, Roxana Mînzatu, vice-présidente exécutive de la Commission européenne chargée des droits sociaux et des compétences, des emplois de qualité et de l’état de préparation, Katarzyna Nowakowska, vice-ministre de la famille, du travail et de la politique sociale de Pologne et Janine Berg, économiste principale au sein de l’Organisation internationale du travail, Suisse, Florika Fink-Hooijer, directrice générale de la DG Environnement de la Commission européenne (à confirmer), Hans Bruynickx, professeur de gouvernance environnementale à l’université d’Anvers et ancien directeur exécutif de l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), Friedrich Wulf, militant pour une politique internationale en matière de biodiversité, les Amis de la Terre, Annabella Rosemberg, conseillère principale pour une transition juste au sein du réseau Climate Action Network (CAN), Pegah Moulana, secrétaire générale du réseau européen pour la jeunesse et l’environnement (YEE), Dirk Bergrath, rapporteur de l’avis NAT/933 et Maurizio Reale, président de l’Observatoire du développement durable du CESE.  Web streaming

-
Event type
Plenary Session

L’agenda et toutes les informations concernant cette session plénière seront disponibles 8 jours avant la date de l’événement. Vous pourrez suivre les débats en web streaming.  Web streaming

Published in
20 pages

Rapport sur la visite en Moldavie – 17 avril 2024 et observations des autorités sur le rapport
Le rapport relaie les points de vue de la société civile moldave sur la liberté d’association, la liberté de réunion et l’État de droit. Ce rapport a été communiqué aux autorités moldaves, qui ont ensuite transmis leur réponse.

Conclusions et recommandations

Synthèse des avis adoptés lors de la session plénière des 23 et 24 octobre 2024

«Nous, femmes vivant en milieu rural, refusons d’être considérées sous l’angle de la pitié ou de la compassion: nous voulons être reconnues et appréciées comme parties prenantes dans la réalisation de l’objectif du développement durable. Nous avons besoin de disposer de perspectives à exploiter et de compter sur des services essentiels de qualité, afin de pouvoir nous maintenir dans nos terroirs et continuer à nourrir le monde»: c’est en ces termes que s’est exprimée, durant le débat récemment organisé au CESE sur le thème «Les femmes et la triple crise planétaire: défis et perspectives», l’Équatorienne Luz Haro Guanga, praticienne d’une agriculture paysanne et secrétaire exécutive du Réseau des femmes rurales d’Amérique latine et des Caraïbes (RedLAC). Dans son entretien avec CESE info, Mme Haro Guanga évoque les effets que le changement climatique produit en Amérique latine et explique les raisons pour lesquelles, malgré les reculs enregistrés lors de la COP16, le pessimisme est un luxe que nous n’avons ni la possibilité ni le loisir de nous accorder dans notre combat pour une planète qui soit plus durable et en meilleure santé. 

«Nous, femmes vivant en milieu rural, refusons d’être considérées sous l’angle de la pitié ou de la compassion: nous voulons être reconnues et appréciées comme parties prenantes dans la réalisation de l’objectif du développement durable. Nous avons besoin de disposer de perspectives à exploiter et de compter sur des services essentiels de qualité, afin de pouvoir nous maintenir dans nos terroirs et continuer à nourrir le monde»: c’est en ces termes que s’est exprimée, durant le débat récemment organisé au CESE sur le thème «Les femmes et la triple crise planétaire: défis et perspectives», l’Équatorienne Luz Haro Guanga, praticienne d’une agriculture paysanne et secrétaire exécutive du Réseau des femmes rurales d’Amérique latine et des Caraïbes (RedLAC). Dans son entretien avec CESE info, Mme Haro Guanga évoque les effets que le changement climatique produit en Amérique latine et explique les raisons pour lesquelles, malgré les reculs enregistrés lors de la COP16, le pessimisme est un luxe que nous n’avons ni la possibilité ni le loisir de nous accorder dans notre combat pour une planète qui soit plus durable et en meilleure santé.

Votre organisation, le réseau RedLAC, a pris part à la COP16. Êtes-vous déçue des résultats de cette conférence, puisqu’elle n’a pas abouti à un consensus sur le financement de la protection de la nature et de la biodiversité? Cette COP16 a-t-elle débouché sur un quelconque résultat?

