European Economic
and Social Committee
Les réseaux électriques européens sont un test de compétitivité et non un détail technique
Lorsque les employeurs européens examinent leurs bilans aujourd'hui, l'électricité n'est plus un élément de coût de base: il s’agit d’une variable stratégique qui peut décider si les investissements restent en Europe ou s’ils se déplacent ailleurs.
Le récent avis du Comité économique et social européen (CESE) sur la connectivité énergétique et les réseaux électriques (TEN/865) devrait donc être lu non pas comme un document technique, mais comme un manifeste de compétitivité déguisé, qui fait largement écho aux préoccupations des petites et grandes entreprises.
Un réseau fragmenté signifie un marché unique fragmenté
Malgré des années d’intégration du marché, l’Europe vit toujours avec une «loterie de codes postaux énergétiques»: les entreprises des régions mal connectées paient des prix structurellement plus élevés que leurs concurrents situés juste de l’autre côté d’une frontière. Pour les industries à forte intensité énergétique et les petites entreprises à faible marge, ces divergences ne sont pas théoriques; ils déterminent où se situe la production et où des emplois sont créés ou perdus.
Les employeurs ont constamment averti que l’insuffisance de la capacité du réseau et les retards dans les interconnexions sapent la logique même du marché intérieur en empêchant la libre circulation de l’électricité renouvelable bon marché là où elle est le plus nécessaire. Le CESE reconnaît désormais sans ambages que les goulets d’étranglement du réseau «affaiblissent la compétitivité industrielle et la cohésion sociale au sein de l’Union» – diagnostic que partagent pleinement les employeurs.
Les PME sont en première ligne du stress énergétique en Europe
Les entreprises, en particulier les PME, tirent la sonnette d’alarme depuis des années: La flambée et la volatilité des prix de l'énergie ont mis de nombreuses petites entreprises au bord de l'effondrement, les forçant soit à répercuter les coûts sur les consommateurs, soit à arrêter complètement l'activité. Au cours des récentes crises, les factures énergétiques de certaines PME ont été multipliées par dix; dans le cas d’une petite boulangerie, d’un atelier de métallurgie ou d’un hôtel, aucun «conseil en efficacité» ne peut compenser ce type de choc.
Pourtant, les mêmes PME sont également désireuses de conduire la transition. Les enquêtes montrent qu’une grande majorité d’entre eux souhaitent passer aux énergies renouvelables et à l’autoproduction, mais qu’ils sont confrontés à un enchevêtrement d’obstacles bureaucratiques, de contraintes de réseau et de lenteurs dans les procédures de connexion. Lorsque les réseaux de distribution ne peuvent pas fonctionner efficacement, ce sont les entrepreneurs locaux européens qui en paient le prix en premier.
Planifier comme un continent, investir comme nous le pensons
Les employeurs européens se félicitent donc de l’appel lancé par le CESE en faveur d’une approche véritablement européenne de la planification du réseau, fondée sur un scénario énergétique commun, une modélisation dynamique du système et une identification claire des besoins de capacité transfrontaliers. Pour les entreprises, ce qui importe n'est pas une autre stratégie abstraite, mais une feuille de route crédible et bancable qui traduit les objectifs en matière de climat et d'électrification en calendriers et en emplacements concrets pour les infrastructures.
Cette planification doit être neutre sur le plan technologique et axée sur la valeur économique: L'Europe devrait donner la priorité aux interconnexions les plus rentables en termes de convergence des prix, de sécurité d'approvisionnement et d'intégration de nouveaux investissements industriels. Les employeurs soutiennent en particulier l’insistance du CESE à optimiser les infrastructures existantes au moyen de technologies renforçant le réseau et de la numérisation avant de recourir à de nouvelles constructions coûteuses, car cela peut apporter un soulagement plus rapide aux entreprises et aux consommateurs.
Les réseaux en tant qu’infrastructures critiques pour la compétitivité
Le CESE a raison d’affirmer que les réseaux énergétiques ne devraient pas être traités comme une marchandise ordinaire, mais comme un service d’intérêt général et une infrastructure critique, avec un mandat clair d’intérêt public. Pour les employeurs, cela a deux implications. Premièrement, la sécurité énergétique, y compris la protection contre les cyberattaques, le sabotage et les phénomènes météorologiques extrêmes, doit être reconnue comme une sécurité économique; les pannes d'électricité et l'instabilité détruisent la confiance et découragent l'investissement. Deuxièmement, le cadre réglementaire devrait permettre, et non décourager, les flux de capitaux vers les réseaux grâce à des combinaisons intelligentes de fonds publics, de financements privés et de partenariats public-privé.
Les PPP peuvent contribuer à accélérer la modernisation du réseau tout en préservant la surveillance publique. Le mécanisme pour l’interconnexion en Europe, le prochain budget de l’UE et les instruments de la BEI devraient travailler ensemble pour réduire le coût du capital pour les interconnexions stratégiques et les principaux renforcements nationaux, avec des mécanismes de partage des coûts qui reflètent tous les bénéficiaires, et pas seulement les pays où des pylônes sont érigés.
Un accord avec les citoyens – et avec les entreprises
Aucun grand projet de réseau ne se produira sans l'acceptation du public, en particulier dans les régions frontalières où les impacts visuels et environnementaux sont concentrés. Le CESE souligne à juste titre la nécessité d’une compensation équitable, d’avantages économiques locaux et de garanties environnementales rigoureuses en tant que conditions d’un soutien public. Les employeurs ajouteraient une autre dimension: la prévisibilité réglementaire et l’octroi de permis en temps utile sont tout aussi essentiels pour garantir la confiance des investisseurs que pour convaincre les communautés locales que les promesses seront tenues.
En fin de compte, l'Europe est confrontée à une question simple. Veut-elle rester un foyer pour les industries à forte intensité énergétique, les PME innovantes et les chaînes de valeur manufacturières mondiales, ou accepte-t-elle une lente dérive des investissements vers des régions disposant d’une énergie moins chère et plus fiable? La réponse sera écrite non seulement dans les lois climatiques et les stratégies industrielles, mais aussi dans des kilomètres de câbles, de sous-stations, de compteurs intelligents et de systèmes de contrôle numériques.
Par Marcin Nowacki, président de la section spécialisée "Transports, énergie, infrastructures, société de l'information" (TEN) du CESE et membre du groupe d'étude de l'Avis TEN865 Connectivité énergétique, réseaux électriques.