L’objectif ambitieux consistant à réduire la pauvreté de 50 % peut être atteint d’ici 2030

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M. Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies sur la pauvreté, a participé à la session plénière du Comité économique et social européen (CESE) de janvier dernier, l’occasion pour lui de dévoiler les conclusions de la mission qu’il a effectuée auprès des institutions de l’Union européenne. En dépit d’une situation alliant croissance et stabilité, la pauvreté reste problématique dans l’UE puisque quelque 92 millions de personnes y sont exposées.

La pauvreté peut être réduite de moitié d’ici 2030. Cet objectif doit figurer parmi les grandes priorités de la Commission européenne dans son prochain plan d’action sur le socle européen des droits sociaux. À l’occasion d’un débat tenu en plénière du CESE le 28 janvier 2021, M. Olivier De Schutter, le rapporteur spécial des Nations unies sur l’extrême pauvreté et les droits de l’homme, a souligné qu’une personne sur cinq dans l’UE était exposée au risque de pauvreté, et que ce phénomène touchait de manière toujours plus disproportionnée les femmes, ainsi que les familles monoparentales.

Renvoyant aux conclusions de la mission qu’il a effectuée auprès des institutions de l’Union, il a également adressé quelques critiques à l’égard du pacte vert, la nouvelle stratégie de croissance de la Commission européenne. Même si celui-ci comporte de fortes composantes sociales, a-t-il indiqué, ces éléments ne sauraient se substituer à une stratégie en matière de pauvreté: La réduction de la pauvreté ne fait pas partie en soi des objectifs du pacte vert.

La présidente du CESE, Mme Christa Schweng, a déclaré que le fait qu’une personne sur cinq était exposée au risque de pauvreté et d’exclusion sociale dans l’UE, avant même la pandémie de COVID-19, représentait un échec pour nos sociétés européennes développées. L’un des meilleurs moyens de sortir les gens de la pauvreté et de s’en prémunir consiste à bâtir une résilience sociétale et individuelle.

Les contraintes structurelles dans la lutte contre la pauvreté

À l’issue de discussions menées avec des interlocuteurs de nombreux pays de l’Union et des représentants de la présidence portugaise, trois contraintes structurelles dans la lutte contre la pauvreté ont pu être mises en évidence:

  1. Le dumping fiscal au sein des pays de l’UE: ces vingt dernières années, nous avons assisté à un transfert progressif de la charge fiscale, qui s’est déplacée des grands groupes, des entreprises et des individus les plus riches vers les travailleurs, les consommateurs et les ménages à faible revenu.
  2. Les conditions sociales et le coût du travail: certains pays dans l’UE croient encore qu’ils peuvent améliorer leur compétitivité-coût vis-à-vis de l’extérieur en réduisant les salaires et les cotisations sociales versées par les employeurs.
  3. Le cadre macroéconomique qui s’est mis en place au sein de l’Union économique et monétaire, en particulier le pacte de stabilité et de croissance, qui doit être révisé d’urgence; les investissements sociaux dans la santé et l’éducation devraient en outre être exemptés des règles budgétaires imposées aux États.

Trois grands objectifs doivent figurer dans le plan d’action de la Commission européenne pour la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux

M. De Schutter a présenté trois objectifs ambitieux qui devraient être inclus dans le plan d’action de la Commission pour la mise en œuvre du socle européen des droits sociaux:

  • Une stratégie de réduction de la pauvreté à l’horizon 2030, qui fixe la cible ambitieuse d’une réduction de 50 % du nombre de personnes exposées au risque de pauvreté.
  • La garantie pour l’enfance – chaque enfant dans l’Union doit bénéficier de cinq garanties essentielles: l’accès à l’éducation, l’accueil de la petite enfance, la nutrition, le logement et les soins de santé. Pour concrétiser la garantie pour l’enfance, il est essentiel de soutenir les familles en leur assurant un revenu décent, un travail et l’accès à des prestations.
  • Un nouvel instrument juridiquement contraignant pour les régimes de revenu minimum, afin de faire en sorte que ces dispositifs tels qu’ils existent dans l’UE soient adéquats et de veiller à ce que les États membres observent une méthodologie commune.

Au cours du débat, les membres du Comité ont soulevé, au sujet d’une stratégie en matière de pauvreté comme concernant les travaux et l’action que mènent les organisations de la société civile, un certain nombre de points cruciaux qui seront pris en compte dans le rapport final que M. De Schutter doit présenter au Conseil des Nations unies en juin 2021.

Le président du groupe «Diversité Europe», M. Séamus Boland, a mis en avant le rôle central joué par les organisations de la société civile durant la pandémie: Insuffler plus de durabilité dans la société civile européenne, associer celle-ci à la conception et à la mise en œuvre du plan de relance pour l’Europe, et l’aider à repenser ses propres structures – voilà ce que sera notre contribution à la réduction de la pauvreté dans l’Union européenne.

M. Aurel Laurenţiu Plosceanu, le président de la section SOC du CESE qui s’exprimait au nom du groupe des employeurs, a défendu vigoureusement l’objectif de la garantie pour l’enfance: Dans l’Union européenne, 25 % des enfants étaient exposés au risque de pauvreté avant la pandémie. Or, les enfants sont ceux qui sont les moins à même de se défendre. La garantie pour l’enfance représente à la fois une urgence et un symbole fort.

Intervenant au nom du groupe des travailleurs, M. Ferre Wyckmans a ajouté que le phénomène persistant de l’extrême pauvreté est un cancer social. Toutefois, des actions et des initiatives résolues peuvent être entreprises, à l’image des mesures structurelles que nous avons mises en avant.

Enfin, Mme Schweng a relevé que, outre la question du financement, il était également nécessaire d’aborder le problème de la pauvreté à travers le prisme des droits, en reconnaissant que les personnes touchées par la pauvreté peuvent non seulement prétendre à ces droits, mais qu’elles peuvent aussi être des acteurs du changement. L’engagement consistant à ne laisser personne de côté implique de donner, ou de redonner, aux individus les moyens de jouer un rôle positif dans la société.

Le contexte

Le mandat de rapporteur spécial des Nations unies sur la pauvreté a été créé pour donner plus de visibilité à la souffrance de ceux qui vivent dans l’extrême dénuement, et mettre en évidence les conséquences, du point de vue des droits de l’homme, de la négligence systématique dont ils font l’objet.