Luz Haro Guanga: Femme équatorienne vivant en milieu rural, je milite depuis les années 80 pour les droits de mes sœurs des campagnes d’Équateur. Une des leçons que j’ai tirées de cet engagement de près de quarante années est que si l’on veut faire évoluer la société, il faut déployer d’énormes efforts, ne guère s’attendre à remporter des succès immédiats et, surtout, savoir faire preuve de constance, de cohérence et de persévérance. Il aurait été formidable de dégager un consensus sur la protection de la nature et de la biodiversité, mais j’ai la conviction que les voix de ces milliers d’hommes et de femmes, citadins ou ruraux, qui ont été été relayées jusqu’à la COP16, n’en ont pas moins réussi, tels des grains de sable qui s’accumulent, à emporter l’adhésion, dans leur cœur comme dans leur esprit, d’intervenants qui avaient jusqu’alors été rétifs à l’idée de soutenir cette action urgente en faveur du climat.

Si, en définitive, nous n’avons pas atteint notre but, c’est précisément maintenant que nous devons continuer à faire le siège des responsables dans chaque ville, chaque communauté et chaque pays, pour qu’ils opèrent leur prise de conscience et qu’ils fassent montre de volontarisme, sur un plan personnel, technique et politique, de manière à prendre les meilleures décisions pour éviter que par notre inaction d’aujourd’hui, la faim, demain, ne tue des êtres humains.

En Amérique latine, comment le changement climatique affecte-t-il les femmes autochtones et celles vivant en milieu rural?

Je voudrais, si vous me le permettez, attirer l’attention sur certains points saillants d’un document que la Commission interaméricaine des femmes (CIM) de l’Organisation des États américains (OEA) a élaboré à partir d’entretiens avec 70 femmes dirigeantes, de 16 pays, dans un processus de dialogue lancé en septembre 2024. Le texte, qui a été présenté devant la COP16, expose les points de vue des femmes vivant en milieu rural.

La conclusion à laquelle il aboutit est que le changement climatique se présente comme une réalité dans tous les pays du monde, y compris ceux des deux Amériques, et qu’il y provoque de graves conséquences. Parmi ces phénomènes d’origine climatique, il en est toutefois quatre qui ont été mis en avant de manière particulièrement marquée.

Les sécheresses persistantes: certains pays ont indiqué souffrir, des mois durant, d’un niveau de précipitations extrêmement faible, et d’autres, plus au sud, ont fait état de sécheresses qui se sont étalées sur plusieurs années.

Des températures en augmentation, bien au-dessus des valeurs normales: cette hausse, intervenant qui plus est alors que les sols sont desséchés, concourt à la multiplication des incendies de végétation, lesquels, s’ils peuvent tout aussi bien être spontanés qu’avoir été, le cas échéant, allumés à dessein, sont, en tout état de cause, attisés par la sécheresse ambiante, pour le plus grand dommage des biotopes et de la biodiversité. Durant les jours mêmes où la conférence se déroulait au Brésil, les médias ont rapporté que dans le pays, l’État de Piauí ne comptait pas moins de trois cents foyers d’incendie actifs.

Les tempêtes: il a été relevé que les pluies sont intenses, qu’elles s’abattent en épisodes très brefs et qu’elles s’accompagnent de fortes bourrasques. Des participants originaires d’Amérique centrale, de la République dominicaine et des franges côtières de la Colombie ont expliqué que les cyclones et les tempêtes tropicales frappent leurs régions avec une intensité et une fréquence qui vont croissant.

Des modifications dans les courbes de précipitations: «Il pleut aux moments les plus inattendus» est une phrase qui a fait florès dans toutes les réunions, tandis que des occurrences inopinées de gel, de grêle et d’averses de neige ont été relevées dans les basses latitudes du continent sud-américain et ses régions andines. D’une manière générale, on a constaté que la pluviométrie annuelle a baissé, cependant que les pluies, quand elles surviennent, prennent des allures torrentielles, provoquant des inondations et des catastrophes naturelles qui prélèvent leur lot de victimes humaines, emportent infrastructures, routes et récoltes et dégradent les conditions de vie de la population, en particulier dans les campagnes. Un participant a bien résumé la situation par ces mots: «Parfois, il pleut de manière terrifiante.»

