Repenser la compétitivité de l’Union: débat du groupe des employeurs avec SGI Europe et le Copa-Cogeca

Le mardi 29 avril 2025, les membres du groupe des employeurs ont débattu des priorités de l’Union et de l’avenir de la compétitivité européenne avec deux organisations partenaires: SGI Europe et le Copa-Cogeca. Les discussions ont porté sur le secteur agroalimentaire et l’écosystème économique au sens large.

Valeria Ronzitti, secrétaire générale de SGI Europe, et Elli Tsiforou, secrétaire générale du Copa-Cogeca, ont souligné aussi bien les défis que les perspectives qui attendent l’Union européenne dans sa quête d’un équilibre entre autonomie stratégique, durabilité et résilience économique.

L’autonomie stratégique: des paroles aux actes

Parmi les thèmes récurrents ont figuré les efforts de l’Union visant à traduire le concept d’autonomie stratégique en une compétitivité mesurable et observable. Trop souvent, l’autonomie stratégique n’est abordée qu’en période de crise, alors qu’elle devrait faire partie intégrante de la compétitivité de l’Union.

Les participants ont exhorté l’UE à élaborer un modèle de compétitivité distinct qui tire parti de ses atouts uniques, comme des systèmes de protection sociale solides et un engagement en faveur du dialogue et de la consultation. Souvent considéré comme un coût, le modèle de bien-être social de l’Union devrait plutôt être reconnu comme un avantage concurrentiel qui attire les investissements et soutient la croissance à long terme.

Valeria Ronzitti a souligné l’importance d’adopter une vision d’ensemble qui intègre tous ces éléments au sein d’un écosystème, et de concevoir un modèle de compétitivité européen.

Les infrastructures et l’écosystème

Le monde de l’entreprise a souligné la nécessité de disposer de systèmes hydriques résilients, d’une logistique efficace et d’infrastructures numériques avancées. Les crises récentes en Espagne et au Portugal, où les défaillances des infrastructures ont contraint les hôpitaux à réduire considérablement leur activité, ont mis en évidence l’importance cruciale de ces systèmes. L’appel à l’action est clair: il s’agit d’investir dans les infrastructures et d’en simplifier le cadre réglementaire, tout en favorisant le renforcement des capacités afin de préserver l’avantage concurrentiel de l’Europe.

La circularité du marché unique: rapprocher l’offre et la demande

Si l’Union a bien avancé dans le développement d’une offre de produits circulaires, la demande reste faible en raison de coûts élevés. Les parties prenantes ont plaidé en faveur d’approches fondées sur un écosystème, qui combinent simplification réglementaire et investissements ciblés afin de rendre les produits circulaires plus accessibles et plus abordables.

«Nous devons repenser le pilier économique de la durabilité», a expliqué Elli Tsiforou, du Copa-Cogeca, avant d’ajouter que la compétitivité allait au-delà des aspects purement économiques et que la sécurité alimentaire faisait également partie de la défense. L’instabilité, l’incertitude géopolitique et la pression climatique doivent faire partie intégrante de notre stratégie en matière de compétitivité.

L’agriculture à la croisée des chemins: durabilité, innovation et équité

La secrétaire générale du Copa-Cogeca a ensuite évoqué les défis récents auxquels le secteur agricole est confronté. Sous le précédent mandat stratégique, la priorité avait été donnée aux préoccupations environnementales, parfois au détriment de la durabilité économique et sociale. Mme Tsiforou a insisté sur le fait que les agriculteurs n’étaient pas opposés à la transition écologique en soi, mais plutôt à la manière dont elle est mise en œuvre, souvent sans consultation adéquate.

Il est fondamental de rééquilibrer les trois piliers de la durabilité que sont l’environnement, l’économie et l’aspect social. La sécurité alimentaire, l’innovation et le renouvellement des générations sont également apparus en tant que priorités. Si la politique agricole commune (PAC) reste fondamentale, les propositions visant à la dissoudre dans un fonds unique plus large suscitent des inquiétudes, car elles risquent de compromettre le soutien aux agriculteurs et l’intégrité du marché unique.

Alors que le commerce reste vital pour l’agriculture européenne, les participants ont mis en garde contre la pression croissante liée aux nouveaux accords commerciaux et aux concurrents mondiaux. Un consensus s’est dégagé sur la nécessité de respecter les normes de l’Union et de veiller à ce que les accords commerciaux soient réciproques et équitables. Autre point considéré comme critique et nécessitant une intervention réglementaire: le déséquilibre au niveau de la chaîne alimentaire, les détaillants exerçant un pouvoir disproportionné sur les agriculteurs.

L’innovation, et en particulier la numérisation, est jugée essentielle pour l’avenir du secteur. L’élargissement de l’accès à celle-ci, de manière à ce que chaque agriculteur puisse en bénéficier, reste cependant un défi.

SGI Europe et le Copa-Cogeca ont pour finir souligné l’urgence de parvenir à une approche unifiée, innovante et équitable de la compétitivité européenne. En investissant dans les infrastructures, en rééquilibrant la durabilité et en défendant le modèle économique unique de l’Union, l’Europe peut se positionner en tant que chef de file au niveau mondial, résilient face à la crise et attaché à la prospérité de ses citoyens.