Piloter le changement: Comment l’Europe peut jouer un rôle moteur dans la prochaine révolution automobile

L’industrie automobile européenne est entrée dans l’une des transformations les plus profondes de son histoire. La transition vers une mobilité plus propre, numérique et plus durable n’est plus une option, elle est à la fois inévitable et complexe. Dans son récent avis (CCMI/249), le Comité économique et social européen (CESE) défend l’idée selon laquelle cette transition doit être non seulement technologique, mais aussi industrielle, économique, sociale et surtout humaine.

La compétitivité en jeu

Le premier fait est clair: l’Europe ne peut pas se permettre de perdre son avantage concurrentiel. Le secteur automobile fournit des millions d’emplois directs et indirects, alimente les exportations européennes, donne un point d’ancrage aux économies régionales et stimule l’innovation technologique. Si cette épine dorsale s’affaiblit, l’Europe risque de renoncer à son influence sur les normes mondiales, d’accroître sa dépendance à l’égard de technologies étrangères et de perdre du terrain dans la course pour réaliser ses objectifs climatiques.

L’avis souligne que la férocité de la concurrence ne fait qu’aggraver le problème. La Chine et les États-Unis exercent une forte pression avec des politiques industrielles agressives, en injectant des subventions énormes et en apportant un soutien direct. L’Europe doit répondre non pas en tirant vers le bas ses ambitions climatiques, mais en mettant celles-ci en adéquation avec une politique industrielle solide. Cela suppose des investissements soutenus dans la recherche et l’innovation, des incitations à la réindustrialisation et des mesures énergiques contre les pratiques déloyales.

Une transition sociale, et pas seulement technologique

L’avenir de l’industrie automobile n’est pas qu’une question de batteries, de puces ou d’algorithmes. Il s’agit aussi de personnes. La transition vers des véhicules électriques et numériques transformera certaines chaînes de valeur de bout en bout. Des milliers de rôles existants sont susceptibles de changer, voire de disparaître. Les programmes de reconversion et de perfectionnement professionnels représentent donc une importance critique, non pas en tant qu’élément ajouté en dernière minute, mais bien en tant qu’axe central de la transition. Si les travailleurs sont soutenus, le changement peut devenir un moteur de progrès social. Si tel n’est pas le cas, le risque existe d’ouvrir de profondes fractures dans les populations qui dépendent de la construction automobile.

L’ambition climatique nécessite des outils réalistes

Une mobilité plus propre doit être inscrite au cœur de la stratégie européenne en matière de climat, mais l’ambition doit reposer sur la réalité. La fixation d’objectifs audacieux en matière de décarbonation pour les véhicules à émissions nulles n’est qu’un début. Pour y parvenir, il faut un réseau de recharge accessible et efficace partout en Europe, des avancées dans le domaine de la technologie des batteries et des politiques qui maintiennent la mobilité à un prix abordable pour les consommateurs. Une transition qui exclut les ménages à faibles revenus ne saura être viable – elle se heurtera à une forte résistance. Le succès réside dans l’inclusivité.

Adopter la révolution numérique

La numérisation est elle aussi en train de remodeler la mobilité. Les véhicules de demain seront de plus en plus connectés, autonomes et intégrés à de nouveaux modèles de mobilité. Elle ouvre des perspectives pour les entreprises et les jeunes pousses, mais uniquement à la condition d’être soutenue par une réglementation claire en matière de sécurité, de protection des données et de responsabilité. L’Europe a le potentiel de devenir un acteur de premier plan dans ce domaine, à la condition qu’elle puisse combiner l’innovation technologique et les valeurs fondamentales. En intégrant la vie privée et la sécurité dans la mobilité connectée, elle peut définir des critères de référence mondiaux et montrer l’exemple.

Une responsabilité partagée

Le CESE souligne que cette transition ne saurait être imposée par le haut. Elle doit être construite avec les gens, et non contre eux. Les gouvernements, les chefs d’entreprise, les syndicats et la société civile doivent travailler main dans la main à une vision commune. Ce n’est qu’alors que l’industrie automobile pourra devenir un moteur de prospérité durable, en combinant compétitivité et justice sociale, innovation, cohésion territoriale et croissance économique avec la responsabilité environnementale.

L’avenir de l’industrie automobile européenne n’est pas écrit. S’agira-t-il d’une histoire de déclin ou de renouveau? Cela dépendra des choix qui seront faits aujourd’hui. Si nous avons le courage d’investir dans une politique industrielle audacieuse et une transition sociale juste, tout en nous engageant en faveur d’une mobilité durable, nous pourrons non seulement préserver un secteur stratégique, mais aussi bâtir une Europe plus innovante, plus compétitive et plus unie.

Par Gonçalo Lobo Xavier, Rapporteur de l'avis CCMI/249 — Plan d’action pour l’industrie automobile