Par ailleurs, l’on assiste à la mise en œuvre de pratiques non durables, qui appauvrissent les ressources naturelles. Parmi les problèmes qui, tout à la fois, s’avèrent les plus préoccupants et sont le plus fréquemment mentionnés, figurent les coupes de bois ou la destruction de forêts et de mangroves, les incendies forestiers d’origine volontaire, la gestion inadéquate des ressources hydriques, la pollution, la promotion d’activités qui présentent un caractère intensif, tendent à faire tache d’huile, consomment de l’eau en abondance et sont source de pollution, ou encore un recours excessif aux produits de l’agrochimie, aux herbicides et aux pesticides.

Un aspect qui a été épinglé est celui de l’inertie des certains pouvoirs publics locaux ou nationaux, qui n’élaborent pas les cadres réglementaires grâce auxquels il serait possible de faire reculer des activités destructrices et de promouvoir des stratégies de production durables. Certains pays se sont certes dotés de telles réglementations, mais leurs autorités s’abstiennent de les appliquer, sous l’effet de la corruption ou à cause d’intérêts politiques individuels.

En conséquence, les dirigeants mondiaux ont réclamé qu’une pression accrue soit exercée sur les États afin qu’ils se conforment aux traités qu’ils ont souscrits en matière de biodiversité et de changement climatique.

Eu égard au cours pris par la lutte pour le climat et la protection de l’environnement, êtes-vous plutôt optimiste ou pessimiste? À votre avis, que faudrait-il faire?

Si nous ne nous projetons pas dans des rêves ambitieux, nous ne réaliserons pas de grandes avancées. Dès lors que nous sommes touchés par le changement climatique et que ses répercussions s’aggravent à vive allure, nous ne pouvons renoncer au combat que nous menons pour que les enjeux fondamentaux, nécessitant une action prioritaire, retiennent l’attention des décideurs, non seulement sous l’angle du financement mais aussi dans la perspective qu’ils mènent une action coordonnée, coopèrent et fassent reculer les égoïsmes et un activisme asservi à des intérêts politiques partisans.

Je fais preuve d’optimisme, car j’estime que si nous continuons à exercer une pression, à faire entendre notre voix et à soutenir des développements de long terme au sein de la société, en concluant des alliances stratégiques, dans les deux Amériques comme à travers le monde, nous serons à même d’influer sur les actions des autorités publiques et de garantir que les personnes détentrices de fonctions de pouvoir ou exerçant des responsabilités de prise de décisions assumeront leurs missions en étant mues par la conviction qu’il s’impose d’urgence de lutter contre le changement climatique et de juguler les actions qui en accélèrent les effets néfastes et destructeurs pour notre planète, qu’il s’agisse des incendies, des exploitations agricoles fondées sur les monocultures, de l’utilisation débridée d’insecticides et de produits chimiques, de la destruction des bassins hydrographiques, de la pêche pratiquée de manière indiscriminée, du tarissement des ressources hydriques, ou des carences dans le traitement des eaux usées, pour ne prendre que ces exemples.

Verser dans le pessimisme ne fera qu’affaiblir notre message et, au bout du compte, nous amènera à abandonner notre action et notre combat. Malgré tous ces soubresauts dommageables, il n’y a ni temps à perdre, ni place pour le défaitisme dans la lutte que nous menons pour une planète qui soit plus durable et en meilleure santé. Il s’agit d’une question de vie ou de mort, pour nos générations comme pour celles qui nous succéderont.

C’est hier qu’il aurait fallu agir! Il n’en reste pas moins qu’il est encore temps, aujourd’hui, de commencer à changer d’attitude et de prendre des engagements au bénéfice de toute l’humanité.

Équatorienne pratiquant l’agriculture paysanne, Luz Haro Guanga est secrétaire exécutive du Réseau des femmes rurales d’Amérique latine et des Caraïbes (RedLAC) et présidente, dans son pays, de l’antenne technique de ce même réseau, la fondation FUNMUJERURAL-E. RedLAC est une organisation de la société civile qui fédère plus de 200 groupements de femmes vivant en milieu rural dans toute l’Amérique latine et aux Caraïbes. Fondée en 1990 en Argentine, elle s’attache à promouvoir la participation effective de ces femmes à la vie citoyenne et politique. Grâce aux efforts de longue haleine qu’elle a déployés, les dix années qui s’étendent de 2024 à 2034 ont été proclamées «Décennie interaméricaine pour les droits des femmes, des adolescentes et des filles dans les milieux ruraux des Amériques» par l’Organisation des États américains (OEA).

