L’année 2025 marque le bicentenaire du braille, une invention révolutionnaire qui a radicalement changé la vie des personnes aveugles et malvoyantes en leur donnant accès à l’alphabétisation et aux connaissances, et en les rendant plus autonomes. Créé en 1825 par Louis Braille, un jeune Français aveugle de 16 ans, ce système d’écriture tactile à points saillants demeure incontournable malgré la rapidité des progrès technologiques. Il reste néanmoins urgent d’en étendre l’utilisation dans l’espace public et de l’inclure dans la conception universelle, de l’emballage des produits aux transports, en passant par les différents lieux du quotidien. En plus d’une célébration, ce bicentenaire est donc aussi un appel à l’action, comme l’expliquent Reiner Delgado, Judit Gombás et Michal Tkáčik, de l’Union européenne des aveugles.

Le bicentenaire du braille offre une occasion précieuse non seulement de nous pencher sur les bouleversements qu’il a entraînés dans la vie des personnes aveugles, mais aussi d’évaluer l’utilisation qui en est faite de nos jours et d’explorer des pistes pour la renforcer à l’avenir. Le braille s’écrit à la main à l’aide d’une tablette et d’un poinçon ou d’une machine à écrire mécanique. Il peut également être associé à des technologies modernes comme les embosseuses électroniques, les plages braille et les afficheurs tactiles multilignes pour ordinateurs et smartphones. Les caractères braille sont embossés sur papier, imprimés au moyen d’appareils à impression UV ou 3D, ou encore réalisés par fraisage à commande numérique. Deux cents ans après l’invention du braille, les possibilités n’ont jamais été aussi nombreuses.

L’apprentissage de la lecture et de l’écriture en braille est tout aussi important pour le développement cognitif des enfants aveugles que celui pratiqué avec les caractères imprimés chez les enfants voyants. C’est au niveau de l’exposition qu’une différence fondamentale apparaît. Les enfants voyants sont entourés de lettres et de mots: sur leurs jouets, dans leurs livres, sur les emballages alimentaires, dans les jeux et à la télévision. Pour eux, la lecture est quelque chose de naturel et de permanent, qui va de soi et constitue la base de tout ce qu’ils apprendront en grandissant. À l’inverse, les utilisateurs du braille ont un accès beaucoup plus limité à l’écrit. Les documents en braille sont bien plus rares que les livres traditionnels, les emballages ne comportent pratiquement jamais de mentions en braille et, en général, la mesure dans laquelle un enfant est en contact avec le braille dépend en grande partie des efforts déployés par ses proches ou des institutions spécialisées.

Grâce aux outils traditionnels et aux technologies modernes, les enfants aveugles et voyants se trouvent aujourd’hui sur un pied d’égalité dans l’enseignement, les travailleurs aveugles sont tout aussi efficaces, si ce n’est plus dans certains cas, que leurs collègues voyants, et les personnes aveugles prennent leur place dans la vie sociale et politique. Une formation solide et le recours à des dispositifs modernes leur permettent d’accéder à l’information, de créer du contenu et de communiquer de différentes manières, quel que soit le domaine.

En utilisant tous les modes de perception auxquels elles ont accès, comme la lecture en braille et l’écoute de synthèses vocales, les personnes aveugles se montrent aujourd’hui très efficaces au travail.

Les progrès techniques ont également permis au braille de se moderniser et d’évoluer au fil des décennies. Il peut désormais être associé à des appareils électroniques, et il est même possible de taper rapidement en braille sur un écran de smartphone.

Les personnes aveugles peuvent utiliser des applications de bureautique et se rendre sur Internet ou sur les médias sociaux à l’aide d’un ordinateur ou d’un appareil mobile, mais aussi produire des contenus multimédias à l’aide d’un lecteur d’écran et d’un afficheur braille externe. Elles peuvent ainsi se lancer dans de grands projets et exercer des activités diverses et variées.

Le braille est par ailleurs facile à mettre en œuvre pour créer un environnement inclusif, et fournir aux personnes aveugles des informations sur les emballages de produits pharmaceutiques, les boutons d’ascenseur et les mains courantes, par exemple. Car pour une personne aveugle, la source d’information la plus rapide et la plus fiable qui soit est celle qui lui est proposée en braille et qu’elle peut toucher directement.

L’histoire du braille montre en outre que la législation nationale et internationale peut contribuer à améliorer la participation de tous à la société. La conception inclusive est d’ailleurs un objectif de l’Union européenne dans bien des domaines.

Le bicentenaire du braille est donc le moment idéal pour non seulement réaffirmer son importance, mais également appeler les fabricants, les prestataires de services et les décideurs politiques à en reconnaître la véritable valeur. Nous devons intégrer le braille sur les emballages, dans les dispositifs techniques, dans les lieux publics et dans les systèmes de transport, en application des principes de la conception universelle.

Le braille pourra alors démontrer sa capacité à faire en sorte que chacun puisse participer et contribuer pleinement à la société, à la politique et à l’économie. Voilà une bonne raison d’en célébrer le 200e anniversaire!

Reiner Delgado (Allemagne), Judit Gombás (Hongrie) et Michal Tkáčik (Slovaquie) sont membres du groupe de travail consacré au braille de l’Union européenne des aveugles. Vous trouverez de plus amples informations sur le sujet sur le site web de l’Union européenne des aveugles et sur la plateforme livingbraille.eu.