Plan d’action de l’Union européenne pour une énergie abordable: que faire pour ne pas subir des prix élevés?

Les coûts élevés de l’énergie exercent de fortes contraintes sur les citoyens et les industries européens. L’écart entre les prix de l’énergie observés dans l’Union et ceux dont bénéficient ses principaux concurrents dans le monde continue de se creuser, et accroît ce faisant le risque que les nouveaux investissements se détournent de l’Europe. En outre, les industries qui y sont établies risquent de se délocaliser, ce qui pourrait mener à la fuite hors de l’Union d’industries essentielles. Pour faire face à ces risques, le plan d’action de la Commission européenne pour une énergie abordable, publié le 26 février 2025, expose des mesures visant à réduire les factures d’énergie à court terme et à mettre simultanément en œuvre des réformes structurelles qui permettent de réduire les coûts afin d’atténuer les chocs futurs sur les tarifs.

Relever les défis structurels

L’Union européenne est confrontée dans le domaine de l’énergie à des problèmes qui ont des causes très profondes, notamment sa dépendance à l’égard des importations de combustibles fossiles et la nécessité d’investir massivement dans de nouvelles infrastructures pour favoriser la transition vers les sources d’énergie renouvelables. À l’heure actuelle, l’Union produit 28,9 % de son électricité à partir de combustibles fossiles, et ses transports continuent dans une large mesure d’être mus par des produits pétroliers. Ces dépendances poussent à la hausse les coûts de l’énergie pour les consommateurs. Toutefois, il est compliqué d’agir contre les prix élevés de l’énergie, car c’est à chaque État membre qu’il appartient de définir son bouquet énergétique et sa politique fiscale, ce qui suscite d’importantes disparités au sein de l’Union en matière de coûts de l’énergie.

Pour réduire les prix de l’énergie, il faut agir sur trois éléments déterminants de son coût, c’est-à-dire sur:

  1. les coûts du réseau et du système: améliorer les infrastructures de réseau et l’efficacité de ce dernier;
  2. la fiscalité: réduire les prélèvements excessifs et les taxes liées à l’énergie;
  3. les coûts d’approvisionnement: accroître la concurrence et garantir la diversité des sources d’énergie.

Intégrer plus avant le marché de l’énergie

Intégrer plus avant le marché européen de l’énergie permettrait de procurer des avantages économiques pouvant atteindre 40 à 43 milliards d’euros par an d’ici à 2030. Pour y parvenir, l’Union européenne doit:

  • accélérer la construction d’interconnexions transfrontalières pour garantir une circulation efficace de l’électricité de ses producteurs vers ses consommateurs;
  • simplifier et accélérer les procédures d’octroi de permis pour les nouvelles sources d’énergie, en supprimant les obstacles administratifs inutiles qui ralentissent leur développement;
  • remédier à l’inefficacité des tarifs de réseau et empêcher la spéculation.

Assurer la stabilité des prix grâce à des accords d’achat d’électricité à long terme

Les accords d’achat d’électricité (AAE) à long terme sont à même de stabiliser les prix de l’électricité pour les entreprises et les ménages, à condition d’être appliqués d’une manière neutre sur le plan technologique. Les lignes directrices de l’Union européenne devraient garantir que ces contrats englobent toutes les sources d’énergie à faible teneur en carbone. En outre, l’Union doit admettre de tels AAE neutres sur plan technologique dans le cadre de sa taxinomie de la finance durable, et éliminer ainsi des obstacles à leur adoption à une plus grande échelle.

Réformer la fiscalité et la réglementation du marché des émissions

Réduire les coûts de l’énergie exige également:

  • de réduire le poids de la fiscalité sur l’électricité et de retirer des factures les éléments qui ne relèvent pas du coût de l’énergie. Actuellement, la tarification de l’énergie varie considérablement d’un État membre à l’autre, ce qui se répercute sur la compétitivité des industries en fonction du pays où elles se trouvent;
  • de mettre en place des fourchettes de prix pour les quotas d’émission afin de prévenir les fluctuations extrêmes des prix. Il est capital de réglementer le marché des échanges de quotas d’émission, car l’imprévisibilité des prix a des répercussions néfastes sur les industries et les ménages. Il est nécessaire de réviser de fond en comble le système d’échange de quotas d’émission de l’Union, sachant que cette démarche requiert un consensus des États membres sur les mécanismes de stabilisation.

Afin de lutter contre les prix élevés de l’énergie, l’Union européenne doit adopter une approche globale et coordonnée, qui allie de manière équilibrée l’aide à court terme et les solutions structurelles à long terme. Si l’Europe fait progresser l’intégration de son marché, améliore son infrastructure de réseau, met en œuvre des réformes réglementaires et stabilise les marchés des émissions, elle sera à même d’offrir à l’avenir à ses citoyens et ses industries une énergie abordable préservant la compétitivité*.

 

  Auteur: Alena Mastantuono, Membre du groupe des employeurs du CESE

 

 

*Cet article exprime uniquement le point de vue de son auteur.