Par Andreï Gnyot

En Biélorussie, le simple fait de choisir la mauvaise profession peut vous valoir d’être arrêté. Il se trouve que pour avoir commis une erreur aussi funeste, vous pourriez même être appréhendé au beau milieu de l’Europe, en Serbie par exemple. Et qu’une organisation internationale aussi prestigieuse qu’Interpol facilitera même votre capture. S’il est empreint de sarcasme et d’amertume, mon témoignage est véridique et n’est en rien exagéré. Je m’appelle Andreï Gnyot. Je suis cinéaste et journaliste, de nationalité biélorusse, et anciennement prisonnier politique. Voici mon histoire.

Par Andreï Gnyot

En Biélorussie, le simple fait de choisir la mauvaise profession peut vous valoir d’être arrêté. Il se trouve que pour avoir commis une erreur aussi funeste, vous pourriez même être appréhendé au beau milieu de l’Europe, en Serbie par exemple. Et qu’une organisation internationale aussi prestigieuse qu’Interpol facilitera même votre capture. S’il est empreint de sarcasme et d’amertume, mon témoignage est véridique et n’est en rien exagéré. Je m’appelle Andreï Gnyot. Je suis cinéaste et journaliste, de nationalité biélorusse, et anciennement prisonnier politique. Voici mon histoire.

C’est en 1999 que j’ai décidé de devenir journaliste. La télévision et la radio étaient pour moi une passion, un rêve et un hobby. Pouvais-je, à 17 ans, m’imaginer que dans mon pays, le journalisme indépendant serait un jour qualifié d’extrémisme et que tous les autres médias seraient réduits à des instruments de propagande? Non, personne ne s’attendait à ce que cela puisse se produire dans l’Europe du XXIe siècle. Et pourtant, c’est exactement ce qu’il est advenu dans la Biélorussie dictatoriale d’aujourd’hui: il n’existe plus un seul média indépendant dans le pays. Toutes les structures de médias sont la propriété de l’État, et celui-ci exerce un contrôle strict sur la politique éditoriale, laquelle se résume tout simplement à célébrer le pouvoir autoproclamé de Loukachenko et à désigner quiconque ose le critiquer, fût-ce de façon constructive, comme un «ennemi du peuple», un qualificatif hérité du passé communiste.

Et c’est ainsi qu’au milieu des années 2000, un jeune journaliste naïf et fraîchement diplômé essaya de se frayer un chemin dans le métier. Au cours de mes études et aussi après les avoir achevées, j’ai accumulé beaucoup d’expérience pratique à la télévision et à la radio, et je savais exactement ce que je voulais. Mais l’horizon des possibles s’est vite rétréci, à mesure que les stations de radio privées étaient fermées ou mises sous la tutelle de l’État, tandis que les chaînes de télévision indépendantes se voyaient carrément privées de fréquence d’émission. Le choix était maigre: celui soit de devenir un agent de la propagande, soit d’éviter les sujets sensibles et de se borner à des divertissements inoffensifs. Le journalisme n’a survécu en Biélorussie que grâce à une poignée de journaux et de sites internet indépendants. De nombreux journalistes ont quitté la profession et beaucoup ont aussi été victimes de la répression. Le ministère biélorusse de l’information adressait régulièrement des avertissements aux médias, sachant que trois avertissements suffisaient pour obtenir la révocation de leur licence. D’après l’Association biélorusse des journalistes, le nombre de journaux a été réduit de 21 % entre 2020 et 2024. Seules sont demeurées sur le marché biélorusse les publications aseptisées, telles que celles destinées aux propriétaires de datchas, aux amateurs de revues humoristiques et aux aficionados des mots croisés. Toutes les publications indépendantes à caractère social ou politique ont disparu, soit parce que les autorités les ont supprimées, soit parce qu’elles ont choisi d’interrompre leur parution car il leur était devenu impossible de fonctionner.

