European Economic
and Social Committee
Un nouveau Pacte pour la Méditerranée : placer les entreprises et la société civile au cœur
Le Pacte pour la Méditerranée, présenté par la Commission européenne en octobre 2025, définit une nouvelle stratégie ambitieuse pour renforcer les relations de l’UE avec ses partenaires du Sud méditerranéen. S’appuyant sur la Déclaration de Barcelone, qui a posé les bases d’un partenariat global entre l’UE et dix pays du sud de la Méditerranée, et issu d’un vaste processus de consultation impliquant les parties prenantes des deux rives de la Méditerranée, le Pacte cible des domaines essentiels d’intérêt commun avec un objectif clair : façonner un Espace Commun Méditerranéen plus intégré, résilient et sécurisé.
Lorsque Chypre a pris la présidence du Conseil de l’UE en janvier 2026, elle a demandé au CESE d’élaborer un avis sur la mise en œuvre du Pacte.
En se concentrant sur le rôle du secteur privé et de la société civile dans le renforcement de la coopération économique au sein du Pacte, le principal message de l’avis est simple : les partenaires sociaux et les organisations de la société civile doivent être impliqués non seulement dans les consultations, mais aussi dans les structures de mise en œuvre et de suivi du Pacte au niveau de l’UE et euro-méditerranéen. Une telle implication est essentielle pour garantir la copropriété, la transparence et la responsabilité, et surtout pour s’assurer que le Pacte atteindra ses objectifs grâce à une coopération significative, en particulier économique.
C’est pourquoi nous appelons la présidence chypriote à soutenir le CESE en tant que voix de la société civile organisée de l’UE et à lui garantir un rôle formel dans les processus de mise en œuvre et de suivi du Pacte.
Coopération économique et développement des compétences
Un axe central de notre avis est le rôle des micro, petites et moyennes entreprises (MPME). Elles sont incontestablement la colonne vertébrale des économies de l’UE et des pays partenaires méditerranéens, mais leur contribution à la valeur ajoutée demeure limitée. Pour libérer le potentiel du secteur privé, des réformes ciblées sur les MPME sont nécessaires, notamment un meilleur accès au financement, des procédures simplifiées, un cadre réglementaire favorable et un accompagnement à la digitalisation et à la connectivité. Ces mesures permettraient aux entreprises d’intégrer les chaînes de valeur régionales et de renforcer la confiance des investisseurs.
Le Pacte devrait donc soutenir les MPME et les start-ups non seulement par un meilleur accès au financement, mais aussi par des services de développement d’entreprise, un accompagnement à la transformation digitale et des écosystèmes d’innovation, en mettant particulièrement l’accent sur les entreprises dirigées par des jeunes et des femmes.
Dans ce contexte, nous saluons l’attention portée par le Pacte au tourisme durable comme secteur prometteur pour une coopération transnationale des MPME, ainsi que la création de l’Université Méditerranéenne, qui pourrait donner un élan important aux start-ups et à l’entrepreneuriat.
De plus, l’intégration économique doit être liée au développement des compétences, aux politiques d’innovation et aux investissements dans la formation professionnelle, l’apprentissage tout au long de la vie et l’éducation non formelle. Valoriser le capital humain est un préalable pour améliorer la productivité, la compétitivité et la création d’emplois de qualité.
Commerce et investissement
En matière de commerce et d’investissement, nous estimons que le Pacte doit promouvoir une croissance économique soutenue et inclusive, des normes contraignantes (y compris environnementales) et des investissements dans des projets régionaux durables. La dimension commerciale du Pacte vise une économie méditerranéenne plus intégrée et compétitive, dont l’efficacité repose sur l’alignement réglementaire, la capacité de mise en œuvre et un engagement politique soutenu de l’UE et des pays partenaires.
C’est pourquoi, dans l’avis, nous avons identifié quelques secteurs prioritaires pour le commerce : l’agroalimentaire, l’énergie propre, les services numériques, le transport durable et l’économie bleue. Afin de dynamiser ces secteurs, nous appelons à une reconfiguration de la politique commerciale de l’UE autour de la résilience économique et des investissements des secteurs privé et public.
Enfin, nous salutons les investissements du Pacte dans l’éducation formelle et non formelle. L’économie informelle dans les pays partenaires du Sud méditerranéen freine la croissance et son impact est particulièrement négatif pour les femmes et les jeunes. C’est pourquoi nous appelons à une transition de l’économie informelle vers l’économie formelle.
Dans ce contexte, le rôle de l’aide financière est essentiel pour la réussite du Pacte. Plusieurs institutions financières internationales financées par l’UE, dont la Banque européenne d’investissement, sont déjà actives dans la région, mais une meilleure coordination entre elles renforcerait sans aucun doute l’efficacité et maximiserait l’impact.
Dans l’ensemble, le Pacte pour la Méditerranée offre l’opportunité de renouveler et de renforcer le partenariat euro-méditerranéen sur une base plus pragmatique, inclusive et axée sur les résultats. En plaçant la coopération économique, les compétences, l’innovation et l’investissement durable au cœur de l’agenda, le Pacte peut devenir un moteur puissant de prospérité partagée et de stabilité dans la région.
Par Manthos Mavrommatis, membre du Groupe des Employeurs du CESE et du Groupe d’étude de l’Avis REX/613 Le rôle du secteur privé et de la société civile dans le renforcement de la coopération économique dans le cadre du pacte pour la Méditerranée.