Dans mon cas, j’ai fort heureusement pu trouver une solution de compromis: j’ai publiquement opéré un virage vers une carrière de réalisateur et un travail créatif, domaines dans lesquels j’ai obtenu de grands succès. Dans le même temps, je poursuivais mon travail de journaliste bénévolement, sous le couvert de l’anonymat afin de ne pas m’exposer. Cette tactique s’est révélée efficace. Mobilisant toute mon expérience et mes contacts professionnels, j’ai pu fournir aux médias indépendants des séquences vidéo d’actualité pendant les événements de 2020, et j’ai pu également m’engager dans la voie d’un militantisme civique et politique en devenant le cofondateur de l’Association libre des athlètes de Biélorussie ou Sos.By, mouvement civil en faveur des droits de l’homme. Je ne crois pas que l’on puisse m’accuser de partialité ou de parti pris au motif que j’ai choisi le camp du peuple et de mes compatriotes — la dictature n’a rien à voir avec l’objectivité, de même que la propagande n’a rien à voir avec le journalisme.

En 2021, la Biélorussie était classée 158e sur 180 pays dans le classement de la liberté de la presse, reculant ainsi de cinq places par rapport à 2020. «La Biélorussie est le pays le plus dangereux d’Europe pour les professionnels des médias», nous avertit l’organisation internationale de défense des droits de l’homme Reporters sans frontières.

Notons qu’en 2020, année de protestations, c’est vers internet et les réseaux sociaux que les Biélorusses se sont tournés, puisque ces médias constituaient pour 60 % des personnes interrogées leurs principales sources d’information. Ce n’était le cas de la télévision que pour 11 % d’entre elles, de la presse écrite pour 7 % et de la radio pour 5 %. Comprenant cela, le régime dictatorial a commencé à sévir, brutalement et sans merci. La grande innovation en la matière a été celle de la lutte contre l’«extrémisme», comme justification de la censure et des persécutions. Les autorités bloquent l’accès au contenu des médias qui poursuivent leur activité depuis l’étranger, et toute coopération avec eux est assimilée à des agissements extrémistes.

Fin 2023, 32 journalistes étaient emprisonnés en Biélorussie. Dans les centres de détention, des journalistes ont été soumis à des pressions et à des traitements inhumains. D’après des militants des droits de l’homme, Igor Losik, blogueur et journaliste à «Radio Liberty», a entrepris une longue grève de la faim dans sa colonie pénitentiaire, avant de se mutiler les mains et le cou. Il a été condamné à 15 ans de prison. Les poursuites pénales pour toute forme de coopération avec des médias indépendants qualifiés d’«entreprises extrémistes» se sont intensifiées. Est apparue une nouvelle tendance consistant à poursuivre non seulement des représentants de la société civile, mais aussi des citoyens ordinaires qui commentent un événement social ou politique à l’intention des journalistes.

Le 31 octobre 2024, le régime biélorusse a déclaré que mon compte Instagram personnel constituait un «contenu extrémiste». Cela signifie non seulement que je serai poursuivi, mais que ce sera aussi le cas de tous mes abonnés en Biélorussie, au motif qu’ils ont souscrit à mon compte. Plus de 5 000 ressources en ligne en Biélorussie ont été déclarées «extrémistes» par la dictature. Il est à parier qu’aucun autre pays européen ne peut se targuer d’un bilan aussi impressionnant! Considérons-nous, nous les Biélorusses, qu’une attention suffisante est portée au problème du journalisme dans notre pays? Pour dire la vérité, non, on ne s’intéresse pas assez à ce problème. Non seulement l’institution du journalisme est l’objet d’une opération de démantèlement en Biélorussie, mais les professionnels du journalisme eux-mêmes sont éliminés physiquement.

La dictature s’emploie également à persécuter journalistes et militants par-delà les frontières de la Biélorussie. Mon histoire est une illustration frappante de ces persécutions. Le régime a appris à se servir des institutions démocratiques pour atteindre ses objectifs monstrueux. Des journalistes, des militants, des blogueurs et des citoyens politiquement engagés ont fait l’objet de poursuites pour des infractions fiscales, essentiellement pour avoir omis de payer leurs impôts par le passé. Cela s’est révélé être un parfait écran de fumée pour dissimuler les motivations politiques derrière ces persécutions. Le militant des droits de l’homme et lauréat du prix Nobel Ales Bialiatski a été emprisonné sur la base d’accusations financières. La rédactrice en chef du média indépendant «Tut.By» (que le régime a démantelé en 2020) et ses collègues sont derrière les barreaux en vertu de l’article du code pénal qui réprime des infractions financières. C’est encore et toujours ce même article du code pénal qui a été accepté par Interpol pour faire de moi une personne recherchée. Il a fallu près de huit mois à Interpol pour entreprendre une enquête interne et constater que mon avis de recherche violait les articles 2 et 3 de son statut. Je n’en ai pas moins été arrêté et écroué à la prison centrale de Belgrade pendant sept mois et six jours. J’ai été durant cinq mois assigné à résidence et soumis à de sévères restrictions. La Cour suprême de Serbie a décidé à deux reprises de m’extrader vers la dictature biélorusse. Par deux fois, mon avocat et moi-même avons avec succès interjeté appel de cette décision. En définitive, ce sont un an de ma vie et mon intégrité physique et mentale qui m’ont été volés. Tout cela parce que j’ai choisi la mauvaise profession dans le mauvais pays. Juste parce que j’avais une opinion et que je l’ai exprimée en tant que citoyen engagé.

Heureusement, j’ai fini par gagner — car si ce n’avait pas été le cas, vous ne seriez pas en train de me lire. Grâce à la formidable solidarité de journalistes, de responsables politiques, de la société civile et de ses organisations, j’ai pu quitter la Serbie pour me réfugier à Berlin. Mais ce n’est pas la fin de mon histoire. J’ai encore devant moi un long processus de rémission et des batailles à livrer. Je sais que j’ai choisi ma vocation en toute bonne foi, même si d’aucuns y voient une forme d’extrémisme. Je sais que le journalisme indépendant fait partie intégrante d’une société démocratique. Une société telle que celle que les Biélorusses voudront bâtir. Et nous espérons bien qu’au moment d’emprunter ce chemin si important, nous ne serons pas seuls.

Par Peter Schmidt, Diandra Ní Bhuachalla et Arnaud Schwartz

Représentant la société civile de l’Union européenne lors de la COP 29 organisée à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, le CESE a plaidé pour une action urgente et tangible en faveur du climat, recommandant que la priorité soit donnée à la justice sociale et environnementale dans les négociations sur le climat. 

Par Peter Schmidt, Diandra Ní Bhuachalla et Arnaud Schwartz

Représentant la société civile de l’Union européenne lors de la COP 29 organisée à Bakou, capitale de l’Azerbaïdjan, le CESE a plaidé pour une action urgente et tangible en faveur du climat, recommandant que la priorité soit donnée à la justice sociale et environnementale dans les négociations sur le climat. 

Peter Schmidt, président du groupe ad hoc sur la COP, nous a expliqué quels avaient été les messages clés du Comité concernant le thème principal de la COP 29, à savoir le financement de l’action climatique.

Peter Schmidt: la multiplication des phénomènes climatiques extrêmes à travers le monde rappelle avec force la nécessité de renforcer les ambitions en matière de climat. Cette année sera sans doute la plus chaude jamais enregistrée, les catastrophes climatiques causées par l’activité humaine telles que les inondations, les incendies de forêt et les sécheresses, se produisent plus fréquemment et avec une intensité démultipliée, ce qui exacerbe les inégalités sociales. Le coût de l’inaction climatique dépasse largement celui de l’action.

Pour la COP 29, les enjeux sont élevés. Il est vital que les pays en développement s’entendent sur des solutions de financement de l’action climatique à l’échelle de la planète pour mobiliser les moyens nécessaires à l’action mondiale en faveur du climat. Lors de sa participation à la COP 29 à Bakou, le CESE a formulé un certain nombre de recommandations fondées sur notre avis consacré au financement de l’action climatique, soulignant la nécessité d’une refonte de l’architecture financière internationale afin de débloquer et de faciliter un financement efficace et accessible en faveur de l’action climatique.

Nous soulignons la nécessité d’établir le nouvel objectif collectif quantifié afin de combler les lacunes en matière de financement de l’action climatique — nous devons rendre ce financement mieux adapté à sa finalité, respectueux de la diversité biologique et plus efficace — et aussi cibler avec davantage de précision les pays et les populations les plus vulnérables. Les flux de financement de l’action climatique devraient être guidés par les principes de la transition juste, conformément à l’accord de Paris ainsi qu’aux objectifs de développement durable qui en forment le socle. Les engagements à long terme des acteurs publics et privés sont essentiels, et les finances publiques joueront un rôle décisif dans la mobilisation des fonds et la réduction des risques liés aux investissements destinés aux initiatives en faveur du climat.

S’il convient de permettre aux initiatives locales et aux mouvements enracinés dans les territoires d’accéder au financement de l’action climatique, le Comité plaide aussi en faveur d’une approche globale pour briser le cercle vicieux de l’endettement et du sous-investissement en matière d’adaptation. Nous demandons une répartition équitable des fonds pour le climat afin de remédier aux disparités. Par ailleurs, l’engagement de la société civile est essentiel pour forger une approche inclusive et démocratique qui garantisse l’efficacité et la durabilité des investissements en faveur du climat.

Diandra Ní Bhuachalla, déléguée de la jeunesse du CESE aux COP (2023-2025), a évoqué ses attentes à l’égard de la COP 29. Du point de vue de la jeunesse, quels sont les problèmes climatiques qui les plus urgents — ceux qui doivent être résolus en premier?

Diandra Ní Bhuachalla: Après la déception que j’avais ressentie face aux résultats de la COP 28, j’ai tenté de mieux maîtriser mes attentes à l’égard de la COP 29. Pleinement consciente que les résultats d’une énième conférence annuelle seraient limités en raison du choix de la présidence — qui s’est trouvée une fois de plus confiée à un État lourdement dépendant des bénéfices qu’il tire des combustibles fossiles —, je dois dire qu’il était particulièrement difficile de garder espoir.

Néanmoins, après avoir consulté plusieurs organisations de jeunesse partout en Europe lors des réunions structurées du groupe de travail pour la jeunesse dans le cadre du programme du délégué de la jeunesse du CESE à la COP, j’ai jugé que ce qu’il fallait privilégier, c’étaient la justice climatique et la transition juste, le financement de l’action climatique et un nouvel objectif collectif quantifié, ainsi que l’amélioration de la participation des jeunes aux processus décisionnels internationaux.

Aujourd’hui, alors que je constate que les négociations n’avaient fait que piétiner durant la première semaine en raison de l’absence totale d’accord et de coopération — y compris en ce qui concerne l’égalité entre les hommes et les femmes, le financement de l’action climatique ou la transition juste — je me rends compte que mes attentes étaient une fois encore trop élevées. J’ai donc décidé de réorienter mes efforts de plaidoyer vers des manifestations parallèles et des réunions bilatérales. Désormais, j’espère avant tout que le discours existant, en particulier en ce qui concerne les droits de l’homme, résistera, et que nous pourrons obtenir quelques avancées pour assurer la cohérence de tous les paramètres en vue de la COP 30, vers laquelle semblent converger les espoirs de tous les acteurs concernés.

Le changement climatique et ses effets étant par nature transversaux, il était impensable de tenter de classer les questions par ordre d’importance ou d’urgence. Les jeunes s’inquiètent de leur avenir. Ils se disent préoccupés par la sécurité de l’emploi et se demandent s’ils devront subir une reconversion professionnelle. Ils craignent pour leur maison et leur famille — et les tempêtes, les inondations et l’érosion sont perçues par eux comme des menaces réelles. La santé et la qualité de vie de leurs futurs enfants et de la prochaine génération les inquiète. Enfin, ils savent que les négociations climatiques qui attendent notre génération lorsqu’elle arrivera aux affaires seront encore plus difficiles, d’autant plus que les initiatives actuelles sont loin d’être suffisantes et que l’impact de cette inaction sera palpable durant des décennies.

Dès aujourd’hui, nous avons besoin de justice climatique. Dès aujourd’hui, nous avons besoin d’un financement réaliste de l’action climatique. Dès aujourd’hui, nous avons besoin d’une transition juste, et équitable en matière d’emploi et d’énergie. Dès aujourd’hui, nous avons besoin d’ambition. Dès aujourd’hui, nous voulons que des mesures entrent en vigueur.

Dès aujourd’hui, nous avons besoin de vous tous et de vous toutes!

La COP 16 sur la diversité biologique, qui s’est tenue à Cali, en Colombie au mois d’octobre, s’est achevée dans la confusion et sans parvenir à un accord sur le financement de la protection de la nature. Nous avons demandé à Arnaud Schwartz, représentant du CESE à la COP 16, si nous pouvions rester optimistes malgré cet échec. Quelles mesures devraient être adoptées pour progresser dans la protection de la diversité biologique?

Arnaud Schwartz: Deux cents milliards de dollars par an. C’est selon l’ONU la somme qu’il faudrait mettre sur la table, tous types de financement confondus — public, privé, national ou international —, pour respecter nos objectifs en matière de diversité biologique. Mais quels sont véritablement les enjeux? Il s’agit ni plus ni moins que de stopper l’effondrement du vivant, lequel disparaît actuellement à une vitesse accélérée, et aussi de restaurer la nature pour se donner une chance de survie dans un monde qui vivable, et non dévasté par la cupidité et la stupidité.

Quel avenir après l’échec de la COP 16?

Cette question, chacune et chacun d’entre nous devrait se la poser à soi-même et aussi autour de soi, surtout lorsque l’on sait que chaque année, pour la seule France, plus d’un quart de ce montant sert à préparer une guerre ou à la faire. De fait, pour dire les choses de façon globale, le rendez-vous de Cali a été un rendez-vous raté, une situation qui est restée bloquée entre manque de volonté politique et manque de solidarité économique.

Mais tout n’est pas encore perdu.

Une maigre lueur d’espoir persiste au bout du tunnel: après trente ans de tergiversations, cette édition de la COP a reconnu que les peuples indigènes et les communautés locales jouaient le rôle de gardiens de la diversité biologique — et il en va de même pour les populations d’origine africaine. L’ONU a ainsi créé un nouveau fonds, appelé «fonds de Cali». Sur le long terme, ce dernier doit servir à collecter des contributions volontaires d’entreprises, destinées pour moitié aux types de populations précédemment mentionnées. Ouf.

Tu es, tu es, …

Tu es une partie de nous, nous sommes une partie de toi, et pour continuer notre route commune, peut-être n’est-il pas absurde de commencer par remettre notre économie au service du bien commun. Alors, si nous voulons vraiment arrêter de scier la branche sur laquelle nous sommes assis, qu’attendons-nous pour revoir les règles de la finance et du commerce internationaux?

Peter Schmidt et Diandra Ní Bhuachalla, délégués du CESE à la COP 29, ont principalement mis l’accent sur le financement de l’action climatique en s’appuyant sur le récent avis du Comité intitulé «Financement de l’action climatique: une nouvelle feuille de route pour mettre en œuvre des engagements climatiques ambitieux et les ODD». L’une des principales manifestations organisées par le CESE à Bakou, le 18 novembre, avait pour thème «Une perspective mondiale pour favoriser une transition juste dans le secteur agroalimentaire». Les participants ont examiné la possibilité de mettre en place des systèmes alimentaires durables et à faibles émissions de carbone qui soient équitables pour les agriculteurs, les travailleurs de la chaîne alimentaire et les générations futures. L’objectif était d’améliorer la collaboration entre les responsables politiques et la société civile, de faire entendre la voix des pays du Sud et de promouvoir des solutions climatiques inclusives pour tous.

En sa qualité de membre de la délégation de l’Union européenne, Arnaud Schwartz a pris part à des réunions bilatérales appelant à de plus grandes synergies entre les processus des Nations unies qui concernent la diversité biologique (CBD) et ceux qui ont trait au changement climatique (UNFCCC), à l’élimination progressive des subventions néfastes à l’environnement comme moyen de mobiliser davantage de ressources financières, et à un rôle plus actif de la société civile organisée dans la mise en œuvre du cadre mondial de Kunming-Montréal en matière de biodiversité. Vous trouverez de plus amples informations sur la contribution du CESE à la COP 16 ici.

M. Schwartz a élaboré l’avis du CESE consacré à «Une stratégie globale en faveur de la diversité biologique à la COP 16: rassembler tous les secteurs autour d’un objectif commun».